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Full text of "L'éducation des nègres aux États-Unis"

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3 é 



L'ÉDUCATION DES NÈGRES 



AUX ÉTATS-UNIS 











AUX ETATS-UNIS 

XHÈÎSE 

PRÉSENTÉE A LA FACULTÉ DES LETTRES DE PARIS 
POUR LE DOCTORAT DE l'uMVERSITÉ 



KATE BROUSSEAU 

ÀDcienne élève de la Faculté des Lettres de Paris 

Professeur de Psychologie à l'École Normale de TÉtat 

à Los Angeles, Californie. 



3^1S 



PARIS 
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR 

108, BOULEVARD SAINT- GERMAIN, 108 

1904 

Tous droits résenrés. 



\ 



A MA TANTE 
MISS HARRIET F. YAIELEY 

Témoignage affectueux. 



MONSIEUR LE DOCTEUR H- NADEAU 
Souvenir reconnaissant 



142427 



INTRODUCTION 



i 



Il se pose actaellement aux États-Unis un problème 
d'une nature particulièrement complexe, et sans paral- 
lèle dans rhistoire moderne. Le voici en deux mots: 

Au milieu d'une nation civilisée, il y a neuf mil- 
lions d'individus d'une race arriérée, dune couleur mé- 
prisée, et ayant le fardeau d'un esclavage séculaire sur 
les épaules. Comment diriger cette race de manière 
à développer à leur plus haut point toutes ses facul- 
tés et à l'adapter en même temps au milieu blanc, 
afin qu'elle devienne un facteur utile pour la société, 
au lieu d'être une lèpre dans son sein? La situa- 
tion est ici tout à fait particulière. Nous avons vu 
récemment des nations longtemps arrêtées dans leur 
développement, semblait-il, conquérir rapidement une 
place importante dans la civilisation moderne. Mais 
d'abord ces peuples étaient isolés, ils avaient une au- 
tonomie particulière, et ils ont pu se développer libre- 
ment quand ils l'ont voulu^ sans être écrasés, comme 
des esclaves, sous la domination d'une race supé- 
rieure vivant avec eui côte à cfi^te. Ils étaient dans un 
pays leur appartenant en propre et pouvaient mieux 



\ 



vin INTRODUCTION 



ressentir rémulation que donne la fierté de race. D'ail- 
leurs, il ne faut pas comparer les nègres aux Japonais 
ou aux Chinois, par exemple, comme on Ta fait, pour 
opposer les progrès réalisés depuis cinquante ans par 
les uns et par les autres : TAsie avait un réel degré 
de culture et une civilisation qui, pour s'être dévelop- 
pée dans un sens différentijelajciyilisation européenne, 
n'en était pas moins toujours en marche. D'un autre 
côté, la situation des nègres aux États-Unis n'est pas 
comparable à celle des peuplades de l'Afrique, de l'A- 
sie, del'Océanie, soumises par la conquête d'une nation 
supérieure : la vie sociale de celles-ci n'est pour ainsi 
cHré^pas changée; on peut les exploiter, sans doute, 
inaisll est difficile de métamorphoser leur existence in- 
timé, et surtout elles restent dans leur patrie. Le peuple 
conquérant li'a rien à craindre de leur développement, 
au contraire. Il ne peut pas exister là de préjugés de 
race invincibles, pai:ce que leurs progrès ne sont pas 
une menace de danger social. S'ils sont pendant 
longtemps réfractaires à la civilisation, lenr infério- 
rité n'est pas davantage un fardeau mortel pour leurs 
conquérants. ' 

Aux États-Unis, la situation est aûortnalé et dange- 
reuse pour le nègre aussi bien que pour rAH^éricaiii 
blanc. La cult^irê d'une race arriérée est toujours dé- 
licate à diriger, mais Fessor de la race noire est ici 
d^autant plus difficile que le citoyen blanc, à cause 
de préjugés enracinés, semble parfois dresser des ob- 
^sta;cles au développement social des nègres. La race 
blanche ne peut admettre que la race noire devienne 
-son égale; instinctivement, elle se sent au-dessus et 
^ne Téul pas être dépossédée de sa supériorité, et ajal- 






r 



INXRODUCTJQN I? 

gré certains exemples fameux, elle tient à croire que 
l'individu noir est incapable de s'élever au niveau du 
blanc. Il y a. des Américains cependant, doués d'une 
grande franchise intellectuelle^ qui admettent que ces 
idées sont des préjugés; mais la plupart d'entre eux 
ajoutent qu'il est au-dessus de leurs forces et de leur 
volonté de vaincre ces préjugés à Tégard de la race 
noire. Elle est inférieure, il faut qu'elle reste infé- 
rieure, elle ne peut pasm&pas rester inférieure. 

Cette opinion existait à l'époque de l'esclavage sans 
occasionner de difficultés sociales. Quand le nègre 
fut importé en Amérique, il y a plusieurs centaines 
d'années, c'était un sauvage. Il avait les vertus et les 
vices des peuples primitifs. En retard de plusieurs 
siècles sur le groupe social au milieu duquel on le je* 
tait de force, il était appelé à jouer dans cette société 
un rôle aussi humble que celui de l'animal qui traînait 
la charrue qu'il conduisait. Aux jours d'esclavage, il 
ne pouvait y avoir de problème nègre, pas plus qu'on 
. ne se livre aujourd'hui à des spéculations scientifiques 
i sur l'avenir du cheval et de la vache. Le système so- 

w cial marchait sans que le blanc éprouvât de difficultés, 

par suite de l'esclavage; quant au nègre, on ne lui fai- 
sait pas l'honneur de prêter attention à ce qu'il pou- 
vait penser, quand bien même on voyait ses regards 
inquiets et pleins de désirs. Cependant, en vertu de la 
Proclamation d'Émancipation et du Quinzième Amen- 
dement, cette bête de somme fut, tout d'un coup, 
transformée en homme, et revêtue en même temps de 
tous les droits et privilèges du citoyen. 

Quand, par un trait de plume, l'esclavage fut aboli, 
let quand le nègre devint son propre maître, la nouvelle 






X INTRODUCTION 

condition de l'ancien esclave exigea que Ton fît quel- 
que chose pour son instruction, sinon en vue de son 
propre bien, du moins en vue du bien de la société. 
Ses anciens maîtres du Sud étaient généralement 
animés de bonnes intentions à son égard ; ils accep- 
taient volontiers l'abolition du mot « esclavage », 
mais ils ne comprenaient guère — et, en fait, ils 
avaient raison — que l'ancien esclave pût voir sa 
condition totalement changée du jour au lendemain : 
il devait rester un serviteur. La société aurait pu 
s'organiser sur cette nouvelle base, comme une sorte 
d'institution féodale, et avec lenteur et sécurité, le 
nègre se serait développé et élevé jusqu'à un ni- 
veau supérieur, sans irritation pour la race blanche, 
ni pour lui même. Mais les amis des noirs ont voulu 
brusquer les choses : telle a élé l'origine du désas- 
tre. Ils ont cru qu'un acte de bonne volonté suffirait 
pour aplanir les difficultés et combler les différences 
des deux races ; ils croyaient que le blanc et le noir 
pourraient du jour au lendemain se regarder comme 
des frères. Ils ont blâmé le blanc de ne pas appliquer 
la parole de l'Évangile; ils ne songeaient pas que le 
passé créait, chez les hommes du Sud, des habitudes 
sociales et des états d'âme aussi forts que l'instinct; 
ils n'admettaient pas que la race noire fût, à ce mo- 
ment, très inférieure à la race blanche, et que ce fût 
commettre une injustice flagrante, à l'égard des 
blancs, que de donner à des millions de noirs igno- 
rants une part considérable du pouvoir politique. 
D'autres, cachant leurs ambitions égoïstes sous des 
dehors philanthropiques, avaient intérêt avoir main- 
tenir aux noirs leur droit de vote, parce qu'avec 



INTRODUCTION 'Xf 

Taide de ces misérables électeurs, ils pouvaient affer- 
mir leur pouvoir, et combler leurs convoitises. Ces er- 
reurs durèrent pendant toute la période de Recons- 
truction. Le résultat fut néfaste. Souvent le nègre, 
gonflé d'orgueil et d'insolence, et se sentant, de par 
la loi, régal du blanc — et parfois même son supé- 
rieur par le droit de vote — se rendit intolérable. De 
son côté, le blanc du Sud fut aigri et surexcité devoir 
l'attitude du nègre pendant la période de Reconstruc- 
tion ; il était tout disposé à donner sa bienveillance, 
mais on exigait presque sa soumission. 

De là vient l'acuité du problème, et la difficulté de 
le résoudre. Il est vrai qu'un grand nombre de gens 
refusent d'étudier la question, parce qu'ils doutent 
qu'une adaptation suffisante puisse jamais s'accomplir 
entre les nègres libres et la race dominante ; quelques- 
uns d'entre eux prétendent que le noir est incapa- 
ble de progrès, tandis que d'autres craignent qu'il ne 
devienne un concurrent sérieux pour le blanc, aug- 
mentant ainsi, au lieu de la diminuer, l'irritation qui 
existe déjà. Ils renoncent à tenter qujoi que ce soit pour 
trancher la question, persuadés que tous leurs ef- 
forts seraient inutiles. D'autres ne font rien, sous 
prétexte que le problème se résoudra de lui-même. 
Ils se sont bercés de l'illusion que l'homme noir dis- 
paraîtrait graduellement, à l'instar de l'Indien améri- 
cain ; que la pauvreté, les maladies, et le crime, rédui- 
raient bientôt la race de telle sorte qu'il ne resterait 
plus de question nègre. Cet espoir, cependant, a bien 
peu de chances de se réaliser. Les nègres, en effet, ne 
sont pas en train de disparaître, comme on aurait pu 
le croire au temps de TÉmancipation; au contraire, 



■ 



ÏU INTRODUCTION 

leur nombre augmente en dépit de multiples condi^ 
tions défavorables. Le dernier recensement de 1900 
montre que le nombre des naissances parmi eux est 
plutôt élevé, tandis que le chiffre des décès, quoique 
plus grand de beaucoup que parmi les blancs en gé- 
néral, ne Test pas plus, en somme, que parmi les 
blancs pauvres et ignorants des États-Unis et de TEu- 
rope. C'est un fait que l'on peut attribuer à leur chan- 
gement de condition, changement auquel la race s'a- 
daptera graduellement. Comme solution, on a proposé 
de déporter en masse toute la race, ce qui donnerait 
aux noirs les moyens de travailler à leur propre salut, 
sans obstacle ni aide de la part des blancs. Pour sé< 
duisant que paraisse ce plan, il est impossible de le 
mettre en pratique. Les nègres, à la différence des 
autres immigrants, ne sont pas responsables de leur 
présence en Amérique. On ne saurait donc les en 
chasser par la force. Et quand bien même ils seraient 
disposés à quitter le sol des États-Unis, le gouverne- 
ment ne pourrait fournir les navires nécessaires, ni 
pourvoir financièrement au transport de la population 
noire, qui est actuellement de près de neuf millions 
d'individus, si Ton tient compte de son augmentation 
naturelle pendant le temps que demanderait cette 
opération. 

Il est clair que ces millions de gens de couleur, qui 
vivent dans le pays, y sont pour y rester. Le problème 
ne consiste pas à savoir s'ils doivent être aidés et 
instruits. Ce dont il s'agit, c'est de savoir quel est le 
genre d'instruction qu'il faut leur donner. Ils for- 
ment 40 0/0 de la population des États du Sud. C'est 
donc un élément avec lequel il faut compter. S'ils 



INTRODUCTION XIII 

progressent, le Sud progresse. S'ils rétrogradent, il 
faut se convaincre qu'ils deviendront pour le pays un 
fardeau intolérable. 

Beaucoup de désaccords se sont manifestés au su- 
jet de la solution opportune à donner à ce problème 
éducatif; mais le poitit de départ a toujours été le 
même : coinment instruire le noir de manière qu'il 
aide au progrès du blanc, ou au moins ne le gène pas? 
Il est vrai qiie quelques philanthropes ont regardé le 
problème en se plaçant au seul point de vue du nègre, 
et ont préconisé un enseignement qui tendrait à déve- 
lopper au plus haut point l'individu, sans nul égard 
pour les droits dé son milieu. Les vues de ces édu- 
cateurs ont paru illusoires. D'autres amis plus clair- 
voyants du nègre ont cru qu'il était possible de 
donner à Thomme de couleur un enseignement qui 
réaliserait le plus haut développement dont il est ca- 
pable comme individu, et qui ferait en même temps 
de lui un membre utile pour la société au sein de la- 
quelle il vit. La majorité de la race dominante, cepen- 
dant, n'oublie pas ainsi ses préjugés en abordant le 
problème nègre; et les sentiments de cette majorité 
ont donné cours à cette phrase si souvent répétée, que 
« ce pays est un pays de blancs )», ce qui indiquerait 
que les noirs n'y ont ni part ni privilèges. L'éducation 
du nègre, par conséquent, considérée au point de vue 
du blanc, doit remplir deux conditions : elle doit le 
dépouiller de ses tendances criminelles, afin qu'il ne 
soit pas un membre dangereux de la société ; et elle 
doit le mettre à même de se suffire à lui-même, afin 
qu'il ne soit pas un fardeau pour ses semblables, avec 
cette réserve, cependant, sur laquelle insistent les Syn- 



XIV INTRODUCTION 

dicats de Travail du pays, qu'il ne doit pas entrer en 
concurrence funes'te avec le blanc. Le nègre sera lui- 
même l'agent le plus important de la solution du pro- 
blème. Il faut donc le former à ce rôle. La question 
du nègre aux États-Unis se ramène au problème d'é- 
ducation de la race noire. Mais ce problème d'édu- 
cation lui-même ne peut se résoudre qUe si l'on a 
déterminé le but à atteindre. Bien des théories édu- 
catives peuvent être proposées ; pour réussir, il faut 
se pénétrer de cette vérité, que rien de bon ne sera 
fait, si l'on n'applique d'une part les principes d'huma- 
nité, et si, d'autre part, on ne tient compte de la 
possibilité psychologique et sociale du système: il 
faut reconnaître l'existence des préjugés, admettre 
leur puissance, et ceux mêmes qui les condamnent 
doivent se dire qu'on ne détruit pas des préjugés par 
un simple effort de raisonnement et de volonté : puis- 
qu'ils existent, il faut en tenir compte, et plutôt que 
de tout perdre, il vaut mieux composer avec eux en 
usant d'expédients. 

Jusqu'ici, Ton est resté dans une période de tâ- 
tonnements. Nous avons l'intention dans cette étude 
d'exposer et d'apprécier les efforts tentés, en es- 
sayant de dégager du passé une leçon profitable 
pour l'avenir. 

Pour que les éléments du problème soient nette- 
ment perçus, nous nous proposons de passer rapi- 
dement en revue Thistoire du nègre américain avant 
la guerre civile, et son rôle pendant la période de 
Reconstruction, car il est impossible d'isoler le pro- 
blème actuel des conditions qui lui ont donné nais- 
sance. 






INTRODUCTION XV 

Nous étudierons eusaiie les çoaiiilions psycolo- 
giques, sociales, politiques du nègre, mais seulement 
dans leurs rapports avec l'éducation de la race, pour 
essayer de fixer les principes généraux qui doivent 
diriger les éducateurs. 

Ënfin^ nous examinerons successivement les dir 
verses formes de Téducatioil donnée actuellement; 
l'instruction primaire, industrielle, libérale. Nous es- 
saierons de traiter ces questions d'une façon scienti- 
fique et impartiale. Le tort des théoriciens a été 
jusqu'à présent de n*aborder le problème qu'avec 
des idées préconçues. Quelques uns ont forcé avec 
partialité les faits à plaider pour leur propre cause, 
d'autres se sont refusés à confesser des vérités péni- 
bles. Notre unique souci sera d'amener chacun à rai- 
sonner froidement sur la question, en oubliant les 
préjugés de race ou les rancunes outrageantes ; nous 
examinerons sans parti pris les opinions contradic- 
toires, pour les juger successivement avec le plus 
d'équité qu'il nous sera possible. Dans ces conditions, 
nous ne nous refuserons pas à emprunter aux camps 
adverses de nombreuses citations, mais nous ferons 
surtout parler les statistiques sérieuses. Si nous n'ar- 
rivons pas à une conclusion précise, ce ne sera pas 
faute de matériaux, mais c'est que le problème est 
tellement grave, qu'il constitue presque une impasse. 

Les documents gouvernementaux, les rapports du 
« Commissionner of Education », les codes, les di- 
gestes, les lois, les rapports des institutions privées 
et des associations de missiannaires sont accessibles 
à tous et complets. Nous avons utilisé en outre les 
catalogues et brochures publiés par les écoles et col- 



XVI INTRODUCTION 

lèges nègres. Les directeurs de ces institutions ant eu 
l'amabilité de nous fournir largement les documents 
les plus précis. 

Nous avons écrit aux « Superintendents » de Tins- 
truetion publique dans chaque État du Sud, aux « Su- 
perintendents » des Comtés et de la plupart des gran- 
des villes : nous avons trouvé chez presque tous la 
plus large bienveillance et reçu d'eux d'importants 
renseignements. Nous saisissons ici l'occasion de leur 
exprimer nos vifs remerciements. 

Nous désirons assurer tout particulièrement de 
notre gratitude M. le docteur W. E. Burghardt Du 
Bois et M. le professeur Kelly Miller, qui nous .ont 
accordé la faveur de nous faire profiter de leurs re- 
cherches approfondies sur ces questions. 



^ 



CHAPITRE PREMIER 



LA QUESTION NEGRE AVANT LA GUERRE DE SECESSION 



La traite des esclaves. — Les historiens ne sont 
pas d'accord sur la date exacte de l'introduction des 
premiers esclaves aux États-Unis. Les autorités les plu s 
dignes de foi disent qu'en 1619 un navire de guerre hol- 
landais fit son apparition à Jamestown (Virginie) et que^ ce 
navire se trouvant à court de vivres, vingt nègres du bord 
furent échangés contre les provisions nécessaires (1). 
En 1629, on fait mention dans les archives hollandaises 
de Manhattan de l'intention que la Compagnie a de fournir 
à la colonie autant d'esclaves qu'il serait possible de s'en 
procurer (2); quelques années plus tard, les archives 
démontrent indirectement que l'esclavage existait parmi 
les Puritains (3). 

La traite des esclaves cependant ne prospéra pas pen- 
dant plusieurs années; et, bien qu'il n'y ait pas de docu- 
ments relatifs à l'importation des noirs, il est probable 
que quelques centaines seulement avaient été amenés aux 
États-Unis avant 1630 (4). 



(1) Bancroft, History of the United States, vol. I, pp. 116-120. — 
G. W. Williams, Histo)^ of the Negro Race in America, vol. 1, p. 120« 
— W. E. B. Du Bois, Suppression of the Slave Trade, p. 2. — John 
Smith, llistory of Virginia, vol. I, p. 39. — Bandinel, Account of 
the Slave Trade (1842), pp. 32-34. 

(2) Spears, The American Slave Trade, p. 8. 

(3) G. W. Williams, History of the Negro Race in America, yoI I, 
p. 173. — Ancient Jmws and Charters of Massachusetts, ji. 748. 

(4) Salnsbury, Calendàr State Papers, Colonial Séries, America and 
West Indies, 1661-1678, § 418. 

1 



2 LA QUESTION NEGRE 

En 1662, la «Company of Royal Adventurers trading to 
Africa» obtint une charte de Charles IL Cette Compagnie 
s'engagea à fournir aux Antilles 3,0()0 esclaves par an. 
L'entreprise n'eut pas le succès qu'on espérait, et, en 1672, 
la Compagnie fît l'abandon de sa charte à une autre 
société, la « Royal African Company », moyennant 
34,000 livres sterling. Sous ce nouveau régime, la traite 
commença à se développer, et un grand nombre d'esclaves 
originaires de la vallée du Niger, de la Gambie, du Congo, 
de la Guinée et de la Côte d'Or, et par cela même différents 
d'intelligence et de mœurs, furent dirigés vers les États- 
Unis(l). 

En 1713, fut signé «l'Assientow.En vertu de cette conven- 
tion, l'Angleterre obtenait le monopole de la traite des 
esclaves avec les colonies espagnoles pour une période de 
trente ans, et s'engageait en même temps à payer à l'Es- 
pagne 200,000 couronnes et un droit de 33 couronnes et 
demie par esclave (2). 

Durant les vingt années qui suivirent, environ 300,000 es- 
claves furent répartis dans les colonies anglaises; le 
reste fut dirigé, comme il avait été convenu, sur les éta- 
blissements coloniaux espagnols (3). 

Nombre des esclaves. — On commença à recon- 
naître que l'esclavage était nécessaire au développement 
du nouveau pays ; aussi la traite prit-elle des proportions 
étonnantes (4). Bancroft prétend que le nombre des esclaves • 
se montait, en 1727, à 78,000 et en 1754, à 293,000 (5). En 



(1) H. M. Stanley, Slavery and the Slave Trade in Africa^ p. 7.'— 
Bancroft, History ofthe United States, voL II, p. 271. 

(2) John Almon, Treaties of Peace Alliance and Commerce between 
Great Britain and other Powers (London, 1772), 1, pp. 83-107;i6irf., I, 
pp. 168-180. 

(3) W. E. B. Du Bois, Suppression of the Slave Trade, p. 3. 

(4) Sainsbury, Calendar State Papers, Colonial Séries, America, and 
West Indies, 1661-68. 

(5) Bancroft, History ofthe United States, vol. H, p. 274., 

/ 



..^...^ 




AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 3 

1790, aux États-Unis, dans le sein de cette nouvelle nation 
basée sur la doctrine que « tous les hommes sont créés 
égaux, qu'ils sont dotés par leur Créateur de certains 
droits inaliénables, parmi lesquels le droit à la vie, à la 
liberté et à la recherche du bonheur h, le recensement accu- 
sait un totol de 697,897 esclaves nègres ; et; dix ans plus 
tard, ce «chiffre s'était élevé à 900,000(1). Au moment de 
l'émancipation, en 1863^ on comptait environ 4,450,000 
nègres dont 89 0/0 étaient esclaves. 

Premiers essais d'émancipation. — Pendant 
que l'esclavage croissait si rapidement aux États-Unis, 
l'opinion publique, à l'étranger, devenait hostile au trafic 
humain. Le Danemark le premier, en 1792, abolit l'escla- 
vage dans ses possessions ; et son exemple fut bientôt 
imité par les principales nations européennes (2). Il s'en- 
suivit entre les puissances une série de traités conclus 
dans le but de s'aider mutuellement à abolir la traite des 
esclaves (3). 

Les États-Unis et la Traite. — Les États Unis ne 
se joignirent aux signataires de ces traités qu'à contre 
cœur. Le gouvernement donna son assentiment à ces 
conventions, mais il ferma les yeux sur les violations des 
lois internationales, commises ouvertement par les 
négriers américains. Malgré les nombreux traités signés 
par les 'représentants diplomatiques des États-Unis, la 
traite des esclaves continua à prospérer sous la protection 
du drapeau américain, si bien qu'en 1858, vingt et un 



(1) W. E. B. Du Bois, Suppression of the Slave Trade^ p. 5. — 
G. W. Williams, Hisiory of the Negro Race in Americay vol. I, 
p. 436. 

(2) J. K. Ingram, Histoi^ of Slavery, p. 170. 

(3) W. E. B. Du Bois, Suppression of the Slave Trade^ p., 181. — 
Décret de Napoléon, le 28 mars 1815. « ... à dater de la publication 
du présent Décret, la Traite des Noirs est abolie. » — Statute 28 
George III, ch. 54. Cf. Statute 39 George III, ch. 66. — British and 
foreign State Papers, 1815-16, pp. 886, 937 (citation). 



i 



4 LA QUESTION NÈGRE 

navires négriers furent capturés par de s croiseu rs an- 
glais (1); et peu de temps avant le commencement de la 
guerre de Sécession, un chargement de 500 esclaves afri- 
cains fut apporté dans l'État de Géorgie (2). Ce n'était pas 
seulement le Sud qui trouvait des avantages à ce trafic, le 
Nord aussi en retirait des profits. Une revue de Tépoque 
dit : « Le nombre de personnes intéressées à la traite des 
esclaves et le montant du capital qui y est engagé dépas- 
sent nos moyens d'investigation. La ville de New-York a 
été dans ces derniers temps (186-2) le principal port du 
monde pour ce commerce infâme, quoique les villes de 
Portland et de Boston ne lecèdent qu'à elle pour cette 
distinction. Les négriers contribuaient pour une large 
part à la prospérité de notre métropole commerciale; ils 
souscrivaient avec libéralité aux caisses des sociétés poli- 
tiques et leur avoir en bjanque était souvent fortement 
endommagé pour assurer le succès de leurs candidats aux 
élections du New Jersey, de la Pensylvanie et du Connecti- 
cut. » Une autre autorité dit que « dans l'espace de dix-huit 
mois, en 1859 et 1860, quatre-vingt-cinq négriers ont été 
armés à New-York, et ces navires seuls transportaient par 
an de 30,000 à 60,000 esclaves » (3). 

Le Nord et le Sud en face de Tesclavage. — 
Jusqu'à la guerre de l'Indépendance, l'esclavage existait 
sous une forme quelconque dans presque toutes les colo- 
nies anglaises de l'Amérique du Nord. Peu à peu cette 

(1) 26e rapport de la « American Anti-Slavery Society », pp. 53-54. 
« Depuis le mois d'avril 1857 jusqu'au mois de mai d858, sur les 
22 marchands d'esclaves arrêtés par des voiliers anglais, 21 étaient 
américains, originaires de Boston, New-York et la Nouvelle-Orléans.» 
— Cf. 25« rapport, ibid.y p. 122 (citation empruntée à Du Bois, Sup- 
pression of the Slave Trade^ p; 119). 

(2) J^. Spears, The American Slave Trade, ch. XIX, p. 194. — House 
Executive Documents, 35» Congrès, 2« session, IX, n» 89. — Cf. 26» rap- 
port de la « American Anti-Slavery Society», pp. 45-49.— H. Wilson, 
Rise and Fait of the Slave Power in America. 

(3) Citation empruntée à Du Bois : Suppression of the Slave Trade,p.ii9. 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 5 

institution fut s uppri mée dans le Nord, mais elle gagnait 
en force dans le Sud, de sortie qu'il arriva un moment où 
la nation se trouva divisée sur ce sujet en deux grandes 
parties : des rivalités politiques surgirent à cause des 
répercussions économiques que la question de Tesclavage 
Qnjuainait dans le commerce et l'agriculture principale- 
ment. Ces rivalités obligeaient le Nord et le Sud à des 
concessions, à des compromis qui semblaient nécessaires 
quand il s'agissait d'admettre des territoires au rang de 
nouveaux États de l'Union. Quand un territoire du Nord 
devenait Etat, aussitôt le Sud esclavagiste présentait lui 
aussi un nouvel Etat pour maintenir l'équilibre dans les 
deux Chambres du Gouvernement Fédéral. Ainsi la question 
de l'esclavage devint le pivot de la politique (1). A l'ori- 
gine, la répartition des esclaves dans les possessions 

(1) « On avait déjà discuté la questioa de la proportion dans la- 
quelle les esclaves devaient être comptés pour la représentation : 
intégralement, pour les trois cinquièmes, ou pas du tout? Les Etats 
du Sud voulaient que tous les esclaves fussent comptés; ils mena- 
çaient de se retirer si on ne leur accordait pas ce point. Les délégués 
du Nord s'obstinèrent dans leur refus, et ceux du Sud finirent par cé- 
der. Il fut arrêté que la représentation serait proportionnelle au 
nombre des habitants libres et des trois cinquièmes des autres ha- 
bitants ». (Note.) «Cette stipulation est un des plus étranges parmi les 
compromis dont est formée la Constitution des États-Unis. Bien 
que les esclaves fussent considérés comme une simple propriété, le 
recensement devait grossir le montant de la population libre d'un 
chiffre égal aux trois cinquièmes du nombre des esclaves. Cette 
monstrueuse concession faite aux planteurs du Sud conduisait à 
cette conséquence que, sur un domaine appartenant à une famille 
de cinq personnes et supportant cinquante escla\es, la population 
électorale était considérée comme s'élevant à trente-cinq personnes 
et entrait pour ce chiffre dans le total d'habitants donnant droit à 
un représentant au Congrès. Or, sur ce groupe fictif de trente-cinq 
personnes, il pouvait n'exister qu'un seul électeur, le maître, tandis 
que dans les États du Nord un groupe réel de trente-cinq habitants 
libres comptait en moyenne cinq ou six électeurs. Ce compromis 
resta en vigueur jusqu'à la guerre civile de 1861-1865. Il disparut 
naturellement avec l'esclavage » A.Moireau, Histoire des États-Unis, 
vol. II, pp. 303-304. 



6 LA QUESTION NÈGRE 

anglaises de TAmérique fut déterminée non par une diffé- 
rence de moralité entre les colons du Nord et ceux du Sud, 
mais par la nature du sol. C'est cette dernière considéra- 
tion qui forma une division naturelle entre le Nord mar- 
chand, et le Sud acheteur d'esclaves (1). 

Les Puritains et l'esclavage. — Le nègre , 
importé d'un climat chaud, ne pouvait pas prospérer sous 
le climat de la Nouvelle-Angleterre, aux hivers rigoureux. 
Son travail ne pouvait donc y donner aucun profit. En 
outre, le nègre était un ouvrier sans métier, et comme 
tel, il était mieux approprié aux travaux de la terre. Le 
sol de la Nouvelle-Angleterre étant pauvre en général, les 
fermes étaient petites et pouvaient être cultivées par leurs 
propriétaires. Le commerce et l'industrie étaient les prin- 
cipales ressources de ces colonies et, par conséquent, il 
n'y avait que peu de demandes d'esclaves ; cependant, 
sans aucun doute, les Puritains ont été propriétaires 
d'esclaves; nous le voyons indirectement par les anciennes 
archives du Massachusetts (2). 

(1) Il semble que dans la Virginie Tesclavage ait rencontré par 
moments une vive opposition. Cf. J. C. Ballagh, History of Slavery in 
Virginia^ pp. 11, 22-24. Ibid. «L'un des premiers actes passés en Vir- 
ginie après qu'elle eut été érigée en État autonome fut l'interdiction 
absolue du commerce d'esclaves... Ce décret fut voté en 1778, par la 
première assemblée. A la Virginie revient donc l'honneur d'avoir 
prohibé avant tout autre gouvernement civilisé moderne le traûc 
odieux des nègres. Il est probable que cette ligne de conduite lui fut 
tracée plutôt par la crainte des effets que pouvait avoir l'accroisse- 
ment de la population nègre sur les institutions politiques et sociales 
que par une désapprobation sincère de l'institution de l'esclavage, 
car cette désapprobation était rare chez les Anglais d'alors. » p. 23. 

(2) Slavery in Massachusetts, p. 64, extrait du journal du juge 
Sewall, 1716. « J'ai essayé, le 22 juin, d'empêcher que les Indiens et 
les nègres fussent mis sur le même pied que les chevaux et les 
porcs, mais je n'ai pas réussi. » 

Slavery in Massachusetts ^ p. 96. « Le fameux Gode français de 
1685 obligeait tous les planteurs à faire baptiser leurs nègres et à 
les faire instruire dans la doctrine et les devoirs du chrétien. Et 
ce n'était pas là la seule mesure importante et humanitaire de ce 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 7 

Quand les Puritains se convainquirent qu'il n'était pas 
profitable pour eux de conserver des esclaves dans la 

statut célèbre, auquel il est inutile de chercher aucun parallèle dans 
la législation coloniale anglaise. » 

Independent Chroniele (Boston), le 3 octobre 1776 : « A vendre, une 
jeune fille nègre, forte, vigoureuse et de bonne apparence, propre 
aux travaux de la campagne ou de la ville. S'informer auprès de 
M. Andrew Gillespie, Dorchester, le l*' octobre 1776. » 

Le Continental Journal, le 3 avril 1777 : « A vendre, un nègre de 
bonne apparence, âgé de 22 ans ; a eu la petite vérole; peut faire 
n'importe quel travail; vendu faute d'emploi. » 

Le New England Weekly Journal, n» 267, le !•»• mai 1732 : « Une 
négresse, de bonne apparence, âgée d'environ dix-neuf ans, et un 
enfant de six mois^ à vendre ensemble ou séparément. » 

Independent Chroniele, le 9 mars 1780 : « A vendre faute d'emploi, 
une jeune fille nègre de tout à fait bonne apparence, âgée de seize 
ans. » 

Le Continental Journal, le 17 août 1780 : « A vendre, un petit garçon 
nègre, de bonne apparence. » 

Le Continental Journal, le 21 décembre 1780 : « A vendre, une 
femme nègre, forte et en bonne santé, âgée d'environ vingt-neuf ans, 
propre à la campagne ou à la ville. » 

Le Continental Journal, le 10 mars 1781 : « À vendre, une femme 
nègre de bonne apparence, hors de l'ordinaire, âgée de dix-sept ans, 
garantie forte, de bonne santé et de bon caractère, n'a aucune idée 
de liberté et a toujours été accoutumée aux travaux de cuisine et de 
laiterie d'une ferme. » 

« Le préjugé de couleur n'était guère alors plus fort au Sud qu'au 
Nord. Si les esclaves étaient plus nombreux dans les colonies du 
Sud, c'était pure affaire de climat et de mode de culture. On comp- 
tait, en 1756, dans toute l'Amérique du Nord, environ 300,000 nègres 
esclaves dont 220,000 en Virginie. Les noirs dans la Nouvelle-Angle- 
terre étaient exclusivement employés comme serviteurs domestiques. 
Même dans ce pays de puritanisme aigu, le nombre des esclaves, 
malgré quelques scrupules de conscience formulés au commence- 
ment du dix-huitième siècle, s'accrut avec la richesse et le luxe. 
D'après un recensement officiel de 1754, le Massachusetts possédait 
2,500 esclaves adultes, dont 1,000 environ à Boston, proportion plus 
grande à l'égard du nombre des habitants libres que ce ne fut le cas 
cent ans plus tard à Baltimore. La proportion était plus forte encore 
dans le Connecticut que dans le Massachusetts, et dans le Rhode 
Isl.and que dans le Connecticut. La législation de la Nouvelle- Angle- 
terre protégeait cependant les esclaves contre les maîtres, au moins 
dans une certaine mesure. >. (Auguste Moireau, Histoire des États- 
Unis, vol. 1, p. 423.) 



8 LA QUESTION NÈGRE 

Nouvelle-Angleterre, leur conscience commença à se trou- 
bler au sujet de l'existence d'une telle institution dans 
leur sein, et au moyen d'une série de restrictions, ils arri- 
vèrent finalement à Tabolilion de l'esclavage chez eux. Tel 
n'était pas le cas cependant pour le trafic des esclaves, 
qui rapportait des profits énormes à la région. Pendant 
que les colons pouvaient voir clairement le grand mal 
qu'il y avait à introduire des esclaves dans leurs établis- 
sements, ils ne se faisaient aucun scrupule d'armer des 
navires destinés à fournir des nègres aux marchés du 
Sud (i). Citons le D^ Du Bois (2) : « Ce trafic (dans le Nord) 
formait un cercle complet. Les propriétaires des navires 
négriers transportaient des esclaves en Caroline du Sud et 
en rapportaient des matériaux pour la construction des 
. navires; ou bien ils transportaient des esclaves aux Indes 
occidentales d'où il^ rapportaient des muids démêlasse. La 
mélasse servait à fabriquer le fameux rhum de la Nouvelle- 
Angleterre qui dans les muids (rapportés des Indes 
occidentales) était exporté en Afrique pour y être échangé 
contre d'autres esclaves. C'est ainsi que l'industrie de la 
distillation du rhum dans la Nouvelle-Angleterre est, 
jusqu'à un certain point, un indice de l'activité de la 
Nouvelle-Angleterre dans le trafic des esclaves. En 
mai 1752, un certain capitaine Freeman trouva tant de 
négriers en armement que, en dépit des importations 
énormes de mélasse, il ne put pas trouver de rhum pour 
son navire. A Newport seul, vingt-deux distilleries étaient 



(1) The Boston News Letter, nM12, June 10,1706. — Mary S. Locke, 
Anti-Slavery in America^ ch. I. — Sewall, The Selling of Joseph^ 
dans la 5» Massachusetts Society, Collection VI, 17 : « Il a été calculé 
que l'importation des nègres n'est pas aussi avantageuse que 
celle des serviteurs blancs » ; emprunté à la Boston News Letter, 
no H2, June 10,1706, in Moore, Notes on Slavery in Massachusetts, 
p. 106-108. — Appleton, Considérations on Slavery, 14-15. 

(2) Cf. H. Wilson, Rise and Fait of the Slave Power in America^ 
vol. I, p. 84. 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 9 

continuellement en opérations à la fois; et le Massachusetts 
distillait annuellement 15,000 muids de mélasse (de 
60,000 à 75,000 hectolitres) pour en faire du rhum (1). » 

Causes du développement de l'esclavage 
dans le Sud. — Pendant que les colonies du Nord récol- 
taient une riche moisson parle commerce des esclaves, les 
colonies du Sud, par suite des conditions économiques, 
devenaient le pays de Tesclavage. Ici tout était favorable 
au développement de cette institution : la richesse du sol, 
la chaleur du climat et la nature des produits de la terre ; 
tout ten dait à fajj ie en sorte que le travail de l'esclave 
fût_dje-4>lus en plus reçh erdié. Chaque plantation devint 
un groupe social du type féodal. Les petites cabanes bâties 
avec des tcûncs d'arbres se groupaient autour de la mai- 
son du maître, et les relations quotidiennes faisaient sou- 
vent naître des sentiments affectueux entre le propriétaire 
et Tesclave. Les nègres montraient une disposition à 
imiter, d'aussi près que possible, les manières et la façon 
de vivre de leur milieu blanc, et la race dominante prenait 
souvent intérêt à l'amélioration de la condition des 
esclaves. 

Il y avait cependant un germe de corruption dans ce 
groupement social. Le pouvoir absolu que le maître 
blancavait sur ses esclaves était démoralisant à la fois 
pour le blanc et pour le nègre. Un t el pouvoir ne sa u- 
rait manquer de tourner en abus. Un de ses résultats di- 
rects fut l'immoralité la plus grossière. La loi qui avait 
fait un bien içeuble de la femme nègre détruisit chez le 
noir la vie de famille et ce qui restait de sa vertu primi- 
tive (2) . 



(1) Du Bois, Suppression of the Slave Trade^ pp. 28-29. — American 
Historical Record, I, pp. 315-9, 338-42. — Ibid., I, 316. - Ibid., 1, 317. 
— Ibid., I, 344; Cf. Weeden, Economie and Social History of New 
England, II. 459. (Citation empruntée à Du Bois.) 

(2) « Tout interdisait les mariages entre blancs et noirs, la religion 



10 LA QUESTION NÈGRE 

Mais, avec le temps, une amélioration parut se produire, 
ce qui était dû, sans doute, àTinfluence des femmes de la 
« grande maison » qui se servirent de tous les moyens pour 
prévenir la dégradation morale de leurs fils. Un système 
féodal d'un caractère plus élevé aurait pu se dévelop- 
per, sous lequel le sauvage africain, continuant à imi- 
ter ce que ses maîtres possédaient de plus admirable, 
serait monté lentement au niveau de la civilisation 
aryenne. Malheureusement un changement soudain dans 
les conditions économiques arrêta ce progrès. L'excellence 
du sol du Sud pour la culture du coton, les nombreuses et 
merveilleuses inventions qui produisirent un si grand 
changement dans cetle industrie, toutes ces conditions 
révolutionnèrent complètement Texistence des esclaves, 
La petite ferme avec son agglomération patriarcale était 
condamnée à disparaître, et avec elle aussi les meilleurs 
caractères de Tesclavage. A sa place vint la grande plan- 
tation, avec ses habitations d'esclaves éloignées de rem- 
placement et de Tinfluence de la « grande maison ». 

Trop souvent aussi le propriétaire ne demeurait pas sur 



comme un péché, ropinion publique comme une honte et un scan- 
dale, la loi comme un crime. Mais ni la loi, ni TÊvangile, ni Topi- 
nion publique ne pouvaient empêcher certains cas de fusion, inévi- 
tables entre deux races rapprochées par ce contact étroit et 
permanent qu'impliquait l'esclavage domestique. Ici éclatait, sous 
son aspect le plus odieux, l'hypocrisie, le « cant » britannique. Les 
colons hollandais, français, espagnols et portugais, moins imbus de 
l'orgueil de race, moins entichés d'une fausse austérité religieuse, 
de cette moralité dont les Anglais font si vaniteux étalage, n'hési- 
tèrent pas à reconnaître leurs enfants de couleur, à s'occuper d'eux 
et de leur avenir. Dans les colonies anglaises, lès enfants de sang 
mêlé étaient fort nombreux, mais une abominable loi exigeait qu'ils 
« suivissent la condition de la mère », et le décorum, le préjugé, 
plus fortement encore que la loi, empêchaient les pères de jamais 
reconnaître ces enfants, impitoyablement maintenus esclaves. 
Richard Hildreth, History of the United States to the end of the i6th 
Congress^ 6 vols. New- York. (Traduction A. Moireau, Histoire des 
États-Unis, vol. I, p. 428.) 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 11 

la plantation et n'était représenté que par un surveillant à 
^gage s qui était apprécié suivant la quantité de travail qu'il 
pouvait obtenir des esclaves. Le nègre devint exclusive- 
ment un article de valeur commerciale, coté sur le marché 
comme les chevaux, les mules et les autres animaux domes- 
tiques nécessaires aux travaux d'une grande plantation. 
Les esclaves devinrent de plus en plus recherchés; il se 
produisit un renou ^;jau d'ac tivité dans la traite des nègres, 
malgré les restrictions internationales. Mais ce trafic de 
contrebande ne fournit pas le nombre nécessaire d'ouvriers 
et rélev age d'esc laves^ qui lit disparaître les dernières 
traces de la moralité nègre, fut entrepris dans plusieurs 
régions. Le professeur Dew, plus tard président du « Wil- 
liam and Mary Collège », dans un compte rendu di^ grand 
débat qui eut lieu devant les Chambres de la Virginie, en 
i831-1832, sur la question de Tesclavage, parla des restric- 
tions apportées à la traite et donna comme son opinion 
que ces restrictions « toimifîiit 4 l'avantage de TEtat et 
n'arrêtent pas l'accroissement de la population nègre 
autant qu'on pourrait se l'imaginer d'abord, parce qu'elles 
encouragent le maître à s'occuper de ses nègres, à en favo- 
riser la reproduction et à faire en sorte que Télevage en 
soit le plus grand possible... La Virginie est en réalité un 
État producteur d'esclaves pour les autres États » (1), 

En outre, la demande toujours croissante de quantités 
énormes de coton triompha des scrupules déjà affaiblis 

(1) H. Wilson, Rise and Fall of the Siave Power in America^ vol. I, 
p. 100. 

T. J. Raodolph s'exprime ainsi dans la Virginia Législature^ en 
1832 ; « L'État tout entier était un vaste parc à bestiaux où des 
hommes étaient dressés et envoyés au marché comme les bœufs à 
l'abattoir. » • 

Phelps, New Orléans and Reconstruction^ Atlantic Monthly^ juil- 
let, 1901 : « Pour la première fois peut-être dans l'histoire du monde 
des êtres humains ont été élevés d'après des règles fixes, comme 
constituant un fonds de valeur, avec autant de soin qu'on en con- 
sacre aux meilleurs chevaux et au meilleur bétail. » 



12 LA QUESTION NÈGRE 

des planteurs et, par suite, ils fireat travailler leurs nègres 
comme leurs autres animaux. Us trouvaient souvent plus 
profitable de faire travailler leurs jeunes esclaves jusqu'à 
les tuer de fatigue, et d'en acheter d'autres alors pour les 
remplacer, que de les supporter pendant une vieillesse 
prolongée et inutile. Ce manque d'égards pour la condition 
physique de l'esclave engendra chez le nègre une indiffé- 
rence absolue pour les lois dej'hygiène et lui fit contracter 
des habitudes i galsaines^ qui auj;aientj)u, avec le temps, 
amener la détérioration de la race. 

La famille nègre. — Le fait d'entasser les esclaves, 
sans distinction d'âge ni de sexe, dans des logeme nts éloi- 
,giiés-eUnisérables, à l'écart de toute influence restrictive, 
excepté celle du surveillant, ne pouvait pas n ^nquer de ra- 
baisser le caractère moral de ces groupes et de les mettre 
en réalité au même niveau que les animaux inférieurs 
dont ils partageaient les travaux. La vie dans de telles 
conditions devait être, certainement, destructrice de toutes 
les xgrtg^qui forment la base de la civilisation. En parlant 
du fûyçx des nègres, le D^ Du Bois dit: « il y avait dans le 
foyer des nègres presque nécessairement un manque absolu 
d'épargne, ou des raisons ordinaires qui encouragent 
l'épargne. La nourriture et le chauffage leur étaient assu- 
rés, et la fidélité extraordinaire (envers leur maître) ou 
l'économie, ne pouvait les affecter que peu ou point.... le 
père faisait défaut, c'est-à-dire que l'autorité paternelle 
manquait à l'esclave pour proté.^Êret_g.o.uyerner sa famille. 
Sa femme pouvait devenir la concubine de son maître, sa 
fille pouvait êlre outragée, son fils fouetté ou lui-même 
vendu au loin sans qu'il pût protester ou lever un doigt pour 
y mettre obstgLcle Naturellement, son autorité dans son 
propre foyer n'était que celle qui pouvait être basée sur la 
force brutale seule, et il tomba facilement au rang d'l\ôte 
mâle dans la maison, sans respect et sans responsabilité... 
et, de même que le père, la mère faisait défaut. La mère 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 13 

esclave ne pouvait passer que peu ou point de temps chez 
elle. C'était ou une ouvrière des champs ou une servante 
de maison, et ses enfants obtenaient d'elle peu de soins ou 
d'attention. 11 n'y avait, par conséquent, dans la famille, 
aucun sentiment d'unité ou de permanence. C'était une 
agglomération d'atomes temporaire, presque fortuite. Ce Aj^ 

n'-était pas un organisme et elle n'avait ni force ni fierté. . ^ iv^*^^^^ 

« Tels étaient le foyer et la famille que l'esclavage légua^''^^'^ 
à la liberté (1). » 

Condition civile de l'esclave. — Pour mieux 
comprendre les conditions qui façonnèrent le caractère de 
l'esclave et déterminèreut, dans une mesure importante, 
celui de ses descendants, il est nécessaire de se rapporter 
aux lois des différents États où est définie la place que le 
nègre occupait dans la société (2). Suivant la loi de la 



(1) Du Bois, dans le Southern Workman, sept. 1901, p. 492. 

G. W. Williams, dans son History of the Negro Race in America^ 
vol. 1, p. 192, écrit ce qui suit au sujet de la famille nègre dans la 
colonie de Massachusetts : « Le pouvoir du maître sur ses esclaves 
était presque absolu. S'il voulait vendre les enfants et garder les 
parents, sa décision n'était soumise à aucun tribunal. S'il voulait 
vendre la femme de son esclave et l'envoyer dans les champs de riz 
des Carolines ou dans les Antilles, les larmes du mari ne faisaient 
qu'exaspérer le maître. Les pères de famille de la Nouvelle Angle- 
terre n'avaient aucun respect pour les liens du mariage parmi leurs 
esclaves, et par suite ils brisaient les familles d'esclaves sans le 
moindre remords. » 

Du même auteur, d'après une citation du docteur Belknap : « Les 
enfants des nègres étaient considérés comme un embarras dans une 
famille,, et une fois sevrés, on les donnait comme des petits chiens. » 

(2) J. G. Ballagh, History of Slavery in Virginia, pp. 34-35. 

« Reconnaissance légale de l'esclavage par les colonies améri- 
caines, dans Tordre suivant: Massachusetts, 1641 ; Connecticut, 1650; 
Virginie, 1661; Maryland, 1663; New- York et New-Jersey, 1664; 
Caroline du Sud, 1682; Pensylvanie et Rhode Island, 1700; Caroline 
du Nord, 1715; Géorgie, 1755. Avant ces dates, la condition devant 
la loi de tous les nègres en service était celle des domestiques 
blancs et leurs droits, leurs devoirs et leurs incapacités étaient les 
mêmes, ou de même ordre, que pour les domestiques blancs. » 
Cf. aussi Hurd, Law of Freedom and Bondage^ T, pp. 249 et seq. 



14 LA QUESTION NÈGRE 

Louisiane, « un esclave est un homme qui est en puis- 
sance d'un mattre auquel il appartient. Le maître peut le 
vendre, disposer de sa personne, de son industrie et de 
son travail. Il ne peut rien faire, rien posséder ni rien 
acquérir qui ne doive appartenir à son maître. (Civil Code, 
art. 55 ».) 

Il est dit aussi: « Les esclaves seront toujours réputés et 

considérés comme propriété foncière, et seront, comme 

tais, sujets à être hypothéqués suivant les règles prescrites 

parla loi; et ils pourront être saisis et vendus comme 

propriété fçncière. » (7 Marlin's Ùigest, 62.) 

Dans la Caroline du Sud, la condition du nègre était 
définie ainsi : « Les esclaves seront considérés, vendus, 
pris, réputés et adjugés en droit comme biens meubles 
personnels dans les mains de leurs maîtres et propriétai- 
res, et de leurs exécuteurs, administrateurs et ayant cause, 
à tous égards et sous tous lôft-capports » (2 Brevard's Digest, 
229; Prince' s Digest, 446.) Dans le Kentucky, les esclaves 
étaient considérés comme propriété foncière, mais sujets 
à être vendus comme biens meubles par leur maître à son 
bon plaisir et pouvaient être saisisjBjDU-.paiement, de ses 
dettes. [Liitell and SwigerVs Digest^ 1155 et 1246.) 

M. G. M. Stroud, dans son Esquisse des lois ayant rapport 
à Vesclavage dans les différents £tats{iS^l), donne le court 
somm^iiÊ suivant de la condition des nègres d'après les 
lois des différents États. 

L Le maître peut déterminer l'espèce, la nature et la 
durée du travail auquel l'esclave sera soumis. 

IL Le maître ne fournira à l'esclave que telle nourriture 
et tels vêtements, tant en qualité qu'en quantité, qu'il 
jugera bon et convenable. 

m. Le maître pourra, à sa discrétion, ijifliger à son 
esclave telle punition que bon lui semblera. 

IV. Toute la puissance du maître sur son esclave pourra 
être exercée, non seulement par le maître lui-même, mais 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 15 

encore par toute personne qu'il pourra choisir comme agent. 

V. Les esclaves n'ont le droit légal de propriété sur 
aucune chose: mais quelque chose qu'ils puissent acquérir 
appartient légalement à leurs maîtres. 

VI, L'esclave étant un bien meuble personnel est sujet en 
tout temps à être vendu, ou hypothéqué, ou donné à bail 
au gré de son maître. 

VIL II peut aussi être vendu par voie légale pour payer 
les dettes d'un maître vivant ou les dettes et les legs d'un 
maître décédé, à la demande des cr éancier s ou des léga- ^i>* 
taires. 

VIII. Un esclave ne peut pas être partie devant un tri- 
bunal de justice, dans aucune espèce d'action contre son 
maître, quelque atroce qu'ait été le tort à lui causé par ce 
dernier. 

IX. Les esclaves ne peuvent se rachetev, ni obtenir un 
changement de maître, quoique des traitements cruels 
puissent avoir rendu un tel changement nécessaire pour 
leur sécurité personnelle. 

X. Les esclaves étant article de propriété, au cas où ils 
seraient blessés par un I jers^ leurs maîtres peuvent pour- (j^ ''^ 
suivre ce tiers en justice et en obtenir des dommages- 
intérêts. 

XI. Les esclaves ne peuvent pas passer de contrats. 

XII. L'esclavage est héréditaire et perpétuel. 

Dans les codes de différents États, on trouve des articles 
qui avaient pour but de protéger l'esclave; cependant il 
était difficile de mettre ces lois à exécution, car il faut se 
rappeler que le témoig^nage d'un nègre libre ou esclave 
n'était pas recevable contre un blanc, et il est à supposer 
que les propriétaires d'esclaves évitaient de violer la loi 
devant des téncmiûs^blancs. '^^ ^ ' ' ' ' 

Quant au traitement général des esclaves, les lois sui- 
vantes sont caractéristiques. 

Caroline du Nord, Art. 3, Acte de 1798. « Attendu que» 



V 



16 LA QUESTION NÈGRE 

suivant un autre acte de TAssemblée passée en 1774, le 
meurtre d'un esclave, quelque horrible, cruel et prémédité 
qu'il ait été, n'est punissable en première instance que de 
l'emprisonnement et du paiement au maître dudit esclave 
du montant de sa valeur, et que cette distinction de crimi- 
/ «'Tma^ . i^ ' nalité entre le meurtre d'une personne blanche et celui 
il<-'^/ d'une autre personne qui est également un être humain, 

ne différant du premier que par la couleur, est honteux 
pour l'humanité et dégradant au plus haut point pour les 
lois et les principes d'un pays libre, éclairé et chrétien, il 
est résolu.., que si quelqu'un, à l'avenir, fait périr un es- 
clave, avec préméditation et intention criminelle, il sera, 
pour la première condamnation, déclaré coupable de meur- 
tre, et devra subir la même peine qu'il aurait encourue s'il 
avait tué un homme libre; il est entendu, cependant, que 
cette prescription de s'appliquera pas à la personne qui 
tuerait un esclave misjiorsla lo^ en vertu de quelque acte 
de l'Assemblée de l'État, ou qui tuerait un esclave en train 
de résister à son maître ou à son propriétaire légitime, ou 
qui occasionnerait la mort d'un esclave par suite d'une 
correction modérée. » (Haywood's, Manual, 530.) 
- Par suite du fait que les esclaves ne pouvaient pas 
passer de contrat, ils ne pouvaient pas conclure légale- 
ment un mariage. Us pouvaient former des liens avec le 
consentement du maître, mais ces prétendus mariages 
n'étaient pas indissolubles, puisque l'un ou l'autre des 
deux contractants pouvait, à n'importe quel moment, 
passer aux mains de nouveaux propriétaires (Ij. 

(1) J. C. Ballagh, Hutory of Slavery in Virginia, p. 102 : «Mais la 
séparation d'un mari et d'une femme, d'un père ou d'une mère et 
de son enfant, qui jamais dans la vie ne devaient plus se revoir in 
entendre parler les uns des autres, comme cela arrivait assez fré- 
quemment lorsqu'un domaine était divisé, par suite de décès ou de 
banqueroute, cette séparation, bien que sanctionnée par la loi, était 
aux yeux d'un blanc un acte maudit, presque un crime » 

Ibid., p. 71 : « Les incapacités de l'esclave s'étendaient jusque 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 17 

Toute tendance vers Péjaar gfe ou vers le désir instinctif 
d'acquérir quoi que ce fût était réprimée par des lois 
prohibitives dans les divers États. Suivant le Revised Code 
du Mississipi, 379, il était interdit à l'esclave de cultiver 
du coton pour son propre usage; et si son maître Tauto- 
risait à le faire, ledit maître se rendait passible d'une 
amende de cinquante dollars. Le Civil Code de la Loui- 
siane (art. 475, Martin*s Digest, 616), dit que « tout ce 
qu'un esclave possède appartient à son maître». Cette 
même loi se retrouve sous diverses formes dans les codes 
de la Caroline du Sud, de la Caroline du Nord, du Mary- 
land et d'autres États du Sud. . 

On peut ainsi voir, sans difficulté, que le nègre n'avait 
nuls droits personnels qui fussent reconnus par la loi et, 
par conséquent, par la société. Au contraire, il dépendait 
absolument dii C^grîijB de son maître. Si ce dernier avait 
bon cœur, l'esclave devait vraiment^ s'estimer heureux ; 
mais il savait aussi que des difficultés financières pou- 
vaient, à tout moment, le séparer de la famille à laquelle 
ilétait attaché, et il ignorait quel jour il pourrait être vendu 
pour être ftTnmp.n p. « an l ^ f^a dn fjp.n vft » (1) dans cet enfer 
dont les nègres ne parlaient qu'avec terreur, où les escla- 
ves étaient au travail, sous le fouet du surveillant, dans les 
^^^ar^^^^s. ou les grandes plantations de sucre et de coton. 

La condition du nègre est bien résumée et définie par 
la décision du « Chief Justice » Taney, dans le fameux cas 
« Dred Scott » (2j. Le demandeur, un esclave appartenant 
au D»" Emerson, chirurgien de l'armée des États-Unis, 
réclamait sa liberté en raison de ce qu'il avait été traus- 



dana le domaine des droits privés. On lui refusait le droit de se 
marier et de faire du commerce parce que, étant une propriété, il ne 
pouvait avoir de volonté ni faire un contrat. » Cf. aussi Heuing, 
Slatutes at large of Virginia, lll, 252, 298. 

(1) Le Mississipi. 

(2) Cf. Sanford's, Dred Scott Case, pp. 397-499. 



Ji,LA^^jJi^^ 



iijJ^ 



rw.^^ ^ ^1 



18 LA QUESTION NÈGRE 

porté et retenu dans un État où l'esclavage n'était pas 
permis par la loi. Dans sa décision motivée, le « Chief 
Justice » Taney démontrait définitivement que le nègre 
n'avait nul droit que le i)lanc fût^ tenu de respecter (1). 
Condition des nègres libres. — Bien qu'en réa- 
lité la grande majorité des nègres des États-Unis fussent 
esclaves, il s'en trouvait cependant dans le Nord et dans 
le Sud qui étaient joaminalement libres. Ces derniers 
avaient été afl^anchis par leurs propriétaires ou étaient 
les enfants de nègres émancipés. Que le nombre des Afri- 
cains libres aux États-Unis fût petit, cela se comprend 
aisément, puisque les lois des États suscitaient toutes 
sortes d'obstacles aux maîtres qui pouvaient désirer 
libérer leurs esclaves. En 1850, on estimait qu'il y avait 
238,187 nègres libres dans le Sud et 196,016 dans le Nord 
contre environ 3,620,000 esclaves (2). Être nègre voulait 
dire être esclave; ^tt^^fé,.'un Africain libre était une 
anomalie, un être sans pays, sans caste, sans aucune 
place légitime dans la société. Les esclaves ne l'aimaient 
pas et enviaient son sort, et les blancs s'en défiaient et le 
haïssaient. On le supposait animé de sentiments dange- 
reux pour l'institution de l'esclavage, et on le considérait 
comme une menace constante pour la paix de la société. 
Aussi avait-on édicté des lois sévères contre les nègres 
libres. Leur condition était à peine préférable à celle de 
leurs frères en servitude. 

Les lois coloniales étaient très claires et formelles 
au sujet du nègre libre ; et ses privilèges comme citoyen 
se bornaient, apparemment, à payer les impôts (3). Dans 
la colonie de la Virginie, par un acte de 1723, il est déclaré 
expressément qu'<( aucun nègre libre ne pourra désormais 

(1) Cf. Howard's, Reports, vol. XIX, pp. 403-405. 

(2) Cf. G. W. Williams, History of the Negro Race in America^ 
vol. Il, p. 12o. 

(3) Cf. Hening, Statutes at large of Virginia^ vol. IV, p. 133. 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 19 

voter aux élections (I) ». Malgré cette restriction, il devait 
contribuer aux trais de l'État, quoiqu'on lui refusât les 
droits sociaux. On l'enrôlait dans la milice, sans lui 
permettre de porter les armes. On ne lui laissait que 
les occupations les plus humbles et les plus servîtes, 
comme de creuser des tranchées, de faire la cuisine et de 
conduire les chariots. 

Les États esc lava gistes qn_t, bien entendu, traité le 
nègre libre avec une sévérité qui était un moyen de pro- 
tection pour les blancs; car, en dehors de l'aversion natu- 
relle pour cette race, il y avait toujours le danger que ces 
nègres libres n'excitassent les esclaves à la révolte. Dans 
quelques États, des lois rigoureuses furent faites pour as- 
surer l'élimination graduelle de toute la population d'Afri- 
cains libres (2). 

Dans la Virginie, d,^a^s la Constitution revisée de 1853, 
tous les esclaves qui seraient émancipés à dater de ce 
jour devaient quitter l'État dans un déi^i de douze mois 
à partir du moment de leur émancipation, sous peine de 
perdre leur liberté. On fit des lois de bonnejheure pour 
interdire à toute personne d'instruire les nègres, aussi 
bien esclaves que libres ; et en 1838, il fut décrété que 
tout nègre qui quitterait l'État dan^^le but d'acquérir 
l'éducation ne serait pas admis à y rentrer. Cette politique 
fut suivie par d'autres États du Sud, car on reconnaissait 
que l'institution de l'esclavage ne pouvait pas être main- 



Ci) Cf. Hening, Sialutes at large of Virginia^ vol. IV, pp. 133-134. 

(2) J. C. Ballagh, History of SLavery in Virginia^ p. 119 : « Le dan- 
gerde rélémeot libre indien et nègre fut reconnu de très bonne heure, 
et le résultat fut que, en 1691, on restreignit le droit de libérer les 
esclaves. De peur que les libérés ne donnassent asile aux fugitifs, ne 
recelassent des marchandises volées ou par suite de leur âge ne fus- 
sent à charge à l'État, il fut résolu par l'assemblée qui alors faisait 
une loi pour supprimer les « outiyiug slaves », que l'on ferait de la 
déportation des anciens esclaves en dehors de la colonie une condi<^ 
tion de leur affranchissement par leur maître. » 



f 20 LA QUESTION NÈGKE 

tenue là où il y avait une population toujours grandis- 
sante de nègres libres jouissant des privilèges et des 
droits de citoyens et des avantages de l'éducation (1). 

Dans beaucoup d'États soi disant libres situés sur la 
ligne de démarcation du Nord et du Sud, les lois relatives 
à la condition des nègres montraient autant de sévérité, 
autant d'inhumanité, que les Codes des États esclava- 
gistes, et cela, avec bien moins de raison. Pendant que le 
nègre était libre de nom, on lui refusait les droits les plus 
élémentaires du citoyen. Les « lois noires » qui régissaient 
sa conduite sont un monument durable de l'indifférence 
absolue que professaient les gouvernements de ces pays, 
relativement au bien-être d'un peuple qui n'était pas res- 
ponsable de sa présence aux États-Unis. 

Dès la première législature, le gouvernement de TOhio 
fit une loi pour régulariser la situation des personnes 
nègres et mulâtres; nous en extrayons ce qui suit : 

Art. i^^. Aucun noir ou mulâtre ne sera autorisé à se 
fixer dans cet État sans un certificat établissant actuelle- 
ment sa liberté. 

Art. 3. Il est interdit aux habitants d'employer des 
nègres ou des mulâtres non munis d'un certificat. 

Art. 5. Les noirs ou mulâtres venant demeurer dans l'État, 
munis d'un certificat, doivent faire enregistrer celte pièce. 

En 1806-1807, cette loi fut amendée comme il suit : 
« Tous les nègres libres venant demeurer dans l'État 
d'Ohio, doivent donner des garanties assurant qu'ils ne de- 
viendront pas une charge pour la communauté tians laquelle 
ils s'établissent ». L'article 4 de cet amendement, désigné 

.(1) J. G. Ballagh, History' of Slavery in Virginia^ p. 126 : «En 1860, 
rAssemblée générale reçut le droit d'apporter des restrictions aux 
mises en liberté et d'établir des lois pour soulager la République en 
éloignant l'élément nègre libre. L'Assemblée cessa désormais d'éman- 
ciper tout esclave ou descendant d'esclave. » Cf. Code 1814, II, 126; 
Code 1819, W. 421-422; Code 1849, 437-749; 1860, 511. Stcetutes at 
large, new séries, I, 289. 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 21 

quelquefois sous le nom de Loi des sept-huitièmes, parce 
qu'il ne s'appliquait qu'aux noirs et aux mulâtres, dit : 

« Aucun noir ou mulâtres ne sera à l'avenir admis à être 
assermenté et à donner témoignage devant aucune cour 
de justice ou ailleurs dans cet État, dans aucune cause en 
litige ou dispute légale dans laquelle Tune ou Tautre des ^ jj^ 

parties sera un blanc, ou dans aucune poursuite intentée \.^^^ 
au nom de cet État contre un blanc quelconque^ \)^ 

Dans la nouvelle Constitution de 1851, les droits du 
nègre furent encore restreints. L'article 13 dit (§ 1) : 
« Aucun nègre ni aucun mulâtre ne pourra entrer ni 
s'établir dans cet État après l'adoption de cette Constitu- 
tion. » — § 2 : « Tout contrat fait avec un nègre ou 
un mulâtre venant dans l'État contrairement au para- 
graphe précédent, sera nul, et toute personne qui em- 
ploiera un tel nègre ou mulâtre ou l'encouragera à rester 
dans l'État, sera punie d'une amende qui ne pourra pas 
être inférieure à dix dollars ni supérieure à cinq cents 
dollars. » — § 3 : « Toutes les amendes qui pourraient 
être perçues pour la violation des prescriptions de cet — 
article ou de toute loi qui pourrait être faite à l'avenir 
pour en assurer l'exécution, seront mises de côté pour 
constituer un fonds destiné à la colonisation des nègres 
et mulâtres et de leurs descendants qui peuvent se trou- 
ver dans l'État au moment de l'adoption de cette Consti- 
tution et qui voudraient bien émigrer. » 

Dans rindiana, des lois sévères furent établies pour li- 
miter les droits des nègres libres et restreindre l'immigra- 
tion de ceux d'autres États. Le but avoué de ces lois était 
de forcer graduellement tous les nègres à quitter l'État. 
Une Convention constitutionelle, formée de cent cinquante 
membres, se réunit en octobre 1850. Parmi les divers 
changements proposés à la Constitution de l'État se trou- 
vaient des mesures relatives aux nègres, qui, considérées 
au point de vue des nouveaux sentiments qui prévalent 






22 LA QUESTION NÈGRE 

aujourd'hui, nous paraissent absolument barbares. Un 
^ dispositif fut adopté, à la grande majorité des membres 
présents, par lequel il était interdit à tout nègre ou mulâtre 
(excepté aux esclaves en transit, accompagnés de leurs 
maîtres) de venir dans TÉtat; et^ en outre, il était défendu 
à toute personne de donner du travail aux nègres et aux 
mulâtres visés dans cet article, sous peine d'une amende 
de cinq cents dollars pour chaque délit. Ce dispositif fut 
ensuite soumis au peuple par un vote distinct, et fut adopté 
avec une majorité de quatre-vingt-dix mille voix. Comme 
dans les autres États situés sur là ligne de démarcation 
entre le Nord et le Sud, la loi refusait de reconnaître le 
témoignage d'une personne qui avait un hjiitième de sang 
nègre, si la partie opposée était un blanc. Il y a beaucoup 
de cas, dont on a conservé le dossier, qui montrent que ces 
lois étaient appliquées rigoureusement. L'exemple suivant 
peut être considéré comme typique. Dans l'été de 1863, le 
général Rosecrans, de Tarmée fédérale, fit passer la riyière 
Ohio à des réfugiés nègres. Un de ceux-ci, du nom de 
Henry Goings, se dirigea sur l'Indiana où il fut employé 
pour la moisson par un fermier, John Bixler. Quand ce 
fait parvint aux oreilles des autorités locales, Henry 
Goings et son patron furent, tous deux mis à l'amende, 
l'un pour être venu dans l'Etat, et l'autre pour lui avoir 
donné du travail. Le cas fut porté devant un tribunal su- 
périeur et Goings fut acquitté cependant, pour la raison 
qu'il n'était pas nègre, et parce qu'il avait prouvé qu'il 
était Indien Cherokée. Le plus remarquable de l'affaire 
est que cette cause fut soulevée au moment où des mil- 
liers de citoyens de l'Indiana combattaient dans l'armée 
du Nord, soi-disant pour délivrer les nègres de l'oppres- 
sion des Américains du Sud(1). 



(1) H. Wilson, Rise and Fall of the Slave Power in AmencUf vol. II, 
p. 186. 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 23 

Préjugés contre les nègres avant la guerre. 

— Quoique les nègres eussent beaucoup de partisans dans 
le Nord, les gouvernements d'États ne les pl açaien t pas, ^^l^--^^ ^^^ 
cependant, sur le même pied que les citoyens blancs. Leurs 
droits étaient' fortement restreints, non seulement à cause 
d'un préjugé de race instinctif et de la ferme croyance à 
l'irrémédiable infériorité morale et intellectuelle de la 
race de couleur, mais aussi indirectement, à cause de la 
« Loi de l'esclave fugitif », qui obligeait les autorités des 
États libres à aider les propriétaires à rentrer en posses- 
sion de leurs esclaves fugitifs, et frappait de peines sé- 
vères toute personne qui aidait ou encourageait ceux-ci 
daas leur lutte pour conquérir leur liberté. 

Tout Africain était supposé esclave jusqu'à ce qu'il eût 
donné la preuve du contraire. Aussi une personne de cou- 
leur, dans le Nord, était-elle toujours en danger de tracas- 
series et 'd'arrestation, et en tout temps sujette à telles 
vexations qui pouvaient être nécessaires pour l'application 
littérale de la « Loi de l'esclave fugitif » (1). 

Quoique la conscience nationale commençât à s'éveiller 
lentement, grâce aux efforts des agitateurs antiesclavagis- 
tes, il faut dire cependant que la société, en général, dans les 
États du Nord, étaitanimée de préjugés semblables à ceux 
qui dominaient dans le Sud. Les réunions antiesclavagistes 
étaient souvent dispersées par la populace, qui maltraitait 
les orateurs. Ceci arriva même dans le Massachusetts où 
M. Garrison , l'abolitionniste bien connu, fut, une fois, 
traîné dans les rues avec une corde au cou par une troupe 
de « citoyens estimables ». L'attitude prise par les gens 
du Nord était plutôt extraordinaire. Ils croyaient que le 
nègre avait le droit d'être son propre maître. Cependant, 
ils étaient plus intransigeants dans leur aversion pour 
tout contact avec les gens de couleur que les gens du Sud, 

(1) H. Wilson, Rise and Fall of the Slave Power in America, yoI.U, 
ch. XXIV. 



24 LA QUESTION NÈGRE 

qui étaient devenus familiers avec le nègre par suite de 
leurs rapports séculaires, et qui n'avaient à son égard que 
des sentiments de bienveillance intéressée l^t qu'il restait 
à la place qui lui était assignée dans le système de l'es- 
clavage . 

La position sociale du nègre est bien expliquée par 
réminent orateur et auteur nègre, Frederick Douglass, 
dans une lettre écrite à M. Garrison pendant qu'il voya- 
geait dans les lies Britanniques. « Dans la partie méridio- 
nale des Etats-Unis, j'étais un esclave, auquel on pensait 
et dont on parlait comme d'un article de propriété... Dans 
les États du Nord, je passe pour un esclave fugitif, en dan- 
ger d'être poursuivi, à tout moment, comme un criminel, 
et d'êlre précipité dans les mâchoires terribles de l'escla- 
vage; condamné, par un préjugé invétéré contre ma cou- 
leur, à l'insulte et à l'outrage de tous les côtés (le Massa- 
chusetts mis à part); privé des privilèges et des courtoisies 
ordinaires dans l'usage des moyens de transport les plus 
humbles; mis à la porte des cabines desibateaux à vapeur; 
arrêté à l'entrée des hôtels respectables; caricaturé, mé- 
prisé, injurié, bafou é et maltraité par d'importé quel 
individu (quelque noir que soit son cœur) pourvu qu'il ait 
la peau blanche » (1). 
La guerre de Sécession était inévitable. — 
^Longtemps avant la guerre de Sécession, il devint évident 
pour les hommes d'État prévoyants qu'un pays comme les 
États-Unis, comprenant des parties presque indépendantes 
dans leur administration intérieure, ne pourrait pas sub- 
sister s'il tolérait dans son territoire deux formes de gou- 
vernement opposées l'une à l'autre, comme l'étaient celle 
des États du Nord et celle des États du Sud (2). La destruc- 

(1) F. Douglass, Lettre à M. W. L. Garrison^ 1er janvier, 1846; cita- 
tion empruntée à G. W. Williams, History of the Negro Race in 
America, vol. II, pp 428-431. 

(2) Pour les projets en vue d'un afifranchissement général graduel 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 25 

tioQ de rUnion était inévitable, à gioins qu e Tesclavage ne 
s'étendît à tous les États du Nord, ou à moi ns que les escla- 
ves du Sud jiê^devinssent libres. Tout en paraissant 
fermement établi dans les États du Sud, Tesclavage 
cependant n'était considéré par un grand nombre de 
propriétaires d'esclaves ei^x-mêmes que comme un mal 
nécessaire. En outre, il était à peine raisonnable de 
supposer que les États-Unis, qui se prétendaient le refuge 
de tous les opprimés d'Europe, devinssent la seule nation 
esclavagiste du monde civilisé. Un tel paradoxe ne pouvait 
pas subsister longtemps. 

Le problème le plus grave, cependant, qui se présentât 
dans le mouvement antiesclavagiste, était de savoir ce, 
qu'on pourrait Jajre dans la suiijB> des nègres émancipés. 
Dans le Nord aussi bien que dans le Sud, le nègre n'était 
pas persona graia. Quel serait le résultat quand toute la 
race serait libérée ? Beaucoup espéraient que la coloni- 
sation pourrait résoudre la difficulté; mais le plan qui 
acait pour but de déporter une population de près de cinq 
millions d'âmes était tout à fait ch imériq ue ; les nègres 
étaient ici, ic: ils devaient rester. 

On ne pouvait pas songer à une émancipation graduelle, 
puisque le Sud vivait dans une peur constante de l'insur- 
rection et du massacre. A la fin cependant, l'épée assura 
la liberté à l'homme de couleur, ce qui força le gouverne- 
ment à trouver une solution immédiate au problème de 
l'éducation des nègres. Voilà donc le gouvernement face à 
face avec près de cinq millions d'Africains, ayant un héri- 
tage de barbarie primitive corrompu par des siècles de servi- 
tude. Quels qu'aient pu être leurs défauts et leurs vices de 
race, il est indéniable que l'esclavage avait suffi pour leur 
imposer l'ignorance, décourager leur économie, instituer 
\ 

^. de tous les nègres, voir J. C. Baliagh^ History of Slaveiy in Virginia, 

pp. 130-139, où sont données les théories de Thomas Jefferson, 
Saint-George Tucker et T. J. Randolph. 



26 LA QUESTION NÈGRE 

légalement chez eux l'immoralité, détruire la famille et 
{^iuey le respect de soi-même. Au moment où le nègre deve- 
naitun homme libre, il était absolument indispensable que 
Ton fit quelque chose pour le relever, afin qu'il pût être 
un facteur dans le progrès de la nation, et non un far- 
deau et une menace pour la société. Comme solution de 
ce problème, il ne semblait y avoir qu'un moyen: l'édu- 
cation universelle pour le nègre, et une éducation de na- 
ture à le préparer pour sa place nouvellement trouvée dans 
le groupe social. Beaucoup d'essais ont été faits; beaucoup 
ont échoué; on peut attribuer ces échecs, d'un côté, à des 
notions mal conçues du tempérament et de l'intelligence 
du nègre, et de l'autre à des vues radicalement opposées 
à la place qui lui appartient dans la société. 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 27 



CHAPITRE II 



L EDUCATION DES NEGRES AVANT LA GUERRE 
DE SÉCESSION 

Tant que l'esclavage existait aux États-Unis, on ne pou- 
vait rien organiser, (^udu moins on ne pouvait que faire 
très peu de chose, dans le but de donner aux nègres le 
bénéfice de l'instruction. Ceux qui étaient les mieux dis- 
posés envers les noirs étaient' arrêtés par la conviction 
qu'ils avaient de leur irrémédiable infériorité intellectuelle; 
et ceux qui étaient partisans de l'esclavage comprenaient 
parfaitement que l'existence de cette institution dépendait 
de l'ignorance de ceux que l'on tenait en servitude. 

Dans les premiers temps des colonies, l'absence d'ins- 
truction chez le nègre était due en grande partie à l'indif- 
férence des maîtres; mais graduellement on vit se répan- 
dre le sentiment qu'il était dangereux d'instruire un esclave; 
et les divers États établirent, les uns après les autres, des 
lois rendant l'ignorance obligatoire. Il est vrai que dans 
des plantations isolées des maîtres indulgents violèrent 
quelquefois ces lois ; mais la grande masse des nègres 
était illettrée. On a estimé qu'au commencement de la 
guerre de sécession plus de 95 0/0 des .nègres des seize 
États esclavagistes ne savaient ni lire ni écrire (i). 

L'instruction des nègres dans les États escla- 

(1) Cf. Works of Thomas Jeflferson. — The Negro Common School^ 
p. 17 (Atlanta Univ. Pub. n- 6). — G. W. Williams, Histoty of the 
Negro Race in America, vol. II, p. 148. 



/ 



28 l'éducation des nègres 

vagistes. — D'une façon générale, l'enseignement des 
nègres étaiè interdit dans les différents États. Nous croyons 
utile d'insister sur ce point par la citation des lois mêmes, 
afin de montrer jusqu'à quel degré s'élevait l'antipathie 
des blancs pour les noirs. 
J^ Dès 17iO, la Caroline du Sud (1), alors qu'elle n'était 
encore que colonie anglaise, établit la loi suivante: «Vu que 
le /ait d'avoir des esclaves auxquels on enseigne à écrire, ou 
le fait de permettre qu'ilg^soie^t employés à des écritures, 
peut avoir des conséquences regrettables : qu'il soit résolu 
r que toute personne qui à l'avenir enseignera à écrire à 

des esclaves ou leur fera enseigner à écrire, ou emploiera 
des esclaves à faire des écritures de quelque nature que ce 
soit... sera passible d'une amende de cent livres. » (2 Bre- 
vard's Digest, 234.) En 1800, une autre loi ordonne : 
(<^i des réunions d'esclaves, de nègres libres, de mulâtres, 
ou de soétis, composées exclusivement de personnes de 
cette catégorie, o]j_en partie de personnes de cette caté- 
gorie et en partie de personnes blanches, s'assemblent 
pour recevoir une instruction intellectuelle dans un endroit 
secret ou fermé, ou dont les clôtures et les portes soient 
barrées, verrouillées ou fermées à clef, de manière à empê- 
cher d'entrer ou de sortir librement, que ces réunions 
soient déclarées illégales et que les magistrats... soient 
par la présente requis... de forcer les portes... si l'on 
oppose aucune résistance, et de dis)>erser ces esclaves, 
nègres libres .. Les officiers qui disperseront ces réunions 
illégales pourront infliger à ces esclaves, nègres libres... 
tels châtiments corporels, ne dépassant pas vingt coups 
de fouet... qu'ils pourront juger nécessaires, pour les 
détourner de ces réunions illégales à l'avenir. » (2 Bre- 
vard's Digest^ 254.) Un autre article de cette loi déc de : 

(1) Cf. C. Meriwether, History of Higher Education in South Caro- 
lina. — G. W. Williams, Histoi^ of the Negro Race in America, 
vol. II, pp. 178-180. 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 29 

« Qu'il soit interdit à des esclaves, aègres libres, mulâtres 
ou métis, même en compagnie de personnes blanches, de 
j^e réunir et de se rassembler dans ^e but de recevoir une 
instruction intellectuelle ou religieuse, ou de participer à 
des exercices religieux, avant le lever ou après le coucher 
du soleil. » (2 Brevard's Digest, 254-25.) 

Le 17 décembre 1834, une loi fut promulguée qui, en 
outre des restrictions déjà mentionnées, mettait des 
obstacles insurmontables k Tacquisition par le nègre d'au- 
cune instruction. Le premier article est ainsi conçu : 
a Art. l^r. Si quelque personne enseigne à l'avenir à lire 
ou à écrire à un esclave, ou aide à enseigner à lire ou à 
écrire à un esclave, ou fait enseigner à lire ou à écrire à 
un esclave, cette personne, si c'est une personne blanche 
libre, sera, en cas de culpabilité reconnue, pour chaque 
\déjit séparément, condamnée à une amende ne dépas- 
sant pas $100 ou à un emprisonnement ne dépassant pas 
six mois ; et si c'est une personne libre de couleur, elle 
sera fouettée de cinquante coups de fouet au maximum 
et soumise à une amende ne dépassant pas $ 50, au 
choix du tribunal composé de magistrats et de pro- 
priétaires fonciers, devant lequel cette personne libre de 
. couleur comparaîtra; et si c'est un esclave, il sera fouetté 
au choix du tribunal d'un nombre de coups de fouet ne 
dépassant pas cinquante; le dêl?l6ur aura droit à la 
moitié de l'amende et sera admis à témoigner. Et si quel- 
que personne libre de couleur ou quelque esclave entre- 
tient une école ou toute autre maison où l'on enseigne aux 
esclaves ou aux personnes libres de couleur à lire ou à 
écrire, cette personne libre de couleur ou cet esclave sera 
passible de la même amende, du même emprisonnement 
et du même châtiment corporel que ceux qui sont imposés 
par cette loi aux personnes libres de couleur ou aux 
esclaves qui enseignent à écrire à des esclaves. » 
M. Golyer Meriwether, dans son History of Higher 



30 l'éducation des nègres 

Education in South CnroHna, mentionne l'établissement 
d'une école nègre à Charleston, en 1744, par le Révérend 
Alexander Garden. Cette école n'a dû être utile qu'à des 
nègres libres, puisque la loi de 1740 refusait aux esclaves 
le bénéfice de l'instruction. L'établissement (1) prospéra 
pendant une dizaine d'années, puis fut fermé. 

La Géorgie, en 1770, édicla une loi semblable à celle qui 
était déjà en vigueur dans la Caroline du Sud (2); le seul 
point différent fut que l'amende était fixée à vingt 
livres sterling (Voir Princes Digest, 4oo). En 1829, il fut 
en outre déclaré « que si quelque esclave nègre ou per- 
sonne libre de couleur, ou quelque personne blanche, 
enseigne à un autre esclave nègre ou personne libre de 
couleur, à lire ou à écrire des caractères écrits ou impri- 
més, ladite «personne libre de couleur ou esclave sera 
punie d'une amende et du fouet ou d'une amende ou du 
fouet au choix du tribunal ; et si quelque personne blan- 
che commet un pareil délit, cette personne sera punie 
d'une amende qui ne dépassera pas $500, et d'un empri- 
sonnement dans la prison commune à la discrétion du tri- 
bunal » (3;. Une amende de $ 100 était aussi encourue par 
toute personne qui aurait employé un esclave ou un 
homme libre de couleur comme compositeur typographe 
ou lui aurait donné, dans une imprimerie, tout autre 
emploi demandant une connaissance de la lecture ou de 
l'écriture. 

Malgré ces restrictions, qui avaient pour but de mainte- 
nir le nègre dans une ignorance totale, les lois étaient 
quelquefois violées eh secret par des maîtres particuliers. 
De 1819 à 1829, une école libre pour les nègres fut main- 



Ci) C. Meriwether, History of Higher Education in South Carolina,' 
p. 125. 

(2) Thomas R. R. Cobb, An Historical Sketch of Slavery from the 
earliest Periods^ Ch. 2,1. 

(3) Cf. Cobb's Digest of Georgia Laws^ p. 1001 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 31 

tenue à Savannah (Géorgie), par Julien Froumontaine, 
nègre français de Saint-Domingue. 

La Virginie fit, le 2 mars 1819, une loi conçue dans le 
même esprit. Cependant beaucoup de nègres libres conti- 
Quèrentà instruire leurs enfants, jusqu'à l'insurrection de 
Nat. Turner, en 1831 (1). Cette insurrection-eut dans tous les 
Etats une vive répercussion sur l'instruction des noirs qui, 
à partir de ce moment, fut très rigoureusement prohibée (2) . 

En 1851, dans la Virginie, pour avoir contrevenu à une 
loi de ce genre, une femme blanche. M*"® Margaret Dou- 
glass, fut enfermée dans la prison de Norfolk. 

En 1823, le Mississipi fit uqe loi déclarant illégale toute 
réunion d'esclaves, de nègres libres ou de mulâtres, de 
plus de cinq personnes. Cette même loi condamnait à la 
peine du fouet — trente-neuf coups au plus — ceux qui 
enseigneraient aux nègres à lire ou à écrire, que ce fût le 
jour ou la nuit. 

En 1830, la Louisiane fit une loi qui déclarait que « toute 
personne qui enseignerait, permettrait d'enseigner ou 
ferait enseigner à un esclave à lire ou à écrire, serait 
emprisonnée pendant un laps de temps de un à douze 
mois '). La même loi interdisait aux nègres libres l'entrée 
de l'État, et il était, de plus, ordonné que quiconque écri- 
rait, imprimerait, publierait ou distribuerait quoi que ce 
fût ayant une tendance à engendrer le mécontentement 
parmi la population libre de couleur, ou l'insubordination 
parmi les esclaves, serait condamné, en cas de culpabilité 
reconnue, aux travaux forcés à perpétuité, ou mis à mort, 
au choix du tribunal (3). 



(1) Pour des renseignements sur Nat. Turner, cf. G. W. Williams, 
History of the Negro Race in America, vol. II, ch. VII, « on Negro 
Insurrections », pp. 85-92. 

(2) J. C. Ballagh, History of Slavery in Virginia, pp. 109-115. 

(3) G. W. "Williams, History of the Negro Race in America, vol. II, 
p. 160. 



32 l'éducation des nègres 

En 1832, l'Alabama édicta uae loi contre l'instrucion 
de toute personne de couleur, et établit comme châti- 
ment, pour la violation de cette loi, une amende variant de 
$250 à $500. Comme dans le Mississipi, aucune personne 
de couleur, esclave ou libre, ^c'était autorisée à prêcher 
aux nègres, libres ou esclaves, qiie. si cinq propriétaires 
d'esclaves, de bonne réputation, étaient présents à la réu- 
nion. A Mobile, cependant, les créoles de couleur libres 
pouvaient recevoir l'instruction, après avoir obtenu un cer- 
tificat du maire et des conseillers municipaux. Cette excep- 
tion était due à certains articles du traité passé en 1803 
entre les États-Unis et la France, en vertu duquel divers 
droits et privilèges étaient assurés aux créoles de conleur 
qui résidaient aux États-Unis à Tépoque de la signature 
du traité. 

La Caroline du Nor>d permit l'instruction des personnes 
libres de couleur jusqu'en 1835, époque où cet enseigne- 
ment fut interdit par une loi. Les frais des écoles, 
pendant leur courte existence, furent supportés par les 
nègres libres et non par le gouvernement. 

En 1845, le Missouri, devenu État depuis 1822, publia 
un décret obligeant toutes les personnes libres de couleur 
à quitter l'État, et, en 1847, il défendit qu'une personne 
tint une école ou y enseignât aux nègres et aux mulâtres 
à lire ou à écrire (1). 

Les autres États esclavagistes n'établissaient pas, en 
propres termes, de loi contre l'enseignement des nègres; 
la législation, cependant, n'accordait aucune pensée à cet 
enseignement, et pratiquement elle refusait aux nègres le 
droit de s'instruire. Dans ces États, les lois scolaires conte- 
naient le mot « blanc » depuis le commencement jusqu'à 
la fin, ce qui excluait en réalité les enfants nègres des 



(1) G. W. Williams, Ilistory of Ihe Negro Race in America^ vol. Il, 
p. 163. 



AVANT LA GUERRE l5È SÉCESSION 33 

écoles, quoique les impôts payés par les nègres libres 
pussent servir à leur entretien. 

Dans le Maryland, les enfants de couleur étaient exclus 
des écoles publiques, et Ton n'avait mis à part aucun fonds 
pour subvenir à leur éducation séparée. Il n'y avait pas 
de loi, cependant, qui défendît de les instruire. En 1829, 
les Sœurs Oblates du couvent de la Providence, couvent 
établi par des Pères français de Saint-Domingue, fon- 
dèrent à Baltimore l'Académie Saint-François pour jeunes 
filles de couleur. Les sœurs qui établirent cette école 
étaient de couleur ; quelques-unes d'entre elles avaient 
été élevées en France. En 1835, un nègre, Nelson Wells, 
établit une école pour enfants de couleur libres (1). 

Les lois de l'Arkansas n'interdisaient pas, en propres 
termes, renseignement des nègres; mais elles sous-enten- 
daient que les enfants noirs ne devaient pas être instruits. 

En 1848,1a Floride établit un système d'écoles publiques 
et déclara que certains impôts seraient affectés à l'entre- 
tien de ces écoles. Quoique la propriété des nègres libres 
fût sujette à l'impôt, ces écoles étaient cependant exclu- 
sivement réservées aux enfants blancs. 

Dans le Kentucky, il en était de même : les propriétés 
des nègres libres contribuaient à l'entretien des écoles 
communales; mais leurs enfants se voyaient refuser l'en- 
trée de ces écoles (2). 

On ne trouve pas de loi restrictive dans les statuts du 
Texas, et pour cause. Il n'était pas permis aux nègres libres 
de résider dans l'Élat, et la coutume interdisait l'enseigne- 
ment des esclaves (3). 



(1) G. W. Williams, History of the Negro Race in America:, vol. II, 
pp. 160-162. — J. R. Brackett, The Negro in Maryland, p. 197-198. 

(2) Kelly Miller, Education of the Negro, Report of Commissioner 
of Education, 4900, p. 146. 

(3) G. W. Williams, History of the Negro Race in Amenca, vol. II, 
p. 180. 

3 



34 l'éducation des nègres 

Le lystème des écoles communales du Tennessee date de 
4838; mais ceux qui avaient le privilège de les fréquenter 
étaient désignés sous le nom de « enfants blancs âgés de 
plus de six ans et de moins de seize ». Dans un acte passé 
en 1840, le mot «blanc» fut omis; mais cela ne voulait pas 
dire qu'à l'avenir les enfants de couleur eussent le droit 
d'avoir une place dans les écoles, puisque les enfants blancs 
continuèrent à être les seuls qui reçussent l'enseigne- 
ment (1). 

Par un acte de 1833, le Delaware affecta certains fonds 
à renseignement des enfants blancs. En 1862, les Revised 
Statutes pourvurent encore à l'entretien d'écoles à l'usage 
exclusif des blancs. On ne fit aucune prévision budgétaire 
pour les écoles de couleur. On ne refusait pas. cependant, 
aux nègres, le droit de s'instruire, s'il leur convenait d'en 
payer eux-mêmes les frais. Dès le commencement du XVIII* 
siècle, la Société de la Propagation de l'Evangile envoya 
des missionnaires enseigner le Catéchisme aux esclaves. 
Leursefforts, pour diverses raisons, n'eurent aucun résultat, 
et ils abandonnèrent bientôt leur entreprise. Deux bonnes 
écoles, une pour garçons, l'autre pour filles de couleur, 
furent organisées en 1840 par le groupe des « Quakers » 
de Wilmington, qui formèrent la Société des Ecoles Afri- 
caines ; mais jusqu'en 1867 il n'y avaitque très peu d'écoles 
de couleur dans l'État : deux à Wilmington, une à New- 
port, deux à Camdon et une à Odessa (-2). 

District de Colombie (3). — Il est intéressant de 
remarquer que la première tentative pour établir une école 
à l'usage des nègres dans le District de Colombie fut faite 
par trois anciens esclaves qui ne savaient ni lire ni écrire. 



(1) G . W. Williams, History of the Negro Race in America,yo\, II, p. 180. 

(2) L. P. Powell, History of Education in Delawai^e^ p. 168. 

(3) Au sujet des écoles nègres dans le district de Colombie, cf. 
G. W. Williams, History of the Negro Race in America, vol. Il, 
pp. 181-213. 



r 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 35 

Quoique illettrés, ils se readaieut compte de la valeur de 
rinstruction et, en 1807, ils engagèrent un maître blanc 
pour donner renseignement à des élèves de couleur. L'é* 
cole ne dura que peu de temps, mais fut réouverte, en 4818, 
dans des conditions plus favorables. La moyenne des élèves 
présents dans cette école variait de soixante-cinq à soixante- 
dix. 

En 1809, M. Henry Potter, un Anglais, établit à Wa- 
shington des classes pour enfants nègres. 

Ces premiers essais pour instruire la jeunesse de couleur 
de Washington réussirent si bien que Ton établit d'autres 
écoles, dont les frais d'entretien étaient supportés par les 
parents de couleur eux-mêmes, ou pardes personnes cha- 
ritables, ou par des Sociétés philanthropie* ues; à aucune 
époque, en effet, le Gouvernement ne mit de fonds de côté 
pour subvenir aux frais de ces écoles. Vers la même 
date, une dame Anna Maria Hall, femme de couleur, ins- 
truite, ouvrit une école ; elle obtint d'excellents résultats 
avec des enfants nègres pendant plus de vingt-cinq ans. 
Deux autres écoles qui méritent une mention pour l'époque 
furent établies par M°*" Mary Billings et Henry Smo- 
thers. Mrs. Billings, une yp^ iva anglaise, eut rqçoijrs à 
renseignement pour seJiJPéer des moyens d'existence. Son 
école était destinée aux enfants blancs, mais elle y reçut 
aussi des enfants de couleur, et, remarquant l'opposition 
que cette hapliesse soulevait, elle se décida à se consacrer 
exclusivement à l'enseignement des nègres/. Un de ses 
élèves, Henry Smothers, fonda une école qui compta bien- 
tôt plus de cent enfants. Cet établissement, sous la direction 
de maîtres nègres capables, prospéra jusqu'en 18J5, époque 
où il partagea le ^grt, d'autres écoles nègres qui furent 
partiellement ruinées ou complètement détruites pendant 
l'émejjte « Snow » : cette émeute fut, en grande partie, 
une expression de l'hostilité que la population avait contre 
le développement intellectuel des nègres. L'école fut 



36 l'éducation des nègres 

réouverte en 1836 et continua à voir grandir le nombre 
de ses élèves jusqu'en 1867, moment où les changements 
apportés par la guerre civile la rendirent inutile pour la 
population de couleur. 

La plus remarquable peut-être des écoles nègres de 
Washington fut celle que fonda Myrlilla Mîner pour Tédu- 
cation des jeunes filles de couleur libres, dans la croyance 
que le salut de la race dépendait du relèvement moral et 
intellectuel de ses femmes. Citons G. W. Williams: 
« L'idée de Miss Miner, en établissant là une école, était 
d'élever au milieu des institutions esclavagistes une classe 
de jeunes filles de couleur, qui montrassent par leur cul- 
ture et leurs capacités, au pays et au monde entier, que la 
race était propre à quelque chose de plus relevé que la 
dégradation que T.on faisait retomber sur elle. Elle visitait 
les gens de couleur de sou distrfct, allait de maison en 
maison et insufflait en eux une nouvelle vie pour ce qui 
avait rapport à l'éducation de leurs filles. Sa correspon- 
dance avec les hommes et les femmes du Nord animés de 
philanthropie était immense. Elle importunait les membres 
du Congrès et les hommes qui, au moyen des colonnes de 
la presse, façonnaient Topinion publique, pour qu'ils vins- 
sent visiter son école et voirses filles; son activité toujours 
en éveil, jour et nuit, s'exerçait dans toutes les directions, 
pour augmenter le décorum et l'élégance de son établis- 
sement et pour en faire connaître les mérites au public. » 
Le travail, dans son école, n'était pas borné aux branches 
élémentaires; les études littéraires et scientifiques trou- 
vaient place dans son programme. Des conrérences 
avaient lieu souvent, données par des hommes éminents 
qui portaient un intérêt bienveillant à l'école. Chaque 
jeune fille avait une plate^bande de fleurs qu^on l'encoura- 
geait à cultiver; les instruments, les livres, les gravures, 
les revues abondaient à l'école, dans l'intérêt des élèves. 
On ne négHgeait rien de ce qu'il était possible de tenter pour 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 37 

élever ces jeunes filles de manière à eu faire des femmes 
instruites et distinguées. 

Comme il est facile de se l'imaginer, la voie de Miss Miner 
fut semée de difficultés. Elle apprit qu'on ne saurait impu- 
nément prêcher et mettre en pratique des doctrines aussi 
odieuses à la société que le relèvement de la race nègre. A 
mesure que son école étendait son influence et voyait 
augmenter le nombre de ses élèves, elle fut en butte de 
tous les côtés à une opposition de plus en plus acharnée. 
Non seulement on Tinsultait, mais on la menaça de ^oies 
de fait si elle continuait son œuvre ; des bandes de jeunes 
chenagans^poursuivaient et terrifiaient ses élèves dans la 
rue. Les autorités fermaient les yeux sur ces outrages, du 
moment qu'ils étaient l'expression des sentiments popu- 
laires du temps. L'école fut incendiée en 1860, pendant 
que Miss Miner était seule dans la maison ; mais elle se 
réveilla à temps pour sauver sa vie et pour éteindre les 
flammes. Néanmoins elle ne fut nullement découragée et 
persista dans son œuvre, malgré les persécutions croissan- 
tes. WalterLenox, un ancien maire de Washington, poussa 
les choses jusqu'à écrire sous sa propre signature une 
lettre incendiaire dans le National Intel Ugencer, accusant 
cette école « d'élever le niveau de l'éducation parmi la 
population de couleur », ce qui était une injustice envers 
la population blanche, et de « répandre parmi les gens de 
couleur un degré d'instruction bien au-dessus de leur con- 
dition sociale et politique, condition qui doit être maintenue 
telle quelle dans le district et dans tous les États esclava- 
gistes ». 

A l'ouverture du XXXVI^ Congrès, en 1860, un projet de 
loi fut présenté par M. Brown dans le but de développer 
l'instruction à Washington (I). C); les discussions que 
provoqua ce projet montrèrent clairement quels sentiments 
prévalaient à l'époque relativement à l'instruction des 
nègres. Un amendement proposé par M. Clark, du New 



38 l'éducation des nègres 

Hampshire, assurait à tous les enfants des parents contri- 
buables les bienfaits des écoles communales. Cette rçdâûlion 
du projet pouvait, naturellement, s'appliquer aussi bien 
aux enfants nègres qu'aux enfants blancs. Un amendement 
fut alors présenté par M. Harlan, de Tlowa, pour « pro- 
curer des écoles séparées aux enfants de couleur du Dis- 
trict ». Un débat acharné suivit le dépôt des amen- 
dements ; et au cours de ces débats, M. Brown s'écria : 
« La discussion se termine comme je le craignais au début, 
elle tourne au nègre. » Il ajouta: o Les trente Sénateurs 
qui se trouvent danf^ cette Assemblée ne consentiront pas 
à se charger de l'éducation des nègres. » Et encore : « Je 
n'insulterai pas à Tintelligence et à la dignité de ce pays 
éclairé, par un projet qui a pour but de mettre les enfants 
blancs sur le même pied que les enfants de couleur. » 
Tout en admettant le devoir du gouvernement de pourvoir 
à l'éducation des enfants blancs, il n'approuvait pas que 
Ton fît quoi que ce fût pour l'instruction des nègres. D'au- 
tres sénateurs du Sud poussèrent encore plus loin j q . frag.- 
chise. JefFerson Davis, parlant sur Tamendement présenté 
par M. Harlan, qui proposait d'établir des écoles séparées 
pour les enfants de couleur, s'écria : « Quel droit avez-vous 
de vous charger de cette race? D'où tirez-vous votre auto- 
rité? Ce gouvernement n'a pas été fondé pour ces gens-là. » 
Le projet de loi déposé par M..Brow^n resta sans résultat, 
La question de l'instruction libre des nègres ne fut plus 
soulevée avant la guerre civile (1). 

Les États de l'Indiana et de l'IUinois, situés sur la ligne 
de démarcation, n'interdirent jamais l'instruction des nè- 
gres; mais leurs lois déclaraient expressément que les 
écoles libres étaient pour l'usage des enfants blancs, refu- 
sant par là implicitement aux nègres une part dans les 



(1) Cf. H. Wilson, Rise and Fall of the Slave Power in.Americai 
vol. II, pp. 579-580. 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 39 

bienfaits de rinstruction. Des écoles privées furent fondées 
pour les enfants de couleur, mais la population blanche 
ne les regardait pas d'un bon œil. Quelque temps avant la 
guerre civile, le « Free Mission Institute de Quincy » (Illi- 
nois) fut détruit par une bande d'émeutiers parce que des 
nègres y avaient été admis comme élèves (1). 

Dans rOhio, les nègres de Cincinnati ouvrirent une école 
pour les enfants de leur race en 1820. En 1829, dans un 
acte relatif aux écoles communales, il fut ordonné « que la 
fréquentation de ces écoles par les nègres et les mulâtres 
f lU spécifiquement prohibée ; mais que tous les impôts 
perçus sur la propriété de gens de couleur comme impôts 
(scolaires fussent co nsacrés à leur instruction, à l'exclusion 
de tout autre objet ». Les enfants de couleur étaient donc 
exclus des écoles communales, mais les impôts dérivés des 
sources ci-dessus mentionnées ne furent pas, pendant vingt 
ans, consacrés, à leur instruction. 

En 1835, une autre école nègre fut ouverte à Cincinnati; 
mais l'opposition faite à cette école fut si violente que des 
émeutiers la fermèrent à plusieurs reprises. On faisait 
subir toutes sortes d'ennuis aux maîtres blancs, au point 
qu'il leur était à peu près impossible de trouver pension 
en ville, tant étaient forts les préjugés qui existaient contre 
leur profession ! 

La législature de l'Ohio fit, en 1840, une loi établissant 
des écoles communales pour les nègres; des administrateurs 
de couleur furent choisis, et les écoles furent ouvertes en 
temps et lieu. Il se présenta des difficultés, cependant, 
lorsque le Trésorier de la ville refusa de payer les mandats 
des administrateurs de couleur, sous prétexte que leurs__ 
nominations étaient illégales : en effet, la Constitution dé- 
clarait que des électeurs seuls pouvaient reiçplirdes fonc- 

(1) G. W. Williams, History of the Negro Race in America, vol. II, 
p. 159. 



40 l'éducation des nègres 

lions publiques, et les nègres n'avaient pas le droit de vote. 
Les écoles furent fermées jusqu'en 1852, époque où elles 
furent de nouveau ouvertes dans des conditions qui ne 
trouvèrent pas faveur auprès des nègres. En 1856, on fit 
une nouvelle loi qui établissait les écoles sur une meilleure 
base. H faut remarquer que, pendant cette période anté- 
rieure à la guerre, alors que Topinion publique était si 

\nettement hostile à l'éducation des nègres, le Collège d'O- 
berlin, par une voix de majorité dans son conseil d'admi- 
nistration, admit, dès son ouverture, en 1835, les nègres 
sur un pied d'égalité avec les blancs. Ai ^ déb ut, naturelle- 
ment, il ne se trouva que de rares sujets nègres qui purent 
profiter des avantages ainsi offerts, pour acquérir une 
instruction supérieure, puisque les écoles préparatoires 
faisaient défaut ; mais, quoique le nombre des nègres eût 
toujours été restreint parmi les élèves du Collège Oberlin, 
il pouvait, en 1900, compter 128 nègres parmi ses di- 
plômés (1). 

La première école nègre, de la Pensylvanie fut fondée en 
1750 par Anthony Benezet, fils de parents huguenots fran- 
çais. Il avait été profondément impressionné par la condi- 
tion malheureuse des nègres et il consacra sa vie à la cause 
des Antiesclavagistes. Il instruisit des nègres gratuitement 
dans des classes du soir et, à sa mort, il laissa, en fidéi- 

/ commis, un fonds destiné à établir une école de couleur. 
Il expjnmait des vues fort nouvelles pour son temps et son 
milieu lorsqu'il disait : « Je peux assurer en toute vérité et 
sincérité que j'ai trouvé parmi les nègres une aussi grande 
variété de talents que parmi un nombre égal de blancs. 
Certaines gens prétendent que les noirs sont des êtres 
inférieurs sous le rapport des facultés. Je ne crains 

'pas d'affirmer que cette idée est un préjugé vulgaire basé 



(1) G. W. Williams, History of the Negro Race in America, vol. II, 
pp. 170-172. 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 41 

sur l'orgueil ou Tignorance de maîtres aristocrates qui 
ont tenu leurs esclaves à une telle distance qu'ils ont été 
incapables de s'en former une idée juste. » 

La Société des Quakers fut la première association de 
blancs qui reconnut les t pau x de l'esclavage et tenta quel- 
ques efforts pour le relèvement des nègres. En i770, elle 
organisa des cours pour « assurer les premiers éléments 
de l'instruction à des classes ne dépassant pas trente en- 
fants à la fois ». 

Grâce aux efforts des Quakers, grâce à l'Abolition So- / 
ciety, et aux mu nificen ces de quelques particuliers, d'au- 
tres écoles furent établies pour la race de couleur, et dans 
le nombre de ces écoles se trouvaient plusieurs établisse- 
ments industriels et agricoles où Ton enseignait aux 
nègres le labourage et divers autres métiej», — 

A AUegheny City, le Collège Avery fut établi pour don- 
ner aux nègres une instruction supérieure, et en 1853^ 
rinstitut Ashumfut ouvert pour assurer l'instruction clas- 
sique, scientifique et théologique des jeunes garçons de cou- 
leur. Les administrateurs reçurent le pouvoir de conférer 
« les mêmes diplômes littéraires et les mêmes honneurs 
académiques que confèrent généralement les collèges ». 
Cet établissement porte aujourd'hui le nom d'Université 
\Lincoln. 

Dans les Statistiques de la population de couleur de Phi- 
laielphie, de Bacon, on trouve qu'en 1859, « ily avait 1.031 
enfants de couleur dans les écoles communales, 748 dans 
les écoles de charité diverses, et 331 dans des écoles particu- 
hères ; il y avait en outre des écoles du soir, une pour les 
adultes hommes, une pour les filles et une pour les jeunes 
apprentis. De plus, dix-neuf écoles du dimanche étaient éta- 
blies par les congrégations de couleur et dirigées par leurs 
propres maîtres ; elles comptaient l,667^élèves. D'autres 
écoles du dimanche étaient organisées comme écoles des 
missions par des Congrégations blanches; elles comptaient 



/ 



b 



42 l'éducation des nèohes 

215 nlèves. Il y avait aussi une bibliothèque publique et 
une salle de lecture dirigée par o l'Institut for Golored 
Youth », établie en 1853, et qui avait environ 1,300 volu- 
mes. Trois autres bibliothèques plus petites existaient dans 
d'autres parties de la ville. 1^700 personnes de la popula- 
tion de couleur étaient engagées dans divers métiers et 
occupations, représentant toutes les branches de l'activité 
industrielle (1) ». 

En 170i, un Français, Elias Neau, fonda à New-York une 
école pour esclaves nègres. Cette école fut, seloajoijte 
probabilité, la première école pour gens de couleur éta- 
blie aux États-Unis. D'abord il dut aller de maison en 
maison donner l'instruction à ses éfèves aux heures où 
jls se trouvaient libres ; mais plus tard un grand nombre 
de maîtres permirent à leurs esclaves de se rendre le soir 
au local où Neau enseignait. Il réunit ainsi, autour de lui, 
jusqu'à deux cents élèves. Comme Anthony Benezet, il tra- 
vaillait sans accepter d'argent ni de rémunération,/ 
poussé par sa sympathie pour les opprimés. 

^arsuite d'un complot t|;;amé en 1710 par certains nègres 
dans le but d'incendier la ville, on fît une loi qui interdisait 
aux nègres, d'une manière à peu près absolue, de sortir 
après le coucher du soleil. Cette loi mit en danger l'exis- 
tence de l'école Neau ; mais le Gouverneur, qui était de 
cœur avec lui dans son œu-vre, intervint, et les esclaves 
continuèrent à recevoir son enseignement. Neau mourut 
en 1722, mais son école ne cessa pas de prospérer sous la 
direction de maîtres habiles. 

La New- York Manumission Society (Société New-Yorkaise 
pour TafiFranchissement), fonda une école qui compta, à un 
certain moment, plus de deux cents élèves. Lafayette, qui 
était membre de la société, s'intéressait beaucoup à 



(1) Cf. G. W. Williams, llistory of the Negro Race in America^ 
vol. II, pp. 172-178. 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 43 

cette école et la visita en 1824, lors de son voyage à New- 
York. Avec le temps, les écoles de la Société pour Taf- 
franchissement se fondirent dans le système des écoles 
communales. En 1852, on établit des écoles du soir pour le 
bénéfice deceujt à qui leurs occupations ne permettaient 
pas de frécjuenter les écoles du jour. Quelque temps plus 
tard on ouvrit une école normale pour préparer des maîtres 
de couleur (1). 
Dans le Maine et le Rhode Island, les enfants nègres | 

I jouissaient indifiFéremment des mêmes privilèges scolaires/ 
que les enfants blancs; dans Tun et l'autre État, on avait' 
accordé la franchise électorale au nègre, dans le Maine, en 
1820, et dans le Rhode Island en 1847 (2). 

La première école nègre du Massachusetts fut établie à 
Boston en 1798. Les parents des élèves subvenaient aux 
frais d'entretien. Deux ans plus tard, les habitants nègres 
adressèrent aux autorités locales une pétition demandant 
que Ton ouvrit une école communale ; mais il ne fut pasiait.. 

-^droit à cette requête. En 1833, la ville décida de contribuer 
pour $ 200 par^au au maintien de l'école établie en 1798, 
Une école primaire pour enfants de couleur fut établie par 
la ville de Boston en 1820. Les écoles séparées pour les nè- 
gres furent abolies en 1855, lorsqu'on passa un acte 
déclarant que « en déterminant les tjtres des écoliers à 
admettre dans toute école communale ou école de district 
de cette ville, il ne sera fait aucune distinction basée sur la 
race, la couleur ou les opinions religieuses du candidat ou 
de l'écolier. » Cet acte disait, en_ outre, que « tout enfant 
qui, à cause de sa race, de sa couleur ou de ses opinions 
religieuses, serait exclu de toute école communale ou de 
toute école de district, si ses titres sont autrement suf- 

(1) G. W. Williams, History of Ihe Negro Race in America, vol. IT, 
pp. 163-nO. 

(2) Cf. G. W. Williams, History of the Negro Race in America, 
^ vol. II, pp. 160, 178, 



44 l'éducation des nègres 

fisants... » pourrait obtenir des dommages-intérêts (1). 

Comme on Ta dit ailleurs, les nègres du Nord (en géné- 
ral) n'étaient favorisés que d'avantages scolaires limités. 
Les autorités locales refusaient entièrement de contribuer 
au soutien des écoles pour gens de couleur, ou ne donnaient 
d'argent qu'à contre cœur, laissant le plus lourd du far- 
deau retomber sur les épaules des quelques philanthropes 
qui pouvaient prendre fait et cause pour les nègres ; dans 
nombre d'endroits même, ces tentatives généreuses ren- 
contraient l'opposition la plus énergique. 

A Canaan, dans la New Hampshire, les administrateurs 
de la « Noyés Academy » admirent plusieurs jeunes gens 
nègres dans leurs écoles. Cela souleva une si vive indigna- 
tion dans la localité, que des réunions régulières muni- 
cipales furent cor^yo^ées pour nommer une commission, 
chargée de faire disparaître cet établissement d'instruction. 
Le 10 août 1835, la Commission, accompagnée d'environ 
300 personnes, au nombre desquelles se trouvaient les 
citoyens les plus considérés de la localité, et suivie de cent 
couples de bœufs, se rendit à l' Academy et enleva le bâti- 
ment de ses fondations. Un journal, le Patriote du New 
Hampshire, rapporta « qu'on le déposa intact à l'angle 
près duquel était située la maison de réunion des Baptistes, 
où il se dresse aujourd'hui, non pas comme le monument 
de Bunker Heights, élevé à la mémoire des héros disparus, 
qui combattirent et tombèrent dans la lutte pour la liberté, 
mais comme un monument élevé à des vivatits qui com- 
battent pour détruire ce que nos pères ont conquis» (2). 

Le Connecticut jouit de la distinction peu enviable, 
parmi les États libres, d'être celui qui montra l'opposition 
la plus acharnée à l'éducation des nègres. En 1831, on 
t.. 

(1) Cf. G. W. Williams, History of the Negro Race in America^ 
vol. IT, pp. 162-163. 

(2) Cf. Henry Wilson, Rise and Fall of the Slave Power in America, 
vol. 1, pp. 239-240. 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 45 

forma le projet d'établir une école pour gens de couleur à 
New-Haven. Une réunion fut co nvoq uée par le maire de la 
ville pour « examiner un projet qui aurait été formé en 
vue de rétablissement, dans cette ville, d'un collège pour 
^'éducation de la jeunesse de couleur ». Le maire et les 
citoyens réunies votèrent de « s'opposer à l'établissement 
du collège proposé, par tous les moyens légaux », C* tte 
proposition d'instruire les nègres fut jugée: « une ingé- 
N^ançe injustifiable et dangereuse dans les affaires inté- 
rieures de TÉtat : il faut la décourager ». 

Comme une manifestation du sentiment populaire du 
temps à regard de l'éducation des nègres, on cite souvent 
le cas de l'école de Miss Crandall. 

En 1882, une Quakeresse, Miss Prudence Crandall, qui 
était réputée maîtresse excellente, établit une école d'ex- 
ternes et de pensionnaires pour jeunes filles, dans la ville 
deCanterbury (Connecticut). En 1833, une jeune fille de 
couleur, intelligente, nommée Sarah Harris, fille d'un fer- 
mier nègre ^jsé^du voisinage, demanda à être admise à l'é- 
cole, et y fut reçue. Au bout de quelques jours, les parents 
des autres élèves firent une visite en corps à Miss Crandall 
et exigèrent que Sarah Harris fût renvoyée. Ce fut en vain 
que Miss Crandall leur fit remarquer que la jeune fille nè- 
gre était intelligente, remplie de bonne volonté, de répu- 
tation excellente et membre de leur propre église. Leur 
seule réponse fut qu'ils « ne voulaient pas qu'il fût dit que 
leurs enfants avaient été à l'école avec une négresse» ; ils 
dirent que si Sarah n'était pas renvoyée, ils retireraient 
leurs propres enfants. Outrée par ce qu'elle considérait 
comme une demande injuste, Miss Crandall mit un avis 
dans le Liberalor, disant que son école serait ouverte le 
premier lundi d'avril pour « jeunes filles et fillettes de cou- 
leur ». Cette réclame produisit un grand bouleversement à 
Canterbury, et l'on tint une réunion municipale à laquelle 
\ assistèrent plus d'un millier de citoyens, afin d'adopter tels 



l 



46 l'éducation des nègres 

moyens que besoin serait « pour éviter ce fléau et pour le 
faire disparaître au plus vite, au cas où il serait introduit 
dans la ville ». Il fut déclaré que l'école projetée causerait 
du déshonneur et du dommage à la ville. Des amis de Miss 
Crandall voulurent prendre sa défense, mais on refusa de 
les laisser parler. 

Malgré l'hostilité achamiée de tous ceux qui l'entou- 
raient, Miss Crandall persista à ouvrir son école en avril, 
avec une vingtaine d'élèves de couleur, venues de New- 
York, de Boston, de Providence et de Philadelphie. On 
commença alors contre elle une série de persécutions, 
afin de la forcer à quitter la localité. On attaqua, à plu- 
sieurs reprises, sa maison, on remplit son puits d ordures, 
on insulta ses élèves quand elles paraissaient dans la ville, 
les magasins refusèrent de lui vendre, les églises chrétien- 
nes lui fermèrent leurs portes et les médecins cessèrent 
de visiter ses malades. On essaya, sous le couvert d'une loi 
contre le vagabondage, tombée en désuétude, de chasser 
les jeunes filles de couleur. On n'y réussit pas cependant 
et l'on en appela alors à la Législature qui dressa l'acte 
suivant, connu sous le nom de « Loi Noire », en mai 1833. 

« Attendu que des tentatives ont été faites afin de fondçr 
dans cet État des établissements littéraires pour l'éduca- 
tion de personnes de couleur appartenant à d'autres États 
et pays, ce qui tendrait à accroître largement la population 
de couleur de cet État, au grand détriment du peuple, 
qu'il soit résolu qu'aucune personne ne fondera ou n'éta- 
blira dans cet Etat aucune école, Académie ou autre éta- 
blissement littéraire, pour l'éducation ou l'instruction de 
personnes de couleur n'habitant pas cet État; on ne don- 
nera pas asile ou pension, pour leur permettre de fréquen- 
ter de telles écoles. Académies ou établissements littéraires 
ou d'y recevoir l'enseignement ou l'instruction, à aucune 
personne de couleur qui ne soit pas un habitant d'une 
ville de cet État, sans avoir obtenu au préalable le consen- 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 47 

tement par écrit d'une majorité des autorités civiles et 
aussi des notables de la ville où ladite école, académie ou 
établissement littéraire est situé. » 

Le vote de cette loi fut accueilli par le peuple de Canter- 
bury avec de grandes réjouissances ; on tira le canon et on 
sonna les cloches. Le 27 juin, un mandat d'arrêt fut lancé 
contre Miss Crandall, et elle fut jetée en prison sous l'incul- 
pation du crime d'avoir enseigné à des jeunes filles de 
couleur, en violation de la loi sus-menlionnée. Le jury, au 
premier jugement, ne put tomber d'accord, et au second 

jugement la cause fut rayée du rôle, sous prétexte devises 

de forme. 

On essaya alors, mais en vain , d'incendier la maison 
d'école; et, quelques nuits plus tard, une bande d'émeu- 
tiers assaillit l'immeuble, brisant portes et fenêtres, et le 
rendit inhabitable. Miss Crandall et ses amis décidèrent 
alors qu'il ne serait pas prudeiït pour les élèves de rester 
plus longtemps, et l'école fut définitivement fermée. 

Le Rev. SamuelJ.xMay, dans ses Souvenirs des Conflits 
Antiesclavagistes, parle ainsi de la tâche pénible du 
licenciement des élèves : « Elles furent réunies et je 
fus prié de leur annoncer notre décision. Jamais aupara- 
vant je n'avais senti aussi profondément la cruauté de la 
persécution qu'on avait continuée pendant dix-huit mois, 
dans cette ville de la Nouvelle Angleterre, contre une fa- 
mille de femmes sans défense. Vingt jeunes filles inoflfen- 
sives, de maintien irréprochable, dont le seul crime contre 
la paix de la société était de s'être assemblées là pour y 
obtenir des connaissances utiles et un enseignement mo- 
ral, devaient entendre de ma bouche qu'elles feraient mieux 
de s'en aller parce 'que, chose triste à dire, la maison dans 
laquelle elles demeuraient ne serait pas protégée par les 
défenseurs de la ville, les conservateurs de la paix, les 
officiers de la justice, les hommes influents de cette cité. 
Les mots, pour ainsi dire, me brûlaient les lèvres ; mon 



48 l'éducation des nègres 

sein bouillait d'indignation. Je me sentis honteux de Can- 
terbury, honteux du Connecticut, honteux de mon pays, 
honteux de ma couleur (1). » 

On estime qu'au moment de la Proclamation de TEman- 
cipation il y avait environ 1,800,000 enfants nègres en âge 
de fréquenter les écoles, aux États-Unis; et, sur ce nom- 
bre, 1,650,000 se trouvaient dans le Sud. L'ignorance de 
cette masse était à peu près complète dans les États escla- 
vagistes, et le nègre des États du Nord n'était guère en 
avance sur son frère du Sud. 

L'éducation industrielle avant la guerre. — 
Cependant, si le nègre manquait à un point regrettable de 
toute instruction scolaire, il y avait un côté de son éduca- 
tion qui, certes, n'avait pas été négligé; nous voulonspar- 
1er de l'enseignement industriel. Naturellement on n'avait 
pas donné cet enseignement au nègre en vue de son propre 
bien: l'esclavage n'était pas eqtretenu dans des idées phi- 
lanthropiques. Néanmoins le nègre tira son profit de cette 
instruction industrielle et, par ce moyen, obtint une place 
particulière dans la société, une place qu'il ne faut pas 
oublier en formulant des plans pour son éducation. 

Une grande majorité des nègres, il est vrai, étaient ou 
v'riers agricoles, et pour cette situation, ils n'avaient guère 
plus besoin d'instruction que les bêtes de somme qui par- 
tageaient leurs travaux; cependant un certain nombre 
avaient été choisis pour des tâches qui demandaient plus 
d'habileté. La maison du planteur avant la guerre était, 
dans un certain sens, une école industrielle, où la jeunesse 
nègre était forcée d'apprendre les divers métiers et les di- 
verses industries : le labourage dans ses détails, les métiers 
de charron, de forgeron, de plâtrier, de tailleur, de cor- 
donnier. De leur côté, les filles nègres apprenaient à être 



(1) Cf. G. W. Williams, History of the Negro Race in America 
vol. Il, p. 149-157. 



AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION 49 

d'excellentes couturières, cuisinières, ménagères et blan- 
chisseuses : car il ne faut pas oublier que presque tous ces 
métiers inférieurs étaient exclusivement réservés aux nè- 
gres (1). Ceux qui étaient avantagés sous le rapport physique 
et intellectuel étaient choisis pour le service de la maison. 
Us recevaient une certaine instruction ; ils étaient d'ailleurs, 
quelquefois les enfants illégitimes des maîtres ou des 
planteurs voisins. Ces serviteurs domestiques, en contact 
journalier avec la famille et les amis du maître, ne pou- 
vaient manquer d'acquérir quelque chose de cette culture 
rare et de cette élégance pour lesquelles le. Sud fut si jus- 
tement renommé. /i^^, c_. . t 

Cette éducation industrielle de Tesclave, qqelque excel- 
lente qu'elle ait été, restait loin, cependant, de ce qu'on 
aurait pu accomplir, dans des circonstances analogues, 
avec des affranchis. L'esclave ne recevait pas une instruc- 
tion industrielle dans le vrai sens du mot, car la discipline 
intellectuelle lui faisait presque toujours totalement dé- 
faut ; mais il acquérait une certaine dextérité manuelle. Il 
n'avait aucun m^iâlg qui l'encourageât au travail ; il ne 
pouvait prendre*à sa besogne que peu ou point d'intérêt, 
puisqu'il n'avait pas de part au fruit de son industrie. En 
^' ^'*"^\j)&(re, tout travail manuel était marqué du stigmate de 
la servitude: il se trouvait avili parce qu'il était en quelque 
sorte l' apanag e exclusif de l'esclave. 

Par conséquent, lorsque les nègres acquirent lelir li- 
berté, ils montrèrent tout' naturellement de la répugnance 
à exécuter des travaux manuels. Dans leur esprit, la liberté 



(1) The Negro Artisan^ pp. 13-24, Atlanta University Publications^ 
!!• 7, 1902. — P. A. Bruce, Economie History of Virginia in the 
iVth Century, vol. Il, pp. 403-406. — Edward lu gle, Negro in the 
District of Columbia, Johns Hopkins University Sludies , llth 
Séries, III-IV. — H. S. Cooley, A Study of Slavery in New Jersey^ 
Johns Hopkins Lniversity Studies, 14th Séries, IX-X. — Frederick 
Law Olmstead, Seaboard Slave States^ Joiamey through Texasy Jour-^ 
ney in the Back Country. 

4 



50 l'éducation dès nègres 

et Toisiveté étaient syûotiymes : c'est ce qu'ils avaient appris 
sur les plantations. L'instruction à laquelle ils aspiraient 
n'était pas celle qui leur enseignerait à gagner honnête- 
ment leur pain quotidien au moyen d'occupations indus- 
trielles ; ce qu'ils voulaient, c'était un enseignement sco- 
lastiqUe qui, joint à certains arts d'agrément, les mit immé- 
dlatemeut au même niveau que le blanc, et leur assurât 
cette même vie d'aise et de plaisir qui dans leur esprit 
était le complément inséparable de la liberté. 



PENDANT LA PÉRIODE DE RECONSTRUCTION 



CHAPITRE III 



L EDUCATION DES NEGRhS PENDANT LA PERIODE 
DE RECONSTRUCTION 



Le Sud après la Guerre. — La guerre civile laissa, 
le Sud dans un état de désolation tetrible. Les frais de la 
guerre, pour le gouvernement confédéré, jusqu'au mois 
d'octobre 1864, s'élevaient à $2,099,768,707 ; cette dette 
fut répudiée par le gouvernement fédéral(l); les bâtiments 
publics, les routes, les digues, les ponts étaient pour ainsi 
dire détruits ; les lignes de chemin de fer étaient coupées, 
le système monétaire aboli ; et, ce qui était pis, l'organi- 
sation du travail reposant sur l'esclavage était complète- 
ment renversée. Le soldat confédéré, en revenant dans 
.son foyer, trouvait sa propriété mobilière disparue, ses 
esclaves en liberté, et, fréquemment, sa ferme hypothé- 
quée ou vendue pour satisfaire le ^fisc. Là où jadis se trou- 
vaient des plantations florissantes, on ne voyait plus qvie 
la désolation et la ruine. 

Les nègres, malgré leur émancipation, malgré la dîspa- 

(l) T. N. Page, The Southern People during Reconstruction^ Atlantic 
Monthhj, vol. 88, pp. 289-304. (Sept. 1901). — Pour la Période de Re- 
construction, voir Atlantic M onthly 1901, janvier, février, mars, mai, 
juin, juillet, septembre et octobre. — G. W. Garner, Reconstruction 
in Mississipi. — E. B. Andrews, iMst Quarter of a Century in the 
United States, vol. I, ch. I, V, VI. — W. A. Dunning, Essays on the 
Civil War and Reconstruction. — Report of the Department of Agri- 
culture, 1860, p. 105. — îbid., 1866-67. 57, 68. — Compendium of the 
Ninth CensuSf p. 752. 



52 l'éducation des nègres 

rition de l'ancien régime*, se trouvaient encore, pour la 
plupart, dans le Sud, et ils auraient pu coopérer avec le 
blanc à régénérer le pays dévasté par la guerre (1). Si 
Ton avait eu recours à d§s moyens convenables pour réha- 
biliter les États révoltés et pour adapter à la situation 
nouvelle les rapports entre les blancs et les nègres libérés, 
il eçt tout à JFaii probable que la question nègre et les dif- 
ficultés qui se présentent dans Téducation des gens de 
couleur, auraient été résolues depuis longtemps, tandis 
qu'elles sont encore aujourd'hui une menace pour le déve- 
loppement du Sud et pour la prospérité de la nation. 

Erreurs sociales de la période de Re- 
construction. — La méthode adoptée par le Congrès 
pour la reconstruction des États rebelles fut la source de 
maux terribles. Elle est cause, en grande partie, de la 
méfiance et de l'hostilité qui existent entre les deux races, 
et des multiples embarras politiques du Sud(2). Le ser- 
ment du Test (3) et le Quinzième Amendement (4) enle- 



(1) N. S. Sbaler, The Negro since the Civil War, Popular Science 
Monthly, vol. 57, p. 29 (May, 1900). 

(2) S. P.^Chase, Letter to Démocratie National Committee in 1873 
(E. B. Andrews, The Last Quarter of a Century in the United States^ 
vol. I, pp. 36-31). 

(3) Le serinent du Test : « Je jure de la façon la plus formelle que 
jamais je n'ai volontairement porté les armes contre ma patrie de- 
puis que je suis citoyen des États-Unis, que jamais je n'ai de plein 
gré soutenu, favorisé, conseillé ou encouragé leurs ennemis décla- 
rés ; que jamais je n'ai tenté ni accepté d'exercer une fonction quel- 
conque sous un gouvernement vrai ou fictif hostile aux Ëtats-Unis. 
Je jure en outre que jamais je n'ai consenti à appuyer aucun gou- 
vernement reconnu ou non, aucune autorité, aucune puissance, 
aucune constitution, établi au sein des États-Unis et hostile à la 
nation,... que... je suis prêt à maintenir et à défendre la Constitution 
des États-Unis contre tous ses eonemis, à l'extérieur comme à l'inté- 
rieur. » (Décret du 2 juillet, 1862.) 

(4) « Le droit électoral des citoyens des États-Unis ne pourra être 
supprimé ni restreint par le Gouvernement fédéral ou par un État 
quelconque pour cause de race, ou d'esclavage antérieur. » Amende- 
ments à la Constitution des États-Unis^ art. 15 de la 1" section. 



PENDANT LA PÉRIODE DE RECONSTRUCTION 53 

vaieat virtuellement au blanc Tusage de son droit électo- 
ral, tout en mettant le pouvoir politique dans les mains 
de Tex -esclave (ij. Les gens du Sud, vivement- affectés par 
leur défaite, ne pouvaient considérer le Quinzième Amen- 
dement que comme une mesure politique ayant pour but 
de les humilier encore davantage. Ils savaient parfaite- 
ment que le commerce du Nord avait bénéficié de Tescla- 
vage et que Taversion pour la race noire était, en fait, 
auissi grande dans le Nord que dans le Sud ; par conséquent, 
ils ne pouvaient pas croire que Taffranchissement du 
nègre fût dû entièrement à la sympathie désintéressée du 
Nord pour l'homme de couleur. 

Étudier les huit années connues sous le nom de Période 
de Reconstruction, c'est faire l'histoire de la discorde, de 
la corruption, de l'ignorance dans le gouvernement. Le 
seul mérite de ce régime fut le soin qu'il donna à l'établis- 
sement d'un bon système d'écoles publiques (-2). Les meil- 
leures classes du Sud, par suite des conditions du « ser- 
ment c uirassé de fer » {ii^on clad oath)^ étaient privées du 
droit de vote. Le pouvoir politique passa aux mains des 
« Scalawags)),des « Carpet-baggers » et des nègres (3), On 
nommait « Scalawags » des individus généraleiîient rené- 
gats du Sud, qui n'avaient pas de situation sociale avant 
la guerre et qui étaient des gens notoirement corrompus; 
les « Carpet-baggers » étaient quelquefois des agents du 
« Freedmen's Bureau » (Bureau des Affranchis) ; mais le 
plus souvent, c'étaient des gens qui étaient allés dans le 
Sud pour en retirer tout ce qu'ils pourraient, par tous les 

(1) Général Ord^ Rapport de 1867 : « Dans la plupart des comtés de 
mon district, quelques hommes seulement remplissent les conditions 
exigées pour pouvoir prêter le serment de l'épreuve (Test Oath), et 
ceux-là ne tiennent pas à jeter un défi à Topinion publique en accep- 
tant une charge. » 

(2) Cf. E. B. Andrews, The Last Quarter of a Century in the United 
States, vol. I, pp. 116-120. 

(3) Ibid.i ch. 5, Caî^et'baggers and Scalawags in Dixie. 



54 l'éducation Dsa i^èghbs 

moyens, avou ables ou nou. U y eut, sans doute, un grand 
nombre de « Carpet-baggers » honnêtes; la plupart d 'entr e 
eux, cependant, oublieux des préjugés naturels des blancs, 
considéraient tous les gens du Sud comme des exploiteurs 
éhon tg& d'esclaves, et les nègres comme des victimes 
malheureuses et opprimées qu'il était de leur devoir 
d'arracher à la puissance de leurs tyrans, Us firent bientôt 
^^fiartager cette croyance à l'homme de couleur, donnant 
\)aissance ainsi à des malentendus, et ji un esprit d'hos- 
tilité entre les anciens maîtres eX les* anciens esclaves. Ces 
nouveaux électeurs devinrent un instrument politique 
entre les mains des démagogues. Ils étaient sans instruc- 
tion, crédules, dégradés par tous les défauts et tous les 
viceB que peuvent faire naître de longues années d'escla- 
vage, mais ils croyaient, en même temps, grâce aux men- 
songes décevants de leurs chefs, que le Quinzième Amen- 
dement les avait rendus les égaux de l'homme blanc ins- 
truit, qui avait en partage la discipline intellectuelle des 
siècles. Que ces électeurs ignorants, dominés par des chefs 
sans principes ou fanatiques, aient commis des excès ou 
des fautes terribles, il n'y a là rien de surprenant. On peut 
s'étonner qu'ils n'aient pas fait pis (1). Cependant, le 

(i) 4( Il paratt qu'il y avait, 6d 1874, rieii que dans la Caroline du 
Sud) deux cents juges nègres ne sachant ni lire ni écrire, ainsi que 
des « School cominissioners » (commissaires scolaires nègres), tout 
aussi ignorants, lesquels recevaient $ 1,000 par an. De même des 
JuryB compoiés de nègres tranchaient des questions juridiques sub- 
tiles et donnaient leurs décisions dans des affaires dont dépendaient 
les biens et la vie d'individus. » E. B. Andrews, TAc Last Quarter of 
a Century in the United States^ vol. I, p. 124. 

« Là dette publique de TAlàbama passa, entre 1868 et 1874, de 
% 8,356,083 51 à $25,503,593 30. Ces chiffres comprennent les obliga- 
tions de chemins de fer et au porteur. H. A. Herbert, Why the Solid 
South. 

« La première Assemblée législative de la Caroline du Sud, réunie 
sous les auspices de la nouvelle Constitution, comprenait 72 blancs et 
85 nègres. A cette époque, la dette consolidée de l'État se montait 
à $ 5,407,306 27. A l'expiration des quatre années d'administration 



PENDANT LA PÉRIODE DE RECONSTRUCTION 59 

gouvernement des a Carpet-baggers » et la légiilature 
nègre rendirent impossible la réconciliation entre les deux 
races, raffermirent dans l'esprit des gens du Sud la 
croyance à l'irrémédiable infériorité morale et intellec- 
tuelle du nègre et les déterminèrent à lutter pour rabais- 
ser le nègre et pour l ejnain tenir à la place qu'ils croyaient 
être réellement lasienne(l). 
Ainsi il est facile de comprendre pourquoi le projet d'un 



du Gouverneur R.H. Scott, en décembre 1872, quoi qu'il n'eût pas été 
entrepris ou achevé de travaux publicâ importants, la dette aveo les 
intérêts échus atteignait la somme de $ 18,515,033 91.» E. B. Andrews, 
The Last Quarter of a Ceniury in the Vnited States, vol. I, p. 128. 

« Quatre années et cinq mois de « Carpet-bag rule » avaient coûté 
$ 106,020,337 à la Louisiane. Les impôts crurent en proportion. La 
richesse de la Nouvelle-Orléans, pendant les huit années de « Carpet- 
« bag rule », au lieu de s'accroître, descendit de $ 146,718,790 à 
$ 88,613,930. » T. N. Page, The Southeim People duHng Reconstruction, 
Atlantic Monthly, September 1901. 

J, W. Garaer, Reconstruction in Mississipi, p. 314. 

(c Les bons du Trésor du Texas valaient 45 cents par dollar, et les 
obligations de l'État n'avaient aucune Valeur. » Political Science 
Quarterly, vol. IX, pp. 686 et seq. 

Daniel Chamberlain, Reconstruction in South Carolina, Atlantic 
Monthly, vol. 87, p. 477 (avril 1901). « Avant la guerre, la dépense 
moyenne de la session annuelle de la législature dans la Caroline 
du Sud ne dépassait pas $ 20,000. Pour les six annéei de la Recons- 
truction, la dépense annuelle moyenne était de de $ 320,000, la 
dépense de la session de 1871 seule fut de $ 617,000. Tous les frais 
des législatures pour ces six années furent de $ 2;339,000. » 

(i) E. B. Andrews, The Last Quartér of a Century in the Vnitéd States» 
vol, I, pp. 121^122 : a Les nègres étaient par trop bornés pour faire 
des lois ou pour élire ceux à qui incomberait cette tâche. Pendant 
un certain temps, des effets accaparés (engrossed bills) en nombre 
considérable furent envoyés d'une Chambre de TAlabama à Tautre, 
dans le but de faire rectifier les erreurs qui s'y trouvaient. S'il faut 
en croire les rapportsde cette époque, un des employés à la Chambre 
des Représentants fut renvoyé pour cause d'orthographe défectueuse 
et un expert fut désigné pour rectifier les erreurs. Quand on décou- 
vrait des erreurs, le Séijat ne pouvait retrouver le coupable, attendu 
que la plupart des sénateurs étaient incapables d'écrire trois lignes 
correctement; certains ne savaient même pas lire. 11 est aisé de se 
figurer la médiocrité des travaux exécutés par ces magistrats. >f 



L 



56 l'éducation des nègres 

programme d'instruction pour les nègres trouva plus d'a- 
vocats dans le Nord que dans le Sud, et pour quoi, parmi les 
gens du Sud, ceux mêmes qui étaient en faveur de Tinstrue- 
tion du nègre ne pouvaient pas s'entendre avec les gens du 
Nord au sujet de l'espèce d'instruction la mieux appro- 
priée aux besoins des anciens esclaves. On doit dire, ea 
toute justice, que' les gens du Sud étaient de bonne foi dans 
leur opposition à un enseignement scolastique pour le nè- 
gre; ils croyaient qu'il était incapable d'y trouver aucun 
avantage, et que l^__peu d'instruction qu'il pourrait en re- 
tirer le rendrait impropre à remplir dans la société la place 
que le sort lui avait assignée, parce qu'il serait amené par 
là à devenir un être à la fois mécontent et dangereux. 

L'Éducation des nègres après l'émancipa- 
tion. — L'instruction des nègres libres commença, pour 
ainsi dire, avec la guerre civile. A leur passage à travers les 
États du Sud, les armées des envahisseurs furent reJQÎntes 
par un grand nombre d'esclaves fugitifs, hommes, femmes 
et enfants, auxquelsdes travaux secondaires furent confiés. 
Des classes furent ouvertes pour ces nègres dans les dif- 
férents postes occupés par les troupes du Nord. Dès sep- 
tembre 1861, une école fut ouverte au fort Monroe. Ce 
n'était là que le commencement d'une série d'écoles mili- 
taires, qui furent organisées sous la surveillance des offi- 
ciers et des chapelains et qui s'étendaient jusqu'à Was- 
hington (District de Colombie); Portsmouth et Norfolk 
(Virginie) ; Newport News, Beaufort et Port Royal (Caro- 
line du Sud); la Nouvelle Orléans (Louisiane); Vicksburg 
(Mississipi); Roanoke Island (Caroline du Nord); Colum- 
bus (Kentucky); et nombre d'autres lieux dans le Sud. Le 
1*' janvier 1863, la proclamation de l'émancipation libéra 
tous les esclaves, et des écoles, sous une direction mili- 
taire, s' élevèr ent dans tous les États du Sud (1). 

(1) Cf. Occasional Papers of the Slater Fund, n» 3, dans le Report 



PENDANT LA PÉRIODE DE RECONSTRUCTION 57 

Écoles organisées par le général Banks. — 

Le système le plus complet pour Téducation des nègres, 
dans les premiers temps, fut inauguré par le général 
Banks qui, en octobre 1863, fonda les premières écoles 
publiques de la Louisiane. Si l'on en croit les rapports ré- 
digés peu de temps après, il y avait sept écoles, avec 
23 maîtres et l,-i22 élèves. En mars 1864, le général Banks 
créa, par décret, un conseil d'éducation qui avait le pou- 
voir d'établir des écoles communales, d'acquérir ou d'éri- 
ger des bâtiments scolaires, d'employer des maîtres, d'a- 
cheter tout le matériel nécessaire, et qui « devait avoir la 
même autorité et remplir les mêmes devoirs que les répar- 
titeurs des impôts, les inspecteurs et les administrateurs 
scolaires dans les États du Nord, relativement à l'établis- 
sement et au maintien des écoles communales ». Ce conseil 
fut investi, en outre, du pouvoir « d'imposer et de préle- 
ver une taxe scolaire sur la propriété mobilière et immo- 
bilière, y compris les récoltes des plantations ». En dé- 
cembre 4864, les rapports de ce conseil indiquent qu'il y 
a 95 écoles, 162 maîtres et 9,571 élèves. Le pouvoir de 
prélever une taxe fut suspendu en 1865, et le rapport offi- 
ciel, montrant le désir que les nègres libérés avaient d'ac- 
quérir de l'instruction, dit ce qui suit : «Quand la percep- 
^n de l'impôt général fut suspendue en Louisiane par 
ordre militaire, la consternation de la population de cou- 
leur fut intense. Des pétitions commencèrent à pleiiïûir 
au quartier général. J'en vis une venant des plantations de 
Tautre côté de la rivière, qui avait au moins trente pieds 
de longueur, et qui portait les signatures de dix mille nè- 
gres. C'était touchant de l'examiner et de considérer les 
noms et les croix (-{-) d'une si longue liste de parents qui, 



of the Commissioner of Education, 1894-95, p. 1376. — W. E. B. Du 
Bois, The Freedmen's Bureau, Atlantic Monthly^ vol. LXXXVII, 
p. 354 et'seq. (Mars 1901.) 



58 l'éducation des nègres 

ignorants eux*môines, suppliaient que Ton instruisit leurs 
enfants, et promettaient que, malgré leurs charges et leur 
extrême pauvreté, ils paieraient les frais (i). » 
Écoles organisées par le colonel John Eaton. 

— Le 14 décembre 18G2, un système d'écoles fut établi 
daqs le Tennessee et TArkansas parle colonel John Eaton. 

D'abord, par suite du manque de surveillance, il y eut 
beaucoup d'abus, et les plaintes reçues montrent que « des 
fraudes avaient été commises dans plusieurs cas; des per- 
sonnes mal disposées, irréfléchies et sans auitune compé^ 
tence en avaient imposé à ceux qui n'étaient pas préparés 
à leur résister ou à les contenir ». Nous voyons ailleurs 
que des maîtres « au lieu de travailler ensemble au bien 
de ceux pour lesquels ils étaient venus, se q ^rfe^^^ se ca- 
lomnier, à se créer mutuellement des difficultés et à se 
faire des tracasseries », et aussi, que « la mauvaise foi avec 
laquelle on remplissait des engagements équitables, pri- 
vait les gens de couleur de ce qui leur revenait de 
droit (2))). 

La circulaire n^ 28, envoyée par le département de la 
guerre, établit les écoles de ces deux États sur une meil- 
leure base. Une importante modification de ce système était 
la création d'écoles industrielles qui avaient pour but de 
« développer des habitudes laborieuses et d'enseigner 
les arts utiles du ménage ». En mars i86o, un aide surin* 
tendant dit dans son rapport qu'il y a à Vicksburg et à 
Natchez, et dans le voisinage de ces villes, 30 écoles, 
60 maîtres et 4,393 élèves ; à Memphis, 1,590 élèves. Dans 
toute la circonscription scolaire, 7,360 élèves fréquentaient 
régulièrement l'école (3). 

(1) The Negro Common Schooly p. 25. Atlanta UniversUy Publica- 
tion, no 6. 

(2) Voir le rapport du chapelain Warren, 1864, relatif aux écoles 
nègres. 

(3) J. L. M. Curry, Education of the Negro since 1860, Occasional 
Papers of the Slater Fund, n« 3. 



PENDANT LA PÉRIODE DE RECONSTRUCTION 59 

Freedmen's Bureau. -— Jusqu'en 1865, les secours 
donnés aux nègres affi:anchis avaient, nécessairement, 
manqué d'une véritable organisation; c'est pourquoi, en 
mars 1865, le Congrès créa un « Bureau of Refugees, Freed- 
men and Abandoned Lands » (Bureau des réfugiés, des 
émancipés et des terres abandonnées). Commeson nom l'in- 
dique, ce« Bureau des émancipés » ne comprenait pas seu- 
lement dans ses attributions les questions d'éducation. Le 
pouvoir exercé par le représentant de ce bureau était, en 
fait , illimité . Dans les questions relatives aux nègres et à 
leurs rapports avec les blancs du Sud, ces agents allaient 
môme plus loin que les autorités militaires. On a souvent 
critiqué, et sévèrement, les opérations de ce bureau : dans 
certains cas, ce fut avec beaucoup de justice. Il n'est pas 
douteux qu'on aida beaucoup de nègres qui auraient pu se 
suffire à eux-mêmes. Au milieu d'une si grande misère, on 
n'avait pas le temps de prendre des renseignements sur des 
cas particuliers. Quelquefois aussi, les efforts de ce bu- 
reau étaient entravés, et même la haine naturelle entre les 
deux races se t?ouVait excitée parla corruption et la sot- 
tise de certains agents. Ces employés se montraient 
fréquemment peu avisés en ne tenant pas compte des pré- 
jugés naturels des anciens propriétaires d'esclaves, en les 
traitant, trop souvent, avec un sans-gêne absolu, tout en 
favorisant outre mesure les nègres qui étaient sous la 
tutelle de la nation (1). 



(1) Cf. C. T. Winston, Industnal Education for White and Black, 
dans le Southern Workman, février 1901. « Je me souviens avoir vu 
faire à un nègre cent milles à pied pour se procurer au bureau des 
affranchis (Freedmen's Bureau) un boisseau de farine. Si cet homme 
était resté chez lui à travailler, il eût pu gagner le prix de sa pen- 
sion et en plus quatre boisseaux de farine pendant le temps qu'il 
avait perdu en allées et venues. Une foule de plaintes puériles et 
insignifiantes, dont la plupart n'étaient aucunement fondées, furent 
déposées devant lé bureau par des domestiques nègres contre leurs 
maîtres de race blanche. Ainsi naquit l'antagonisme des deux races. » 



60 l'éducation des nègres / 

Il appartenait à ce bureau d'exercer la surveillance et 
TadministratioD de toutes les terres abandonnées et d'a- 
voir la haute main sur toutes les questions se rapportant 
aux réfugiés et aux émancipés. Neuf aides-commissaires 
furent adjoints au chef de ce bureau, qui était le général 
0. 0. Howard, et il fut décrété que « ces commissaires au- 
raient pour objet d'organiser pratiquement le travail rému- 
néré », ainsi que de « saisir, tenir, employer, louer ou vendre 
tous les bâtiments ou immeubles et toutes terres leur 
appartenant et qui en dépendent et qui étaient aux mains 
des États confédérés, sous quelque titre que ce fût, et d'em- 
ployer les dites propriétés ou d'en appliquer les revenus 
à l'éducation des gens libérés ». 

Ils étaient aussi autorisés à rendre la justice là où d'au- 
tres tribunaux n'existaient pas, à « coopérer avec les ins- 
titutions de bienfaisance particulières à l'assistance des 
affranchis », à établir l'institution du mariage parmi les* 
anciens esclaves (si possible, entre ceux qui avaient vécu 
maritalement pendant l'esclavage) à encourager les nègres 
à se mettre en état de se suffire à eux-mêmes, et à veiller 
à ce que les ouvriers de couleur reçussent un traitement 
équitable de la part de leurs patrons. 

Rapports du général Ho"ward. — Dans le pre- 
mier rapport général envoyé au Bureau, le 1^^ janvier 1866, 
relativement à l'œuvre d'éducation, l'inspecteur des éco- 
les disait que « le nombre total des élèves à ce jour, 
dans toutes les écoles de couleur, se montait, autant 



Un voyageur du Nord rapporte que daus le Mississipi, un affranchi 
intelligent lui déclara qu'il ne regardait pas comme libre celui qui 
était forcé de s'assurer la vie par le travail. » New-York Herald du 
2 octobre 1865. 

Voir les tableaux de cette époque dans les romans Red Rock, de 
T. N. Page, et The Leopard's Spots, qui présentent les arguments du 
parti sudiste, et d'autre part, A FooVs Errand et Rricks without 
Straw, par A. Tourgee, dans lesquels sont défendues les opinions des 
nordistes. 



PENDANT LA PÉRIODE DE RECONSTRUCTION 61 

que Ton pouvait s'en assurer, à 90,599; le nombre 
des maîtres, à i ,314 ; celui des écoles, à 740 » ; six mois 
plus tard, le 1" juillet 1866, M. Alford, inspecteur des 
écoles, rapportait qu'il y avait 90,778 élèves, 1,405 maîtres, 
et 975 écoles. Son rapport indiquait en outre, que les nè- 
gres prenaient plus d'intérêt à leurs écoles tandis que di- 
minuait l'opposition des blancs à ces mêmes établisse- 
ments. 

Sous l'habile direction du général Howard et des diffé- 
rents -aides- commissaires et surintendants d*État, les éco- 
les passèrent de l'état expérimental à un système bien 
organisé d'instruction publique. Les élèves commencèrent 
à être répartis en classes régulières, et l'on établit des 
écoles préparatoires pour les maîtres ; l'enseignement in- 
dustriel parmi les enfants était particulièrement satisfai- 
sant. Il leur donnait des connaissances pratiques qui pou- 
vaient leur être utiles plus tard en les mettant à même de 
se suffire à eux-mêmes. 

En 1869, peu avant le moment où le gouvernement cessa 
de subventionner les écoles des affranchis, le général 
Howard fit un rapport qui était un court résumé de l'œu- 
vre accomplie par le bureau. Il disait : 

« Le besoin le plus urgent des affranchis était Téducation, 
et,*dès le début, j'ai consacré plus d'attention à ce point 
qu'à aucune" autre branche de mon travail... J'ai trouvé 
beaucoup d'écoles établies dans les circonscriptions qui 
étaient depuis quelque temps à l'intérieur des lignes de nos 
armées. Une grande partie de ces écoles avaient été ins- 
tituées et soutenues par des sociétés de bienfaisance du 
Nord. Dès le 17 septembre 1861, l'« American Missionnary 
« Association » débuta par une école pour les a contrabands » 
(nom donné aux nègres qui s'échappaient pour rejoindre 
les armées du Nord) à Hampton, près de Fort Monroë. Le 
8 janvier 1862, le Rev. Solomon Peck, de Boston, doc 
teur en Divinité, établit une école à Beaufort (Caroline du 



62 l'éducation des nègres 

Sud). Une autre fut ouverte à Hilton Head, au cours du 
même mois, par Bernard K. Kee, fils. Un mouvement plus 
général fut inauguré grâce aux efforts de E. L. Pierce, 
Esq., de Boston, et du Rev. M. French ; et le 3 mars 1862, 
environ 60 maîtres ou missionnaires furent envoyés par 
des sociétés organisée» à Boston et à New -York. D'autres 
suivirent, parmi lesquels les uns agissaient sous leur propre 
responsabilité, certains étaient soutenus par de nouvelles 
sociétés de secours formées à Philadelphie, à Cincinnati et 
dans d'autres villes. Dès le début de Tannée 1864, un sys- 
tème d'instruction excellent fut établi en Louisiane par le 
général Banks, alors commandant en chef de l'État. Je 
n'ai pas essayé de nous substituer aux sociétés de bienfai- 
sance déjà engagées dans l'œuvre d'éducation. Je leur ai 
donné, au contraire, toutes les facilités possibles pour con- 
tinuer et étendre leur œuvre. J'ai pu leur procurer une 
aide matérielle, quoique le Congrès ne donnât pas de sub- 
sides, en employant les fonds obtenus par la locatio^des 
propriétés abandonnées, en aménageant comme écoles les 
immeubles qui n'étaient plus nécessaires pour les besoins 
militaires, en donnant le transport gratuit sur les voies de 
communication aux maîtres, aux livres et au matériel 
scolaire, et en accordant les frais de subsistance à tous 
ceux qui participaient à l'œuvre d'éducation. Dans le but 
de faire régner l'harmonie parmi les nombreuses sociétés 
indépendantes engagées dans cette œuvre, et de les aider 
toutes d'une façon impartiale, je nommais dans chaque 
État un surintendant des écoles, dont le devoir était de 
recueillir des renseignements, d'encourager l'établissement 
de nouvelles écoles, de trouver des maisons pour les maî- 
tres et de surveiller le travail en général. La loi du 16 juil- 
let 1866 sanctionna tout ce qui avait été fait auparavant, 
et étendit mes pouvoirs... Dans chaque État, au moins une 
école normale a été organisée pour la préparation des 
maîtres; et plusieurs collèges reconnus par l'État, pour les 



PENDANT LA î>ÉRIODE DE HECONSTRUCTION 63 

gens libérés, sont ouverts et réussissent à merveille. En ou- 
tre, une institution d'un ordre plus élevé a été fondé dans 
cette circonscription, et enregistrée par le Congrès: une 
université qui a pour but de donner aux émancipés les 
moyens d'acquérir une culture classique, scientifique et 
professionnelle. Dans toutes les écoles et dans toutes les 
classes, le niveau des études a rapidement progressé. 

« On croit qu'au moins deux cent cinquante mille 
adultes et enfants de couleur ont reçu quelque instruction 
pendant l'année écoulée. On ne saurait trop louer la 
noble armée des maîtres, qui ont poursuivi avec succès 
cette œuvre d'éducation. Puisque les émancipés ont été 
investis de tous les droits et privilèges des hommes libres 
et exercent déjà une puissante influence politique, il est 
reconnu par toutes les personnes intelligentes et de bon 
sens, qu'il faut les instruire^ si l'on ne veut pas qu'ils 
deviennent des instruments aux mains des démagogues, 
et de puissants agents du mal, au lieu d'être des agents 
du bien. Cette nécessité a déjà conduit quelques-uns des 
États reconstruits à établir un système d'écoles commu- 
nales/jusqu a ce que iccïa s oit' fait clans tous les États, jus- 
qu'à ce que ces écoles publiques fonctionnent régulière- 
ment, le salut du pays et particulièrement du Sud exi- 
gera la continuation, par une puissance quelconque, de 
l'œuvre d'éducation remplie actuellement par notre 
bureau. Ce n'est pas tout ; on devrait trouver les moyens 
d'en étendre largement les opérations, de manière à sub- 
Yfînir aux besoins de toute la population. Les rapports 
indiquent qu'il n'y a pas plus d'un dixième des enfants des 
aflfranchis qui fréquentent les écoles. Leurs parents ne sont 
pas à même de payer les frais de leur éducation } ils font 
déjà quelque chose, et, en proportion de leurs moyens, 
probablement plus que ne ferait aucune autre classe. On 
estime que pendant l'année écoulée, ils n'ont pas souscrit 
moins de deux cent mille dollars pour la construction 



64 l'éducation des nègres 

d'écoles et le paiement des salaires des maîtres. Ils se sont 
montrés disposés à contribuer aux frais de Técole ; et à 
mesure qu'ils prospéreront et acquerront de Taisance, ils 
prendront une plus grande part du fardeau, que ce soit 
par contributions volontaires, ou au moyen d'un impôt 
pour l'entretien des écoles. » 

Quelques sections du Freedmen's Bureau furent suppri- 
mées en 1869. En 1870, les affaires de ce Bureau furent 
remises au Département de la Guerre. De 1870 à 1872, 
ce fut le moment le plus difficile de la période de recons- 
truction, et la confusion régna partout dans le Sud. Enfin, 
en 1872, le Bureau de l'Instruction et celui des récom- 
penses furent définitivement supprimés et le Gouverne- 
ment fédéral cessa d'aider les nègres. On croyait que les 
Etats du Sud, individuellement, étaient à même de por^ 
ter le fardeau. Bien qu'en réalité le fonctionnement du 
Bureau ne fût pas toujours satisfaisant, il n'en est pas 
moins vrai que Ton est en droit de se demander si le 
Gouvernement national eut raison en cessant d'assumer 
seul toute la responsabilité des écoles nègres. C'était une 
trop lourde charge à imposer au Sud déjà appauvri, d'au- 
tant plus que l'esclavage, et Tignorance des nègres qui en 
était le résultat n'étaient pas imputables au Sud seul. 
Cette institution avait enrichi le commerce de toute la 
nation ; la nation tout entière, le Nord aussi bien que le 
Sud, devait en payer les conséquences fâcheuses. 

Il n'existe pas d'histoire officielle du Freedmen's 
Bureau, par suite, sans doute, de l'état de confusion des 
archives au moment où les affaires de ce Bureau furent 
remises au Département de la Guerre pour le règlement 
final. Le D'^ J. L. M. Curry, un des administrateurs de 
la fondation Slater, fit une demande le i^^ mai 1894, au 
« Record and Pension Office » du gouvernement pour obte- 
nir les statistiques relatives à ce Bureau. On lui envoya le 
tableau suivant : 



PENDANT LA PÉRIODE DE RECONSTRUCTION 



65 



L 



Années. 


Ecoles 


Maîtres 


Elèves. 


Dépenses 

du 

bureau. 


Contribu- 
tions des 
affranchis. 


Contribu- 
tions des So- 
ciétés de 
bienfaisance 


1865-66 

1867 

1868 

1869 

1870 


1264 
1673 
1739 
1942 
1900 


1793 
2023 
2104 
2472 
2376 


111.193 
109.245 
102.562 
108.435 
108.135 


dollars. 
225.722 94 
415.330 01' 
909 210 00 
591 267 56 
480.737 8;; 


dollars. 
18.500 00 
17.200 00 
42.130 00 
85.726 00 
17.187 00 


dollars 

83.200 00 

65.087 00 

154.736 50 

27.200 00 

4 240 00 



On dressa cette statistique au moyen des rapports parti- 
culiers envoyés chaque année au Freedmen's Bureau par les 
Surintendants de Tlnstruction publique dans les États du 
Sud. Il faut noter que le chiffre des dépenses donné dans 
ce tableau comprend, en dehors des dépenses scolaires, 
les frais occasionnés au Bureau par la construction et 
l'entretien des asiles pour les affranchis. 

Ce tableau est en contradiction, sur des points impor- 
tants, avec les rapports fournis chaque année par le com- 
missaire du Freedmen's Bureau. Étant donné le laps de 
temps écoulé, le désordre des chiffres et la confusion des 
documents, il est impossible aujourd'hui de concilier ou 
d'expliquer les divergences qui existent entre les rapports 
des surintendants et ceux du commissaire. En s'appuyant 
sur ces derniers, voici quel tableau on peut établir (1) : 



Années. 


Ecoles 


Maîtres 


Elèves. 


Dépenses 

du 
bureau. 


Contribu- 
tions des 
affranchis. 


Contribu- 
tions des So- 
ciétés de 
bientaisance 


1866 
1867 
1868 
1869 
1870 


975 
1839 
1831 
2118 
2677 


1405 
2087 
2295 
2455 
3300 


90.778 
111.442 
104.327 
114.522 
149.581 


dollars. 
123.659 39 
531.345 48 
965.896 67 
924.182 16 
976.853 29 


dollars. 

18.500 00 

17.500 00 

360.000 00 

190.000 00 

200.000 00 

(estimés) 


dollars. 

82 200 00 

65.087 01 

700.000 00 

365.000 00 

360.000 00 



(J) Cf. Report of Commissioner of Education, p. 1379, 1894-9i 

5 



66 l'éducation des nègres 

Il est probable que nous devons ajouter foi aux chiffres 
donnés par le commissaire, puisqu'il pouvait contrôler 
les assertions des surintendants et possédait des éléments 
qui font défaut aujourd'hui. Il présente pour Tannée 1860 
un total de $365,000, donné pour l'éducation par des socié- 
tés de bienfaisance ; le nouveau rapport établi en 1894 ne 
présente que $27,000, chiffre évidemment absurde. On peut 
supposer que les surintendants des États ne faisaient pas 
entrer en ligne de compte toutes les sommes offertes pour 
l'éducation par les sociétés de bienfaisance ; peut-être ne 
rendaient-ils compte au Freedmen's Bureau que des 
sommes qui leur étaient parvenues par l'intermédiaire de 
ce Bureau même, tandis que le commissaire, chargé d'un 
rapport général, devait probablement faire un total de 
toutes les dépenses, quelle que fût l'origine de l'argent (1). 

Comme on Ta déjà dit plus haut, l'œuvre de l'éducation 
des nègres ne se trouvait pas exclusivement dans les"^ 
mains du Freedmen's Bureau. Beaucoup de sociétés reli- 
gieuses et bienfaisantes coopérèrent avec le gouvernement 
pour subvenir aux besoins des anciens esclaves. Le Freed- 
men's Bureau, dans ses rapports de 1868 et de 1869, nomme 
les associations suivantes comme engagées dans cette 
œuvre : 

African Civilization Society, New York; 

Àfrican Methodist Episcopal Church Missionary Society, 
Washington, D. C; 

American Advent Mission Society, Michigan ; 

American Baptist Free Mission Society, New York; 

American Baptisl Home Mission Society, New York ; 

American Missionary Association, New York; 

Board of Domestic Missions, Reformed Presbyterian 
Church, Pittsburg, Pennsylvania; 

(1) The Negro Cammon School, p. 32, Atlanta University Publica- 
tion. 






PENDANT LA PÉRIODE DE RECONSTRUCTION 67 

Board of Missions for Freedmen, Reformed Presbyterian 
Ghurch, Ohio ; 

Baltimore Association, Baltimore, Maryland ; 

Delaware Association for the Moral Improvement of Co- 
lored People, Wilmington, Delaware; 

First Normal School Association, Richmond, Virginia; 

Freedmen's Aid Society, Methodist Episcopal Church, 
Cincinnati, Ohio; 

Freedmen's Committee, Ohio Yearly Meeting of Friends, 
Ohio ; 

Free Will Baptist Home Mission Society, New Hampshire; 

Friands' Association of Philadelphia, Pennsylvania ; 

Friends' Freedmen's Association of Philadelphia, Penn- 
sylvania ; 

American Freedmen's Association of Philadelphia, 
Pennsylvania ; 

American Freedmen's Union Commission, New York; 

Friends' Freedmen's Association of New York, New York 
City; 

General Assembly's Committee on Freedmen, Pittsburg, 
Pennsylvania; 

Michigan Freedmen's Aid Commission, Michigan; 

National Freedmen's Relief Association, Washington, 
B.C.; 

National Theological Institute and Home Missionary 
Society, Washington, D. C; 

National Theological Institute and University, Washing- 
ton, D. C; 

New England Branch American Freedmen's Union Com- 
mission, Boston, Massachusetts; 

New England' Friends* Freedmen's Aid Society, New 
Bedford, Massachusetts; 

New York Branch American Freedmen's Union Commis- 
sion, New York; 

New York Yearly Meeting of Friends, New York ; 



68 l'éducation des nègres 

Northwestern Freedmen's Aid Commission, Michigan; 

Pennsylvania Branch American Freedmen's Union Com- 
mission, Philadelphia, Pennsylvania ; 

Presbyterian Committee of Home Missions, New York; 

Protestant Episcopal Home Mission to Colored People, 
New York ; 

Riehmond Educational Association, Virginia ; 

Scriptural Tract Society, Boston, Massachusetts; 

Soldiers' Mémorial Society, Boston, Massachusetts; 

United Presbyterian Board of Missions, AUègheny City; 
Pennsylvania ; 

Western Freedmen's Aid Commission, Cincinnati, Ohio ; 

Yearly Meeting of Friends, Indiana. 

American Missionary Association. — L'Ame- 
can Missionary Association était la plus puissante des 
nombreuses sociétés qui rivalisaient pour améliorer le 
sort de la race nègre. Avant la guerre civile, cette société 
avait fait quelques efforts pour éclairer les esclave^ 
des États du Sud et les nègres réfugiés au Canada. L'ex- 
trait suivant, tiré des archives de TAmerican Missionary 
Association, donnera une idée du travail accompli par elle 
parmi les affranchis (i). 

« Le Home Department (section des missions intérieu- 
res) comprenait deux champs bien distincts, l'Ouest et le 
Sud, et le nombre des missionnaires employés aux 
États-Unis par l'Association s'éleva à 112 en 1860, dont 
15 étaient employés dans des États esclavagistes et dans 
le Kansas. 

« Les Missions des États esclavagistes donnèrent nais- 
sance aux événements les plus frappants que Tpn ait enre- 
gistrés pendant l'existence de l'Association. Cette œuvre 
a le mérite d'avoir fait les premiers efforts mar- 



(1) The Negro Common School, p. 33. (Atlanta University Publica- 
tion.) 



r 



PENDANT LA PERIODE DE RECONSTRUCTION by 

quants pour établir des églises et des écoles antiesclava- 
gistes à un moment où l'esclavage existait encore. Ces ef- 
forts, naturellement, étaient limités aux blancs, car dans 
le royaume de Tesclavage, des églises et des écoles anti- 
esclavagistes pour les nègres étaient des impossibilités. 
Mais en octobre 1859, survint la marche de John Brown 
en Virginie, portant une terreur universelle dans le Sud 
. et amenant l'expulsion de tous nos missionnaires des États 
esclavagistes. La crise, qui menaçait depuis longtemps, 
éclata enfin, et les armées fédérales, pénétrant dans le 
Sud en 1861, ouvrirent la voie à l'enseignement des gens 
de couleur. L'Association se sentit spécialement appelée et 
providentiellement préparée pour cette œuvre. Aussi les 
premiers efforts systématiques pour aller au secours des 
nègres furent-ils faits par elle. De grandes quantités d'escla- 
ves fugitifs, connus sous le nom de nègres de contrebande, 
étaient réunis à Fort Monroë et à Hampton (Virginie) où 
ils se trouvaient sans feu ni lieu et dans la misère. L'As- 
sociation envoya le Rev. L. C. Lockwood avec la mission 
de faire une enquête. Il arriva à Hampton le 3 septembre 
1861, et le lendemain, des préparatifs étaient faits pour 
tenir des réunions dans plusieurs endroits, entre autres 
dans la maison de l'ex- Président Tyler; c'était là un nou- 
veau rôle pour cette maison et une ère nouvelle pour les 
gens de couleur. 

« Mais le grand événement de la Mission du Rev. Lock- 
wood eut lieu le 17 septembre 1861 , quand il établit le premier 
externat pour gens de couleur. La maîtresse de cette école 
fut Mrs. Mary S. Peake, une femme intelligente de couleur. 
Ce petit établissement fut le commencement du Hampton 
lastitute et le précurseur des cent autres qui ont suivi. La 
maison d'école se trouvait sur la côte où, deux cent qua- 
rante et un ans auparavant, le premier navire négrier 
aborda au Continent américain. Ce premier navire négrier, 
cette première école nègre feront contraste désormais 



70 l'éducation des nëghes 

comme les premiers symboles de deux ères si opposées^ 
celle de la barbarie et celle de la civilisation. 

« La Proclamation de l'Émancipation, datée du i^r jan- 
vier 1863, assura la liberté permanente des nègres qui 
étaient parvenus à pénétrer dans les lignes fédérales. Le 
sentiment de la justice due à l'esclave longuement op- 
primé suscita, dans le Nord, un enthousiasme qui ne fut 
dépasssé que par celui qui poussa les soldats à s'enrôler. 
Des centaines de dames, instruites et élégantes» dont 
beaucoup étaient maîtresses dans les écoles du Nord, pro- 
posèrent volontairement leurs services. Des vêtements, des 
provisions furent offertes en grandes quantités et les so- 
ciétés de secours aux affranchis se multiplièrent (i). 

« L'American Missionary Association étendit rapide- 
ment son œuvre. A Norfolk, l'école fondée Tannée précé- 
dente comptait à ce moment 1,200 élèves. Dans les trois 
écoles du dimanche, il y en avait 1,300 dont 500 adultes. 
Beaucoup de plantations situées autour de Norfolk étaient 
abandonnées par leurs propriétaires blancs, mais encore 
occupées par les esclaves; l'Association y ouvrit des écoles 
et prêcha TÉvangilé. La propriété de l'ex -gouverneur 
Wise fut ainsi occupée et sa maison servit de maison d'é- 
cole et de logement pour les instituteurs. On envoya aussi 

(1) W. E. B. Du Bois parle ainsi de la « Croisade de TiûstiUltrice de 
la Nouvelle Angleterre» : « Les annales de cette neuvième croisade sont 
encore à écrire ; ce sera Thistoire d'une mission qui seinblait à notre 
époque plus aventureuse que Tentreprise de saint Louis le «emblait 
à la êienne. Derrière la fumée des ruines et des pillâgea flottaient 
les robes de calicot dé femmes remplies de courage, et après les 
grondements des canons sonnait le rhythme de l'alpbabet. C'étaient des 
femmes riches ou pauvres, sérieuses ou curieuses. Privées tantôt 
d'un père, tantôt d'un frère, tantôt plus isolées eticore, elles sont 
venues par vocation chercher à établir des écoles de la NouveUe 
Angleterre parmi les blancs et les noirs du Sud. Elles faisaient bien 
leur travail. Dans la première année, elles donnaient renâèigdémeftt 
à plus de 100,000 âmes. » W. E. B. Du Bois : The Fi*eedmen's Bunau^ 
AtlaniiG Monthly, vol. 87, p..358 (mars 1901). 



PENDANT LA f»KHIODE DE RECONSTRUCTION 71 

des maîtres à Newbern et à Roanoke Island (Caroline du 
Nord), à Beaufort, Hilton Head, St* Helena et Ladies 
Islaad (Garolitie du Sud), et à St. Louis (Missouri)» 

« Le succès de nos armes sur le Mississipi, couronné 
par la reddition de Yicksburg, le 4 juillet, ouvrit un vaste 
champ où Ton pouvait se rendre utile. L'Association s'y 
engagea promptement, et avec fruit. Ses forces étaient 
répandues sur le territoire occupé par nos armées, dans 
le District de Colombie, en Virginie, en Caroline du Nord, 
en Floride, en Louisiane, dans le Kentucky, dans le Ten- 
. nessee, dans le Mississipi^ TÂrkansas, le Missouri et le 
Kansaa. 

« L'année 1865 fut marquée par des événements d'un 
intérêt plus qu'ordinaire pour les affranchis et pour TAs- 
sociation. Il faut noter en premier lieu la fin de la guerre, 
l'établissement par le Congrès du Freedmen's Bureau, et la 
tenue d'un Concile National d'Églises « Congregational » 
à Boston; ce concile recommanda aux églises de lever 
$ 250,000 au profit des affranchis et désigna notre 
Association comme l'organisation providentielle, ca- 
pable de mener cette œuvre â bonne fin, L'Associa- 
tion accepta la responsabilité, et se prépara à étendre 
son action* Elle nomma des secrétaires de district à 
Chicago, Cincinnati et Boston, et des agents percepteurs 
dans d'autres parties des États du Nord. Elle s'assura 
aussi le concours de plusieurs ministres de l'Évangile qui 
agirent comme ses représentants, en sollicitant des fonds 
en Grande Bretagne, et elle réussît à se procurer un peu plus 
des $ 250,000 indiqués par le Concile. Ses recettes venant 
de diverses sources montèrent de $ 47,821 en i86i, à 
$ 353,045 en 1866, et à $ 420,769 en 1870. 

« Nos missionnaires et nos maîtres furent, dans une 
certaine mesure, l'objet d'une haineacharnée etde menaces 
brutales, mais Dieu les protégea, dans sa merci, et en fit 
les soutiens moraux de leur troupeau et do leurs écoles. 



72 l'éducation des nègres 

D'ailleurs le courage ne leur manquait pas pour entrepren- 
dre cette œuvre et pour la poursuivre; le nombre des 
maîtres qui, en 1865, se montait à 3-20, s'éleva en 1867 à 
528, en 1868 à 532, et en 1870 à 533. » 

L'œuvre d'éducation de l'American Missionary Associa- 
tion ne se borna pas à l'enseignement élémentaire. On re- 
connaissait clairement qu'il fallait préparer des nègres 
instruits pour remplacer les blancs dans leur action sur 
les gens de couleur, et dans ce but un grand nombre de 
collèges, d'écoles normales et industrielles furent établis, 
pour fournir iin enseignement spécial aux membres du ^ 
clergé et à des instituteurs. Comme types de ces écoles, il 
faut mentionner la « Fisk University » et le « Hampton 
Institute ». La première, établie en 1866, avait pour 
but de donner au nègre l'enseignement que la jeunesse 
blanche recevait dans les collèges et les universités. 
Le nom de « Fisk University » restera toujours attaché à 
celui des « Jubilee Singers » (les chanteurs du Jubilé), une 
troupe d'étudiants nègres aux voix mélodieuses qui, pous- 
sés par leur dévouement à leur école et à l'éducation de 
leur race, entreprirent un voyage circulaire à travers l'A- 
mérique et l'Europe, pour faire connaître au monde les 
chansons des plantations, si pleines de mélodie et de senti- 
ment pathétique. Après sept années d'épreuves et -de 
triomphes, ils revinrent à leur université avec $ 150,000 
recueillis pour la cause de l'éducation des nègres. 

Le Hampton Institute fut ouvert en avril 1868, pour 
donner un enseignement pratique à des nègres et, plus 
lard, à des Indiens. Son but, tel qu'il est exposé par son 
premier directeur, le général Armstrong, était et est encore 
« de donner de l'instruction à des jeunes gens qui iront 
enseigner et conduire le peuple, pour qu'ils soient tout 
d'abord un exemple, en devenatit propriétaires des terrains 
et en se créant des foyers ; de ne pas leur donner un dollar 
qu'ils puissent gagner eux-mêmes ; d'enseigner le respect 



PENDANT LA PÉRIODE DE RECONSTRUCTION 73 

pour le travail; de remplacer la routine stupide par des 
ouvriers habiles; et, dans ce but, d'édifier un système 
industriel, non seulement pour qu'ils puissent se suffire à 
eux-mêmes et devenir des ouvriers intelligents, mais 
aussi pour qu'ils développent en eux l'énergie du carac- 
tère ». 

Après TAmerican Missionary Association, il faut citer 
d'autres associations qui se dévouèrent à cette œuvre de 
l'éducation des nègres. Il y avait la « Freedmen's Aid and 
Southern Society », de l'église Méthodiste Episcopale, orga- 
nisée en 1866 ; la « Baptist Free Mission Society » ; la « Bap- 
tist Home Mission Society ». Cette dernière se consacrait 
plus particulièrement à former des nègres pour enseigner 
et pour prêcher la religion. En outre, nous trouvons, avec 
une importance diverse, les missions des Presbytériens, 
des Episcopaliens, des Quakers et des Catholiques. On doit 
signaler aussi le dévouement des affranchis eux-mêmes, 
qui, malgré leur extrême misère, ont tenu à contribuer de 
leur obole à ce relèvement de leur race. On parlera plus 
tard de l'œuvre accomplie par les African Methodists, mais 
il faut rendre hommage ici aux soldats des 6-2° et 65® régi- 
ments de l'Infanterie de Couleur des États-Unis. A la fin de la 
guerre civile, au moment de leur libération, ces régiments 
abandonnèrent volontairement tout l'argent de leurs pri- 
mes pour établir dans le Missouri une école nègre, qui 
est connue maintenant sous le nom de « Lincoln Ins- 
titute », à Jefferson City, Missouri. 

En 1867, George Peabody laissa en fidéi-commis une 
somme de $ 2,000,000 « pour organiser et encourager l'édu- 
cation intellectuelle, morale et industrielle de la jeunesse 
dans les régions les plus pauvres des États du Sud-Est de 
notre pays ». Les nègres eurent leur part de ce don; et, 
au lieu d'établir de nouvelles écoles, Ton poursuivit le plan 
très sage d'aider des établissements déjà existants et par- 
ticulièrement les écoles communales, afin de les améliorer. 



74 l'éducation des nègres 

Ecoles communales pendant la période de 
Rooonstruction. — Quand le Freedmea's Bureau fui 
supprimé, Tentretien des écoles établies par cette organi- 
sation nationale retomba sur les différents États. Quoiqu'il 
soit vrai que les Gouvernements de Reconstruction de cette 
période aient « beaucoup péché par action et par omis- 
sion », on ne peut pas dire qu'ils aient failli à leurs devoirs 
envers les écoles pour les deux races. Peut-être les fautes 
mêmes commises à ce moment par les législateurs de 
couleur montraient-ellea la nécessité qu'il y avait de don- 
ner une instruction primaire aux électeurs nouvellement 
créés. Il avait été démontré que les fonctionnaires publics 
qui ne savaient ni lire ni écrire étaient une menace pour 
le Gouvernement des États et pour la nation. 

La constitution du Mississipi de 1868 avait pourvu à l'é- 
tablissement d'un système d'écoles communales, en affec- 
tant à ce projet des impôts et des revenus divers, pour 
tous les enfants de cinq à vingt et un ans. Dans la même 
année, la constitution de TAlabama déclara que «le devoir 
du Conseil d'Administration scolaire serait d'établir dans , 
tout l'État, dans chaque municipalité» ou dans toute autre 
circonscription scolaire qu'il pourrait avoir créée, une ou 
plusieurs écoles que tous les enfants de l'Etat, âgés do 
cinq à vingt et un ans, pourraient fréquenter gratuite,- 
ment ». La constitution de la Louisiane ordonna égale- 
ment l'établissement d'au moins une école communale 
gratuite dans chaque paroisse, et il fut stipulé en outre 
que ces écoles ne feraient pas de « distinction de race ni 
de couleur ni de condition antérieure ». La constitution de 
la Géorgie décida la création d'un système d'écoles, qui 
accordait des privilèges égaux aussi bien aux enfants de 
couleur qu'aux blancs. Dans les autres constitutions des 
États du Sud, il y avait des dispositifs analogues pour 
assurer l'instruction des enfants nègres aussi bien que 
celle des enfants blancs. L'œuvre d'éducation accomplie 



J 



PENDANT LA PÉRIODE DE RECONSTRUCTION 75 

dans ]es États situés sur la ligne de démarcation est bien 
résumée par le Professeur Du Bois. « Dans ces États, le 
Delaware, le Maryland, la Virginie de l*Ouest, le Kentucky, 
le Tennessee et le Missouri, le développement des écoles 
nègres fut quelque peu différent. Le Missouri et la Virginie 
de rOuest établirent des écoles gratuites en même temps 
que les autres États du Sud, et ils avaient pensé aux nègres. 
Le Tennessee essaya d'inaugurer un système d'écoles pour 
les deux races en 1867, mais rencontra beaucoup d'obsta- 
cles, parmi lesquels il faut signaler une vive opposition de 
la part de gens hostiles à l'instruction des enfants de cou- 
leur. Le Delaware, le Kentucky et le Maryland établirent 
un système d'écoles pour les enfants blancs, mais refusè- 
rent de faire aucun projet pour les écoles de couleur; et, 
finalement, ils ne leur accordèrent que les impôts payés 
par les nègres. Ce n'est qu'en 1880 que les enfants de 
couleur furent, dans ces États, placés sur le même pied 
que les blancs en ce qui concerne les écoles. La raison 
décisive en est donnée pour le Maryland par le surinten- 
dant Henderson dans son rapport de 1875-76. « Le relève- 
« ment de cette race est une affaire d'importance capitale, 
« puisqu'un bulletin de vote dans les maios d'un nègre 
<( est tout aussi puissant que dans les mains d'un blanc. 
« Aux 49,000 électeurs blancs incapables de lire leur bul- 
a letin de vote, il faut ajouter au moins 50,000 nègres, ce 
« qui fait un total de plus de 90,000 électeurs illettrés, 
u chiffre supérieur au tiers de la liste électorale. » 

Opposition des blancs contre Tinstruction 
des nègres. — Comme on pouvait s'y attendre, les 
écoles nègres n'étaient pas très en faveur auprès des 
blancs du Sud Dans un trop grand nombre de cas, l'oppo- 
sition fut telle qu'il fallut fermer ces écoles. Les deux 
principales raisons de cette hostilité militante contre les 
écoles nègres étaient d'une part les préjugés naturels de 
la population relativement à la race de couleur, et d'autre 



76 l'éducation des nègres 

part Taugmentation des impôts qu'il fallait supporter pour 
établir et entretenir ces écoles. Les gens du Sud ne vou- 
laient pas accepter de places dans les écoles nègres parce 
qu'ils craignaient par là de se dégrader. Le Herald de 
Vicksburg, du 12 mai 1876, exprime ce sentiment quand il 
dit : « Le pronunciamento récent du professeur Cathright, 
le principal représentant des intérêts pédagogiques de 
rÉtat, renferme quelque bon grain et plus ou moins 
d'ivraie. Ses conseils aux maîtres de TÉtat qui travaillent 
actuellement sous sa direction étaient bons jusqu'à un 
certain point; mais quand il essaie de* persuader aux 
jeunes filles de notre État de se faire institutrices pour les 
écoles nègres, il serait étrange que sa proposition fût 
reçue avec beaucoup d'enthousiasme. Il faut qu'une dame 
capable d'enseigner soit dans une misère bien profonde 
pour avoir recours à une école nègre afin d'en tirer les 
moyens d'une existence précaire ; et nous espérons que le 
temps ne viendra jamais où une véritable fille du Sud 
serait mise dans celte nécessité. » 

Les instituteurs du Nord dans les écoles 
nègres du Sud. - Puisque les gens du Sud ne vou- 
laient pas enseigner dans les écoles des nègres, et que 
peu de gens de couleur étaient à même de le faire, les 
places étaient remplies par des maîtres du Nord. La majo- 
rité de ces maîtres étaient des diplômés de collèges ou 
d'écoles normales et, pour la plupart, ils avaient une 
haute valeur morale et intellectuelle. Inspirés par une 
véritable ardeur de missionnaires, ils quittaient des foyers 
élégants et cultivés p.our venir instruire des enfants 
noirs. L'opposition à renseignement des nègres était 
si grande cependant, et l'ignominie attachée à ce travail 
d'éducation était telle, que ces maîtres et maîtresses étaient 
complètement mis au ban de la bonne société blanche du 
Sud, quoiqu'ils sortissent d'excellentes familles. Ils ne 
pouvaient pas trouver pension à la table de familles res- 



PENDANT LA PÉRIODE DE RECONSTRUCTION 77 

pectables blanches, et quand ils étaient forcés d'accepter 
rhospitalité des parents de leurs élèves, ils étaient 
exposés à des insultes et accusés d'immoralité. Un pasteur 
de Géorgie, rédacteur du journal The Plantation, déclare 
dans une réponse à une commission d'enquête : « Je ne sais 
rien de ces femelles du Nord qui sont venues enseigner dans 
les écoles de couleur; je n'ai jamais parlé à l'une d'elles. 
Elles étaient rigoureusement exclues de la bonne société. » 
Le Ku Klux K^lan. — La société secrète si connue, 
le Ku Klux Klan (1), ne négligea aucun moyen ni 

(1) Cf. Report of the Joint Congressional Committee on the Ku Klux 
Conspiracy, vol. 7, pp. 838 et seq. 

E. B. Andrews, The Last Quarte r of a Century in the United States^ 
vol. I, pp. 3Ô-39 : « Les législatures noires abusèrent de leur pouvoir et 
devinrent les instruments de politiciens nordistes « carpet-baggers » 
en volant les propriétaires blancs. Seuls des doctrinaires ou des sots 
auraient pu croire que les blancs se soumettraient longtemps. Aussi- 
tôt que les baïonnettes fédérales se seraient éloignées, il était certain 
que par des moyens justes ou injustes on enlèverait le sceptre aux 
mains nègres. C'est exactement ce qui arriva. Sans le moindre chan- 
gement de forme dans la Constitution, dans les lois, les États du Sud 
passèrent un à un au pouvoir de leurs habitants blancs. Là où les 
aspirations des blancs ne purent se réaliser par la persuasion ou la 
douceur, on eut recours à l'intimidation et à la force. Le premier 
moyen qu'on employa d'abord pour écarter des scrutins les électeurs 
nègres fut Je « Ku Klux Klan », société secrète organisée dans l'État 
de Tennessee en 1866. Elle eut son origine dans la vieille patrouille 
de nuit du temps de l'esclavage. Alors tous les propriétaires blancs 
du ^ud s'enrôlaient dans cette patrouille, qui était chargée de fouet- 
ter sévèrement tout nègre trouvé dehors sans une permission écrite 
de son maître. Ses premiers actes après la guerre venaient d'une 
bonne intention et ses sévérités n'augmentèrent que peu à peu. Elle 
déploya le plus d'activité dans les Etats duTenuesse, del'Arkansas et 
du Mississipi où ses terribles mystères et ses redoutables rites 
répandirent une extrême panique parmi les nègres superstitieux. 
Des hommes entraient dans les huttes des nègres et faisaient di- 
verses momeries, d'abord avec une appareuce de magie, et sans 
aucune arme. On portait un sac de chair en forme de cœur, et on 
passait en réclamant à grands cris de la chair de nègre frite. Un 
autre membre de la patrouille avait un estomac en caoutchouc pour 
étonner les nègres en avalant plusieurs seaux d-eau. Un autre décla- 
rait qu'il avait été tué à Manassas, et que depuis quelqu'un avait fait 



78 l'éducation des nègres 

aucun effort pour détruire successivement les écoles nègres. 
On intimidait les maîtres, on attaquait les nègres et l'on 
incendiait les bâtiments scolaires. Dans le Mississipi, 
l'opposition à ces écoles fut particulièrement violente, 
et l'œuvre du Ku Klux Klan y eut plus de résultats que 
dans aucun autre État. Dans le comté de Lowndes 
(Mississipi), un grand nombre de maîtres furent fouettés 
et les écoles fermées par le Klan. Dans le comté de Wins- 
ton, les maisons d'école furent brûlées. Le Gouverneur 
R. C. Powers signala à la Commission du Congrès que, 
depuis huit mois, aucune école nègre ni aucune école 
communale blanche n'avait été tolérée, et que toutes les 
maisons du comté qui avaient servi d'écoles avaient été 
incendiées, à l'exception d'une seule. 

Le cas de Cornélius McBride, du comté de Chickasaw 
(Mississipi) peut être considéré comme typique. Ce maître 
d'école, un jeune Irlandais de Cincinnati, vint dans le comté 
de Chickasaw pour enseigner dans une école communale 
de coule.ur; il avait organisé pour les enfants blancs une 
école du dimanche. Il tenait aussi une école du soir pour 



passer une grande route sur sa tombe et qu'il était obligé de gratter 
comme un diable pour passer à travers le gravier. Les loges étaient 
des c tanières », et les membres étaient des « goules ». Les «géants», 
les « lutins », les « titans », les « furies », les u dragons » ei les 
« hydres » étaient les divers grades d*officiers. 

« D'habitude, la simple existence d'une « tanière » quelque part suf- 
fisait à rendre dociles tous les nègres du voisinage. Sll fallait agir 
davantage, une demi-douzaine de « goules », en faisant leurs rondes 
nocturnes avec leurs masques hideux et leurs longues robes blanches, 
effrayaient tous les nègres, sauf les plus téméraires. Tous ceux qui 
voulaient résister étaient fouettés, estropiés ou tués et, à l'occasion, 
on traitait de même leurs amis les « carpet-baggers » et les « scala- 
v^^ags ». La violence même de la société, violence que finalement elle 
tourna aussi contre les vieux Sudistes, la décria même auprès de ses 
promoteurs, qui furent plutôt contents quand les officiers de police 
du gouvernement fédéral, lancés par le Président Grant, firent dis- 
paraître dans une chasse à mort, repaire après repaire, ces violateurs 
des lois. » 



J 



PENDANT LA PÉRIODE DE RECONSTRUCTION 79 

les jeunes gens de couleuif qui ne pouvaient pas assister à^ 
l'école du jour. Il était de mœurs paisibles, sans affecta- 
tion, ne se mêlait pas de politique et pouvait passer pour 
inoffensif. Vers la dernière semaine de mars 1871, après 
avoir enseigné sept mois daiïs cette école, il fut réveillé la 
nuit par une troupe d'énergumènes affiliés au Ku Klux 
Klan, et battu cruellement. Il dit dans son témoignage : 
« Deux de ces bandits me tenaient par terre ; l'un prit une ,^ 
poignée de baguettes de gommier noir, de ces baguettes 
qui cinglent la chair et la font boursoufler sous les coups; 
il se mit à me fouetter. Ils disaient qu'ils allaient me donner 
cent coups chacun. L'un d'eux m'en donna cent et l'autre 
soixante-quinze. Je leur demandai ce que j'avais fait pour 
mériter d'être ainsi traité. Ils répliquèrent : « Que Dieu 
« vous damne ! ne savez- vous pas que ce pays est un pays 
« deblancs?» Je répondis que les blancs étaient satisfaits de 
ma conduite et l'avaient montré, en me confiant la charge 
(le leur école du dimanche. Ils répondirent : «Oui, que le 
« diable vous emporte, c'est cela le pire de la chose ravoir 
« un mattre d'école nègre qui enseigne à l'école des blancs, 
« le dimanche ! » Ils continuèrent à le frapper, lui promet- 
tant que, quand ils auraient fini, ils le pendraient à une 
corde qu'il pouvait voir attachée à la branche d'un arbre 
voisin. Saisissant un moment favorable, il s'élança d'un 
bond contre un de ses assaillants, et, le jetant par terre, 
il s'échappa, poursuivi par une pluie de balles qui sifflèrent 
au-dessus de sa tête. 

Dans le comté de Noxubee (Alississipi), le surintendant 
de l'instruction publique du comté reçut une notification 
du Klan d'avoir h dé miss ionner, et un grand nombre de 
maisons d'écoles furent brûlées. Dans le comté de Ponto- 
tuc,. beaucoup de maîtres d'écoles nègres furent avertis 
d'avoir à licencier leurs élèves, avertissement auquel on 
ne pouvait se dispenser d'obéir. Dans d'autres parties du 
Sud, des efforts analogues furent tentés pour faire cesser 



L 



80 l'éducation des nègres 

renseignement donné aux nègres. Le Rev. E. G. Fuller, 
éditeur du Methodist Advocat d'Atlanta (Géorgie), rap- 
porta que « Tincendie des maisons d'écoles était un moyen 
fréquemment employé, il y a quelques années, pour retar- 
der ou empêcher le progrès de Tinstruction parmi les gens 
de couleur. Aucun moyen ne permet d'établir le chiffre 
exact des maisons d'écoles incendiées; mais il n'y a pas de 
doute que l'Église Méthodiste Épiscopale n'ait grandement 
^ souffert dans ses biens de ce genre de vandalisme ». 

L'Opposition est générale. — Dans le témoignage 
donné devant la Commission du Congrès par William Jen- 
nings, répartiteur des contributions intérieures dans le 
quatrième district de la Géorgie, il est dit, relativement 
aux incendies d'églises et de maisons d'écoles, qu'en 1867- 
1808, ces « incidents » étaient très communs. « •.. Il était 
difficile de trouver un endroit où l'on pût établir des éco- 
les, à cause des voisins. »... « Il y a un grand nom- 
bre de localités où, actuellement encore, une école de 
couleur ne serait pas tolérée (1871). » 

Oq craignait évidemment que le gouvernement des « Gar- 
pet-baggers » n'obligeât les blancs à recevoir l'enseigne- 
ment en commun avec les nègres, surtout dans le Missis- 
sipi, où la Constitution ne contenait aucun dispositif 
relativement à des écoles séparées. On voyait là une me- 
nace de coéducation des deux races; et un journal du 
temps, le Jackson Clarion, exprima en ces termes les sen- 
timents de la population blanche : « Aucun ami véritable 
et intelligent du nègre, et à plus forte raison de la race 
blanche, ne peut considérer cette mesure autrement qu'a- 
vec horreur et dégoût. Ses auteurs (les rédacteurs de la 
Constitution) ont semé les germes de la discorde entre les 
deux races. Les blancs et les noirs ne peuvent pas se trou- 
ver ensemble sur un pied d'égalité, et ne le feront pas, 
comme le voudrait cette odieuse mesure. » 

Nous avons donné assez de preuves de Textrême diffi- 



PENDANT LA PÉRIODE DE RECONSTRUCTION 81 

culte qu'il y eut à faire comprendre à la population blan- 
che du Sud que Je nègre avait le droit de bénéficier de 
Tinstruction. Plus le noir était désireux lui-même de pro- 
fiter des avantages de l'enseignement, plus ses anciens 
maîtres montraient d'acharnement dans leur opposition. 
Malgré les efforts de Tarmée du Nord, du Freedmen's 
Bureau, des sociétés de missionnaires, des sociétés de bien- 
faisance, des gouvernements de Reconstruction, le progrès 
fut minime, parce que les préjugés étaient immenses. 



LE NÈGRE Et S0î4 MILIEU ACTUEL 83 



CHAPITRE IV 



I^E NEGRE ET SON MILIEU ACTUEL 

Un plaa d'éducation, pour produire le meilleur résul- 
tat, doit envisager deux facteurs d'une importance primor- 
diale: le tempérament de Tindividu qu'il s'agit d'instruire, 
et le milieu auquel on se propose de l'adapter. Tout sys- 
tème qui donne trop d'importance au développement de 
l'individu, sans avoir égard à la place qu'il doit occuper 
dans la société, ou qui. d'un autre côté, ne tient aucun 
compte du droit de l'enfant à un épanouissement propre 
de ses facultés et en fait un esclave de son milieu, est des- 
tiné à faillir, 

Il faut établir un rapport convenable entr^^ l'instruction 
de l'individu et son adaptation 4 son milieu, pour résoudre 
le problème de l'éducation des nègres. Beaucoup de désac- 
cords se sont manifestés au sujet de la solution de ce pro- 
blème ; mais quel que soit le point de vue que Ton adopte 
relativement au but de l'éducation, aucun système ne réus*- 
sira sans avoir soigneusement égard au^ besoins immé- 
diats des nègres, ft leurs tendances héréditaires et à leurs 
aptitudes pour l'étude, et sans examiner si les moyens qui 
conviennent à la race blanche doivent être modifiés pour 
s'adapter aux particularités de la jeunesse de couleur, 

I 

ÇàRACTÈRB nu NÈGRK 
On admet généralement que le nègre américain, quelles 



L 



84 LE NÈGRE 

qu'en soient les causes, appartient à une race arriérée, et 
que l'esclavage a peu fait pour son avancement. Aussi 
l'accuse-l-on d'un grand nombre de défauts, auxquels l'é- 
ducation doit chercher à remédier. Il existe une grande 
diversité d'opinions, même parmi ceux qui se flattent de 
connaître le mieux la question, au sujet des défaillances 
morales et intellectuelles du nègre. D'autres s'attachent à 
montrer en lui une 'profonde dégradation physique. Les 
préjugés personnels, et la tendance à généraliser trop pré- 
cipitamment; empêchent souvent d'estimer les caractéris- 
tiques des races à leur juste valeur. 

On reconnaît généralement que l'éducation doit s'effor- 
cer de remédier au mauvais* état sanitaire de la race nègre, 
et insister parti<;ulièrement sur le développement de cer- 
taines qualités morales et intellectuelles qui semblent 
manquer au nègre plus généralement qu'à la race blan- 
che, tout en tirant avantage de quelques aptitudes hérédi- 
taires qui en font l'égal sinon le supérieur du blanc pour 
certaines formes de travaux manuels. L'acte d'affranchis- 
sement a trouvé les gens de couleur illettrés, crédules, 
simples et faciles à émouvoir, semblables à des enfants 
par leur faible jugement, leur bon cœur, et leur manque 
d'indépendance. Ils étaient sans moralité plutôt qu'immo- 
raux, parce que le sentiment de la responsabilité leur fai- 
sait nécessairement défaut. 

État physique. — Toute étude de l'individu implique 
d'abord la considération de son état physique, dont dé- 
pend la possibilité de son développement moral et intel- 
lectuel (1). Nous avons déjà signalé les vues pessimistes 
exprimées à ce sujet par bien des personnes qui espèrent 
voir la solution du problème nègre dans là disparition 



(1) Cf. Social and Physical condition of Negroes in CiUes, Atlanta . 
University Publications, n» 2, 1897, et aussi Frederick Hoffman, Race ^ 
Traits and Tendencies of the American Negro, ch. II. 



ET SON MILIEU ACTUEL 85 

prochaine de la race. Il est vrai que les rapports des der- 
niers recensements et ceux des commissions sanitaires des 
villes, jugés impartialement, ne justifient pas cette hypo- 
thèse. Néanmoins, les amis de Thomme noir ne peuvent 
regarder sans inquiétude la mortalité du nègre. Il n'est pas 
nécessaire d'insister sur ce fait biologique que le noir est 
dans une période de transition, de réadaptation, qui se 
traduit pour tout organisme par des troubles physiques. 
Il s'agit plutôt de constater la nature de cet état sanitaire; 
il faut voir s'il est le résultat des vices inhérents à la race, 
ou si au contraire il est dû aux conditions sociales 
actuelles. Est-il vrai que le nègre par sa nature offre une 
force de résistance physique moindre que le blanc? 
L'étude de la mortalité des noirs montre que Texcès des 
décès est dû en grande partie aux maladies tuberculeuses 
et scrofuleuses, et à l'effrayante mortalité infantile. Il reste 
à savoir si ces maladies sont un symptôme de la dégéné- 
rescence de la race. M. Hoffman (auteur de Race Traits 
and Tendencies of the American Negro) prétend, il est 
vrai, que les poumons du nègre pèsent moins que ceux du 
blanc, tandis que son tour de poitrine est plus grand ; 
ainsi, l'on serait en face d'une condition organique que la 
volonté humaine ne changera guère. Cependant il est à 
remarquer que la tuberculose était rare parmi les nègres 
avant la guerre, lorsqu'ils travaillaient la plupart du temps 
dans les plantations; le changement d'occupations, l'af- 
fluence de ces ouvriers agricoles dans les grandes villes 
aux quartiers mal aérés, ont pour résultat inévitable des 
maladies pulmonaires. Quant aux maladies scrofuleuses et 
analogues, elles dérivent de l'ignorance et de l'immoralité 
qui sont l'héritage de plusieurs générations précédentes. 
La cause la plus redoutable de la mortalité des nègres est 
dans le manque de soins donnés aux enfants. La plupart 
des mères sont forcées de travailler hors de la maison, 
qu'elles quittent souvent le matin à six heures pour ne 






jM LE KÈGRE 

rentrer que vers sept heures du soir. TiJute la petite 
ffUhillQ eât laissée ainsi sans direetioil) puisque l'éducatièa 
n'est pôé obligatoire^ et quHl n'y a ni écoles maternelles 
ni crèches; Trop souvent, les parents sont très igiiorantâi 
ne suivent pas lés règles d'hygièile les plus élémentaires et 
ne connaissent pas les symptômes et la gravité des mala- 
dies qui emportent leui's enfants. L'officier de police sani- 
taire de Sàvattdâh (Géorgie) i dans les rapports des dei*nières 
anriéèSi dit que 50 0/0 des enftmts nègres qui meureat^ 
n'ont pas feU de thédecin, les parents étant trop ignorahts 
pour condfttti^e le danger qui menaçiaiit leurs enfants. Ceux 
qui échappent» gardent souvent Un corps affaibli, maladif^ 
qui lié laisse rien augurer dé bon pour là santé de la 
rafee. 

On peut se deniaiider, en face de Talarmanté mortalité 
des nègres^ si le mal est en progression, du si Téducation 
pk^oduil quelques ahiélioration^. Poui* se fbrmer une opr^ 
nion, on n'a qu'à se reporter aux chiffres. On peut éta- 
blir qu'il y a une visible amélioratidn d'après les tables 
suivantes^ dressées par M. Fi Hoffman^ statisticien dé la 
« Prudential Insurance Company of America ». ♦ 

Mortalité des nègres dans les Villes du Sud calculée sur 
1,000 habitants (1) : 

Villes. 
Mobile» Alabama. . -, . . J 

GharlfestoU» Caroline du Nord 

SUVannah, Géorgie ^ . . ; 

Nouvelle-Orléans, Louisiane 



fénôdea. 


Ubrtalité 


I8lfe-1880 


3&n 


1891-l&9â 


30 91 


ISI6-I880 


43 83 


1886-1894 


44 06 


1876-1880 


Si 88 


1891-1894 


32 ^6 


1880-1884 


âé35 


1890-1834 


39 42 



(1) Frederick Hoffman, Race Traits and Tendencies of the Àmencan 
H^grà, pp. 53-54. 



ET SON tttt.tËl} A.CTUEL 



8T 



L. 



Le'ràpporidotttlé p&r Ife ÈuUttîri dû Dépâi'î^mènt du 
Ti*amii, N" 10, toài 1897, tiètit ai>puye^ û6iti& assfeptloûi 

Mortftlilé antiuelliB de la ràce hdire pour les troiâ pério* 
des quinquennales : 



1880-1885 1885-1890 1890-1895 



37 96 


33 41 


32 76 


36(5 


30 32 


32 47 


44 08 


4614 


41 43 


i3 01 


29 33 


21 11 


40 34 


38 82 


3i91 



Villes. 
Atlanta, (îêbt^gie. . . . 
Baltimoî'e, Marylarid. . . 
Charlesidh, taroliûedu Sud 
Memphis, Tennesàéë . . 
Richmohd, Virginie. . . 



Et pour Réfuter les UrgUments pessimistes de M. Hoff- 
man, quij i&algré leé statistiques encourageantes, persiste 
à prédire la procHaîile disparition de Ift race^ M. Kelly 
Miller présente la table cbttiparalive des décès des noirs 
et des décès dans lefe villes allemandes de Kœnigsberg, 
Munich i Bl»eslau, Cclôgrie et Strasbourg (M. Hoffman 
étant Allemand). 



Villes 

Washington Û. C. . . . 
Baltimore, Marylarid . . 
RlChmoUd, Virginie . . 
Louisville, KentUcky i * 
Nouvelle-Orléans » Louisiane 

Villes allemandes. 
Kœnigsber^ . . . : . 

Munich 

Cologne 

Breslau'. 

Strasbourg 



Mortalité des nègres (1). 

32 81 

28 48 
30 73 

30 42 

Mortalité. 

31 bO 

33 4b 
27 00 
3180 

29 60 



(l) Kelly Miller : A Review of HoffmarCs Race Traits and Tenden- 
ctès of Itié Àmencdn iVfe^h), Jj. 13. - Ocmsion'âl Paptrs bf Ih'e Afne- 
rican Negro Academy, n" 1. 



88 



LE NÈGRE 



De même quand il s'agit de la tuberculose, qui cause 
la plus grande inquiétude, on peut constater une amélio- 
ration constante par les rapports des commissions sani- 
taires dans les différentes villes. 

Mortalité des nègres due à la tuberculose (1) : 

YiUes 
Atlanta. . . 



Baltimore 



Période. 


Mortalité 


1882-1885 


80 20 


1886-1890 


45 88 


1891-1895 


43 48 


1886 


58 65 


1887 


55 42 


1892 


49 41 


1881 -188i 


72 20 


1885-1889 


68 08 


1890-189i 


57 66 


1882-1885 


65 35 


1886-1890 


50 30 


1891-1895 


38 78 


1881-1885 


54 93 


1886-1890 


41 63 


1892-1895 


34 74 



Charleston. 



Memphis . 



Richmond . . 



Sans doute, la mortalité est plus considérable chez les 
noirs que chez les blancs ; mais il faut se défier de cette 
comparaison , qui n'est pas faite entre gens de la même 
classe sociale; les chiffres prouvent surtout que les nègres 
sont plus malheureux, et non pas qu'ils sont par leur 
nature même plus exposés à la mort. 

Quoi qu'il en soit, les progrès réalisés au point de vue 
sanitaire viennent, pour une certaine parjie, des lois géné- 
rales d'hygiène qui sont imposées par les municipalités, 
mais surtout, cet heureux résultat est dû à Téveil de l'in- 



(1) Kelly Miller ; A Review of HoffmarCs Race Traits and Tendencies 
of the American Negro, p. 17. 



ET SON MILIEU ACTUEL «I 

telligence du nègre : les règles de la prophylaxie ne sont 
souvent qu'une affaire de bon sens. 

L'éducation, pour enrayer les maladies et améliorer l'é- 
tat physique du nègre, devra considérer toujours les cau- 
ses originelles du mal, et réagir contre Thabitude qu'a la 
race de s'entasser dans les quartiers malsains des grandes 
villes; il faudrait renseigner les noirs sur les conditions 
économiques et sociales qui les guettent dans les grands 
centres, et développer en eux Tamour de la vie de cam- 
pagne et des métiers agricoles ; contre les négligences, et 
la criminelle ignorance des lois de l'hygiène, l'instruction 
la plus élémentaire sera un gain. C'est là tout ce qu'il 
importe aujourd'hui d'envisager dans un plan d'éduca- 
tion : la race nègre n'a pas besoin, comme certaines races 
anémiées, d'une culture physique spéciale; s'il est vrai 
que le jeune noir ne doit pas être retenu des journées 
entières sur les livres, il n'y a pas davantage une néces- 
sité immédiate à encourager en lui le goût des sports et 
jeux violents. C'est l'esprit, plus que le corps, qu'il faut 
cultiver chez lui. On peut se dispenser 'd'établir pour le 
nègre uû programme d'éducation physique. 

Caractères intellectuels et moraux. — Pour 
savoir quels principes doivent nous guider dans l'éduca- 
tion intellectuelle et morale du nègre, il faut nous rendre 
compte avec exactitude de ses dispositions à ce double 
point de vue. 

a) Imprévoyance, — Les défauts les plus communs dont 
on accuse le nègre sont l'imprévoyance et l'indolence, 
et surtout un certain éloignement pour le travail as- 
sidu. Il n'est guère possible que ces accusations soient 
mal fondées, car ces faiblesses, non seulement sont des 
traits reconnus de l'enfaace de toutes les races, mais en- 
core sont, pour le nègre, le résultat logique de l'esclavage: 
cette condition en effet, ne pouvait que décourager Tesprit 
d'économie. Il était imposssible à l'esclave d'améliorer sa 



M Le nèôHe 

ÀilUaiion. Toils les niobilés qui poussent un hotnme à 
l'épargne et à la prévoyance lui faisaient absolument dû* 
faut. Aucun effort ne pouvait le rapprocher du jour où il 
aurait un « éhez lui » et où il serait propriétaire et Indé- 
pendant. Son travail ne servait qu'à augmenter la prospé' 
rite de son maître, prospérité ddnt il ne tirait lui-même 
qUé peu ou poiht de profit. 

La Proclaniatioû de l'ÉthalKîipation libéra les nègres, 
mais elle les jeta à la dérive sans un sou^ après deux siècles 
et demi de travail; Il est vrai qUé la charité du Nord pour* 
Vut à leurs besoins } mais Faùmône donnée à deâ gens ca- 
pables de travailler les réduit au paUpéristtie, au lieU dé 
leur assurer Tindépendance. D'Un autre côté, les nègres en 
étaient ttialheureUsemertt venus à pensfer qu'esclavage et 
travail étaient des termes synonymes, Tun aussi dégradant 
que l'autre. Des agitateurs sans scrupules et sans jugement 
leUr avaient fait croire que les plantations seraient parta- 
gées, et que le moins que le gouvernement pût faire pour 
eux, était de leur accorder à chacun quarante arpents de 
terre et uUè Uiule. Quand le nègre Se réveilla de be rêve 
de propriétaire foncier, et se trouva face à face avec la 
dure réalité, sott découragement fut terrible. 

Un hldUVenient dans la bonne directibrt fut itt&uèUré â 
la fin de la guerre ciVile, quand les anciens esélavfes furent 
encouragés à placer leurs économies dans la Freedmen's 
Bank. Malheureusement cet argent fut perdu, par suite de 
la mauvaise administration (pour ne pas employer Une 
expression plus forte) des directeurs dé la banque; 

VAmeritari Missîonâf*y dU mois de juin disait : « La perte 
éproUvée individuellement par les dépositaire^ n'est pas, â 
beaucoup près, la pire conséquence de cette banqueroute. 
Bien plus grave est la perte, pour eux, de l'espéranee et de 
rencburagertient à économiser, aihsi que ce fait qu'ils re- 
tombent dans leur ancienne manière de vivre, déréglée et 
imprévoyante. » 



ET SON MILIEU ACTUEL ©1 

Néanmoins le nègre indolent^ insoueiant et nonchalant, 
du temps de TesclaVage, s'est montré susceptible de pro- 
grès. C'est à peine s'il est aujourd'hui plus imprévoyant 
que la classe de blancs appartenant à la même catégorie 
d'illettrés et de déshérités sociaux. L'économie n'est l'apa- 
nage d'aucune race; c'est le produit d'une civilisation 
avancée, le développeirtent des facultés les plus élevées de 
l'homme : le raisorinettient fet l'empire sur sbi^tnêitie. 
l<^Par les statistiques, nous savonë cohibien le nègre àp- 
pi^end de jour en joui» à se sjittiÊp à lui-même et à acquérir 
des b iens fa éi*3onnëls. Il est vrai qu'il luirieste quelquiîs tra^ 
ces d'extiràVagance et de manque d'économie; diais les pro- 
grès accomplis dans cette courte période de quarante et 
un ans sont si importants, qu' il y a là de (Juqi encourager 
tous les hohimes qui s'intéressent à icette question, à Tex- 
ception de ceux que leurs idées préconçues aveuglent^ et 
de ceuk qdi s'at tendaie nt à voir de grands résultats im- 
médiats, oubliant que la race blanche n'est arrivée à sa 
condition actuelle qu'aii prix de plusieurs siècles d'ef- fi 
forts» — t-Hr- 

En 1699, le président Gouùcill) de l'Âgrictiltural ëLnd 
Merîhanical Collège, Normal (Alabàma)-, a fait Iib résumé 
suivant de ddnnélss prises dans lés comptes rendus du 
onzième hecensisment et dans d'aiitrës rapports adminis- 
tratifs. 

« Lés blancs et les nègres ont les Uns et les autres 8 
indigents pour 1,000 âmes de population, pendant qUe l'on 
compte 64 blancs riches pour i nègre riche, et 100 blahcs 
poub 1 nègre dans des positions fort lucratives. 

k Dans tout le t^ays, il y a 25 nègres pour 75 blancs qui 
sont propriétaires de leur a chez eux >> ; la proportion 
devinait être de 1 nègre pour 6 blancs. 

« 87 0/0 des maisons d'habitation des nègres soilt libres 
d'hypothèques ; il n'y aj dans de cas, que 71 0/0 des tnai- 
âdtls des blanés. 



92 LE NÈGRE 

« Des fermes appartenant à des nègres, 89 0/0 sont 
libres d'hypothèques ; de celles appartenant à des blancs, 
il n'y en a que 71 0/0. 

« 4^ 0/0 des nègres sont occupés à des travaux rému- 
nérateurs, tandis qu'il n'y a que 36 0/0 des blancs ainsi 
occupés. 

« La valeur des propriétés des églises nègres est 
de $37,000,000; celle des 130,000 fermes nègres de 
$ 400,000,000; celle des 150,000 maisons nègres, en 
dehors des fermes, de $ 325,000,000, et celle de la 
propriété mobilière des nègres, de $ 160,000,000, 

« Depuis la guerre, le nègre a contribué pour $ 10,000,000 
à sa propre instruction. » 

On peut ainsi voir que le nègre, quoiqu'il n'acquière pas 
de richesses bien rapidement, fait cependant des progrès 
constants dans cette voie. Ce* n'est pas un ouvrier sur 
lequel on puisse toujours compter, et il tombe dans le 
travers de la majorité des Américains, de vivre au delà de 
ses moyens; mais d'un autre côté, ce n'est pas un gréviste 
et c'est un fort travailleur. On compte que les 4/5 du tra- 
vail du Sud sont faits par les nègres ; et, si l'on compare 
les conditions d'avant la guerre avec celles d'aujourd'hui, 
on trouve qu'il travaille mieux sans y être forcé, qu'il ne 
le faisait aux jours de l'esclavage, sous le fouet du surveil- 
lant. Le nègre ne pourra que profiter plus encore des 
habitudes que lui donnera l'école : celles d'un travail régu- 
lier et assidu et d'une discipline rationnelle. 

b) Immoralité. — L'immoralité est probablement le 
défaut le plus grave que Ton impute aux nègres, et d'au- 
tant plus grave que les résultats en sont plus désastreux 
et plus étendus. L'esclavage avait également avili l'homme 
et la femme nègres, en leur rendant le vrai mariage impos- 
sible et en les encourageant à retomber à Tétat de promis- 
cuité de l'animal. Un système qui ne reconnaissait ni la 
vie ni les liens de famille, qui échangeait les hommes 



J 



ET SON MILIEU ACTUEL 93 

et en faisait reproduire Tespècc comme on le fait des ani- 
maux, ne pouvait pas développer de bonnes mœurs. Les 
noirs, d'ailleurs, ne pouvaient pas prendre exemple sur 
leurs maîtres et seigneurs blancs pour s'encourager dans 
une vie pure. Aujourd'hui, en effet, sur les figures d'envi- 
ron deux millions cinq cents mille mulâtres, on voit écrit, 
en caractères indélébiles, le tort fait par la race dominante 
à la femme nègre sans défense. C'est presque un miracle 
qu'il reste encore à celle-ci quelque trace de vertu. 
Aussi devait-on s'attendre à ce que l'on insistât» dans les 
rapports relatifs à la condition morale des nègres, sur la 
tendance de la race à l'immoralité; ce qui montre que, 
quels que soient les autres buts que l'on se propose 
d'atteindre dans leur éducation, il est de première impor- 
tance que l'on enseigne aux jeunes nègres des habi- 
tudes morales. 

Malgré le pessimisme de ceux qui ont o ublié le passé des 
nègres, on doit constater que la race a progressé aussi 
nettement que tout moraliste raisonnable aurait pu le pré- 
voir. Le progrès moral a été lent, naturellement, faut^ de 
ce frein que l'opinion publique constitue pour les volontés 
faibles des individus de race blanche, portés à suivre leurs 
instincts naturels. Le mariage légal n'était pas permis aux 
noirs. avant l'émancipation; comme on devait s'y attendre, 
les nègres n'eh sont pas encore arrivés à se faire une idée 
suffisante de sa noblesse et de son importance. L opinion 
publique des blancs ne leur est d'aujcun s ecours e n rpri, 
car il n'y a pas de relations sociales entre les deux races ; 
quant aux relations d'affaires, les questions de moralité 
n'y ont rien à voir. On peut citer à ce sujet M. Walter 
H. Page, ex-réda cteur e n chef du Forum, et qui plu^^fi&t, 
Américain du Sud : « L'élévation de la femme, dit-il, s'est 
poursuivie, au grand mérite de la race nègre, malgré le 
désavantage qu'elle avait à lutter contre les hommes dis- 
solus des deux races. A mesure que la chasteté a grandi 



94 tB NÀOHK 

danslegtime des nègres, Us ont senti plus vivement leur 
humiliation de jadis au point de vue moral, etce senti- 
ment, il me semble, doit être plus ^igu que Thumiliation 
de la simple sel^itude. N'est-il pas naturel que le nègre, 
soufifrant de sa dégradation héréditaire, se demande 
« Pourquoi traiter si sévèrement le nègre pour un crime 
a social contre la femme blanche, alors que des crimes 
« analogues étaient jugés comme moms graves par la loi 
« môme^ alors qu'ils étaient considérés, et le sont peut-être 
<( encore, comme des fautes venelles, quand ils sont com- 
• mis par les hommes blancs contre les femm^s^ nègres? » 

Avec le développement d'un sens moral^lus vif, jgen- 
drontune appréciation plus juste de la sainteté du foyer do- 
mestique et une meilleure idée des devoirs qui incombent 
auxdifférents membres de la famille. La race n'apas encore 
^uje temps d'apprendre la signification la plu^ haute des 
mots (( majri », et « femme », « père» mère et enfant », 
« frère et sœur » et n'est pas encore en possession de la 
conscience des obligations qui s^y rattachent. . 

En octobre 1895, à la requête dés administrateurs de la 
fondation John Slater, deux femmes, M**' E. G. Hob- 
son et M"»** C E. Hopkins, entreprirent une tournée 
dans le Sud, afin de se rendre compte da la condi«- 
tion de la femme noire. Elles visitèj^ent vingt-quatre écoles 
nègres, ainsi que les demeures de qègres aisés, et les 
cabanes à une pièce unique des noirs des plantations Les 
résultats des observations attentives qu'elles firent dans 
toutes les classes de la société nègre font ressortir le 
besoin de donner aux jeunes filles une éducation soignée. 
Ces jeunes filles pourraient ainsi aider puissamment h la 
régénération morale de leur race. Voici un extrait du rap- 
port de M"°* Hobson et Hopkins (i) : « Nous avons cons- 



(1) A Report conceming the Colored Women of the South, The Trus- 
tées ofthê John Slater Fundi Ooccuionai Papet^e, m IX; i89S. 



ET SON HIIUBU ACTUEL Q3 

taté que les jeunes filles sorties de ces écoles soat intal^ 
ligentea, modestes et dignes, et n'hésitent pas à reeou- 
nattre les défauts et les défaillances de leur race ; elles en 
ont une conscience très nette. Tout en étant reconnais- 
santes de ce qui a été fait pour elles, elles ne demandent 
rien tant que d'accomplir des efforts personnels, et elles 
sont pleines de confiance et d'espoir dans Tavenir. Parmi 
celles qui ne fréquentaient pas les écoles, nous avons 
trouvé un désir intense d'instruction et de vie décente ; et 
les parents semblent tout disposés à faire les plus grands 
sacrifices afin d'obtenir de meilleurs avantages pour leurs 
enfants. 

a Mais les femmes nègres du Sud sont exposées à des 
ten tations dont leurs sœurs blanches du Nord n^ont 
aucune idéç.el qui leur viennent comme héritage des jours 
d'esclavage de leur race, ^lles sont encore les victimes des 
hommes blancs, gmce à la survivance d'un système t aci- 



tement accepté qui les prive de la sympathie et de l'aide 
des femmes blanches du Sud; et, pour résister à ces ten- 
tations, la femme nègre n'est armée que d'une moralité 
relative, que l'esclavage lui a léguée, et qui est encore 
rabaissée par le fait qu'il faut vivre en commun dans de 
misérables huttes où iln'y a jamais qu'une seule piècer 

« Enlevez de bonne heure la jeune fille à ce milieu 
dégradant ; renvoyez-la ensuite à sa famille avec de nou- 
velles idées de décence personnelle acquises dans une 
« training school », et elle devient immédiatement un puis- 
sant agent moral dans sa famille et dans son voisinage. » 

Voici encore un rapport typique présenté à M"** Hobson 
et Hopkins par M">û Satterfield qui dirigeait avec son 
mari le Sootia Seminary (Caroline du Nord). 

c Nous sommes ici depuis de nombreuses années et j'ai 
soigneusement suivi la vie de mes élèves (filles) après leur 
départ; et je peux dire en toute sécurité que je comp- 
terais sur les doigts d'une seule main celles d'entre elles 



96 LE NÈGRE 

qui ont mal tourné. En règle générale, elles se marient 
dans Tespace de cinq ans après la fin de leurs études ; et 
leur principale ambition est d'avoir un intérieur chrétien 
et confortable. Comme elles épousent généralement des 
jeunes gens qui ont eu une éducation analogue à la leur, 
les deux époux travaillent à atteindre le même but. En 
fait, le caractère et Tintelligence des nègres, comme ceux 
du blanc, sont le produit du milieu et de l'hérédité, et ces 
facteurs amènent des résultats correspondants chez les 
uns et chez les autres. » 

On pourrait être tenté de chercher dans la religion un 
secours pour développer Tinstinct moral du nègre, sous 
prétexte que le nègre est naturellement dévot. Mais il 
faut remarquer qu'en fait il sépare souvent la religion et 
la moralité, et ne voit rien de choquant à réunir des pra- 
tiques pieuses et une conduite immorale. Les prédicateurs 
nègres de Tépoque qui suivit immédiatement Témancipa- 
lion étaient, naturellement, illettrés; ils étaient incapables 
de lire les textes qu'ils commentaient avec tant de ferveur; 
profondément superstitieux , extrêmement enclins à 
s'émouvoir, ils s'emportaient jusqu'à la frénésie à mesure 
que leur sermon progressait, entraînant avec eux leurs 
auditeurs impressionnables, bientôt possédés d'un délire 
extatique et tumultueux. Ces premiers pasteurs du peuple 
nègre étaient souvent d'une immoralité grossière; leur 
vie privée était encore plus blâmable que celle des autres 
membres de leurs congrégations, ce qui était dû, appa- 
remment, à l'influence débilitante de leurs frénésies soi- 
disant religieuses, et aussi aux occasions plus nom- 
breuses qu'ils rencontraient. On trouve encore des prédi- 
cateurs de la vieille école dans les districts ruraux ; et 
comme l'église nègre est le centre social ainsi que reli- 
gieux de la race, ces prédicateurs non seulement retardent 
le progrès du peuple, mais encore exercent une influence 
funeste et dégradante sur la population de couleur. Un 



ET SON MILIEU ACTUEL 97 

des besoins les plus pressants de la race nègre est d'avoir 
un plus grand nombre de pasteurs instruits, intelligents 
et doués d'un esprit large, qui, par l'exemple et le précepte, 
amènent la race à sentir la proche parenté de la moralité et 
de la religion. Il y a donc une double réforme à souhaiter 
par le moyen de l'éducation : d'abord la formation d'un 
clergé nouveau, et aussi le développement, dans la masse 
des nègres, d'un sentiment religieux plus raisonnable. 

c) Improbitc, — Au nombre des diverses infirmités 
morales que l'on attribue au nègre, on entend souvent 
parler du manque d'honnêteté. Gela demande un mot d'ex- 
plication. On ne veut pas dire, en effet, que le nègre est 
adonné plus que le blanc à des pratiques irrégulières en 
affaires, mais plutôt qu'il a une tendance à commettre de 
menua larcins. Les domestiques nègres dérobent fréquem- 
ment toutes sortes de petites choses qui leur tombent sous 
la main; les ouvriers de ferme s'approprient les produits 
qu'ils trouvent à leur convenance, et cela avec un sang- 
froid qui montre qu'ils ont peu conscience du m^l qu'ils 
font. Cette tendance à commettre des indélicatesses est 
due, sans aucun doute, à la vie de quasi-communauté des 
plantations, où les distinctions de propriété n'étaient pas 
bien définies^ et où la différence entre le mien et le tien 
pouvait à peine être appréciée. Avant l'acte d'émancipa- 
tion, les nègres étaient purement et simplement des 
articles de propriété personnelle, et, comme tels, ils ne 
pouvaient devenir légalement propriétaires de quoique ce 
fût. Tout ce qu'ils convoitaient, ils ne pouvaient se le pro- 
curer que par des moyens détournés. D'un autre côté, ils 
arguaient, avec une certaine sophistique, qu'il leur était 
impossible de voler, attendu que les objets qu'ils détour- 
naient, bien que se trouvant en leurs mains, restaient 
néanmoins en la possession de leurs maîtres. Pour mon-^ 
Irer combien ce raisonnement avait de force sur le nègre, 
Mr. Booker T. Washington raconte l'histoire d'un vieil 

7 



98 LE NBORË 

esclave qui, ayant volé des poulets à son maitre, dit en se 
voyant découvert : « Maintenant, Massa, il est vrai que 
vous avei un peu moins de poulets; mais, Massa, voyez- 
vous, vous avez beaucoup plus de nègre. » Sous un tel 
régime, le sens de la propriété ne pouvait pas se déve* 
lopper, du moins au point de vue moral. Dans Tesprit du 
nègre, le mal consistait, non pas à Voler, mais à se laisser 
prendre. On pourrait dire, sans doute, que la majorité des 
nègres d'aujourd'hui n'ont jamais été esclaves. Mais la 
liberté est trop récente pour qu'ils se soient dépouillés des 
tares amenées par 250 ans de servitude. 

Il est impossible de constater la différence entre la 
criminalité des esclaves et celle du nègre d'aujourd'hui, 
vu que les statistiques sur cette question faisaient défaut 
avant la guerre. Le maître punissait l'esclave voleur sans 
avoir recours aux tribunaux. Il est évident que l'intelli - 
gence et Tacquisilion des biens donneront au jeune nègre 
le respect de la propriété. Pour insister sur ce point, les 
directeurs des écoles professionnelles et des collèges de 
noirs attirent l'attention sur la vie industrieuse et hono- 
rable de leurs diplômés. Dans les rapports annuels, 
publiés pour être distribués partout, on volt presque 
toujours indiqués, sur la liste des diplômés, leur état 
social et leur emploi. Une telle mention est faite pour 
contredire cette ass^îrtion fréquente que Tinstruction rend 
le nègre vicieux. 

d) Étude de quelques groupes nègres. — Pendant les 
cinq ou six dernières années, le Département du Travail 
des États-Unis a publié une série Intéressante de bulle- 
tins donnant les résultats d'enquêtes soigneusement faites 
parmi des « groupes restreints et bien définis de nègres 
dans diverses parties du pays ». Ces enquêtes ont eu pour 
but de mieux mettre en lumière quelques communautés 
typiques nègres, afin que Ion piH travailler à leur perfec- 
tionnement d'une manière plus intelligente. Comme- on 



ET SON MILIEU ACTUEL 06 

devait s'y attendre, les enquêteurs sont arrivés & de» con»- 
clusions qui diffèrent extrêmement. Le» uns sont optimiste 
tes, les autres nettement pessimistes. Ce» rapports sont 
très suggestifs pour les éducateur», car ils démontrent 
comment le nègre devra être modifié; ils renferment aussi 
de» idée» relatives aux moyens les plus propres à améliorer 
sa conditiOQ. Le bulletin n° 14 est une étude des nègre» 
de Farmville, et a pour but de donner un exemple de la 
condition des gens de couleur en Tirginie. Cette petite 
ville afl'airée est le centre commercial de six comtés et est 
considérée comme prospère. Les nègres forment les trois 
cinquièmes de la population. L'enquêteur, le professeur 
W. E. B» Du Bois, en comparant la grande masse do la 
population nègre (environ 170 familles), à la fois avec la 
plus haute classe et aussi avec les nègres de la classe infé- 
rieure, dit que « ces 170 familles forment un groupe distinct 
entre ces deux extrêmes, avec des tendances prononcées 
plutôt vers la classe supérieure que vers la basse classe. 
Cette classe se compose de domestiques, d'ouvriers de 
fabrique, d'homme» de peine et d'autres travailleurs de la 
même catégorie. C'est une population d'un caractère heu^ 
reux et sympathique, disposée à s'instruire, et fidèle. 
Toutefois, ces nègres ne sont ni bien énergiques ni bien 
doués de ressources ; et, par suite d'une longue répression, 
ils manquent d'initiative. Ce n'est que récemment qu'ils 
ont pris l'habitude de la responsabilité personnelle^ et leurs 
règle» de moralité ne sont pas encore arrivées à ce type 
fixe et à cette sanction surhumaine qui sont nécessaires 
dans un peuple nouveau. Ça et là leurs filles ont succombé 
à la tentation, et leurs fils ont contracté des habitudes de 
paresse et de vice. Cependant, leurs efforts pour maintenir 
et élever leurs règles de morale sont constants et sincères. 
Il n'y a pas de femme nègre qui puisse, aujourd'hui, à 
Farmville, vivre en concubinage avec un blanc sans perdre 
toute considération sociale, -— immense révolution dans 



L 



100 LE NÈGRE 

Tespace de vingt ans ! Aucune jeune fille nègre ne peut 
avoir un enfant illégitime sans être mise à Tindex par la 
meilleure classe de la population et être mal vue de la 
classe ordinaire. Il faut noter enfin que la vie de tout le 
groupe des nègres de Farm ville est pénétrée d'une confiance 
particulière en Tavenir. Il n'y a personne parmi eux 
qui doute le moins du monde qu'un jour ne vienne où les 
noirs auront tous les droits pour lesquels ils luttent aujour- 
d'hui et où ils compteront parmi les grands peuples de la 
terre. Celte foi simple est peut-être, de tous les effets pro- 
duits par l'émancipation, celui qui a la plus grande valeur 
économique et sociale ». L'auteur appuie sur ce fait que 
« c'est la classe industrieuse et économe des citoyens nè- 
gres qui représente le mieux, en somme, les tendances 
générales du groupe ». 

Cette opinion consolante sur le nègre et son avenir n'est 
pas partagée par l'enquêteur de Sandy Springs, dans le 
Maryland (Bulletin n*» 38) qui a trouvé des indications d'un 
mouvement rétrograde parmi les nègres de ce groupe. 
« Que cet abaissement du type de la moralité générale, 
dit-il, abaissement que l'on croit être un fait bien établi, 
soit dû à l'impuissance que les nègres originaires de Sandy 
Springs (c'est-à-dire ceux qui y vivaient avant 1860) eurent 
à résister à l'influence de l'invasion d'étrangers d'un type 
moral probablement inférieur, ou au fait que les blancs se 
montrent moins actifs à les diriger, ou bien encore que ce 
soit un symptôme de rétrogradation vers un type ances- 
tral, ce sont là des questions qui doivent rester sans ré- 
ponse satisfaisante jusqu'au temps, au moins, où des re- 
cherches suffisantes auront été faites pour donner à une 
conclusion une base plus large que celle qui existe à ce 
jour.» 

Le rapport relatif à la condition des nègres des planta- 
tions de Calumet et de Cinclare (Louisiane) est encore plus 
décourageant. Les noirs constituent la totalité, pour ainsi 



J 



ET SON MILIEU ACTUEL 101 

dire, de la population de ces localités et peuvent être con- 
sidérés comme des groupes isolés, non soumis à un milieu 
blanc. Les moyens d'enseignement n'y sont pas des meil- 
leurs; seulement vingt pour cent des enfants vont à l'é- 
cole, et encore pendant un temps très court Les extraits 
suivants de ce rapport montrent les traits caractéristiques 
du groupe. 

« Règle générale, les nègres n'économisent jamais, 
quoiqu'il y ait quelques rares exceptions. Ils ignorent ce 
que c'est que l'épargne et sont disposés à.acheter tout ce 
qu'on voudra bien leur vendre à crédit. Ils ne pensent ja- 
mais au lendemain et dépensent leur argent sans jugement. 
Ils n'ont aucune ambition et préfèrent l'oisiveté et la misère 
au travail et à l'abondance. Aucune aspiration à monter 
dans Téchelle sociale ne peut les animer et avoir sur eux 
le bon effet que, dans l'opinion de l'auteur -de l'article sur 
Farmville, cette ambition exerce sur les nègres de cette 
localité... Il y a de nombreux enfants que tout le monde 
connaît pour être illégitimes, et cependant on parle de ce 
fait et on le considère comme la chose la plus naturelle du 
monde... On n'y regarde pas le mariage légal comme abso- 
lument nécessaire. Même lorsqu'on y est légalement marié, 
on oublie bientôt ses vœux, et à la première impulsion, 
on se sépare et Ton va vivre avec tm être plus à son gré. 
D'après cela on peut voir dans quel état lamentable se 
trouvent les nègres des plantations . . 

« Ils semblent avoir peu de capacités morales et intellec- 
tuelles... Jusqu'à quel point les conditions représentées ici 
pour Calumet et Cinclare sont-elles un indice delà condi- 
tion de tous les nègres de la Louisiane? on l'ignore. Ces 
deux localités avaient été choisies comme représentant le 
reste de l'Etat, les conditions y étant normales autant que 
l'on pouvait en juger. » 

La conclusion qu'il faut tirer de ces rapports est que 
le nègre, livré à lui-même comme il l'est dans les planta- 



102 LE NÈORE 

lions de Calumet et de Cinclare^ ne peut faire de progrès, 
tandis que mêlé à une société blanche comme il Test à 
Farmville, il est capable d'un relèvement rapide. Il est 
donc nécessaire de combattre ses défauts par Téducatioa, 
en s'attachant à faire germer les bonnes qualités que ron 
trouve en lui. 

e) Qualités — Ces qualités, on n'a pas l'habitude de les 
remarquer: c'est la disproportion que Ton a trouvée entre 
ses défauts et ceux des blancs qui a attiré des réflexions 
désavantageuses sur le nègre; mais pour ses qualités» oa 
estime qu'elles n'ont rien de saillant ; ou les néglige et à 
force de les négliger on arrive à n'en plus reconnaître 
l'exislence. En réalité, le nègre est un être humain ; il n'et 
pas, par le fait de la nature, plus de défauts que le blanc ^ 
et il a autant de qualités originelles. Il en est une cepen- 
dant que l'on a daigné remarquer parce qu'elle a étonné : 
cette surprise doit être regardée comme un aveu incons- 
cient d'égoïsme de la part du blanc: on s'est étonné de sa 
fidélité. C'est là, en effet, une qualité très développée chez 
le nègre. Si Ton en doutait^ on n'aurait qu'à s'en rapporter 
à la période de la guerre ; pendant ces longues années, 
tandis que leurs maîtres luttaient afin de river pour tou« 
jours les chaînes des esclaves, la plupart des nègres res- 
taient aux plantation^ avec les femmes et les enfants de 
ces maîtres; ces êtres faibles étaient confiés à leur charge, 
et Ton ne connaît pas de Cis où celte confiance ait été mal 
placée. Si les nègres avaient manqué à ce qu'ils considé- 
raient comme leur devoir envers les familles blanches 
sans défense, la guerre aurait été beaucoup plus tôt 1er* 
minée. Si les noirs — ils étaient quatre ou cinq millions 
— s'étaient révoltés, si même ils avaient quitté leurs tra- 
vaux, les Sudistes eussent été obligés d'abandonner les 
armées et de revenir immédiatement dans leurs planta- 
tions. 

Par ses qualités et par ses défauts, qui n'ont rien de 



I 



ET SON MIIîIEU ACTUEL J03 

biea spécial, le nègre ne semble pas, théoriquement, 
inapte à recevoir la même éducation que le blanc. Mais 
alors, dira-t-on, les moyens employés avec les races 
aryenne et sémitique devraient» à priori, réussir pour dé- 
velopper Ifi^ race nègre, et il suffit de les appliquer ? Oui, 
sans doute, si l'éducation n'avait à s'inspirer que de prin» 
cipes assez universels pour atteindre seulement ce qui 
constitue le fonds commun dans tous les hommes. Mais il 
n'ep va pas ainsi. Et jamais un programme d'éducation ne 
pourrait être assez vague et assez général pour pouvoir 
s'appliquer à la fois à deux peuples, à deux classes diffé- 
rentes. En cette question, plus encore qu'en beaucoup 
d'autres, on doit éviter de raisonner sur deg abstractions; il 
faut étudier, d'une façon précise, les circonstances parti • 
culières de temps, de mœurs, de conditions sociales, en un 
mot, les exigences du milieu, pour subordonner l'œuvre 
à un but fixe. 

II 

ÉTUDE DU MILIEU 

La question la plus difficile de l'éducation des noirs 
n'est pas d'amener un individu pris à part au niveau de la 
civilisation aryenne, mais d'adapter toute la race au milieu 
environnant. Il est relativement aisé de dresser un pro- 
gramme en vue de l'avancement rapide d'un peuple ar- 
riéré ; il suffit de le soumettre à une culture forcée, au lieu 
de laisser à l'évolution progressive le temps de faire son 
œuvra. Pour le nègre, ce n'est pas possible. Ses pro- 
grès ne peuvent qu'être retardés à chaque instant par 
des circonstances extérieures; la situation occupée par 
lui dans la société, et les dispositions du peuple américain 
à son égard, lui ferment certaines voies et élèvent des bar- 
rières telles que tout plan d'éducation doit nécessairement 
se plier aux conditions sociales existantes. S'il y avait eu 



L 



104 LE NÈGRE 

ressemblance physique extérieure entre l'esclave affranchi 
et son ancien maître de race blanche, le problème eût été 
résolu déjà. Durant de longues années, les Ëtats-Unis se 
sont incorporé les indigents, les dégénérés et les crimi- 
nels sortis des bas fonds des capitales de TEurope. Dans 
l'âpre lutte pour la vie, les plus faibles ont sombré ou 
sont venus échouer aux derniers degrés de l'échelle so- 
ciale. Les plus aptes et les mieux favorisés par les circons- 
tances, ont fait leur chemin avec une rapidité telle qu'au 
bout de deux générations ils se sont façonnés à la civili- 
sation de leur patrie d'adoption, au point de n'être plus 
regardés comme étrangers. Il n'en est pas ainsi des nègres. 
Leurs caractères physiques sont les stigmates auxquels se 
reconnaît celte race pauvre et méprisée. Ceux de ses 
membres qui s'élèvent par leur intelligence au-dessus de 
la masse ne reçoivent que peu ou point d'encouragements 
dans leurs efforts. Tant que persiste ne fût-ce qu'une | 

trace de sang nègre, la race noire, quel que soit son degré 
de culture, d'éducation de fortune, ou de valeur morale, 
se voit contrainte de se ranger au bas de l'échelle sociale, 
au-dessous de n'importe quelle race blanche, quelque illet- ! 

trée et dégradée qu'elle soit. Autour du peuple nègre se ; 

dresse un mur aussi infranchissable que les séparations | 

par caste chez les Hindous. En même temps que les nègres 
se voient relégués par la société dans une sphère à part, 
ils sont obligés d'entretenir avec les blancs des relations 
commerciales et civiles. Il leur faut vivre deux vies, satis- 
faire à deux conditions nécessaires: conserver leur identité 
de race et remplir leurs devoirs en tant que citoyens amé- 
ricains. M. le professeur Du Bois a bien formulé cette dua- 
lité de tout nègre : « L'on sent toujours le dédoublement 
de son individu, à la fois nègre et américain; deux âmes, 
deux pensées, deux aspirations inconciliables, deux con- 
ceptions d'idéal se combattent au-dedans d'un corps de 
nègre, qui serait déchiré par ces tiraillements, n'était sa 






ET SON MILIEU ACTUEL 105 

force obstinée de résistance. Faire l'historique du nègre 
américain, c'est faire l'historique de cette lutte, de ce be- 
soin d'atteindre à une individualité consciente et virile, et 
à la réconciliation de ce double moi en un moi meilleur et 
plus vrai (1). » L'éducation elle aussi doit avoir en quelque 
sorte une dualité de direction. Puisque aujourd'hui il y a 
un milieu nègre obligatoire, il faut que l'enfant soit formé 
pour vivre dans ce inilieu; d'un autre côté, on désirerait 
l'amener à communiquer avec le milieu blanc, sans trop 
de difficulté, mais ce milieu blanc est à l'antipode du 
milieu nègre ! Et les deux milieux se développent chacun 
mécaniquement dans une progression différente qui accen- 
tue encore les divergences. 

Le nègre cultivé ne demanderait qu'à se séparer des 
membres ignorants de sa race, mais constamment, par la 
force des choses, il est ramené à leur niveau. 11 n'en est pas 
moins obligé de se plier aux exigences des membres de la 
race blanche qui l'environnent; et pourtant l'espoir ne lui 
est pas permis de se faire reconnaître comme leur égal. 

Celte nécessité d'un développement parallèle, ces tenta- 
tives pour satisfaire à deux conditions sociales ont comme 
résultat un gaspillage de forces, une dépense considérable 
d'énergie et, en retour, on obtient un gain à peine appré- 
ciable. Que de difficultés à ces relations étroites entre un 
peuple arriéré et une race supérieure.! 

Il faut que l'éducation des nègres, non seulement comble 
l'abîme creusé par les siècles entre les deux races étran- 
gères, mais, de plus, qu elle suive le mouvement en avant 
de la civilisation blanche. Un enfant blanc peut en vingt 
ans environ atteindre le niveau de la civilisation blanche ; 
l'enfant nègre doit, pendant le même laps de temps, répa- 
rer le retard que lui donne une hérédité d'ancêtres sauva- 
ges, et aussi, s'élever au degré qu'atteindra l'enfant blanc. 

(1) W. E. B. Du Bois, The Soûls of Black Folk, pp. 8-4. 



106 LB NÈGRE 

On contraint les nègres aune lutte inégale clans laquelle 
tout les prédestine à la défaite, à moins d'un effort surhu- 
main. Pour qu'une race survive à de tels traitements, il 
faut, sang aucun doute, qu'elle possède une vitalité et une 
faculté d'adaptation prodigieuses» La civilisation aryenne 
a été le coup mortel pour l'Indien d'Amérique et pour 
l'indigène des Iles-Sandwich, précisément parce qu'ils n'ont 
pu satisfaire aux exigences modernes. 

Que ce soit à tort ou à raison, les nègres sont écrasés 
sous le fardeau de leur avilissement antérieur: l'indigence, 
l'ignorance et l'immoralité de ceux qui furent esclaves, 
tout cela est un boulet aux pieds de leurs descendants et 
les paralyse dans leurs aspirations vers un niveau plus 
élevé. L'avenir pour eux est sombre, nous ne cesserons de 
le répéter : Si le nègre ne progresse pas, on le bafoue; s'il 
progresse, on le hait davantage. Les noirs ne peuvent espé- 
rer échapper par leurs efforts persévérants, au mépris im-» 
mérité de leurs voisins de race blanche, ni prétendre au 
respect dû à la supériorité morale et intellectuelle (1). On 
nie leurs capacités, et on ne leur donne pas l'occasion de 
les montrer I La majorité des enfants nègres ne peut aller 
régulièrement à l'école, faute de maîtres et de bâtiments, 
et l'on est surpris qu'ils restent ignorants ! Pour les qua- 
lités morales, il en va de même : on a peu fait pour amé- 
liorer leur milieu, et l'on s'étonne qu'ils ne soient pas sans 
défauts l Néanmoins, les Américains pardonneraient plus 
volontiers encore à la masse nègre de rester inférieure, 
qu'ils ne tolèrent les aspirations de ceux d'entre les noirs 

(1) Henry P. Goddard, The Color Line^Independent^^ décembre 1901. 
« Dans les premiers mois de 1899, un professeur qui avait assisté 
aux batailles devant Santiago, faisait une conférence sur ce sujet, à 
Richmond, dans l'État de Virginie. Quand il loua rhéroïame dei 
troupeg noires des États-Unis dans ces batailles, héroïsme qui a été 
reconnu officiellement et qui est, pour ainsi dire, de notoriété publi- 
que, de tels sifflets accueillirent les paroles du conférencier qu'il fut 
obligé de passer et un autre sujet. )> 



I 



ET SON MILIEU ACTUEL tû7 

qui veulent sortir de leur état dégradé. Les blancs 
contemplent avec indulgence et avec un sourire quelque 
peu méprisant les nègres garçons de restaurant, portiers 
ou cireurs de bottes ; ceux-là occupent dans la société le 
rang qui leur convient. Au contraire, un nègre professeur, 
I médecin, avocat ou ecclésiastique est regardé avec mé- 

! fiance ou avec une haine non dissimulée : il s'arroge, dit- 

I on, des positions que ne peuvent convenablemeiit remplir 

, les membres de sa race. Plus les nègres se développent, 

plus ils s'exposent à ces injures. D'un autre côté< les pro- 
grès rapides du peuple noir sur le terrain de Tindustrie, où 
il lutte victorieusement contre les classes pauvres de 
blancs^ ne font qu'envenimer les rancunes existantes» A 
mesure que l'apprentissage fait des nègres des ouvriers 
habiles et intelligents, ceux-ci deviennent des rivaux dan- 
gereux pour les classes ouvrières des Américains du Nord 
et du Sud, dont la jalousie se change bientôt en une haine 
mortelle. 

Déterminer à quel point l'esprit du peuple nègre se 
ressent du dédain et du ridicule dont l'afflige la classe 
dominante est un problème intéressant pour le psycholo- 
gue, et c'est pour l'éducateur une question de la plus haute 
; importance. L'on est tout naturellement amené à se de- 

mander s'il est possible de faire naître le respect de soi- 
même chez une race constamment avilie. Il serait surpre- 
I nant que les nègres n'en vinssent pas à emprunter la 

i manière de voir de leurs voisins. Reconnaissant l'abais- 

; sèment, l'ignorance et le crime où ils vivent plongés, l'on 

comprend qu'ils aient désespéré de se faire une vie plus 
noble. Un peuple ne peut guère progresser quand il a 
I perdu le respect de soi et l'espoir en un avenir meilleur. 

! Une autre conséquence de cette hostilité, c'est que les 

noirs se soustraient de plus en plus à l'influence des 
blancs. Par suite> ils ont une tendance à retourner aux j 

moeurs sauvages de leurs ancêtres, et ils se tiennent h 



L.. 



108 LE NÈGRE 

l'écart de la race plus puissante ; ils se remémorent avec 
amertume les injustices subies autrefois, méditent sur les 
soucis de l'heure présente, et deviennent rancuniers et 
insolents. 

Cette séparation se manifeste de deux façons : quand 
les deux races sont obligées de se rapprocher pour des 
relations commerciales, on voit deux sociétés distinctes, 
composées chacune de groupes et de classes dififérentes, 
vivre en face Tune de l'autre : il en est ainsi dans les 
grandes villes et par exemple à Washington; et beaucoup 
de sociologues voient dans ce fait une indication de la meil- 
leure solution possible. D'autre part, les nègres ont aussi 
une tendance ai s'agglomérer dans des régions éloignées 
des blancs, où ils se sont absolument isolés, par 
exemple dans quelques parties de ce que l'on appelle la 
Région Noire (Black Belt) : cette scission complète amène 
une détérioration rapide, et il n'en pourrait être autre- 
ment : ne voyons-noys pas, de même, des groupes blancs 
isolés dans les montagnes de la Virginie occidentale et le 
Kentucky, aujourd'hui absolument dégénérés, quand ce- 
pendant leurs ancêtres étaient des Écossais et des Alle- 
mands d'une grande force physique et intellectuelle? Un 
peuple s'atrophie quand il ne soutient pas sa civilisation 
au moyen de relations étroites avec d'autres peuples. 

Il n'est personne d'ailleurs qui désire sérieusement voir 
se constituer un État noir au sein de l'Etat américain : la 
conséquence prochaine en serait la création d'une petite 
Afrique au milieu d'un monde civilisé, et ce serait un 
foyer de criminalité trop dangereux pour les voisins. Par 
conséquent, la nécessité veut que les deux peuples vivent 
côte à côte ; il faut souhaiter que l'accord puisse exister 
entre eux *; malheureusement, comme nous l'avons déjà 
montré, les préjugés de race sont un obstacle formidable. 
Décrire avec vérité et détails les différentes formes de 
ces préjugés sera t à la fois cruel pour l'amour-propre 



r' 



ET SON MILIEU ACTUEL 109 

américain, et d'une longueur fastidieuse. Il est cependant 
indispensable de résumer quelques faits, et d'étudier les 
principales dispositions d'esprit des blancs. 

L'opinion presque unanime des Américains, nous ne 
pouvons trop le répéter, est que les noirs sont des êtres 
inférieurs et qu'ils ne seront jamais que des serfs; telle est 
la croyance que l'esclavage a affermie. Semblables aux 
Gabéonites de l'Ecriture, ils ont été prédestinés par la 
volonté divine à couper le bois et à puiser l'eau. Les pro- 
priétaires d'esclaves se mirent en règle avec leur conscience 
en se couvrant des paroles de Noë: « ijue Cbanaan soit 
maudit! qu'il soit à l'égard de ses frères l'esclave des escla- 
ves! » 

Ainsi la conviction s'accrut et règne encore aujourd'hui 
qu'un décret de Dieu a assigné pour toujours aux nègres 
un rang inférieur. C'est pourquoi tout système se propo- 
sant d'élever graduellement les nègres au niveau de la race 
aryenne est souvent regardé non seulement comme ridicule, 
mais encore comme un défi lancé au Tout-Puissant. Les 
Américains ont coutume d'admettre que la raison d'être 
des nègres est de contribuer aux progrès du peuple-maître. 
Ainsi, pour l'accomplissement de la tâche la plus élevée 
dont ils soient capables, il leur faut continuer à être vis- 
à-vis des blancs des serfs tout comme jadis. Une autorité 
éminente^ M. Th. Parker, écrit: « Les races inférieures 
ont été et seront toujours tenues dans une condition 
abjecte par rapport aux autres hommes. Dans vingt géné- 
rations, les nègres en seront au même point qu'aujourd'hui, 
en admettant toutefois qu'ils n'aient pas disparu. » 

La même pensée est exprimée dans un discours politi- 
que de M. H. M. Grady, directeur de « L'Atlanta Constitu- 
tion. » « Que nul ne touche à l'œuvre du Tout-Puissant. 
Aucune race ne s'est élevée, ne s'élèvera au-dessus du rang 
qui lui est assigné. » 

Ces vues, si généralement acceptées aux Etats-Unis, 



L 



110 LE NÈGRE 

supposent évidemment que ceux qui les adoptent renient 
tacitement les théories modernes sur révolution et lepro* 
grès de la civilisation. On admet cependant qu'il est pos- 
sible de soumettre les nègres à une certaine discipline 
intellectuelle, et qu'ils sont capables, jusqu'à un certain 
point, de retirer de Tinslruction des avantages. Mais on a 
bien soin d'ajouter que ce développement sera infime, 
parce que les capacités du nègre sont fixes à tout jamais : 
il û*y a pas pour lui d'évolution possible, mais seulement 
un dressage de certaines aptitudes inférieures. Tandis que 
le développement intellectuel est illimité chez l'homme 
d'origine aryenne, qui s'est élevé de l'état sauvage à la 
civilisation, le nègre est prédestiné à rester stationnaire. 
Comme Va dit avec force une autre autorité : « Aucune 
puissance de ce monde ne peut en faire notre égal. La 
volonté de Dieu le peut seule, et il a montré par les carac- 
tères physiques dont il a doté le nègre que tel n'est pas 
son désir. La race aryenne est la plus parfaite, et par 
conséquent la plus semblable à Dieu lui-même* » 

Antagonisme des races. -- Cette affirmation de 
l'infériorité du nègre au point de vue intellectuel est une 
des raisons par lesquelles le blanc essaye d'excuser sa 
répulsion envers la race noire. Nous avons vu déjà qu il 
exagérait gratuitement l'immoralité du nègre et sa crimi- 
nalité. Nous tenons à insister encore sur ce fait que, pour 
rendre admissible le préjugé de races, l'Américain a une 
tendance marquée à attribuer à tous les nègres ce qui est 
vTai d'une partie inférieure de la race, et pour cela on 
s'appuie sur dies statistiques, sans les bien comprendre. 

Il est vrai que dans les villes du Sud, le pourcentage des 
nègres criminels est plus élevé que le pourcentage des 
blancs criminels, mais l'absence d'élément nègre dans 
d'autres villes n'amène pas une diminution du pourcentage 
des crimes. Si les nègres, dans les villes du Sud, fournissent 
le plus grand nombre de criminels, c'est qu'ils apparlien- 



r 



ET SON MILIEU ACTUEL 111 

nent à la classe misérable d'où sortent les criminels. Pour 
établir un rapport exact, il faudrait comparer nègres et 
blancs de la même classe, et Ton ne verrait pas alors de 
différence. 

D'ailleurs les chiffres des condamnations ne sont pas 
une protive irréfutable : on peut objecter que, précisément à 
cause du préjugé de races, les jurys blanc* sont testés 
d'étro sévères pour des fautes même l^gères^ quand Tac* 
cusé est un homme de couleur qui ne dispose d'aucune 
relation influente, d'aucune recommandation amicale. De 
sorte qu'utiliser ces chiffres sans réflexion pour dire que 
le préjugé de races s'appuie sur des preuves est faire un 
cercle vicieux, (i) 

(1) 11 est un fait dont je ne veux pas me servir comme argument, 
parce qu'il est évidemment une erreur d'un moment : on a infligé 
à des nègres des peines plus élevées que celles qu'ils méritaient, 
parce qu'on employait les condamnés à exécuter un travail productif 
pour l'État. Voici ce que dit à ce propos, M. J. A. Hobson, The Negro 
Problem in the United States. The Nineteenth Century, October 1903. 
« C'est une accusation souvent portée contre la race nègre qu'elle four^ 
nltplus que sa part proportionnelle de crimes en Amérique, comme 
le prouve le nombre des condamnations et des prisonniers. Mais ces 
statistiques sont faussées par l'habitude qui s'est répandue dans cer^ 
tains États du Sud d'arrêter les nègres pour des motifs inslgnlfiauts, 
auxquels on ne ferait même pas attention s'il s'agissait de blancs, et 
de les condamner à des périodes de prison hors de toute proportion 
avec le délit, afin de les louer en équipes à des patrons blancs qui les 
font travailler dans les raines, ou dans les fermes, ou dans l'Industrie. 
Un prisonnier rapporte au moins 150 fr. par an à l'État dans ces con- 
ditions, et plusieurs États depuis longtemps se font un revenu considé- 
rable par le travail des prisonniers, qu'ils emploient dans des établis- 
sements industriels publics, ou qu'ils louent pour uue somme fixe à 
des particuliers. Un exemple d'un semblable abus a attiré l'attention du 
public récemment dans l'État d'Alabama, bien que de telles choses 
se pratiquent aussi dans le Mississipi, la Géorgie et d'autres États 
de la « Région noire ». Là où il se produit quelque désordre dans 
la population nègre, on opère un grand nombre d'arrestations, et les 
aeeusés sont traînés devant un juge du pays pour avoir troublé la 
paix publique. On les condamne à une amende telle que le nègre 
est absolument incapable de la payer, afin qu'un blanc, de conni- 
vence avec le tribunal, puisse se présenter et payer l'amende, à con- 



L 



112 LE NÈGRE 

Lynchage. — Cet antagonisme croissant des deux 
races se montre journellement dans des conflits qui 
créent une publicité fâcheuse au peuple américain, et lui 
font la réputation de tolérer la licence et de se laisser 
conduire par la populace. Nous voulons parler de la ter- 
rible institution du lynchage. Personne n'essaiera de nier 
Thorreur des crimes commis, mais aucun esprit de bonne 
foi ne pourrait davantage excuser la forme de la punition. 
En 1893, révoque Atticus Haygood écrivait ceci : « De nos 
jours, il semble que le lynchage d'un nègre ne soit pas 
un événement de nature à motiver des explications ; il est 
devenu banal au point de ne plus provoquer d'étonne- 

ditioD que le nègre entre à son service et travaille pour lui en com- 
pensation. Le prisonnier est alors remis par contrat au blanc, un 
planteur des environs qui, en réalité, a le droit de vie et de mort 
sur lui, et peut régler d*une façon presque illimitée la durée de son 
service, en abusant de la coutume du « truck » qui est très com- 
mune dans les plantations du Sud. On comprendra facilement que 
le nègre, le plus souvent ignorant, est tout à fait incapable de se 
protéger contre cet abus des lois pénales. 

Une autre chose qui ressemble de très près à cette habitude, c'est 
remploi d'équipes de nègres diaprés la « Contract Labour Law », 
comme elle a été établie par les pouvoirs législatifs de la Géorgie et 
de TAlabama, à l'avantage des planteurs blancs. Il y a des engage- 
ments par écrit qui, en réalité, livrent absolument l'ouvrier nègre à 
son patron pendant la durée de l'engagement, donnant droit au pa- 
tron d'avoir recours à la force physique pour arracher au noir du 
travail. Si le nègre se montre réfractaire, il peut être poursuivi en 
dommages-intérêts pour avoir rompu son engagement, et ainsi on 
lui met sur les bras une dette qu'il devra payer en travail, lequel 
travail s'ajoutera à la durée du service stipulée par l'engagement. 
Cette loi sur le travail, renforcée, elle aussi, par le système du 
« truck » retient un grand nombre d'ouvriers dans une véritable 
fondrière inextricable de dettes, et engendre une nombreuse classe de 
serfs, partout où elle agit. Il s'est produit de temps en temps de 
terribles révélations sur les cruautés infligées aux hommes et aux 
femmes nègres à cause de ce système d'équipes de prisonniers et à 
cause de cette habitude de payer une dette par du travail, ce qu'on 
appelle au Mexique « peonage ». A elles deux, ces coutumes consti- 
tuent une recrudescence très réelle et très considérable de l'escla- 
vage. ». 



ET SON MILIEU ACTUEL 113 

ment. Nous lisons ces faits divers comme s'il s'agissait de 
Tincendie d'un village ou d'une cabane. A moins que 
l'exécution n'ait été commise dans les environs, nous ne 
nous rappelons plus les noms jusqu'à ce que le journal du. 
lendemain nous apporte le récit d'une nouvelle viola- 
tion de la loi commise par une population outrée et 
révoltée. 

« Ce qu'il y a de plus alarmant, c'est que le meurtre par 
lynchage ne nous surprend plus. Le gouvernement de la 
populace étend de jour en jour sa sphère d'action. Dans 
un pays dépourvu d'organisation et de juridiction, il faut 
que les individus se chargent de châtier les infractions aux 
lois naturelles; aucune autre alternative ne leur est offerte. 
Mais ce n'est pas là de la civilisation; ce n'est que de 
la sauvagerie. Dans une nation organisée, le lynchage est 
un crime contre la société. Il ne s'agit pas de savoir quel 
châtiment mérite le coupable, mais jusqu'où la société 
peut aller sans se dégrader. » 

Ce qui était vrai en 1893 l'esl davantage encore aujour- 
d'hui. Le niveau moral des populations au sein desquelles 
ces crimes ont été commis n'a cessé de baisser, en même 
temps que grandissait la haine entre les deux races L*on 
avait cru que le lynchage serait un exemple puissant pour 
les noirs et que ces représailles immédiates et terribles 
effraieraient ceux des nègresenclins au crime. L'expérience 
a démontré l'inanité de ces arguments, car la criminalité n'a 
pas diminué dans les communes où ont été commis des 
lynchages. De plus, le lynchage, les horribles tortures qui 
l'accompagnent font des exécuteurs des brutes, pervertis- 
sent la société et ruinent les institutions distinctives des 
races civilisées (1). 

(1) A. SIedd. The Negro, Another Point of View, Atlantic Monthly^ 
juillet 1902. « Un meurtre avait été commis dans l'un de nos États 
du Sud. Dans un train de nuit retournant à la capitale de cet État, 
il y avait un officier de police et plusieurs de ses subordonnés. On 

8 



114 LE NÊORB 

Le» basBes classes nègres, au lieu d'être intimidées par 
les châtiments exemplaires dont on a parlé, deviennent de 
plus en plus exaspérées et féroces. Les noirs intelligents 
et instruits, de leur côté, se persuadent que le coupable 
de leur race succombe aune mort horrible, non pas tant à 
cause du monstrueux crime qu'il a commis, mais encore et 
surtout parce qu'il est nègre. Ce sentiment est exprimé 
par un éducateur noir de haute capacité. Il demande : 
« Comment se fait-il que jamais un blanc n'a été et ne 
sera lynché pour un crime analogue commis sur la per- 
sonne d'une négresse î » Cette question trahit chez les nè- 
gres un mouvement de mauvais augure pour la paix du 
pays, et fait entrevoir la possibilité de redoutables repré- 
sailles. M. BookerT. Washington disait, en 1899, dans un 
discours au sujet de cette grave question : « J'ai pu faire 
une statistique du lynchage. Dans l'espace de six années, 
on a lynché dans les Étals du Sud un nombre de personnes 
égal environ à celui des soldats mort à Cuba dans la 
guerre hispano-américaine. Ce nombre s'élève presque à 
900 individus. En 1892, 241 personnes ont été lynchées. 
L'année dernière, 171 hommes ont péri de la sorte. Les 



avait dit qu'ils conduisaient un nègre, soupçonné d'être l'auteur du 
meurtre ; et à quatre stations aur une distance de soixante-dix kilo- 
mètres, il y avait une foule venue là pour exécuter sommairement 
le nègre simplement soupçonné. Heureusement il n'était pas dans 
le train. S'il y avait été, il aurait certainement été tué, et ce qui 
aurait pu lui arriver de plus heureux, c'eût été d'être pendu rapi- 
dement à l'arbre le plus proche, 

« ... Un autre exemple : Sam Hose fut brûlé un dimanche. L'uue 
de nos Compagnies de chemins de fer les plus actives organisa 
deux trains spéciaux. Et une foule considérable d'hommes et de 
jeunes gens s'entassèrent dans ces deux trains, remplissant la loco- 
motive même et le dessus des voilures, pour aller assister à la tor- 
ture horrible et indescriptible d'un de leurs semblables. Et l'on aime 
à emporter des souvenirs de telles scènes, des morceaux d'os ou de 
chair et des oreilles ensanglantées. » (M. A. Sledd, auteur de cet 
article, était professeur à Emory Collège, près d'Atlanta (Géorgie); sa 
liberté de langage lui fit perdre sa place.) 



f 



ET SON MILIEU ACTUEL 



115 



citoyens américains sont convaincus que Ton n'a recours au 
lynchage que dans le cas de crimes commis sur des fem- 
mes et que seuls les nègresle subissent. Parmi les lynchés 
de Tannée dernière, il y avait 23 blancs et 2 Indiens ; 
sur le nombre un cinquième seulement avait été châtié 
pour des crimes de cette nature. 61 cas de lynchages 
avaient pour cause des assassinats, 13 des soupçons d'as- 
sassinat, 6 des vols (1). Dans l'espace d'une semaine, au 
printemps dernier, 13 nègres ont été soupçonnés d'avoir 
commis des meurtres et mis le feu à des maisons ; ils ont 
été lynchés. On les a tués sans leur permettre de s'adresser 
aux tribunaux, afin d'instruire l'affaire. Dans les six der- 
nières années, six négresses ont été lynchées, et à présent 
il n'est pas rare de voir les nègres comme les blancs 
avoir recours au lynchage. Je suis cependant forcé de 
constater que, dans les derniers mois, nous n'avons relevé 
qu'un petit nombre de lynchages. Dans le Sud, Topinion 
publique s'élève contre ce genre de crime, et j'ai le ferme 
espoir de le voir rayé à tout jamais d'ici quelques années, 
grâce au concours de l'élite des nègres et des blancs. » 
Ces espérances de M. Washington ne se sont malheureu- 
sement pas réalisées. Il est de notoriété publique aux 
États-Unis que les lynchages, au lieu de diminuer, ont plu- 
tôt augmenté pendant ces dernières années. On ne saurait 
trop répéter que les crimes ainsi punis ne sont pas tou- 
jours très graves ; pour un léger larcin, pour des cas d'in- 
solence, un nègre s'expose journellement à la cruelle 
torture du lynchage. 



(1) La Chicago Tribune a recueilli les faits de lynchage signalés 
dans les journaux du Sud pendant les dernières années ; elle arrive 
aux totaux suivants : Personnes lynchées de janvier 1891 à no- 
vembre 1902 inclusivement: 1,862. 

Dans ce nombre, les nègres étaient 1,330 (72, 5 0/0); personnes 
blanches, 485; Indiens, 23; Chinois, 4; lynchés pour meurtre, 770; 
lynchés pour crimes contre des femmes, 448 (24 0/0); lynchés pour 
d'antres causes, 644. 



1 



116 LE NEGRE 

La raison en est que les blancs ne peuvent se défaire 
des anciennes notions de maître et d'esclave et préten- 
dent toujours que les nègres leur doivent la soumission la 
plus servile. Ils se figurent avoir conservé sur eux un pou- 
voir absolu de vie et de mort, et ils ont gardé l'habitude 
de considérer le nègre comme une chose vile, n'ayant de 
valeur qu'au point de vue marchand. 

Expressions diverses du préjugé de race. — 
Un éducateur a fort bien établi la condition sociale des 
nègres : « En tant que domestiques, ils sont accueillis 
partout; en tant qu'égaux, nulle part. Un cocher nègre ou 
une nourrice négresse circule dans la voiture des maîtres, 
mais un nègre qui n'est pas un domestique n'y saurait 
être admis. Les nègres garçons d'hôtel et de restaurant 
sont légion, mais dans ces établissements ne pénètre pas 
un voyageur ni un consommateur nègre. Des coiffeurs 
noirs font la barbe et frottent de shampoing la tête des 
blancs les plus délicats, mais le nègre le mieux mis ne 
peut se faire raser dans la même boutique. Les noirs 
sont bons pour être garçons de service dans les wagons- 
lits ou les wagons de luxe, mais ne sont pas admis comme 
voyageurs. Ils sont cuisiniers et maîtres d'hôtel dans les 
maisons les plus cossues, mais jamais l'on ne voit leurs 
pareils à la table des maîtres. Un prédicateur nègre, sorti 
de la Faculté des lettres et de celle de théologie, fût-il 
l'homme le plus instruit et le plus capable, ne serait pas 
invité à dîner aux côtés de son confrère de race blanche, 
quand même Theure du repas les trouverait en délibéra- 
tion sur une question touchant l'église. » 

La coutume, maintes fois appuyée par la loi, réclame 
que l'on assigne aux nègres des places à part dans les 
théâtres, les églises, les trains et les tramways, partout où 
se rencontrent les deux races. Cette séparation est le plus 
souvent injuste, non pas tant parce qu'elle implique moins 
de confort pour les nègres, mais surtout parce qu'elle leur 



ET SON MILIEU ACTUEL 117 

rappelle à tout instant leur condition servile de jadis et 
leur déclassement actuel (1). Il y aurait ample matière à 
discussion au sujet de cette séparation forcée ; il importe 
seulement ici de mentionner Tétat de choses existant. 

Les administrations de TÉtat sont obligées d'avoir égard 
au préjugé de race ; peu de nègres peuvent arriver à être 
fonctionnaires, et encore les places qu'ils obtiennent sont- 
elles toujours inférieures ; on ne veut pas voir un blanc 
soumis hiérarchiquement à un nègre. L'incident d'India- 
nola est un exemple typique. Dans ce village, la majorité 
des habitants est nègre ; il y avait comme receveuse des 
postes une femme noire, bien estimée. Elle fut maintenue 
à son poste par le président Roosevelt; les blancs de ce 
village contraignirent par menaces cette femme à donner 
sa démission. Le président ne voulut pas accepter cette 
démission, en disant que cette femme et nulle autre, serait 
receveuse dans cet endroit; les blancs refusèrent de céder; 
le bureau de poste est fermé. 

En raison de ces sentiments de race, les blancs sont 
d'accord pour affirmer qu'à eux seuls doit appartenir le 
droit de souveraineté, le droit de gouverner en matière 
politique. Quelques uns colorent, leur opinion en disant 
que le pouvoir doit être confié aux plus aptes à s'en bien 
servir, à la classe personnifiant la moralité et l'intelligence 
de la nation ; ils ajoutent avec raison qu'à l'heure actuelle 
la race aryenne représente cette élite, mais qu'ils sont 
prêts à accorder les mêmes privilèges aux nègres, quand 
ceux-ci, par leur culture et leur valeur morale, se seront 
rendus aussi dignes que les blancs d'assumer les respon- 
sabilités politiques. D'autres, moins libéraux en principe, 

(1) Dans une grande maison *de construction récente, à Atlanta 
(Géorgie), il a trois ascenseurs; deux sont pour les blancs, le troi- 
sième est réservé, dit un écriteau en gros caractères : POUR LES 
GROS PAQUETS ET LES NÈGRES. Notons que le personnel des 
ascenseurs, dans la plupart des maisons, est nègre. 



118 LE NÈQHE 

se contentent de refuser catégoriquement aux nègres Té- 
galité politique. 

Les lois semblent accorder aux blancs et aux nègres des 
droits égaux au point de vue politique. Mais Tapplication 
de ces lois comporte une part d'arbitraire qui permet aux 
blancs d'exclure les noirs de leurs droits. Ainsi, dans 
quelques États du Sud, on a fait passer une loi enlevant 
aux illettrés le droit de vote. Cette loi semble raisonnable 
dans sa teneur, mais elle n'est pas toujours appliquée avec 
impartialité, (i) 

(1) J. A. Hobson, The Negro Problem in the United States. Nine- 
teenth Century^ octobre 1903. « La question du droit de vote a pris un 
nouvel aspect, par suite des agissements des gouvernements de 
nombreux Ëtats pendant ces dernières années* Beaucoup de blancs 
honorables ont senti qu'il était dégradant d'avoir recours à la force 
ou à une fraude éhontée pour maintenir la suprématie de la race, 
et ils ont commencé à chercher des moyens légaux pour arriver au 
même but. Ces moyens, ils . disent ouyertement les avoir trouvés 
dans des Amendements à la Constitution, par lesquels le titre 
d'électeur n'est conféré que sous diverses conditions. Dans plu- 
sieurs cas, le paiement d'un impôt de capltation ei«t nécessaire. Mais 
les mesures les plus efficaces sont celles qui exigent une certaine 
instruction, l'électeur devant pouvoir lire n'importe quelle partie de 
la Constitution, ou la comprendre lorsqu'elle lui est lue, et en donner 
une interprétation raisonnable. L'exemple, ainsi donné dans l'État 
de Mississipi« a été suivi en Louisiane^ dans les Carolines, et en 
réalité dans tous les Ëtats où les noirs représentent une grande 
partie de la population totale. Dans plusieurs États, à la garantie 
de l'instruction, a été ajoutée « la clause du grand père », qui dis- 
pense des deux conditions précédentes les descendants des hommes 
qui votaient avant la guerre. Bien que ces conditions ne parlent pas 
expressément d'une distinction de couleur, elles servent toutes â 
admettre les blancs et à exclure les noirs, ou l'on se sert d'elles dans 
ce but. La « clause du grand père », naturellement, ne peut pas avoir 
d'autre signification, et, d'autre part, personne ne prétend sérieuse- 
ment que la garantie de l'instruction soit appliquée impartialement 
aux deux races. Le résultat réel de ces moyens d'exclusion légaux 
peut se mesurer dans la Caroline du 8ud par ce fait que, sur 
120,000 hommes adultes noirs, seulement 6,000 environ sont inscrits 
comme électeurs. Il y a quelque huit millions de nègres dans les États 
du Sud et dans les États méridionaux du Centre ; dans deux États, 
la Caroline du Sud et le Mississipl, ils sont en majorité dans cer- 



l 



ET SON MILIEU ACTUEL 119 

On raconte qu'un nègre, professeur dand un collège^ 
s'est vu i^efuser la qualité de lettré par un fonctionnaire, 
sous prétexte qu'il n'expliquait pas d'une façon satisfai- 
sante un passage proposé de la Constitution. 

Tels sont les sentiments du peuple américain à l'égard 
du nègre. Il est facile de se faire dès lors une idée du milieu 
dans lequel le noir doit vivre, et par conséquent on voit 
combien il est difficile d'établir pour lui un programme 
d'éducation. 

De nombreuses théories d'éducation ont été émises 
tant par les ennemis que par les partisans du nègre; elles 
diffèrent suivant le rôle que l'on désire voir jouer aux 
noirs dans la société ; mais en somme on peut les ramener 
à trois groupes distincts : 

Les uns estiment que le nègre restera et doit rester tou- 
jours un être inférieur; par conséquent, il faut ne lui accor- 
der qu'une éducation sommaire, avec la seule idée de 
diminuer par là les inconvénients qu'une race trop arrié- 
rée peut créer à une société civilisée qui la comprend dans 
son sein. 

D'autres jugent qu'il faut relever tout à fait les nègres, 
et proposent de leur donner les moyens de se déve- 
lopper, en les rendant susceptibles d'acquérir de la ri- 
chesse; ils disent que l'éducation industrielle sera pour les 
noirs un moyen de salut. 

D'autres enfin estiment que la solution du problème sera- 
due à la création d'une élite nègre, douée d'une éducation 



tains districts ; cependant l'infraction au Quinzième Amendement — 
ou le façon de le tourner — est si puissante que nulle part les nègres 
ne sont élus dans aucune des Assemblées législatives ; nulle part ils 
ne possèdent aucun pouvoir politique réel. Dans quelques rares 
villes, occupées surtout par les Nordistes, par exemple, Jacksonville 
en Floride, on compte quelques nègres dans le Conseil municipal, 
mais je n'ai pu trouver aucun autre cas où les nègres eussent quel- 
que puissance électorale réelle. » 



120 LE NÈGRE ET SON MILIEU ACTUEL 

supérieure, dont les qualités intellectuelles et morales 
agiront à la fois et sur ses frères noirs, pour les déve- 
lopper peu à peu, et sur les blancs, pour mériter d'eux une 
estime personnelle, signe précurseur de la disparition 
future des préjugés. 



l'instruction des nègres, etc.. 121 



CHAPITRE V 



L INSTRUCTION DES NEGRES DANS LES ECOLES 
COMxMUNALES 



L'étude du développement des écoles communales dans 
les États du Sud mérite Tattention la plus sérieuse. 
Contrairement aux États du Nord, qui ne comptaient 
pas de propriétaires d'esclaves, ceux du Sud, avant 
la guerre de Sécession, n'avaient pas un système 
d'instruction publique auquel fût affectée une part du 
budget. Cette lacune n'était pas due à la misère des États 
du Sud ; le nombre des indigents y était plus restreint et 
la moyenne de la fortune plus élevée que dans toute autre 
région des Etats-Unis. Les établissements d'enseignement 
supérieur, destinés à la jeunesse aisée, ne manquaient pas; 
en effet, le recensement de 1860 prouve que le Sud 
pouvait fort bien soutenir la comparaison avec le Nord, au 
point de vue du nombre des facultés et des collèges. Néan- 
moins, aucune mesure eft'ective n'avait été prise en vue de 
l'enseignement du peuple; de plus, l'opinion publique iie 
se prononçait pas en faveur de l'instruction gratuite de la 
masse. On n'avait pas reconnu que le salut d'un État 
dépend de l'enseignement donné à l'enfance, et les riches 
ne pouvaient comprendre qu'on eilt le droit de les imposer, 
afin de subvenir aux frais nécessités par l'instruction des 
indigents. Il arriva donc que, à côté d'une faible minorité 
de sudistes lettrés et raffinés, une majorité désespérante 
de blancs était laissée dans une complète ignorance. 



'H 



122 l'instruction des nègres 

Le D' Curry écrit : 

« Le recensement de 1860 a relevé dans la Caroline du 
Sud un nombre de 15,792 indigènes (esclaves non compris) 
ne sachant ni lire ni écrire ; dans la Géorgie 43,550; dans 
TAlabama 37,302; dans le Mississipi 15,136 ; dans la Caro- 
line du Nord 74,877; dans la Virginie 83,300; dans le Ten- 
nessee 69,262; dans le Kentucky 65,740; dans le Missouri 
51,173. Un esprit attentif et renseigné trouvera ce» chiffres 
fort au-dessous de la vérité. Le Gouverneur de la Virginie, 
M. Campbell, déclarait, dans son rapport de 1839, que le 
quart environ des individus sollicitant des dispenses de 
bans pour leur mariage étaient incapables de signer leur 
nom (i). » 

En 1883, le D' Curry dit que le nombre d'enfants d'âge 
à fréquenter Técole, mais qui ne sont pas inscrits, d'élève 
à 1,719,723 blancs et 1,126,815 noirs. Presque 50 0/0 d'en- 
fants blancs, une proportion plus forte encore des noirs 
grandissent sans jouir d'aucune instruction. 

Les causes de ce déplorable état de choses sont nom- 
breuses. L'institution de l'esclavage avait formé une so*' 
ciété quasi-féodale, indifférente sinon hostile au dévelop- 
pement intellectuel des classes pauvres* Ëû plus, la créa- 
tion d'écoles gratuites présentait de nombreuses difficultés. 
Dans la campagne, la division du territoire en plantations, 
dans les districts, la dispersion de la population et le mau- 
vais état des routes, rendaient impossible l'établissement 
d'écoles rurales destinées à instruire les enfants des régions 
agricoles. D*un autre côté, la misère des blancs indigents 
leur interdisait tout effort pécuniaire en vue de l'instruc- 
tion de leurs enfants. 

Depuis la guerre de Sécession, bien que l'instruction 
publique gratuite ait été créée dans tous les Ëtats du Sud, 



(1) J. L. M. Curry, National Aid to Education, daûs la Circulai* of 
Information of th9 Bureau of Education^ n« 3, 1884, p. 90. 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 123 

les mesures prises en vue de rinstruction générale y ont 
été et y sont encore fort insuffisantes pour les besoins des 
dififérenis États. La cause en est en partie dans Tancienne 
croyance, perpétuée de nos jours, que Tinstruction des 
enfants regarde leurs parents et non TÉtat. La raison 
majeure, cependant, consiste dans la banqueroute com- 
plète des Ëtats du Sud après la guerre de Sécession. 
Depuis, il a été impossible d'imposer des gens ruinés pour 
subvenir aux frais de construction et d'entretien d'écoles 
destinées aux enfants blancs et aux nègres ignorants, si 
nombreux, auxquels leurs nouvelles fonctions de citoyens 
rendaient l'instruction indispensable (1). En 1880 encore, 
on estimait à 30 2 0/0 le nombre des électeurs blancs illet- 
trés et à 69 80 0/0 celui des noirs. 

L'on voit donc que des mesures suffisantes n'avaient pas 
été prises dans les Ëtats du Sud pour assurer aux enfants 
blancs Tinstruclion générale; à plus forte raison, le 
manque d'écoles primaires pour les noirs se faisait-il 
sentir. Il est vrai que des sociétés de bienfaisance ont 
ouvert dans le Sud quelques écoles de loin en loin, mais 
ces établissements ont été fréquentés par un nombre rela- 
tivement restreint d'enfants; le Gouvernement fédéral a 
toujours refusé de prêter son appui à l'instruction des 
nègres qu'il avait afi'ranchis, de sorte que le fardeau a été 
trop lourd pour les États du Sud. Ceux-ci, comprenant le 
danger perpétuel que constitue le suffrage d'électeurs illet- 
trés dans un gouvernement représentatif, ont fait des 
efforts héroïques pour mettre l'instruction élémentaire à 
la portée de tous les enfants, blancs ou noirs. Les résultats 
obtenus sont montrés par les statistiques comparées tirées 
des recensements depuis l'année 1860. 



(1) Cf. Charles W. Dabney, Président of the University of Tennes- 
see, The Public School Problem in the South, dans l6 « Beport of thç 
commissioner of Education », 1900-1901, pp,;i 009-1026, 



124 l'instruction des nègres 

En 1860, le nombre des illettrés nègres du Sud était 
presque de 100 0/0; en 1870, les enfants illettrés de plus 
de 10 ans étaient 85 2 0/0 ; en 1880, ce chiffre n'attei- 
gnait plus que 75 0/0; en i890, 60 2 0/0 (1) ; enfin le dou- 
zième recensement, en 1900, n'accusait plus qu'une propor- 
tion de 47 3 0/0 d'illettrés parmi la population masculine 
de plus de 21 ans (2). 

Le rapport du « Commissioner of Education » pour Tan- 
née scolaire 1899-1900 constata les faits suivants : Fins- 
cription dans les écoles de blancs des 16 anciens États 
esclavagistes et du District de Colombie avait été de 
4.,167,489,ou 68 28 0/0 du nombre total des enfants ayant 
Tàge d'aller à l'école ; l'inscription dans les écoles commu- 
nales de noirs avait été de 1,539,507 ou 51 46 0/0 du nombre 
total des enfants qui devaient aller à l'école. Il n'est pres- 
que pas nécessaire de rappeler ici qu'il n'existe point dans 
le Sud, sauf dans la Virginie occidentale, de loi établissant 
l'instruction obligatoire, comme en France et en Allemagne. 
Si cette loi existait, elle serait lettre morte, vu l'insuffisance 
des établissements scolaires pour les deux races. Puisque 
la loi n'oblige pas les parents à envoyer leurs enfants à 
l'école, le nombre sans cesse grandissant de ceux qui la 
fréquentent est une indication rassurante de l'intérêt que 
prennent les nègres à la science. Les chiffres fournis par 
les tableaux suivants prouvent de façon irréfutable leur 
avidité à s'instruire. 

Enfants nègres inscrits dans les écoles publiques des 
États du Sud (3) : 

(1) Cf. Circular of Informatioij of the Bureau of Education^ n» 3, 
1884, pp. 82-87. — Henry Gannett, A Statistical Sketch of the Negroes 

n the United States^ dans le Report oflhe Commissioner of Education^ 
1894-1895, p. 1413. — Report of the Commissioner of Education ^ 1897- 
1898, p. 2487. 

(2) Cf. Twelfth Census of the United States, Census Bulletin^ n» 106, 
pp. 14, 15, 16, 29. 

(3) The Negro Common School, p. 43, Atlanta University Publica- 
tions^ no 6. 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 



125 



Dates 






Inscriptions 


Dates 


Inscriptions 


1866 . . . 90.778 


1887. . 


. 1.118.556 


1867 






111.442 


1888. . 


. 1.140.405 


1868 






104.327 


1889. . 


. 1.213.092 


1869 . 






114.522 


1890. . 


. 1.289.944 


1870 . 






149.581 


1891. . 


. 1.324.937 


1870-76. 








1892. . 


. 1.352.816 


1877 






371.506 


1893. . 


. 1.367.828 


1878 






675.150 


1894. . 


. 1.424.995 


1879 






685.942 


1895. . 


. 1.441.282 


1880 






784.709 


1896. . 


1.428.713 


1881 






802.372 


1897. . 


. 1.460.084 


1882-83 






802.982 


1898. . , 


1.306.742 


1884 






1.002.313 


1899. . 


. 1.511.318 


1885 






1.030.463 


1900. . 


1.539.507 


1886 






1.048.659 






Enfants blancs inscrits dans les écoles publiques des 


États du Sud (1) : 






Dates Inscriptions 


Dates 


Inscriptions 


1876-77. . . 1.827.1:^9 


1888-88 . . 


. 3.197.830 


1877-78. 


. 2.034.946 


1889-90 . . 


. 3.402.420 


1878-79. 


. 2.013.684 


1890-91 . . 


. 3.570.624 


1879-80. 


. 2.215.674 


1891-92 . . 


. 3.607.549 


1880-81. 


. 2.234.877 


1892-93 . . 


. 3.697.899 


1881-82. 


. 2.249.263 


1893-94 . . 


. 3.848.541 


1882-83. 


. . 2.370.110 


1894-95 . . 


. 3.846.267 


1883-84. 


. 2.546.448 


1895-96 . . 


. 3.943.801 


1884-85. 


. 2.676.911 


1896-97 . . 


. 3.937.992 


1885-86. 


. 2.773.145 


1897-98 . . 


. 4.143.837 


1886-87, 


. 2.975.773 


1898-99 . . 


. 4.144.013 


1887-88 




. 


3.110.606 


1899-1900. . 


. 4.167.489 



Les nègres étant en nombre relativement peu considé- 



(1) Cf. Report of the Commissioner of Education, 1899-1900, p. 2503. 



126 l'instruction des nègres 

rable dans les États du Nord, les enfants noirs sont géné- 
ralement admis dans les écoles de blancs; au contraire, 
dans le Sud, l'enseignement des blancs et celui des noirs 
sont toujours séparés. 

Les lois des différents États pourraient faire croire que 
des droits et des privilèges égaux sont accordés aux deux 
races. Les statistiques prouvent, au contraire, qu'il existe 
une distinction favorable à la race blanche. En 1883, dans 
la circulaire 4 du Département de rinstruction,ron trouve 
le résumé des règlements scolaires : les extraits suivants 
exposent les droits des nègres à renseignement primaire : 

« Les décisions relatives au droit d'établir des écoles 
séparées pour les enfants de couleur semblent justifier les 
propositions suivantes : premièrement, aucun -individu, 
parce qu'il est de couleur, ne peut être privé des privilèges 
d'éducation accordés aux blancs; deuxièmement, l'établis- 
sement d'écoles séparées pour la jeunesse de couleur est 
une question à laquelle ne s'appliquent pas les prévisions 
du Quatorzième Amendement à la Constitution des États- 
Unis ; troisièmement, les États peuvent commander ou . 
autoriser l'établissement de ces écoles séparées; quatriè- 
mement, les Conseils d*administration scolaires ne peuvent 
pas établir de telles écoles quand la Législature de l'Etat 
n'en a pas encouragé l'existence. 

« Les enfants de couleur ne pourront être exclus des 
écoles fréquentées par des enfants blancs que là où fonc- 
tionnent effectivement des écoles séparées pour les enfants 
nègres ; et si des écoles séparées n'existent pas, tous les 
enfants de la circonscription scolaire, qu'ils soient blancs 
ou de couleur, ont également le droit de fréquenter toute 
école organisée sous les lois de l'État. » 

Depuis la guerre, on affirme que le nègre ne paie qu'une 
faible part des frais de sa propre instruction, tandis que la 
presque totalité du fardeau retombe sur les épaules du 
contribuable blanc. Une étude des sources des fonds con- 



I 



r 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 127 

sacrés à riûstruction publique jettera quelque lumière sur 
la thèse que Ton cherche ainsi à soutenir. Voici, à ce pro- 
pos, ce que nous trouvons dans le rapport écrit par 
M. Kelly Miller, pour le Département de Tlnstruction pu- 
blique, en 1900-1901 : « Les chiffres publiés par l'État de 
Géorgie sont peut-être plus faciles à analyser que ceux de 
tout autre État. Cette . question a été étudiée dans une 
récente « Atlanta Conférence » et la conclusion a été- que 
le nègre paie pour sa propre instruction une proportion 
beaucoup plus élevée qu'on ne le croit généralement. 

« On a calculé que les nègres de Géorgfe ont payé, pen- 
dant Tannée 1899, 131,737 fr. 15 en impôts directs et 
445,040 francs en impôts de capilation, ce qui fait un 
total de 576,777 francs payés directement par cette race 
pour l'instruction. Les impôts indirects de la Géorgie sont 
de telle nature que le nègre, sans le moindre doute, en 
paie bien sa part. La portion des fonds consacrés à l'ins- 
truction publique que les nègres ont payée en impôts 
indirects a été de 884,491 fr. 20, ce qui fait un total impo- 
sant de i, 461, 243 fr. 35. Les dépenses pour les écoles 
nègres, y compris la part proportionnelle des frais de sur- 
veillance du Comité de Tlnstruction publique, ont été de 
1,440,640 francs. Ces chiffres sembleraient tout au moins 
prouver que les blancs de Géorgie ne paient pas un cen- 
time pour l'instruction des nègres. 

« D'après des calculs semblables, mais avec quelque 
confusion, par suite du manque de chiffres précis, la con- 
férence prouve quïl en est de même dans tout le Sud. On 
montre que le nègre a payé en trente ans 522,697,955 francs 
pour l'instruction publique. Cette somme naturellement 
comprend la part proportionnelle du nègre dans les 
recettes générales, telles que les revenus des terres du 
gouvernement et les impôts indirects. La somme totale 
dépensée pour l'instruction des noirs pendant cette pé- 
riode a été de 509,303,005 francs. 



128 l'instruction des nègres 

« Bien que ces chiffres soient donnés comme approxima- 
tifs, il est absolument hors de doute que Ton a raison d'en 
conclure que Téducation des nègres n'impose aucun far- 
deau spécial aux contribuables blancs du Sud. Si Topiiiion 
contraire est très répandue et acceptée généralement, cela 
prouve simplement qu'il suffit de répéter souvent une 
affirmation au sujet des nègres, sans l'appuyer sur rieni 
pour la faire accepter et la répandre. 

« En général, les écoles pour blancs ont plus de jours de 
classe que les écoles pour noirs; le nombre des maîtres 
blancs est plus ^levé en proportion de la population sco- 
laire, et ces maîtres reçoivent en moyenne des traitements 
plus forts. Cette différence varie beaucoup, depuis les 
disproportions les plus frappantes dans certains États, 
jusqu'à une similitude presque complète dans d'autres. 
Dans la Caroline du Sud, il y a 3,000 maîtres blancs pour 
123,898 élèves, et 2,003 maîlres nègres pour 146,477 
élèves noirs. Les écoles sont ouvertes pendant 6 mois 
81/100 pour les blancs, et 3 mois 65/100 seulement pour 
les noirs. Bien que les noirs constituent les trois cin- 
quièmes de la population, la somme allouée pour leur 
instruction ne représente guère qu'un quart des fonds 
consacrés à l'instruction publique. En Floride, les blancs 
ont 2,084 maîtres pour 68,077 élèves, tandis que l'on 
accorde aux nègres seulement 645 maîtres pour 41,797 
élèves. Les traitements des maîtres sont dans la propor- 
tion de 182 francs à <38 fr. 35 par mois, et le nombre de 
jours de classe dans la proportion de 95 à 89. D'autre 
part, dans la Caroline du Nord, en tenant compte des diffé- 
rences obligatoires dans l'instruction que demandent les 
deux races, le nombre des jours de classe et les traite- 
ments des maîtres semblent être réglés d'une façon assez 
équitable. Dans l'État du Texas, dont les lois scolaires 
exigent que les deux races aient les mêmes avantages, il 
n'y a lieu de se plaindre de rien au sujet du chiffre pro- 



[ 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 129 

portionnel des maîtres employés, de leurs traitements ou 
du nombre des jours de classe. Si les blancs sont quelque 
peu favorisés, on peut expliquer cette diflFérence par 
d'autres motifs que la différence de race. Les maîtres 
blancs reçoivent une moyenne de 245 fr. 25 par mois, 
tandis que les maîtres noirs gagnent une moyenne de 
234 fr. 30. Celte diflFérence est sans doute due aux diplômes 
plus élevés que possèdent les maîtres blancs. Les écoles 
pour blancs sont ouvertes en moyenne 5 mois 39/100, et 
celles pour élèves de couleur 4 mois 85/100. Cette légère 
différence peut être causée par la distribution et la den- 
sité relatives des deux éléments de la population. 

« Dans Tensemble, on voit que, alors que le nègre forme 
un tiers de la population des anciens États esclavagistes, 
cependant la somme dépensée pour son instruction est 
seulement un cinquième du budget total de l'instruction 
publique, c'est-à-dire que l'instruction d'un enfant de 
couleur coûte exactement la moitié de l'instruction d'un 
enfant blanc. » 

Il importe de se souvenir que Tadministration des écoles 
communales dépend de chaque État et non du Gou- 
vernement fédéral ; il en résulte un manque d'uniformité 
dans l'enseignement tel que l'ont organisé les diflFérents 
États. 

Organisation des écoles dans chaque État. 
— Afin de se rendre un compte plus exact du. fonc- 
tionnement des écoles communales gratuites, il sera 
nécessaire de faire un exposé rapide des conditions de ce 
fonctionnement dans chacun des anciens États esclava- 
gistes. 

Alabama. — Les fonctionnaires que comprend ac- 
tuellement l'administration scolaire sont : un « State 
Superintendent », élu, des « County Superintendents », 
élus ou nommés, et des « Township Superintendents » élus 
ou nommés. La loi exige des établissements séparés pour 

9 



L.. 



190 l'instruction dbs nègrëk 

leg deux races. (Schooi Law$, 1885) p. ^9^ gection ^% et 
School taws^ASS^^ p. 3, section 1) (ij. 

Les secours aux écoles» provenant de diverses sources, ne 
sont pas distribués proportionnellement à la population; 
les fonctionnaires de l'administration scolaire en font un 
partage « équitable >» entre les deux races. 

Les fonds recueillis pour Tentretien des écoles se répar- 
tissent, en 1900, de la façon suivante : 

Subvention de TÉtat $ 350.000 

Intérêts des fonds de la 16^ section . 145.000 

Impôt dQ capitation 155.000 

Total $ 650.000 

Cette somme fut depuis portée à un million de dollars, 
grâce à une subvention complémentaire, grâce aussi à de 
nouveaux intérêts et à des impôts spéciaux. 

En 1901, au 6« Congrès nègre, l'université d'Atlanta fit 
sur l'enseignement dans l'Alabama l'exposé suivant : 

« 30 0/0 des enfants nègres suivent régulièrement les 
clasaes, qui durent soixante-deux jours par an* 

« Il y avait en 1900, parmi les jeunes gens de cinq à 
vingt ans inscrits dans les écoles i 

Blancs, 394,152 soit 53 8 0/0 
Nègres, 338,980 soit 46 2 0/0 

« En 1899, les établissements scolaires étaient au nom- 
bre de : 

4,646 pour les blancs 
2,320 pour les nègres 

et les instituteurs de : 



(i) Lois scolaires^ p. 3: « L'Assemblée générale devra établir, orga» 
niser et entretenir des écoles communales dans tout l'État. Tous les 
enfants de TÉtat, depuis Tâge de sept ans jusqu'à l'âge de vingt et 
un ans, profiteront également de ces écoles, mais il y aura des écoles 
spéciales pour les enfants d'origine africaine* » 



DÂN8 LBS ÉCOLES OOMMUNALES 131 

4,773 dans les écoles de blancs ; 
2,301 dans les écoles de nègres. 
Moyenne des traitements mensuels (1). 

Écoles de blancs Écoles de nègres 

$ 25 05 $ 17 66 

Jours de classes : 68 jours. 62 jours. 

« 11 y avait en plus de ce nombre 590 instituteurs de 
race blanche et 320 instituteurs nègres, répartis entre les 
circonscriptions scolaires urbaines. 

« Le traitement des instituteurs, la durée de l'année 
scolaire^ et d'une façon générale les mesures prises en vue 
de renseignement de la jeunesse, sembleraient indiqtier 
qu'aux nègres sont accordés à peu près 20 0/0 des fonds 
scolaires, c'est-à-dire, en 1899, une somme d'envi- 
ron $ 130,000. 
Elle se répartit ainsi : 

Impôt de capitation g 37.344 77 

Intérêts de la « 16« section » fond. 66.990 00 

Contributions directes estimées. . 30.000 00 

Total $134.334 77 

« L'on est en droit de supposer que l'instruction des 
nègres de l'Alabama ne coûte pas un centime aux contri- 
buables de race blanche, sauf dans certaines villes telles 
que Mobile, Birmingham et Montgomery. » 

L'État de l'Alabama était classé le seizième, en 1890, 

pour le degré d'instruction des nègres. 

1870 1880 1890 (1900, hommes 

de 21 ans au moins.) 

Illettrés. 88 10/0 80 60/0 69 10/0 59 50/0 

Arkansas, — Les fonctionnaires se composent d'un« State 
Superintendent », élu pour deux ans; un « County Exami- 

(l) Les maîtres ne sont payés que pour les mois de classe, c'est-à- 
dire trois mois de l'année environ* Le reste du temps, ils doivent 
vivre d'autres travaux. 



1 



132 l'instruction des nègres 

aer », désigné par le Tribunal de chaque comté; un « Direc- 
tor of Schools », élu par chaque circonscription scolaire. 

La loi rend obligatoire la séparation des écoles pour 
blancs et noirs et recommande d'uniformiser renseigne- 
ment donné dans les différentes écoles (1). 

Les revenus scolaires de 1900 se décomposaient comme 
suit : 

Excédent de recettes (2) $570.595 20 

Fonds des écoles communales de TÉtat . 446.557 55 

Contributions des circonscriptions. . . 805.412 54 

Impôt de la capitation . . . . . . . 163.564 55 

Autres sources . . . 19.111 91 

Total $2.005.241 75 

En 1900, le corps enseignant comprenait : 

Blancs Nègres 

Instituteurs 3.311 845 

Institutrices .... 2.207 596 

Total. . . . 5.518 1.441 

La moyenne des traitements des instituteurs et institu- 
trices varie, suivant leur grade, de $ 2i à $ 37. 

Les jeunes gens de cinq à vingt ans se répartissaient 
en 1900 comme il suit : 



(1) Voici lo texte de la loi relative aux écoles séparées pour les 
nègres : « L'intelligence et la vertu étant la sauvegarde de la liberté 
et la défense d'un gouvernement bon et libre, TÉtat devra toujours 
entretenir des écoles convenables, suffisantes et ouvertes à tous, 
dans lesquelles toutes les personnes de TËtat, depuis Tâge de six ans 
jusqu'à l'âge de vingt et un ans, pourront recevoir l'instruction gra- 
tuite. (Lois scolaires, 1897, p. 9.) 

« Ce même Comité devra veiller à ce qu'il soit créé des écoles sépa- 
rées pour les enfants blancs et de couleur. »(Low scolaires, 1897, p. 9.) 

(2) Les fonds scolaires, à un moment donné de l'année, sont 
répartis équitablement dans chaque district; mais les différents 
revenus ne sont pas toujours réunis au moment .où la répartition 
est faite; l'excédent des recettes est alors reporté sur l'exercice 
de Tannée suivante. 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 133 

Blancs 380.815 

Nègres 148.534 

Indiens 26 

Total 5i9.375 

« Nous n'avons pas sur les frais d'entretien des écoles 
des deux races d'autres données que le dénombremer^ des 
instituteurs. D'après ce dénombrement, les écoles nègres 
ne peuvent coûter beaucoup plus de $400.000; peut- 
être les frais n'atteignent-ils pas même ce chiffre. Pour 
subvenir à cette dépense, l'on a 1® l'impôt de la capita- 
tion, prélevé sur 87,000 nègres; 2° la quote-part des 
revenus des terres concédées à l'État parle gouvernement 
fédéral pour les besoins des écoles ; 3® les contributions 
directes des nègres. Il est évident que ceux-ci versent 
au moins les 3/4 des fonds destinés à l'entretien de leurs 
écoles (I). » 

La durée de l'année scolaire a été en moyenne de 
75 journées en 1890 et de 70 en 1899. L'Arkansas occu- 
pait en 1890 le neuvième rang pour le degré d'instruction 
des nègres. 

1870 1880 1890 (1900, hommes 

de 21 aos au moins.) 

Illettrés. 81 20/0 75 0/0 53 6 0/0 44 8 0/0 

Delaware. — De 1875 à 1887, les écoles furent contrô- 
lées par un « State Superintendent », nommé tous les ans 
par le gouvernement de l'État. Des mesures furent égale- 
ment prises en vue de la création d'un Conseil supérieur 
de l'Instruction. En 1887, la charge de « Superintendent » 
fui abolie, et l'on institua dans chaque comté des «County 
Superintendents » désignés pour un an. Jusqu'en 1875, il 
n'y avait d'écoles communales dans le Delaware que pour 
les blancs. Les nègres, antérieurement, envoyaient leurs 



(1) The Negro Common School, p. 60, Atlanta University Publica- 
tions, no 6. 



^ 



134 l'instruction des nèqres 



enfants & des écoles libres. La « Delaware Association for 
the Moral Improvement and Education of the Golored 
People» contribua largement, durant cette période, à ren- 
seignement de la race noire. 

En 1875, l'Assemblée générale fixa, par une loi, les 
impôts à prélever sur les noirs pour subvenir à Ten- 
tretien de leurs propres écoles. Les sommes recueillies 
à cet effet furent remises à l'Association déjà mentionnée; 
elles couvrirent à peine le tiers des frais ; le reste fut 
fourni par les souscriptions et les contributions volontaires 
des nègres. Jusqu'en 1881, les noirs furent seuls à suppor- 
ter les frais d'entretien de leurs écoles. En 1881, l'Assem- 
blée Générale réserva une somme de $ 2,000 pour être 
distribuée tous les ans aux écoles nègres de TÉlat. Cette 
somme fut portée à $ 5,000 en 1883, à $ 6,000 en 1887, 
et fut. fixée en 1891 à $9,000(1). La plus grande partie des 
revenue des écoles provient des fonds scolaires de l'État. 
Ceux-ci sont constitués principalement par la part de la 
subvention du gouvernement fédéral attribuée à l'État de 
Delaware, à laquelle il faut ajouter certains droits perçus 
par l'État. Les nègres, à la fois contribuables et électeurs, 
ont droit à une part de ces capitaux. Ils ne l'ont pas tou- 
chée, et au lieu d'être redevables aux blancs de leur ins- 
truction, comme ceux-ci le prétendent, les nègres du 
Delaware, par l'effet d'une répartition défectueuse des 
impôts, ont largement contribué à l'entretien des écoles 
des blancs. 

Les statistiques montrent que 33 84 0/0 des enfants noirs 
du Delaware fréquentent assidûment les classes pendant 
l'année scolaire, qui est en moyenne de 14i journées par 
an. 

Dans l'année 1898*1899, il y avait dans l'État de Dela- 



(1) Cf. Lyman P. Powell, lUstory of Education in Delaware, 
pp. 168-171. 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 135 

ware, et en dehors de Wilmington, deux écoles nègres 
organisées en classes, et 87 dépourvues de cette organisa- 
tion. Les instituteurs étaient au nombre de 91. Les traite- 
ments dansles circonscriptions rurales étaient les suivants : 

Pour les blancs (en moyenne) $ 3:â 37 

Pour les nègres (en moyenne) $ 28 38 

Les écoles nègres étaient ouvertes, en moyenne, 141 jours 
par année, et les écoles de blancs 157 jours. 

Le Delaware occupait, en 1890, le quatrième rang dans 
le degré d'instruction des nègres, parmi les 16 anciens 
Etats esclavagistes. 

1870 1880 1890 (1900, hommes 

de 21 ans au moins.) 

Illettrés. 71 3 0/0 57 5 0/0 49 5 0/0 62 7 0/0 

Floinde. *— Un « Superintendent » pour TÉtat et un 
a Superintendent », par Comté, élus par le peuple, contrô- 
lent l'administration scolaire de la Floride. 

L'instruction séparée des deux races est obligatoire à la 
fois dans les écoles communales et dans les écoles libres (1). 

37 0/0 des enfants noirs fréquentent assidûment Técole 
pendant la durée de l'année scolaire^ qui est de 87 jour*- 
nées. Les revenus scolaires proviennent de l'impôt de 
capitation, des contributions levées séparément par les 
circonscriptions, des intérêts du trésor de TÉtat, de l'impôt 
foncier de l'État, et de sources de moindre importance. 

Le coût par tête de l'instruction de la jeunesse des écoles 

est le suivant : 

Pour les blancs. Pour les nègres. 

1893 $4 34 $142 

1895 4 50 . 1 39 

1898. ..... 5 92 2 27 



(1) « On n'instruira pas les enfants noirs et blancs dans les mêmes 
écoleê, mais on veillera à ce que les uns et les autres aient les 
mêmes avantages. » (lois scolaires^ 1897, p. 12.) 



136 l'instruction des nègres 

D'après le rapport de M. W™. N. Sheats, « State Supe- 
rintendent of Public Instruction », les écoles nègres ne 
sont pas à charge aux contribuables de race blanche. Voici 
le texte de son rapport biennal du 39 juin 1900, p. 27 : 

« Un coup d'oeil jeté sur les statistiques précédentes 
montre que la division de l'État désignée sous le nom de 
Floride Centrale est fort en retard sur les autres régions 
en ce qui concerne les progrès de l'instruction. On allègue 
ordinairement que cet état de choses est dû à l'instruction 
des nègres. Le découragement général et l'inertie du pays 
sont attribués à cette cause. Les chiffres suivants prouvent 
que l'instruction des nègres de la Floride Centrale ne 
coûte pas un centime aux blancs de cette contrée. Nous 
ne voulons pas discuter le principe américain, à savoir 
que le salut de l'État demande que les frais d'instruction 
des citoyens soient couverts par l'impôt foncier, sans con- 
sidérer à quelles taxes sont astreints ces citoyens. Nous 
nous proposons de montrer que si l'instruction des blancs 
est en retard dans la Floride Centrale, cet état de choses 
n'est nullement dû à la présence des nègres, et que les 
nègres, au contraire, ont contribué d'une manière efficace 
à l'entretien des écoles de blancs. 

« Puisque nous avons pris la Floride Centrale, « The 
black belt» (ou région noire) pour établir ces chiffres, il est 
bonde remarquer que sur les neuf comtés que comprend 
cette région, quatre ne comptent ensemble que 8 écoles 
nègres. (Liberty, 5; Franklin, 2; Lafayette, i ; Taylor, O.J 

Subvention de l'État destinée aux écoles nègres $ 13.554 
Part revenant aux écoles nègres sur les impôts 

des chemins de fer et des télégraphes. . . . 3.630 
Part revenant aux nègres sur les- $ 1,000,000, 
montant de l'impôt scolaire, et impôt sur les 
propriétés des particuliers non domiciliés dans 

la Floride 3.000 

A reporter. . . $ 20.184 



f 
DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 137 

Report. . , $ 20.184 

Impôt de la capitation payé par environ 10,500 
contribuables nègres. Cet impôt est estimé à 3.000 

ImpOt foncier prélevé sur les nègres. Cet impôt 

atteint au moins 800 

Somme totale versée pour les écoles nègres, som- 
me à laquelle les blancs n'ont pas contribué 
d un centime $ 23.984 

Coût effectif des écoles nègres, y compris les frais 

d'administration $ 19.457 

« Si ces chiffres sont exacts, non seulement les écoles 
nègres ne sont pas à charge aux citoyens de race blanche, 
mais au contraire $ 4,527 recueillis de différents côtés pour 
les écoles nègres ont été affectés aux écoles de blancs. Le 
fait que Timpôt de capitation est rarement prélevé sur les 
noirs par les fonctionnaires des comtés contribue égale- 
ment 'à diminuer les ressources des écoles nègres. Aux 
sommes dont le tableau a été dressé, il faudrait ajouter 
$ 7,000 perdus par cette négligence. Supposons les fonds 
scolaires des nègres accrus de ces $ 7,000, il est évident 
que l'organisation des écoles de nègres pourrait être amé- 
liorée de façon notable, sans que l'on puisse alléguer que 
les nègres sont un obstacle quelconque aux progrès de 
l'instruction dans la Floride Centrale (1). » 

En ce qui concerne le degré d'instruction de la race 
nègre, la Floride occupait, en 1890, le sixième rang parmi 
les anciens États esclavagistes. 

1870 1880 1890 (1900, hommes 

de 21 ans au moins.) 

Illettrés. 84 10/0 70 0/0 50 6 0/0 39 4 0/0 

Géorgie, — La loi crée un « State School Cômmissionero, 
nommé par le Gouverneur, des « County Commissioners », 

(l) Cf. Biennial Report of the Superintendent of Public Instruction 
of the State of Florida, 1900. 



138 l'instruction des nègre» 

élus par le Conseil de Tinslruction du Comté,, et trois ; 

« School Trustées » (administrateurs scolaires) nommés 
par ce même Conseil. 

La loi scolaire exige que des dispsitions soient prises en 
vue de l'instruction des enfants blancs et noirs dans des 
écoles distinjctes. Le Conseil d'instruction devra veiller à 
ce que la durée de Tannée scolaire soit la même, et à ce 
que la capacité et les connaissances des professeurs soient 
équivalentes pour Tune et l'autre race (i). ! 

Les fonds scolaires sont alimentés: | 

1° par rimpôt de la capitation ; \ 

2^ par l'impôt direct ; I 

3® par la moitié de l'annuité payée par les Chemins de fer | 

de rOuest et de l'Atlantique (Western and Atlantic Railroad) ; 1 

4° par la taxe sur les liqueurs; j 

5** par le produit net du travail des forçats (ceux-ci tra- 
vaillent dans des entreprises particulières en échange d'une 
somme remise à l'administration pénitentiaire), enfin par 
les sommes provenant de l'inspection des engrais^ des 1 

taxes levées sur les expositions et d'autres sources d'im- | 

portance moindre. En 1889, les capitaux scolaires se mon- j 

taient à $1,440,643 (2). i 

29 0/0 des enfants noirs fréquentent Técole pendant 
117 jours de l'année. | 

Le Congrès universitaire d'Atlanta nous fournit la \ 

statistique suivante : | 



(i) Lois scolaires, 1897, p. IB: « Ce môme Comité de rinstruction 
devra prendre des dispositions afin que les enfants de race blanche 
et de Qouleur fréquentent des écoles distinctes. Aulant que possible, 
ils offriront les mêmes avantages aux deux races, en ce qui concerne 
les connaissances et capacités des maîtres et la longueur des pé- 
riodes d'instruction ; mais les enfants de race blanche et de couleur 
ne devront recevoir l'enseignement ensemble dans aucuue école de 
cet État. > 

(2) Cf. 80»» Annual Report of the Department of Education of 
Georgia (1901). 



f 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 139 

Blancs. Nègres. 

Jeunesse des écoles 3il.5Sl 319.349 

Écoles 5.045 2.910 

|l'« classe 2.990 417 

2e classe 1.594 886 

3e classe. .... 993 1.661 

Total. . . 0.567 2.964 

Les statistiques établissent que les nègres de la Géorgie 
supportent sinon tous les frais d'entretien de leurs écoles, 
du moins la plus grande partie de ces dépenses. 

Pour le degré d'instruction de sa population noire, la 
Géorgie occupait, en 1890, le quinzième rang parmi les 
États esclavagistes. 

4870 1880 1890 (1900, hommes 

de 21 ans au moins.) 

Illettrés. 92 10/0 816 0/0 67 3 0/0 56 4 0/0 

Kentucky, — Les fonctionnaires sont: un «State Super- 
intendent » et des « County Superintendents ». A chaque 
circonscription nègre correspond un « School Trustée » 
(administrateur scolaire) nègre. 

La loi scolaire interdit à tout enfant blaoc de fréquenter 
une école communale nègre, et à tout' enfant noir de se 
rendre à une école communale réservée aux blancs (1). La 
coéducation des deux races est autorisée dams les écoles 
libres. Néanmoins, il est à noter que lé collège de Berea 
est le seul établissement qui admette des élèves blancs et 
noirs sur le pied d'égalité. 



(1) Lois scolaires^ 1897, ch. 154. « 11 sera organisé dans tout 
l'État de Kentucky un système uniforme d'écoles communales... Dans 
toutes les classes de ce chapitre, il sera contraire à la loi qu'un 
eufaut blano fréquente une école communale établie pour enfants de 
couleur, ou qu'un enfant de couleur fréquente une éook communale 
étabUe pour enfants blancs. » 



140 l'instruction des nègres 

L'État de Kentucky est fort peu avantagé. Il n'a pas, 
en effet, obtenu du Congrès, comme beaucoup d'autres 
États, des concessions de territoires. La seule subven- 
tion nationale qu'il ait reçue est fournie par les inté- 
rêts d'une somme de $ 600,000. Cette somme constitue 
la portion qui revient au Kentucky sur l'impôt direct 
qu'un acte du Congrès fédéral répartit. entre les dififérents 
Etats (1). 

Du rapport de Mr. K. V. McChesney, « State Super- 
intendent of Public Instruction », l'on pourrait déduire 
que l'instruction nègre est entièrement à la charge de la 
population blanche. 

Dans son rapport biennal du 30 juin 1901 , page 9, il dit : 
« Si l'année scolaire est de si courte durée, c'est que l'Etat 
entreprend d'instruire plus de 100,000 enfants noirs, soit 
la septième partie environ du nombre d'entants qui 
doivent fréquenter les écoles. En outre, les impôts qu'il 
prélève sur les parents de ces enfants se montent à une 
somme infime (2). » 

Par contre, le Congrès de l'Université d'Atlanta prouve, 
chiffres en main, que les nègres contribuent dans une 
grande mesure à l'entretien de leurs écoles. D'après le 
rapport de ce Congrès, les contribuables de race blanche 
du Kentucky supporteraient moins du tiers des frais occa- 
sionnés par les écoles nègres. 

Le Congrès fournit encore les chiffres suivants : 

45 0/0 des enfants nègres du Kentucky fréquentent assi- 
dûment l'école pendant toute la durée de l'année scolaire 
qui est en moyenne de 115 ajournées. 

Coût par tête des enfants qui fréquentent l'école : 



(1) Cf. Biennial Report of the Superintendent of Public Instruction 
of Kentucky, 1899-1901, p. 9. 

(2) Ibid. 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 141 

Blancs. Nègres 

1880. ...... $221 $036 

188a \ . 2 85 2 19 

1890 3 71 3 13 

1895 5 03 3 39 

1897 4 59 3 34 

Le traitement accordé aux instituteurs en 1899 dépend 
de leur race. 

Louisville. Blancs. Nègres. 

Directeur du « High School »....$ 2.500 $ 1.650 

Instituteurs au « High School ». 1.000 à 1.800 900 

Instituteurs aux cours pédagogiques. . 1.100 1.000 

En 1887, les instituteurs nègres des comtés touchaient 
en moyenne $28 41 par mois et les blancs $31 15. Pour 
le degré d'instruction de sa population noire, le Kentucky 
occupait en 1899 le onzième rang parmi les anciens États 
esclavagistes. 

1870 1880 1890 (1900, hommes 

de 21 ans au moins.) 

Illettrés. 83 80/0 70 40/0 55 9 0/0 49 50/0 

Louisiane. — Les fonctionnaires placés à la tête de 
l'administration scolaire comprennent un « State Super- 
intendent of Education » et un « State Board », qui nom- 
ment les a Parish School Boards » (Conseils de Paroisses). 
Les « Parish School Boards » nomment les « District Trus- 
tées ». La coéducation des deux races est interdite par la 
loi. Le système scolaire organisé par le général Banks 
en 1868 et développé par le Gouvernement de Reconstruc- 
tion De faisait aucune distinction à cause de la couleur. 
Il y avait des écoles mixtes. En 1877, les écoles de la 
Louisiane furent réorganisées, et depuis ce moment les 
enfants blancs et les enfants noirs ont été instruits dans 
des écoles séparées. 



142 l'instruction des nègres 

Les sources des revenus affectés à l'entretien des écoles 
publiques de la Louisiane sont (1) : 

Somme affectée chaque année par TAssemblée générale ; 

Impôt de capitalion ; 

Impôts locaux ; 

Intérêt de la 16® section; 

Amendes imposées par les tribunaux du district pour 
infractions à la loi; 

Sommes venant de cautions versées dans des cas cri- 
minels ; 

Diverses autres sources. 

La Louisiane a la réputation peu enviable d'être, de tous 
les États, le plus injuste envers ses enfants de couleur. 
Jusqu'à ces dernières années, la durée moyenne de Tannée 
scolaire n'était que de 4 1/2 moiâ ; d'après les rapports, 
elle serait aujourd'hui de 6 mois. Les bienfaits de l'édu- 
cation sont limités à l'instruction primaire. 11 n'y a pas 
de « High Schools » pour les nègres dans l'État, 

En février 1899, les nègres de la Louisiane présentèrent 
un mémoire à la Commission chargée de reviser la consti- 
tution (2). Dans ce document, ils appelèrent ratleniioa sur 
plusieurs faits : tandis que le nombre des enfants blancs 
admis dans les écples s'était élevé pendant les der- 
nières années, il n'y avait pas d'aughientation semblable 
pour les enfants nègres; de plus, il y avait une diminution 
progressive dans la durée de l'année scolaire depuis 1885, 
et aussi une diminution dans le traitement des institu- 
teurs, diminution qui s'élevait à 9 0/0 pour les hommes et 
19 0/0 pour les femmes. 

Ils soumirent à l'examen de la commission les chiffres 
suivants : 



(1) Cf, Biennial Report of the State Superinter^dent of Puèlic SdU' 

cation of Louisiana^ 1898-1S99, p. 6. 

(2) The Negro Common School, pp. 79-81, Atlanta Vniversity 
Publications, no 6. 



DANS LB8 ÉCOLES COMMUNALES 



143 



Nombre d'instituteurs employés dans les éooles blanches 
et dans les écoles nègres : 

1891, Instituteurs blancs, 711; Institutrices blanches, 1.405 
1891, Instituteurs nègres, 533; Institutrices nègres, 354 
189S, Instituteurs blancs, 846; Institutrices blanches, 2.574 
1895, Instituteurs nègres, 543 ;Institutrices nègres, 961 
Nombre d'écoles pour les blancs et pour les nègres : 

1891, pour les blancs 1.657 

1891, pour les nègres 844 

1895, pour les blancs 1.999 

1895, pour les nègres 895 

pour les instituteurs blancs et 



188i, 
1884, 
1884, 
1895, 
1895, 
1895, 
1895, 



1885, 
1895, 
1895, 



Traitements moyens 
pour les nègres : 

1884, Instituteurs blancs. . 
Institutrices blanches. 
Instituteurs nègres. 
Institutrices nègres. 
Instituteurs blancs. 
Institutrices blanches. 
Instituteurs nègres. 
Institutrices nègres. 

Durée moyenne de l'année scolaire pour les écoles 
blanches et pour les écoles nègres : 

1885, pour les blancs. . . 
pour les nègres. . . 
pour les blancs. . ■ . 
pour les nègres. . . 

Les signataires attiraient l'attention de la commission 
sur ce fait qu^il n'y avait en moyenne qu*uûe seule école 
pour 221 enfants nègres, et qu'un maître pour 205 élèves. 

Ils affirmaient avec raison — vu le décret de 1895 qui 
avait privé de vote les nègres illettrés — que dans un pays 
libre, le gouvernement ne doit pas subordonner le droit 



. $33 9S 


29 43 


29 40 


. . 28 2S 


39 69 


32 73 


26 79 


23 62 


pour les 


8 00 mois 


4 91 » 


8 67 » 


4 52 » 



^ 



144 l'instruction des nègres 

de vote à Tinstruction, et en même temps refuser à des 
citoyens le moyen de s'instruire. 

En dépit de cette prière des nègres, il n'y a eu que peu 
d'amélioration. 

On estime que les écoles nègres coûtent environ 
$ 200,000, tandis que les contributions des nègres sont 
celles-ci : 

Taxe directe estimée à $ 50.000 

Impôt de la capitation 35.000 

Prorata des impôts locaux 200.000 

Prorata du fonds scolaire ^5.000 

Total $310.000 

On peut opposer aux réclamations sus-mentionnées des 
nègres les rapports du « State Superintendent » pour 
Tannée scolaire 1898-1899 : 

« Les enfants nègres ne restent pas à Técole aussi long- 
temps que les blancs ; ils apprennent avec difficulté, et la 
plupart du temps, aussitôt qu'ils ont quitté l'école, ils ne 
retiennent pas même les éléments de la lecture et de 
l'écriture, qu'on leur a enseignés. Il y a naturellement des 
exceptions à cette constatation générale ; mais, malgré 
les meilleurs efforts, c'est, pour parler avec réserve, une 
tâche difficile de leur enlever le stigmate imprimé sur 
eux par la nature : ils sont une race servile (1). » 

Pour satisfaire la curiosité que nous avions de connaître 
l'état d'esprit des blancs à ce sujet, nous avons envoyé 
des lettres d'enquête aux « Parish Superintendents » 
(Inspecteurs des Paroisses), leur demandant leur avis sur 
l'intelligence relative des élèves des deux races, et sur la 
préparation et le traitement des maîtres nègres. L'idée do- 
minante des réponses était que l'enfant nègre est bien 
inférieur au blanc en intelligence,, et, par suite, incapable 

(1) Biennial Report of Ihe State Superintendent of Public Education 
of Louisiana, 1898-1S99, p. 6. 



bANS LES ÉCOLES COMMUNALES 145 

de profiter d'une instruction qui dépasse les éléments. 
Quant aux maîtres, ils sont ignorants pour la plupart, et 
souvent immoraux, ne méritant pas même leur traitement 
infime de $ 10 à $ 20 par mois, pendant une période de 4 à 
6 mois par année. 

A ces « Superintendents » l'idée n'est pas venue appa- 
remment que l'on ne peut pas exiger un haut degré d'ins- 
truction et même de moralité, de la part d'employés qui 
gagnent $50 à $ 100 par an, et que le remède à ce déplo- 
rable état de choses serait d'attirer par des traitements rai- 
sonnables les diplômés nègres des Universités ou des 
Écoles Normales. 

La Louisiane occupait en 1890 le dix- septième rang 
en ce qui concerne le degré d'instruction des nègres : 

1870 1880 1890 (1900, hommes de 21 ans 

au moins.) 

Illettrés. 85 9 0/0 79 1 0/0 72 1 0/0 61 3 0/0 

Maryland. — Le Département de rinstruclion du Mary- 
land comprend un Conseil d'Administration scolaire de 
l'État, dont le Gouverneur est Président d'office, des Com- 
missions scolaires dans les comtés, nommées par le Gou- 
verneur, et, dans les circonscriptions, des Administrateurs 
nommés par les Commissions des Comtés. En 1900, l'Assem- 
blée générale du Maryland créa la charge de « Superin- 
tendent of Public Instruction » et donna au Gouverneur 
la prérogative d'en nommer le titulaire. 

La loi scolaire oblige les Commissions des Comtés à éta- 
blir au moins une école communale dans chaque circons- 
cription électorale, pour la jeunesse nègre de six à vingt 
ans. Ces écoles seront gratuites et la durée de l'année sco- 
laire y sera la même que dans les autres écoles com- 
munales du même comté. Cette loi n'est pas applicable 
quand le nombre d'élèves n'atteint pas dix (1). 

(1) L'jis scolaires, 1898, section 96. « Les membres du Comité 

10 



1 



146 l'instruction des nègres 

En outre, les écoles nègres seront assuifiUies aux mêmes 
règlements et auront les mêmes programmes d'études que 
les écoles de blancs (i). 

Le montant global des impôts scolaires versés par les 
nègres, auquel on devra ajouter les donations, servira à 
l'entretien des écoles nègres. 

Les conseils d'administration des comtés étaient auto- 
risés à augmenter cette somme, mais ils n'usaient que 
rarement de ce droit. En outre, ils réservaient aux enfants 
blancs les fonds publics, bien que ceux-ci fussent calculés 
d'après le nombre total des habitants, blancs et nègres. 

Le tableau suivant montre l'emploi des fonds scolaires 
en 1871 (2) : 

Habitants de race blanche (de tout âgej. . . 605.497 

Habitants de race noire — ... 175.391 

Frais pour les écoles des blancs. . . $ 722.500 29 

Frais pour les écoles des nègres. . . 4.611 40 

En 1899 : 

Habitants blancs de 5 à 20 ans 318.052 

Habitants nègres de 5 à 20 ans 84.946 

Somme distribuée aux écoles de blancs. $ 2.945.464 29 

— — nègres. 330.718 10 



devront établir une ou plusieurs écoles communales dans chaque 
district électoral, pour tous les enfants et jeunes gens de couleur 
depuis l'âge de cinq ans jusqu'à l'âge de vingt ans, lesquelles écoles 
seront gratuites et seront ouvertes aussi longtemps que les autres 
écoles communales du comté, à condition que la population scolaire 
ne soit pas inférieure à dix élèves en moyenne pendant deux trimes 
très consécutifs. » 

(1) Ims scolaires, 1898, section 7. « Chaque école pour enfants de cou 
leur sera sous la direction d'un Conseil d'administration spécial dont 
les membres seront nommés par le Comité des écoles du comté. Elle 
sera soumise aux mêmes lois pour ce qui est de son organisation, 
et elle donnera l'instruction dans les mêmes branches que les écoles 
pour enfants blancs. » 

(2) The Negro Common School, pp. 47-48, Atlanta University Publi- 
cations, no 6. 



DANS LES ÉCOLES COMÏkiUNALfes lil 

Les nègres supportent le tiers au moins des frais occa- 
sionnés par leurs écoles communales. La statistique sui- 
vante montre le coût par tête pour Tune et l'autre race. 

Blancs. Nègres. 

1870 $ 6 56 $ 55 

1875 7 32 1 .97 

1880 6 39 2 31 

1885 6 70 2 58 

1890 7 13 3 26 

1895 7 91 3 59 

1898 8 76 4 07 

En ce qui concerne le degré d'instruction de la race 
nègre, le Maryland occupait en 1890 le cinquième rang 
parmi les anciens États esclavagistes. 

1874) 1880 1890 (1900, hommes 

de 21 ans au moins.) 

Illettrés. 69 5 0/0 59 6 0/0 50 1 0/0 40 5 0/0 

Mississipi. — Les fonctionnaires chargés de l'adminis- 
tration des écoles du Mississipi sont un « State Superin- 
tendant », an « State Board » (Conseil général d'adminis- 
tration), des « County Superintendeots » désignés par ce 
Conseil et des « District Trustées. » 

Les écoles sont alimentées par l'impôt de capitation, 
les impôts de TÉtat, ceux des Comtés et les fonds sco- 
laires. 
La loi scolaire de 1890, p. 16, art. 40, dit : 
« Le Conseil d'Administration des écoles a pleins pou- 
voirs pour délimiter ou modifier les circonscriptions sco- 
laires de chaque comté; il devra établir des circonscrip- 
tions séparées pour les deux races. Dans chacune de ces 
circonscriptions, une école devra être ouverte au moins 
pendant la période légale, soit 4 mois de l'année. » 

En 1900, les enfants blancs d'âge à fréquenter les écoles 
{de6 à 20 ans), étaient au nombre de 253,133,, et les noirs 
de 378,923. 



148 l'instruction des nègres 

Blancs. Nègres. 

Instituteurs 4,419 3,033 

Moyenne des traitements . $ 30 49 $ 19 59 

chiffre maximum minimum 

Coût par tête, blancs . . $ 22 25 $ 1 76 

— noirs ... 4 40 082 

Nous extrayons le passage suivant du rapport du Con- 
grès Universitaire d'Atlanta : 

II est incontestable que les nègres entretiennent leurs 
écoles grâce à leurs contributions directes çt à la part qui 
leur est réservée sur les divers revenus scolaires ; en plus 
de cela, ils contribuent dans une grande mesure à l'ins- 
truction des enfants blancs (1). » 

Le « State Superintendent » écrivait en 1899 : 

a Tous les habitants de race blanche du Mississipi 
reconnaîtront que notre instruction publique a été orga- 
nisée avant tout en faveur des enfants blancs ; ce n'est 
qu'incidemment que les enfants noirs en profitent. » 

La moyenne de Tannée scolaire pour les nègres est un 
peu inférieure à 101 journées. 38 0/0 des enfants noirs 
fréquentent Técole. 

Le Mississipi occupait, en 1890, le treizième rang pour 
le degré d'instruction des nègres. 

- 1870 1880 1890 (1900, hommes 

de 21 ans au moins). 

Illettrés 87 0/0 73 2 0/0 60 9 0/0 53 2 0/0 

Missouri. — L'administration comprend un a State 
Superintendent », des a County Supcrintendents », et des 
« District School Trustées » dans chaque circonscription. 
Tous ces fonctionnaires sont élus par le peuple. 

La loi scolaire, art. 8002-8004, dit : 

« 11 sera institué des écoles gratuites réservées aux 
enfants d'origine africaine; dès lors, les enfants blancs ne 

(1) The Negro Common School, pp. 77-78. 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 149 

pourront fréquenter les écoles des nègres, ni les enfants 
noirs celles des blancs, sous peine d'infraction à la loi. 

9 Toutes les fois qu'une circonscription scolaire (School 
District) comptera plus de 14 enfants noirs d'âge à fréquen- 
ter Técole — le dernier recensement en fera foi — le Con- 
seil d'Instruction de ladite circonscription aura à la fois le 
droit et le devoir de faire construire et entretenir une 
école gratuite réservée à ces enfants nègres. La durée de 
l'année scolaire, ainsi que les avantages et les privilèges 
relatifs à l'instruction, seront les mêmes que dans les éta- 
blissements correspondants de blancs dans ces circon- 
scriptions. . 

« Quand le nombre des enfants noirs d'âge à fréquenter 
l'école sera, dans n'importe quelle circonscription, infé- 
rieur à 15 (s'en référer au dernier recensement), ces 
enfants auront le droit de recevoir l'instruction dans toute 
circonscription du comté où un établissement est ouvert 
aux enfants nègres. Le Conseil d'Instruction de ladite cir- 
conscription (School Board of the District), dans laquelle 
sont domiciliés ces enfants nègres, devra prendre sur la 
caisse des instituteurs une somme suffisante pour pour- 
voir aux frais occasionnés par ladite école... » 

Les écoles du Missouri sont entretenues grâce aux impo- 
sitions, amendes, etc , grâce aussi au capital scolaire per- 
manent, qui se monte à douze millions et demi de dollars. 

Les enfants noirs sont traités, selon toute apparence, 
avec la plus scrupuleuse impartialité. Les écoles nègres 
des grandes villes, en particulier de Saint-Louis, Kansas 
City et Jefferson City, sont excellentes. Elles peuvent aisé- 
ment soutenir la comparaison avec les écoles de blancs. 
Le Directeur du « High School » nègre de Kansas City, en 
réponse à une lettre d'enquête, écrit ce qui suit : 

« En ce qui concerne l'établissement que je dirige, je 
puis affirmer qu'il ne le cède en rien aux autres écoles de 
la ville. La durée de Tannée scolaire, la préparation des 



150 l'instruction des nègres 

professeurs (qui sont des nègres) et le chiffre de leurs 
traitements sont les mêmes. L*aménagement est mieux 
compris que dans la plupart des établissements équiva- 
lents pour blancs du Missouri. Dans aucun des collèges 
de la ville, les émoluments des maîtres ne dépendent de 
leur couleur. Tous mes professeurs ont passé par une 
Université. Dans les écoles de KansasCity, les programmes 
préparent fort bien les élèves à la « High School ». Les 
écoles d'arrondissement reçoivent des élèves depuis l'âge 
de six ans. A Kansas City et à Saint-Louis, les « School 
Boards » (Conseils d'Administration des Ecoles) ont des 
tendances libérales et sont disposés à agir loyalement à 
l'égard des maîtres et des élèves nègres. » 

A en juger d'après les réponses faites aux demandes de 
renseignements envoyées aux circonscriptions rurales, les 
écoles nègres, le plus souvent, sont moins bien aménagées, 
et les maîtres nègres moins bien rétribués. La durée de 
l'année scolaire, cependant, est la même pour les deux 
races, soit en moyenne de iM journées. La proportion 
des enfants noirs fréquentant l'école n'est que de 28 0/0. 
Le Missouri occupait en 1890 le deuxième rang en ce qui 
concerne le degré d'instruction des nègres. 

1870 1880 1890 (1900, hommes de 2! ans 

au moins.) 

Illettrés 72 7 0/0 53 9 0/0 41 7 0/0 31 9 0/0 

Caroline du Nord. — Les écoles de la Caroline du Nord 
sont placées sous le contrôle d'un « State Superinten- 
dent », de « County Superintendents », nommés par les 
fonctionnaires du comté, d'un Conseil général d'Instruc- 
tion, et de « County School Boards ». 

Conformément à la Constitution de la Caroline du Nord, 
il est établi un système d'instruction publique et gra- 
tuite pour la jeunesse de six à vingt et un ans. Les enfants 
des deux races reçoivent l'instruction dans des écoles 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 151 

séparées saas que l'une de ces races soit favorisée au détri- 
ment de Tautre (1). 

Les écoles sont entretenues grâce à un impôt de capita- 
tion générale» à l'impôt foncier, aux droits locaux, aux 
amendes, aux confiscations, aux droits prélevés sur les 
boissons alcoolisées, et à des sources de moindre impor- 
tance. 

Recensement de la jeunesse des écoles (de 6 à 21 ans) (2) : 
Blancs Nègres Total 

4899 408.787 198.600 607.387 

1900 439.431 220.198 659.629 

In«-crits dans le^ écoles : 

4899 263.217 127.399 390.616 

1900 270.447 130.005 400.452 

Année scolaire moyenne en journées : 

1899 70 journées 64 journées. 

1900 73 — . 65 journées. 

Traitement moyen des instituteurs et des institutrices : 

1900, instituteurs blancs $ 26 18 

— institutrices blanches .... 23 41 

— instituteurs nègres 21 14 

— institutrices nègres * 19 82 

Montant des biens appartenant aux écoles commu- 
nales : 

1900, blancs 8 839.269 00 

— nègres 258.295 00 



Total. . . . $ 1.097.564 00 



(1) Lois scolaires^ 1897, section 2,550. « Les « Commissioners of 
Schools » établiront et fixeront dans les districts des écoles pour la 
race blanche et des écoles pour la race nègre. » 

(2) Cf. Educational Report of North Çarolina, 1899-1900, pp. 154- 
163. 



1 



152 l'instruction des nègres 

Coût par tête de Tinstruction des enfants des écoles 

(de 5 à 18 ans) : 

Blanc Nègre 

1875 $0 74 $-0 53 

1880 79 66 

1885 1 16 1 12 

1890 118 99 

1895 1 28 I 02 

1898 1 17 1 03 

La Caroline du Nord occupait, en 1890, le douzième rang 
pour le degré d'instruction des nègres : 

1870 1880 1890 (1900. hommes 

de 21 ans au moins.) 

Illettrés. 84 8 0^0 77 4 0/0 60 1 0/0* 53 1 0/0 

Caroline du Sud. — Les -fonctionnaires comprennent un 
« State Superintendent », élu ; des « County Superinten- 
dents », élus; « des County Boards of Education » (Con- 
seils d'Instruction des Comtés), dont les membres sont 
nommés, et des « District Trustées. » 

La coéducation des enfants noirs et des blancs est inter- 
dite (1). 

Les écoles sont entretenues grâce à Timpôt de capi- 
tation, à TimpAt foncier, à la taxe particulière du comté, 
aux amendes, aux droits sur les liqueurs, et à diverses 
autres sources. 

Traitement annuel moyen des instituteurs (^2). 

1899 1900 1901 

Blancs. ... $ 155 78 $ 177 36 $ 188 91 

Nègres ... 7t) 03 8068 8030 

(1) Constitution, 1895. a L'Assemblée générale établira un système 
d'écoles publiques gratuites pour tous les enfants de six à vingt et 
un ans. » 

Ibid. « Il y aura des écoles distinctes pour les enfants de race 
blanche et de couleur, et aucun enfant de Tune ou l'autre race ne 
pourra fréquenter une école faite pour les enfants de l'autre race. » 

(2) Cf. «33 d. Annual Report of the State Superintendent of Educa- 
tion of South Carolina », 1901, pp. 9-15. 



DANS LES ÉCOLES. COMMUNALES 153 

Dans le comté de Chesterfield, le traitement annuel 
moyen des instituteurs nègres était, en 1901, de $ 47 24. 

Durée de Tannée scolaire, en semaines : 

Durée moyenne pour les diffé- 



rents comtés. 


1899 ■ 


1900 


1901 


Écoles pour les blancs . 


. 19 24 


20 54 


21 17 


— nègres . 


. 14 52 


15 22 


14 12 


Nombre d'enfants, 
5-20 ans, 1900. 


Inscrits 




Assiduité 


Blancs . .218.3-23 


58 0/0 




43 0/0 


Nègres . 342.430 


46 0/0 




33 0/0 


Total. . 560.773 


50 0/0 




37 0/0 



Le « State Superintendent » fait observer ce qui suit : 
ft Si nous prenons en considération le nombre des élèves 
des collèges et des établissements privés^ et celui des jeunes 
gens des deux sexes de plus de 16 ans, nous reconnaîtrons 
avec effroi qu'une forte proportion de jeunes gens ne fré- 
quentent pas Técole. Sans doute, la plupart suivent des 
ciasses pendant un laps de temps très court, parfois pen- 
dant une ou deux années. Mais cet état de choses ne sau- 
rait être toléré indéfiniment. Il est grand temps de songer 
à la nécessité d'une loi établissant Tinstruction obligatoire. 
L'État ne peut permettre que ses enfants grandissent dans 
l'ignorance. Si les parents ne comprennent pas leurs 
devoirs, c'est à l'État d'agir avec intelligence et con- 
science, en prenant sous sa protection ces malheureux en- 
fants, et en sauvegardant ainsi la collectivité sociale (1). » 

Le compte rendu annuel du « Superintendent of Public 
Instruction (2) «nous apprend que les frais d'entretien des 
écoles nègres, fréquentées par 155,602 élèves, se mon- 
taient à $ 202,171, autrement dit un peu moins de $ 1,30 



(1) 33 (1. Annual Report of the State Superintendent of Education 
of the State of South Carolina, 1901, p. 14. 

(2) Cf. Atlanta Constitution^ décembre 26, 1900. 



154 l'instruction des nègres 

par élève pour Tannée scolaire. Les dépenses des écoles 
blanches s'élevaient à $ 700,540, et ces écoles étaient 
fréquentées par 126,395 élèves, d'où il résultait que cha- 
que élève coûtait $ 5,54. 

Des demandes d'informations ont été envoyées à diffé- 
rents maîtres en matière d'éducation. La réponse que 
nous rapportons ici peut être considérée comme typique. 

« En réponse à votre lettre du mois d'avril, je puis vous 
dire que l'école de X... (école nègre) dépend de l'organisa- 
tion générale de l'instruction dans cette ville. Le corps 
enseignant comprend quatorze professeurs, qui ont 
chacun près de cent élèves. L'édifice est en fort mauvais 
état ; en effet, il a été construit il y a environ trente ans 
par les soins du Freedmen's Bureau, et n'a jamais reçu de 
réparation sérieuse. Les fournitures scolaires sont insuffi- 
santes, pour ne pas dire nulles; la bibliothèque ne compte 
que 150 volumes. L'établissement ne possède pas de pupi- 
tres construits selon les règles modernes ; ceux que 
nous avons sont fort anciens, rudimentaires et non ver- 
nissés. » 

(En réponse à des questions d'ordre général, le signa- 
taire ajoute : ) 

« L'année scolaire est ordinairement la même pour les 
blancs et les noirs. L'on peut dire que la plupart du 
temps, une école nègre se réduit à un local contenant des 
bancs; ces locaux sont d'ailleurs misérables. Le traitement 
des maîtres blancs est plus élevé que celui des noirs; il ar- 
rive qu'il est trois fois supérieur. Certains instituteurs nè- 
gres de cet État ne reçoivent que $ 10 par mois. L'année 
scolaire, dans ces conditions, n'est que de trois mois. » 

La Caroline du Sud occupait, en 1890, le quatorzième 
rang pour le degré d'instruction des nègres. 

(1900, hommes 
1870 1880 1890 de 21 ans au moins.) 

Illettrés 81 71 0/0 78 5 0/0 64 1 0/0 54 7 0/0 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES t55 

Tennessee. — L'administralion des écoles communales 
du Tennessee est confiée à des « State and County Superin- 
tendents », et à des « School Trustées », désignés ou 
élus. 

L'instruction publique est gratuite, et accordée à tout 
mineur de six à vingt ans ayant sa résidence dans la cir- 
conscription scolaire, et exceptionnellement à des jeunes 
gens d'une autre circonscription. En ce qui concerne ces 
derniers, des conditions particulières leur sont faites par 
les chefs d'établissements de ladite circonscri]>lioA. En 
aucun cas, les blancs et les noirs ne reçoivent l'enseigne- 
ment dans les mêmes écoles. Comme dans les autres États, 
la loi veut que les établissements nègres correspondent 
aux institutions pour les blancs au point de vue de l'admi- 
nistration et du niveau des études (1). 

Les revenus des écoles se composent de l'impôt de 
capitation, de l'impôt foncier d'un mill et demi par dol- 
lar, du fonds scolaire permanent, de taxes locales et d'au- 
tres sources diverses. 

Le rapport de 1900 donne les chiffres suivants : 

Blancs Nègres 

Jeunesse des écoles, 5-20 ans . .. 589.451 190.925 

Maîtres 7.203 1.834 

Écoles 6.287 1.667 

Les noirs supportent la moitié environ des charges 

inhérentes à leur instruction. la proportion des nègres 

qui fréquentent assidûment l'école est de 40 0/0. 

Nous avons pris des informations dans les circonscrip- 

* tions rurales. Les locaux et l'aménagement des écoles nè- 

(1) Lois scolaires, 1893, section 1. « 11 sera établi et entretenu dans 
cet État un système uniforme d'écoles publiques. » 

Ibid,f p. 23. « Aucune clause de cette loi ne pourra être interprétée 
de telle façon qu'on puisse autoriser ou tolérer des écoles mixtes 
pour la population blanche et de couleur; il y aura des écoles (Ji^- 
tinctes, comme le veut la loi. >» 



1 



156 l'instruction des nègres 

grès ne peuvent être comparés à ceux des écoles de blancs. 
Le traitement des instituteurs noirs est de beaucoup infé- 
rieur à celui des blancs. Les écoles nègres des grands 
centres peuvent, au contraire, fort bien soutenir la compa- 
raison avec les écoles de blancs. Celles de Memphis et de 
Nashville, en particulier, sont excellentes; les professeurs 
nègres qui y enseignent sont fort capables et bien rétribués. 

Dans le Tennessee, Tannée scolaire moyenne est de 89 
journées. 

Cet^Élat occupait, en 1890, le dixième rang pour le de- 
gré d'instruction des nègres. 

1870 1880 1890 (1900, hommes 

de 21 ans au moiDS.) 

Illettrés. 84 4 0/0 74 7 0/0 54 2 0/0 47 6 0/0 

Texas. — Les fonctionnaires placés à la tète de Tadmi- 
nistralion scolaire comprennent un « State Superin ten- 
dent», élu, des« CountySuperintendents»,élus, un Conseil 
général d'instruction, et des « Trustées », élus dans chaque 
circonscription. 

D'après la loi scolaire, des écoles distinctes sont créées 
pour les blancs et les noirs et elles doivent être égales à 
tous les points de vue (1). 

Les écoles sont entretenues grâce à des taxes variant 
d'une commune à une autre, grâce surtout aux revenus de 
la caisse scolaire du Texas (2). Ces revenus se montaient en 

(1) Lots scolaires^ 1899, section 16. « Il y aura des écoles distinctes 
pour les enfants de race blanche et de couleur; et dans aucun cas 
aucune école fréquentée à la fois par des enfants blancs et de 
couleur ne sera subventionnée sur les fonds consacrés aux écoles 
publiques. > 

Iderrii section 13. « Tous les fonds disponibles qui doivent être 
consacrés aux écoles publiques de cet État seront employés égale- 
ment aux écoles publiques, dans chaque comté, pour l'instruction des 
enfants blancs et de couleur, et les deux races seront traitées impar- 
tialement. M 

(2) The Negro Common School, pp. 83-84; Atlanta University Pu- 
blications^ n*» 6. 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 157 

1900 à $3^703,794,82. Les contribuables blancs supportent 
à peine un cinquième des frais d'entretien des écoles nègres. 
Le traitement moyen des instituteurs du Texas était en 
1900 de: 

Blancs . . , , $ 270 70 

Nègres 218 72 

En 1900, les établissements étaient au nombre de: 

Blancs 6,607 

Nègres 1,415 

Année scolaire moyenne: 

Pour les blancs 5 50 mois 

Pour les nègres 5 03 mois 

Le nombre d'élèves blancs et d'élèves noirs, dont l'âge 
variait entre 5 et 20 ans, était en 1900: 

Blancs 955,906, soit 78 6 0/0 

Nègres 259,491, soit 21 4 0/0 

30 8 0/0 environ des enfants nègres vont régulièrement 
en classe. 

D'une enquête faite dans les circonscriptions rurales, il 
résulte que les écoles nègres sont de beaucoup inférieures 
aux écoles de blancs sous le rapport de l'aménagement,' 
des locaux et du traitement accordé aux instituteurs. Dans 
les villes, au contraire, des dispositions nombreuses ont 
été prises en vue de l'instruction des nègres. A Galveston 
età Austin, les écoles sont remaïquables et peuvent avan- 
tageusement soutenir la comparaison avec celles des 
blancs. 

Le Texas occupait, en 1890, le septième rang parmi les 
États esclavagistes pour le degré d'instruction des nègres. 

1870 1880 1890 (1900, hommes 

de 21 ans au moins.) 

Illettrés. 88 7 0/0 75 4 0/0 52 5 45 1 0/0 

Virginie, — L'administration des écoles communales de 



158 l'instruction des nègres 

Virginie est confiée à un v State Superintendent », élu par 
les deux Chambres législatives de l'État, à des « Counly 
Superintendents », à un « Slate Board of Éducation », à des 
« County School Boards », à des « School Trustées », et à 
des « Sub-Dislnct Trustées. » 

L'instruction publique et gratuite est accordée à tous les 
mineurs de cinq à vingt ^ un ans résidant dans la cir- 
conscription scolaire. Une condition absolue est que les 
blancs et les noirs ne fréquentent pas les mêmes écoles et 
que les élablissements de nègres et de blaocs se valent au 
point de vue de l'administration et du niveau géaéral des 
études (1). 

Les écoles sont entretenues grâce à l'impôt de capita- 
tion, aux amendes, à une subvention de l'Etat, variant entre 
un et cinq mills par dollar et prise sur l'impôt foncier, aux 
revenus des biens nationaux accordés à l'État par le Con- 
grès, aux propriétés confisquées, aux taxes spéciales à 
chaque commune, et à d'autres sources de moindre impor- 
tance. Si nous ajoutons la part des fonds de l'État à la- 
quelle les nègres ont droit en tant que citoyens, il est à 
supposer que leur instruction n'est pas une lourde chargo 
pour les contribuables blancs, si tant est que c'en soit une. 

Le passage suivant, qui compare les écoles des deux 
races, est extrait d'une réponse à une demande de rensei- 
gnements. 

« La durée de l'année scolaire dans les écoles urbaines 
est de 9 mois. La préparation au certificat primaire et 
au certificat secondaire exige 8 années; les études à la 
cf High School » durent 2 ans. L'école de la ville comprend 
différentes classes; il en est de même dans toutes les villes 
de la Virginie. Les écoles rurales ne sont ouvertes que cinq 

(1) Lois scolaires, 1892, section 77. « L'instruction ne sera pas 
donnée aux blancs et aux gens de couleur dans les mêmes écoles, 
mais dans des écoles distinctes, d'après les mêmes règlements géné- 
raux en ce qui concerne l'organisation, l'utilité et les résultats. » 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 159 

mois par an. Elles ne comprennent pas de classes sépa- 
rées. Un seul maître y est attaché et dirige généralement 
de 75 à 100 enfants. 

« L'année scolaire, dans cet État, est de même durée 
pour les écoles nègres que pour les écoles des blancs, mais 
ces dernières ont sur les autres une supériorité incontesta- 
ble au point de vue de leur aménagement, du degré de 
culture des maîtres, des traitements, etc. Dans les écoles 
des villes, les instituteurs de race blanche reçoivent deux 
fois autant que leurs confrères de race noire. Un directeur 
d école de race blanche touche de $ 75 à $ 150 par mois; 
le même fonctionnaire, s'il est nègre, ne touche que $ 35 à 
$ 75 ou en moyenne 40. Les maîtres blancs sont payés 
entre $ 40 et $ 100, les noirs entre $ 20 et $ 40. Dans les 
circonscriptions rurales, les instituteurs nègres touchent 
de $ 15 à $ 25. Il est bien rare que cette somme soit dépas- 
sée. Aucune comparaison n'est possible sous le rapport 
des locaux et du matériel scolaire. Cependant, un petit 
nombre d'établissements possèdent unaménagement suffi- 
sant. Dans les circonscriptions rurales, les connaissances 
les plus élémentaires font complètement défaut aux insti- 
tuteurs. » 

En 1899, les élèves blancs inscrits dans les écoles com- 
munales de Virginie étaient au nombre de 241,690; les 
élèves nègres étaient 117,129. La somme dépensée pour le 
traitement des instituteurs blancs était de $ 1,146,007 45, 
pour les instituteurs nègres de $ 307,616 19. 

25 0/0 des enfants noirs de la Virginie suivent réguliè- 
rement les classes. 

La Virginie occupait, en 1890, le huitième rang parmi 
les États esclavagistes pour le degré d'instruction des 
nègres. 

1870 1880 1890 (1900, hommes 

de 21 ans au moins.) 

Illettrés 88 9 0/0 73 2 0/0 52 7 0/0 52 5 0/0 




L^INSTRUdTION DES NEGRES 

Virginie Occidentale. — Les fonctionnaires chargés des 
affaires scolaires se composent d'un « State Superioten- 
dent » et de « County Superintendents )>. Il y a aussi des 
« District Boards of Education », et il peut y avoir des « Sub- 
District Trustées. » La loi scolaire dit ce qui suit : 

« Les personnes blanches et de couleur ne recevront pas 
Tinstruction dans les mêmes écoles; mais pour procurer 
aux enfants de couleur le bénéfice de renseignement gra- 
tuit dans les écoles, ce sera le devoir des administrateurs 
de toute sous-circonscription d'y établir une ou plusieurs 
écoles primaires pour personnes de couleur de six à vingt 
et un ans, toutes les fois que le nombre de ces personnes 
y résidant et de Tâge mentionné sera supérieur à quinze, 
suivant le recensement fait pour les écoles. Les adminis- 
trateurs de deux sous-circonscriptions ou davantage, que 
ce soit dans la même circonscription ou comté ou dans 
des circonscriptions ou comtés limitrophes, pourront, par 
arrangement entre eux, se joindre pour établir une école 
primaire pour les enfants de couleur résidant dans ces 
sous-circonscriptions, et les écoles ainsi établies seront 
soumises aux mêmes règlements que les écoles pour 
enfants blancs. » 

En 1897, la Virginie Occidentale promulgua une loi qui 
obligeait tous les enfants de six à quatorze ans à fréquenter 
l'école durant au moins 16 semaines par an. 

Les revenus scolaires comprennent l'impôt de capita- 
tion, les impositions levées sur les associations, un fonds 
appartenant à TEtat, des taxes spéciales aux différentes 
localités, et la rente des propriétés vendues pour non- 
paiement des impôts. 

En 1900, la jeunesse d'âge à fréquenter des écoles comp- 
tait 14,823 enfants nègres, soit 4 0/0 du nombre total d'en- 
fants blancs et noirs. Sur ce nombre, la moitié des enfants 
noirs fréquentaient l'école 111 jours par année. 

La Virginie Occidentale occupait en 1890 le troisième 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES l6l 

rang en ce qui concerne le degré d'instruction des nègres : 

1810 1880 1890 (1900, hommes 

de 21 ans au moins.) 

Illettrés. 77 4 0/0 55 0/0 44 4 0/0 37 7 0/0 

District de Colombie. — Jusqu'en 1900, Ton a maintenu 
un « Superintendent » pour les écoles de blancs et un 
« Superintendent » pour les écoles de nègres. Ces fonction- 
naires étaient nommés par les « Commissioners » du Dis- 
trict. A présent, il n'y a plus qu'un a Superintendent», 
mais il a deux assistants dont l'un est chargé des écoles 
nègres. 

Le Gouvernement fédéral supporte la moitié des frais 
d'entretien des écoles publiques. 

CoiU par tête de l'enseignement donné aux enfants des 

écoles : 

Blancs. Nègres. 

1875 $ 4 90 $ 4 85 

1880 10 34 6 77 

1885 9 91 7 02 

1890 9 78 6 95 

1895 . . • 11 24 7 75 

1898 ......... 1482 1064 

Le coût total des écoles était en 1899 : 

Pour les écoles de blancs .... $ 728.652 40 
Pour les écoles de nègres .... 273.186 36 

En 1900 : 

Contingent blanc (de 5 à 20 ans). 51.212 

Contingent nègre (de 5 à 20 ans). 26.046 

Tableau comparé de l'ignorance des nègres: 

1870 1880 1890 (1900, hommes 

de 21 ans au moins.) 

Illettrés, 70 5 0/0 48 4 0/0 35 0/0 26 1 0/0 

11 



1 



162 l'instruction des nègres 

Contingent total des écoles nègres dans les États-Unis. 









& è 
a 




Pourcen- 
tage 


Années. 


Contingent. 


Inscrits. 


S -s 


Assiduité. 


.des 
assidus. 


1877 


1.513.065 


571.506 






1878 


1.578.930 


675.150 








1879 


1.668.410 


685.942 








1880 


1.803.275 


784.709 








1881 


1.929.187 


802.372 








1882-83 . . . 


1.944.572 


802.982 








1883-84... 












1884-83. . . . 


2.043.696 


1.030.463 


50 42 






1883-86.... 


2.020.219 


1.048,659 


55 80 






1886-87.... 


2.222.611 


1.118.556 


50 32 






1887-88. . . . 


2.264.344 


1.140.405 


50 36 






1888-89.... 




1.213.092 






62 30 


1889 90. . . . 




1.289.944 






62 40 


1890-91.... 


2.543.936 


1.3-24.937 


52 08 




62 14 


1891-92. . . . 


2.590.851 


1.352. 816 


o2 21 






1892-93. . . . 


2.630.331 


1.367.828 


52 00 






1893-94.... 


2.702.410 


1.424.995 


52 72 




69 07 


1894-95.... 


2.723.720 


1.441.282 


52 92 


856.312 


59 41 


1893 96. . . . 


2.794.290 


1.429.713 


51 16 


886.994 


62 04 


1896 97.... 


2.816.340 


1.460.084 


5184 


904.505 


6195 


1897-98.... 


2.844.570 


1.506.742 


52 97 


916.883 


60 85 


189899. . . . 


2.912.910 


1.511.618 


5189 


969.011 


6410 



Le D^ Du Bois fait ce§ remarques : 

« Somme toute, le tiers des enfants nègres d'âge à fré- 
quenter Técole suivent les classes pendant la durée de 
l'année scolaire, qui souvent n'atteint pas cinq mois. 
Il faudrait donc aux enfants nègres cinq fois plus 
d'instruction qu'ils n'en reçoivent actuellement. Cet' état 
de choses ne saurait changer si deux conditions néces- 
saires ne sont remplies : de meilleures écoles et l'instruc- 
tion obligatoire. » 

Les données précédentes mettent en lumière les grandes 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 163 

lacunes de rorganisation des écoles nègres dans le Sud, 
Ces lacunes, dues pour la plupart à des circonstances iné- 
vitables, expliquent Tignoranee effrayante et Tintelligence 
fruste du peuple nègre. Il est évidemment impossible 
de contribuer efficacement au progrès intellectuel des 
enfants noirs, tant que la durée de leurs études se réduit 
à trois ou au plus cinq mois par an; tant qu'ils n'ont à 
leur disposition qu'une école délabrée, dépourvue du 
matériel scolaire élémentaire, et qu'ils sont confiés à 
un maître surmené, mal payé, et mal préparé à ses fonc- 
tions. 

Ces conditions déplorables n'existent pas, à vrai dire, 
dans les grandes villes, mais rappelons-nous que la majo- 
rité des nègres est répartie dans les districts ruraux et les 
villages de peu d'importance, et que les mesures destinées 
à faciliter aux enfants l'accès de l'école y sont insuffisantes 
ou nulles. Un rapport présenté il y a quelques années par 
un « State Superin tendent of Public Instruction » établis- 
sait que les écoles rurales étaient si mal construites qu'elles 
n'étaient utilisables qu'au printemps et en été. 

Dans un article au sujet des écoles communales de 
nègres dans les « Gulf States » (États baignés par le golfe 
du Mexique), M. Booker T. Washington dit : 

« Dans mes voyages à travers les districts ruraux du 
Sud^ il m'est arrivé plus d'une fois de voir en hiver des 
feux allumés devant les écoles. Maîtres et élèves venaient 
s'y réchauffer en sortant de la maison glacée. Il est facile, 
dans de telles conditions, d'imaginer la pauvreté du maté- 
riel scolaire. » 

Il est absolument reconnu que le nègre est un facteur 
primordial du progrès de l'agriculture dans les États du 
Sud. Si des écoles convenables ne sont pas mises à la dis- 
position des enfants noirs, les nègres imiteront leurs voi- 
sins de race blanche en émigrant de la campagne, où ils 
sont nécessaires, vers les villes déjà encombrées. Il est 



164 l/iNSTRUCTION DES NÈGRES 

temps que l'on comprenne ce principe élémentaire, à sa- 
voir que Técole communale gratuite n'est pas un établisse- 
ment de bienfaisance créé par la libéralité des riches, mais 
qu'elle est un devoir social ; tout enfant de la nation y a 
droit; elle est aussi la meilleure sauvegarde de la société. 
Une erreur très répandue veut que toute culture, si rudi- 
mentaire soit-elle, rende le nègre mécontent et le prédis- 
pose au crime. Cet argument n'est pas nouveau ; il a tou- 
jours été mis en avant par les adversaires de l'instruction 
en général. Mais les faits, tels que nous les montrent des 
statistiques incontestables, prouvent que l'instruction, loin 
d'être nuisible aux nègres, a réduit leur criminalité, et en 
a fait des artisans pliis capables. 11 est en effet évident 
qu'il faut chercher la solution du problème industriel des 
États du Sud dans les écoles communales nègres. La plu- 
part des crimes sont commis par des noirs illettrés ; on peut 
aisément déduire de là qu'il serait préférable d'augmenter 
les dépenses pour les écoles publiques, plutôt que de payer 
les frais d'entretien beaucoup plus considérables que 
nécessitent les tribunaux et les prisons. Cependant, parmi 
les criminels, la proportion des nègres est encore si forle 
que tous ceux qui s'opposent à leur instruction décrient 
les écoles publiques, et ne songent pas à prendre des 
mesures en vue du relèvement intellectuel de la jeunesse 
noire. En différentes régions. Ton tend à diminuer les 
avantages scolaires, déjà insuffisants, sous prétexte de 
faire profiter les nègres d'un apprentissage dans lesmétiers 
manuels. Au fond, l'homme blanc veut inconsciemment 
ramener le nègre à l'état d'esclave, tout en lui laissant une 
liberté illusoire. Il y a quelques années, les écoles primai- 
res supérieures de nègres (grammar schools) de la Nou- 
velle Orléans furent supprimées ; on ne laissa subsister 
que cinq classes, représentant cinq années d'études. Ainsi, 
en fait, les portes de l'école se fermaient devant l'enfant de 
plus de onze an^. L'on donna pour excuse officielle que 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 165 

les classes supérieures ne comptaient pas suffisamment 
d'élèves, et que les professeurs étaient requis pour satis- 
faire aux besoins des écoles élémentaires encombrées. L'on 
invita ceux des jeunes gens qui étaient (Jésireux de pour- 
suivre leurs études à entrer dans des écoles privées prépa- 
rant aux Universités nègres de la ville, soutenues par des 
sociétés particulières. En revanche, on promettait d'en- 
seigner aux nègres le dessin h main levée, le dessin indus- 
triel, et des métiers manuels, dans les classes élémentaires. 
Un an après la fermeture des « grammar schools », les 
nègres tinrent une grande réunion et exposèrent dans un 
mémoire les griefs suivants: « Les compensations qu'on 
nous a promises lors de la suppression des classes pri- ' 
maires supérieures (grammar schools) ne nous ont pas été 
accordées. Les cours de dessin industriel et de travaux 
manuels n'ont pas été institués; on s'était attendu, lors du 
transport des professeurs aux classes élémentaires, à voir 
ces classes augmenter considérablement leur contingent 
d'élèves; ces prévisions n'ont pas été justifiées. Au con- 
traire, dans les établissements dont les classes supérieures 
ont été supprimées, on constate une diminution totale de 
plus de 400 élèves. En fin de compte, un petit nombre 
seulement d'élèves, appartenant aux classes depuis sup- 
primées, ont pu entrer dans les écoles préparatoires des 
Universités nègres. » 

Les noirs demandaient avec raison que l'on rétablît la 
6* et la 7e années dans celles des écoles où le nombre des 
élèves justifiait un maître supplémentaire, ainsi que dans 
les écoles situées au centre de la ville. Cette mesure contre 
les enfants des citoyens nègres fait naître en effet dans la 
race un sentiment d'injustice peu favorable à l'union. 

Dans le Times de Richmond (Virginie) parut, en octobre 
1900, un article de M. le professeur R. H. Dabney,de l'Uni- 
versité de Virginie. Cet article exprimait l'opinion de ceux 
qui veulent enlever aux nègres les avantages de l'instruc- 



! 



166 l'instruction des nègres 

tion. Si Ton ferme les écoles, c'est, dit-il, parce qu'elles 
rendent' les noirs aptes à faire concurrence aux blancs, en 
même temps qu'elles leur confèrent le droit de voter. | 

Nous citons la conclusion du professeur Dabney, car elle 
résume les opinions des adversaires de l'instruction des 
nègres : 

« 1° Le préjugé de race est répandu sur tout le globe; 
il est vieux comme le monde; il se manifeste surtout entre 
les Anglo-Saxons et les Africains, à cause des grandes diffé- | 

renées physiques; ce préjugé s'opposera certainement à la 
fusion ultérieure des races par le mariage. | 

« 2° Le préjugé de race — l'histoire en fournit despreu- | 

ves nombreuses — se change fatalement en une haine I 

mortelle si les races entrent en rivalité sur les terrains 
économique, social ou politique. Il en est de même si | 

l'une des deux races, grâce à sa criminalité ou à son inca- ! 

pacité, devient pour l'autre une pierre d'achoppement. ] 

« Telles sont les prémisses. Quelles déductions faut-il 
en tirer? Évidemment les suivantes : Toute mesure légale 
devra être prise pour supprimer n'importe quelle cause de 
concurrence sur les terrains économique, social et politi- 
que. Les nègres devront être privés en masse du droit de 
vote par ces mesures : tout* électeur nègre doit payer | 

l'impôt et justifier d'une certaine instruction. Les blancs 
devront cesser d'entretenir les écoles gratuites nègres, et j 

cela pour deux raisons: premièrement parce que ces écoles 
préparent les nègres à obtenir le droit de suffrage, et der- i 

nièrement parce qu'elles rendent les noirs tantôt fainéants 
et dépravés, tantôt, au contraire, capables de rivaliser 
avec les blancs dans des carrières que ceux-ci veulent se 
réserver. » 

Une excellente réfutation des arguments du profes- 
seur Dabney fut présentée dans le même journal par 
le professeur C. E. Vawter, Directeur du « Miller Ma- 
nuel Labor School », à Grozet, en Virginie. Cet établisse- 



DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 167 

ment est destiné aux blancs indigents. L'auteur affirme 
que les crimes commis par les nègres sont dus en graude 
partie au manque total de culture ou aune instruction mal 
dirigée; il soutient que le remède ne saurait consister à 
supprimer les écoles, mais à les rendre telles qu'elles doi- 
vent être... Aucun État ne peut continuer pendant long- 
temps à donner l'éducation et l'instruction à une classe 
seulement de citoyens, et à se désintéresser d'une foule 
d'hommes qu'il laisse sans éducation, sans culture, sans 
aucun contrôle. Ils iront encombrer les prisons et les péni- 
lentiers, et, en fin de compte, coûteront beaucoup plus 
que leurs écoles. 

Au lieu d'abréger les études des nègres, il importe de les 
prolonger. Il est facile de comprendre qije s'il faut aux 
enfants blancs de longues années d'études pour devenir 
des citoyens intelligents et respectueux de la loi, l'on 
devra consacrer plus de temps encore à l'éducation des 
nègres. De plus, l'enfant de race blanche est soumis de tous 
côtés à des influences civilisatrices qui continuent l'œu- 
vre de l'école; elles font généralement défaut aux nègres à 
l'heure actuelle. Il est vrai de dire qu'il existe bon nombre 
de familles nègres éclairées qui complètent heureusement 
l'éducation scolaire ; néanmoins les parents sont encore 
pour la plupart illettrés, superstitieux, et incapables d'ap- 
porter leur concours au maître dans sa tâche moralisatrice 
et éducatrice. Le milieu ambiant est, de plus, funeste à la 
jeunesse nègre ; elle subit la promiscuité des individus les 
plus dépravés et les plus ignorants de la race blanche. S'il 
lui est loisible de se familiariser avec la civilisation 
aryenne, ce ne peut-être que par les livres, et non par son 
expérience personnelle. Mille moyens de formation intel- 
lectuelle lui sont interdits. Les bibliothèques, les confé- 
rences publiques, les concerts, les salles de lecture, ces 
puissants adjuvants de la civilisation intellectuelle et mo- 
rale des blancs, ne sont pas ouverts aux noirs. Si parfoiè il 



168 l'instruction des nègres 

leur est permis d'y pénétrer, on les soumet à des condi- 
tions humiliantes; dans les théâtres et les églises, on leur 
assigne les places les plus mauvaises, d'où ils ne peuveal 
rien voir ni rien entendre. Dans ces conditions, l'école 
devrait faire pour les nègres plus que pour les blancs. Elle 
devrait leur donner une instruction équivalente, combler 
les lacunes de l'éducation de la famille, et compenser les 
préjudices causés par leur entourage pernicieux. 

Coéducation. — D'aucuns ont allégué avec beaucoup 
de bon sens eo a ppareiLc e que la coéducation des deux 
races donnerait des résultats meilleurs. Les partisans de 
cette théorie soutiennent que les frais d'entretien des 
écoles diiQinueraient de façon appréciable, que le niveau 
intellectuel des nègres serait r ehaussé par l'influence heu- 
reuse des enfants blancs plus favorisés qu'eux, et que 
ceux-ci de leur côté gagneraient en tolérance et en sym- 
pathie, et perdraient ce préjugé insensé qui les porte à 
mépri ser également les membres cultivés ou dégradés de 
la race inférieure. De plus, dans certains districts ruraux, 
la création de deux écoles est impossible ; il en résultegue 
1 ^ deu x races y sont s ouven t privé es des bienfaits de 
l'instruction. Quelles que soient les opinions é^niges à ce 
sujet, il est absolument certain que là coéducation ne se- 
rait pas tolérée par les blancs. Leurs sentiments à cet 
égard sont nettement exprimés par un pédagogue émi- 
nent de race blanche, et appartenant à un État du Sud. A 
la suite d'une enquête, il donne son opinion en ces termes : 
« Mon œuvre d'éducation est bien connue. J'ai consacré ma 
vieàdes ouvrages d'éducation. Jesuis convaincu des mauju 
que feraient naître les écoles mixtes. Si môme elles ne / 
sont pas de pures utopies, j'aimerais mieux qu'il fût fait ^ 
tjMej;ase de toute notre organisation actuelle que de voir ; 
établir ces écoles. » A ne considérer que le plus grand » 
bien du peuple nègre, il est douteux qu'il cmasiste dans la I 
création d'écoles mixtes. Il n'est pas jusqu'à M. Frost, 






DANS LES ÉCOLES COMMUNALES 169 

Directeur du Berea Collège (Kentucky), le seul établisse- 
ment prospère de ce genre dans le Sud, qui ne dise dans sa 
réponse à "une lettre d'enquête : « Nous ne voulons pas 
affirmer que le mieux serait de généraliser dans le Sud la 
coéducation des nègres et des blancs. Aux premiers, à cause 
de leur condition an térieu re, il faut des méthodes particu- 
lières. Les écoles nègres contribuent heureusement au re- 
lèvement de la race, parce qu'elles préparent au profess o- 
raî^t ouvrent une carrière aux futurs instituteurs nègres. 
D'un autre côté, nous ne croyons pas que des conditions 
acceptables soient faites à la race noire en Amérique tant 
que vivra r anathème lancé contre elle . L^innovalion tentée 
par le Berea Collège, son historique et la tâche qu'il a été 
seul à entreprendre, nous semblent donc présenter de l'in- 
térêt et un prix réel pour la nation. » 

L'opposition que font la plupart des blancs à l'envahis- 
sement des écoles par les enfants noirs n'est pas sans être 
fondée. Kn effet, lamajorité des élèves nègres appartiennent 
à des familles auxquelles la culture fait défaut. L'on s'est 
vivement élevé contre le Berea Collège parce que c'est un 
internat où les deux races sont admises sur le pied d'éga- 
lité; il est même probable qu'on ne le laisserait pas sub- 
sister, n'était le bien considérable fait par cet établisse- 
ment aux montagnards blancs. 

Un collège analogue a été créé à Orange Park (1), dans 
la Floride, mais il règne dans ce pays une telle aversion 
pour la coéducation des deux races que les quelques élèves 
blancs de l'établissement ont été exclus par un décret (2). 

(1) La «Normal and Manual Training School, Orange Park», est sou- 
tenue par ÏAmencan Missionary Association, 

(2) L,ois scolaires, 1897, p. 12; ihid , ch. 43-45, section 1 ; ihid., 
section 2. « U est interdit à tout individu et à toute association, 
sous peine de sanction pénale, de diriger dans cet État une école 
quelconque, publique, privée ou paroissiale, dont les maîtres don- 
neraient dans une même classe ou simultanément renseignement 
aux blancs et aux noirs*» Kt aussi: «Toute personne convaincue 



170 l'instruction des nègres 

Ce décret fit un tort considérable au petit nombre 
d'enfants blancs des alentours. Us furent, en effet, 
privés de toute instruction, car il n'existait pas dans le 
district d'école communale de blancs, et leurs parents 
étaient trop pauvres pour les envoyer dans un établisse- 
ment privé. 

L'on s'accorde cependant à reconnaître, tant parmi les 
noirs que parmi les blancs, que les écoles distinctes favo- 
risent mieux le développement des deux races. Dans le 
passé aussi bien que dans le présent, la condition servile 
des nègres, et le milieu dans lequel ils sont appelés à vivre, 
les différencient des blancs si profondément qu'il est 
impossible que les besoins des deux races soient les mê- 
mes. 11 est également à craindre que dans les écoles mixtes 
les nègres ne soient en butte à des humiliations qui décou- 
rageraient les plus faibles et aigriraient les plus forts, tout 
en détruisant la liberté de penser et la spontanéité dans 
l'action. Il est certain qu'il ne faut pas souhaiter la créa- 
tion d'écoles mixtes, tant que l'intelligence et la culture 
moyennes des nègres n'auront pas atteint un niveau beau- 
coup plus élevé, et que les préjugés des blancs n'auront 
pas diminué. 

Nous avons déjà dit que la coéducation des deux races 
est générale dans les États du Nord ; il ne faudrait pas en 
conclure que le préjugé des blancs à l'égard des noirs 
subit une grande différence dans les régions Nord et Sud. 
En réalité, les nègres sont en nombre inappréciable dans 
les États du Nord, et il serait impossible de réunir dans un 
district quelconque assez d'enfants pour constituer une 
école séparée. L'on tolère sans peine dans une classe un 



d'avoir enfreint le règlement n» 1 de cette loi scolaire, en favorisaDt 
récole ou eu y enseignant, payera une amende de $ 150 à $ 500, ou 
subira pour chaque infraction un emprisonnement d'au moins 
six mois dans la prison du comté, » 



DANS LrES ÉCOLES COMMUNALES 171 

OU deux élèves nègres ; s'ils étaient cinq, on les regardait 
d'un œil défavorable ; si la proportion atteignait 50 0/0» 
les parents des élèves blancs, dans la plupart des com- 
munes, retireraient leurs enfants de l'école. 

Instituteurs. — Dans le Nord, l'instruction des 
enfants noirs est donc confiée à des instituteurs blancs; 
dans les seize anciens États esclavagistes, une question se 
pose : la valeur respective des maîtres blancs et noirs pour 
les écoles nègres. 

Dans la période qui suivit Taffranchissement, comme les 
nègres, illettrés, ne pouvaient enseigner, les instituteurs 
étaient tous de race blanche; les temps ont changé, et 
aujourd'hui l'on compte dans les États du Sud plus de 
trente mille instituteurs noirs. Malgré ce nombre considé- 
rable de professeurs nègres diplômés, il ne manque pas de 
voix pour présenter la défense des instituteurs blancs. 
Leurs partisans allèguent que les professeurs de race 
blanche ont fait des études plus approfondies, sont plus 
cultivés^ parce quïls vivent dans un milieu plus affiné, 
ont des vues plus larges, et sont plus aptes à remarquer et 
à effacer les lares héréditaires de la race nègre. Bien qu'il 
soit impossible de nier la justesse de ces arguments, les 
« Superintendents » et les « Trustées » ont une tendance 
marquée à placer des maîtres noirs à la tête des écoles 
nègres. Ils sont d'ailleurs mus par des motifs fort diffé- 
rents,* dont l'économie n'est pas le moins important. Un 
maître blanc capable exige un traitement qui lui assure la 
vie. Or l'enseignement a été longtemps la seule carrière 
ouverte aux nègres cultivés; ils ont donc été forcés d'ac- 
cepter le traitement qu'on leur offrait. Cet état ne pourra, 
durer longtemps, car des fonctions plus lucratives se pré- 
sentent aux nègres» Dès lors, les écoles courent le risque 
d'être abandonnées à des hommes ne remplissant aucune 
des conditions exigibles de moralité et d'instruction, 
à moins que les « Superintendents » ne se rendent 



1 



172 l'instruction des nègres 

compte que Ton n'a de professeurs capables qu'à la condi- 
tion de les bien rétribuer. Quinze à vingt dollars par mois 
pour une année scolaire de trois à cinq mois, une classe 
encombrée et mal aménagée, ne sont pas faits pour tenter 
des diplômés des Universités e\ des Écoles Supérieures, 
quels que soient leurs goûts et leurs penchants intimes. 

Toute raison économique mise à part, il est évident que 
l'instituteur nègre est plus apte à enseigner les noirs ; 
d'abord, il est en sympathie avec la race, et connaît mieux 
que ne pourrait le faire un blanc, tous les besoins de ses 
frères; lui seul peut comprendre et guider, à travers des 
difficultés qu'il a éprouvées, les aspirations de la jeunesse 
nègre ambitieuse; lui seul peut stimuler les indolents sans 
les décourager; lui seul peut inspirer assez de confiance 
à des êtres encore à demi sauvages pour les faire sortir de 
leur torpeur, ou de leur crainte vis-à-vis de la race blanche. 
J'ai visité des écoles nègres où les maîtres étaient des 
noirs, et d'autres où les maîtres étaient exclusivement des 
blancs. Dans les premières, j'ai remarqué combien les élè- 
ves savaient, tout en restant très respectueux, manifester, 
par leur attitude extérieure, l'intérêt qu'ils prennent aux 
études et la conscience de leur dignité personnelle; dans la 
plupart des secondes, les élèves conservaient une physio- 
nomie compassée, timide ou indiflFérente, qui eût fait son- 
ger à des jeunes esclaves sous le fouet du surveillant dans 
les plantations, si l'on n'avait su par ailleurs, de la façon la 
moins discutable, toute la bienveillance et tout le dévoue- 
ment de leurs maîtres blancs. 

Au vœu que nous formions plus haut de voir développer 
le système d'écoles communales dans les cercles ruraux, 
nous ajoutons celui de voir augmenter le nombre de bons 
instituteurs nègres, ce qui arrivera quand on leur offrira 
des appointements moins dérisoires et quand l'assurance 
d'une position respectable engagera les jeunes nègres intel- 
ligents à suivre les cours des écoles supérieures. 



ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL DU NÈGRE 173 



CHAPITRE VI 



ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL DU NEGRE 



I 



Nécessité de rÉducation professionnelle du 
Nègre. — Pendant les années qui suivirent immédiate- 
ment la guerre civile, on se préoccupa peu de l'éducation 
industrielle des nègres, et Ton porta toute Tattention sur 
leur développement intellectuel et moral. Cette manière 
d'agir était sans nul doute la plus sage à cette époque, vu 
que la race noire était presque complètement illettrée, et 
que les individus, nouvellement émancipés et affranchis, 
offraient encore, au moral, tous les caractères de Tesclave. 
L'éducation manuelle n'était pas le besoin urgent de 
l'heure. Le nègre, en effet, savait travailler de ses mains, 
et des habitudes de diligence et d'application lui avaient 
été imposées pendant deux cent cinquante années de ser- 
vitude. La ferme n'était pas le seul endroit où les nègres' 
se trouvassent dans leur élément ; ils monopolisaient en 
outre la plupart des industries où un certain degré 
d'adresse est requis. De plus, il n'est pas probable que les 
nègres eussent vu d'un œil favorable des écoles indus- 
trielles. Ils considéraient, en effet, l'éducation comme un 
moyen de s'affranchir du travail manuel, loin d'y voir une 
préparation à ce dernier qui était encore à leurs yeux 
comme le symbole de l'esclavage. Pour les noirs, bien 
intentionnés, il est vrai, mais mal informés de la vérité, le 



1 



174 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

savoir apparaissait comme une puissance magique^ qui 
devait les mettre, eux et leurs enfants, sur un pied d'éga- 
lité au point de vue social et politique avec les blancs 
instruits. La science, semblait-il, devait leur ouvrir toutes 
les carrières jusqu'alors fermées pour eux. Les noirs ne 
furent que trop encouragés à nourrir ces faux espoirs par 
certains hommes du Nord, utopistes en matière d'éduca- 
tion, qui cherchèrent à établir des collèges sur le modèle 
des institutions pour blancs; on devait donner là une 
éducation classique à une race qui ignorait encore l'alpha- 
bet. C'est ainsi que la jeune génération nègre fut, de fait, 
encouragée, dans une certaine mesure, à négliger la for- 
mation industrielle, seule capable de pourvoir aux besoins 
matériels de la race, et à rechercher une éducation trop 
exclusivement littéraire pour un peuple encore peu déve- 
loppé et affligé parla misère. Durant ces dernières années, 
cependant, une réaction s'est produite, et des écoles indus- 
trielles ont été établies dans tous les États du Sud. Ces 
institutions gagnent, pour diverses raisons, de plus en 
plus la faveur des blancs aussi bien que celle des nègres, 
et menacent même de supplanter les quelques écoles d'en- 
seignement supérieur. 

Il est tout naturel que l'on pense encore d'une façon 
presque universelle, dans le Nord comme dans le Sud, 
qu'une formation industrielle, augmentée de la plus pré- 
caire des instructions littéraires, est bien tout ce qu'un 
nègre est capable de recevoir. Les anciens propriétaires 
d'esclaves ne peuvent se défaire de la vieille croyance en 
l'infériorité irrémédiable de la race noire, tandis que, dans 
le Nord, les enthousiastes du temps de la Reconstruction, 
oubliant que le développement d'un peuple arriéré est 
nécessairement lent, se sont trop facilement découragés. 
Ils sont maintenant tout prêts à déclarer que les noirs sont 
intellectuellement incapables de devenir jamais autre 
chose que des coupeurs de bois ou des porteurs d'eau, et 



DU NÈGRE 175 

cela parce que, depuis moins de quarante ans qu*ils sont 
libres, ils n'ont pu s'élever encore au niveau que voulaient 
leur faire atteindre les partisans de la haute civilisation. 
Ces pessimistes voient dans les écoles d'éducation 
manuelle le seul espoir des nègres, et voudraient décou- 
rager, sous prétexte qu'elles sont inutiles, toutes les ten- 
tatives faites pour élever le noir au-dessus de son niveau 
de jadis. Il y a même des partisans de la fermeture des 
écoles supérieures déjà existantes, et de la suppressioD 
des grades littéraires auxquels les nègres ont droit, sous 
prétexte que ces institutions ne répondront jamais aux 
capacités et aux besoins des noirs ; les mêmes gens vou- 
draient substituer à ces écoles des classes de travail 
manuel, destinées à préparer des ouvriers habiles, et 
comme tels, des membres utiles de la société. 

On ne doit pas conclure de là, cependant, que tous ceux 
qui favorisent l'éducation industrielle des nègres aient 
des vues aussi pessimistes au sujet de leur capacité à 
acquérir une culture plus élevée. Tout en admettant sans 
conteste que les noirs puissent, dans l'avenir comme race, 
et maintenant en tant qu'individus, pou^^ivre, avanta- 
geusement pour eux-mêmes et pour la société, des études 
analogues à celles que l'on impose actuellement aux blancs, 
ils sont pourtant d'avis que, dans les circonstances pré- 
sentes, du moins, les nègres doivent recevoir une éduca- 
tion propre à leur permettre de gagner leur pain. Quelles 
que puissent être les destinées futures de la race noire, la 
lutte réelle semble être actuellement sur le terrain indus- 
triel, puisque ce n'est que par le travail manuel que les 
nègres peuvent espérer d'améliorer leur condition maté- 
rielle. Pour une longue période à venir, les noirs devraient 
donc être transformés en intelligents ouvriers, parmi les- 
quels surgiraient ça et là quelques hommes supérieurs, 
bien qualifiés pour diriger la grande armée des travail- 
leurs. L'éducation des noirs devrait donc dans cette hypo- 



176 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

thèse être une préparation au travail dont ils vivent ; elle 
devrait les mettre en harmonie avec leur milieu, loin de 
les inciter à s'insurger contre lui. 

On a déjà déclaré avec énergie que les besoins urgents 
du nègre sont : une meilleure habitation, une meilleure 
nourriture, des vêtements plus confortables. Le progrès 
intellectuel et moral de la race n'est possible que si Ton 
satisfait d'abord ses besoins matériels. On admet sans 
discussion que l'énergie du noir doit être dirigée eu vue 
de l'acquisition de la propriété, et particulièrement, de la 
pleine et entière possession de maisons, où la famille 
puisse vivre avec plus de décence et de confort que dans 
l'ancienne hutte à une seule chambre. Si la race noire 
veut échapper à l'écrasante misère d'aujourd'hui, ses 
membres doivent devenir assez habiles dans les diverses 
industries pour être des facteurs nécessaires au progrès 
de la nation; et, de fait, aucun peuple ne peut espé- 
rer échapper au travail de la bête de somme, s'il n'est 
pas préparé à se servir parfaitement des machines qui 
épargnent à l'homme ses sueurs, car la puissance pro- 
ductrice des travailleurs inexpérimentés est, à notre 
époque d'inventions, insuffisante pour fournir à un peuple 
les objets même les plus nécessaires à l'existence. Ce 
n'est pas là seulement pour le nègre une question de 
progrès matériel et social : sa vie même, en présence de la 
lutte générale pour l'existence, dépend de l'accroissement 
de son habileté industrielle. S'il perd possession de ce petit 
nombre de gagne-pain qui lui demeurent encore, la race 
est condamnée à disparaître, puisque extrême pauvreté veut 
dire diminution de vitalité, moindre force de réaction 
contre la maladie, augmentation de la mortalité infantile, 
plus grande tendance au vice, due au milieu défavorable, 
toutes choses qui amènent nécessairement la rapide 
extinction de la race. 

L'artisan nègre avant la guerre. — Sous le 



DU NÈGRE 177 

vieux régime des États du Sud, le nègre avait peu à lutter 
contre les blancs, et était pratiquement seul dans le champ 
économique. Malheureusement, il ne possédait pas la 
discipline intellectuelle qui, jointe à la dextérité manuelle, 
aurait pu faire de lui un habile artisan. Cependant les 
esclaves les plus intelligents et les plus capables étaient 
choisis pour recevoir une éducation dont on les jugeait 
susceptibles, et sous la direction d'habiles ouvriers de 
race blanche ou de nègres expérimentés, ils apprenaient 
différents états. Dans presque toutes les plantations et 
dans tous les villages, il y avait des esclaves forgerons, 
bourreliers, charpentiers; tous les métiers en somme 
qui réclament l'habileté manuelle, étaient exercés par des 
ouvriers nègres ; dans les ports, il y avait des arrimeurs 
esclaves, aussi bien que d'habiles marins de race noire. 
L'artisan nègre jouissait d'un grand nombre de pri- 
vilèges, qui n'étaient pas accordés aux ouvriers des 
champs moins favorisés, et cette liberté plus complète 
développait chez lui un sentiment d'indépendance et de 
respect de lui-même, qui manquait nécessairement aux 
autres esclaves. On lui permettait souvent de « louer son 
temps » à son patron, contre une somme convenue, et de 
garder pour lui tout ce qu'il pourrait gagner en plus de 
ladite somme. Il possédait d'ordinaire une cabane séparée 
des habitations communes, et il pouvait ainsi exercer une 
surveillance plus active sur sa famille. Cette situation lui 
permettait de développer en lui des qualités morales in- 
connues aux ouvriers des champs (1). On découragea, 

(1) John S. Durham, The Labour Unions and the Negro. Atlantic 
Monthly^ vol. 81, p. 224. 

Cf. B. T. Washington, The Future of the American Negro, pp. 64- 
•56. « Chacune des grandes plantations, habitées par des esclaves, 
était en un certain sens une école industrielle. Sur ces plantations 
vivaient un grand nombre de jeunes nègres et de jeunes négresses 
soumis continuellement à un apprentissage non seulement comme 
fermiers, mais comme charpentiers, forgerons, charrons, plâtriers, 

12 



1 



17B ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

cepotidant cette pratique, parce que Ton craignait que de 
tels esclaves ne deviuîssent trop indépendants, et, dans ua 
certain nombre des États du Sud, on vota des lois inter- 
disant cette coutume (1). 

TheJVegro Artisan (2) nous permet de constater le grand 
nombre d*habiles artisans nègres qui existaient dans 
tous les États du Sud avant la guerre civile. L'auteur 
de ce travail cite, comme faisant autorité, le témoignage 
d'un ex-Gouverneur du Mississipi, Mr» Lowery, qui dit: 
« Avant la guerre civile, il y avait un grand nombre d'ou- 
vriers nègres dans les Etats du Sud. Beaucoup d'entre euk 
étaient d'habiles forgerons, charrons, fabricants de cha* 
riots, maçons, charpentiers, plâtriers^ peintres et cordon» 
niers. Ils devenaient maîtres ouvriers dans leurs métiers 
respectifs, après s'être exercés pendant un temps assez 
long, sous le contrôle et la direction d'ouvriers expéri* 
mentes de race blanche. Avant l'abolition de l'esclavage, le 
contrat qui donnait au nègre le brevet d'artisan était pftsAé 
entre son mattre et l'ouvrier en chef. » 

En ce qui concerne l'état légal de l'artisan nègre avant 



inaçons, mécaniciens, constructeurs de poïits, cuisinières, coutu- 
rières, niéflagères, etc..» Cet apprentissage était rudimeotaire et 
donné dans un but égoïste. Il ne répondait pas au but le plus élevé 
de l'éducation, à cause de l'absence de culture intellectuelle, qui eût 
complété la formation matérielle. 

« Cependant, ces relations d'affaires avec les blancs du Sudetl'édu- 
catiQU industrielle reçue par les nègres sur les plantations les 
mirent à la fin de la guerre en possession de tous les métiers et de 
toutes les industries dans les États du Sud. Pendant environ 
vingt ans après la guerre, on méconnut, sauf dans un ou deux cas* 
la valeur de la formation industrielle donnée par les anciens maîtres 
d'esclaves. Au bout de vingt ans, ceux qui étaient des ouvriers 
exercés commencèrent à disparaître, la mort faisant des vides dans 
leurs rangs, et, petit à petit, l'on s'aperçut qu'il n'y avait personne 
qui fût capable de les remplacer. » 

(1) J. R. Brackett, The Negro in Maryland pp. 104-107. 

(2) î'/ie Ntgro Artwan^ A Soviai Study {Atlanta Univenity Publi- 
cations) ^ n'> 7, 1902* 



DU NÈGRU 179 

la guerre, Tétude que Ton vient de mentionner donne les 
renseignements suivants : « D'ordinaire, les lois n'interdi* 
saient pas aux esclaves d'apprendre des métiers. D'autre 
part, les lois dirigées contre l'enseignement des esclaves 
empêchaient réellement les ouvriers d'acquérir dans leur 
branche une très grande habileté ; sauf dans des cas très 
rares, leur travail se faisait mécaniquement à l'aide de 
moyens matériels et primitifs. Dans la Caroline du Nord, 
ou permettait aux esclaves d'apprendre le calcul, mais la 
lecture et l'écriture leur demeuraient interdites. En Géor- 
gie, en l'an 1833, un décret parut, interdisant de donner à 
un nègre un travail exigeant la connaissance de l'écriture. 
Graduellement, ces lois augmentèrent de sévérité. Au Mis- 
sissipi, en 1830, on exclut les esclaves des ateliers d'im- 
primerie, et la Géorgie déclara, en 1845, que ]es esclaves 
et les nègres libres ne pourraient pas faire de contrats 
pour bâtir ou réparer les maisons, en tant qu'artisans ou 
maçons. Ces mesures coercitives, cependant, ne furent 
pas universellement observées, surtout en ce qui concerne 
les métiers relatifs à l'architecture, et les ouvriers esclaves 
continuèrent à prospérer. » 

L'aï'tisan nègre après la guerre. -—Pendant une 
longue période après la guerre civile, L'éducation indus- 
trielle reçue par les ouvriers nègres oe fut pas estimée à sa 
juste valeur et elle fut négligée ; d'un côté, les anciens maî- 
tres n'avaient pas d'intérêt à faire travailler les noirs, et 
ils avaient encore moins d'autorité sur eux. D'autre part, 
les nègres jtig^^aient à propos d'améliorer la condition de 
leurs enfants en les destinant à toutes les carrières, sauf à 
celles que leur milieu et leurs capacités leur eussent per- 
mis d'embrasser. Avec le temps, tous tes charpentiers, 
maçons et forgerons de race noire disparurent, et bien 
peu de leurs enfants se montrèrent capables de les rem- 
placer dans les seules branches dans lesquelles ils au- 
raient pu lutter avec la race aryenne. Une par une, lea 



180 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

places occupées jadis par les anciens esclaves furent 
saisies par d'habiles ouvriers de race blanche, veaus du 
Nord, ou par des étrangers d'Europe et d'Orient. La 
buanderie chinoise, et le blanchissage à la vapeur, ont 
remplacé le baquet du nègre ; des artisans et charpen- 
tiers habiles et bien exercés occupent la place laissée vide 
par Tesclave à rétabli. Toutes les industries, de fait, échap- 
pent rapidenjent aux nègres dans le Sud, tandis que les 
« Trade Unions » leur ont fermé les portes dans le Nord. 
Le nombre des débouchés commerciaux offerts aux noirs 
diminue chaque année, parce que ces derniers ne font au- 
cun progrès, faute d'éducation spéciale. Comme nous ve- 
nons de le dire, les syndicats opèrent contre les nègres 
pour les chasser du Nord. Mais dans le Sud aussi, cette 
lutte est engagée; et partout où le noir est un peu inférieur 
au point de vue de travail, partout même où sa valeur n'est 
qu'égale à celle du blanc, sa place est prise par un ouvrier 
de race blanche ; le malheureux n'a plus d'ouvrage à espé- 
rer pour l'avenir, dans les endroits où existent des associa- 
tions de travail. Il est donc important pour les noirs de 
reconquérir leur ancien rang dans le monde industriel, en 
apprenant à travailler intelligemment et à devenir indé- 
pendants, au lieu de descendre aux plus basses occupations, 
qui ne demandent aucune adresse ; car c'est folie de sup- 
poser qu'ils puissent lutter avec les blancs dans les pro- 
fessions libérales, dans lesquelles ces derniers ont à leur 
avantage des siècles de pratique et de formation, pour ne 
rien dire de la richesse et de la considération, qui permet- 
tent seules d'aspirer à ces carrières. Cela ne veut pas dire 
que la formation industrielle soit nécessairement opposée 
à la haute culture. Il est généralement admis que l'éduca- 
tion, pour l'enfant nègre comme pour le blanc, doit être 
plus qu'un simple gagne-pain. Elle doit développer l'es- 
prit et lui donner toute la culture qu'il est susceptible de 
recevoir. L'éducation ne doit pourtant pas créer des be- 



DU NÈGRE 181 

soins que le travail du noir ne puisse satisfaire. Il y a plu- 
sieurs années, un des principaux journeaux du Sud pro- 
posait certaines questions à des éducateurs bien connus 
des deux races, h des pasteurs noirs et de race blanche, 
et à d'autres personnages en vue : ces questions concer- 
naient les avantages relatifs de l'éducation supérieure, 
et de la formation industrielle. La réponse de TÉvêquè 
W. B. Derrick (de New- York) résume admirablement les 
vues mêmes de ceux qui défendent la formation indus- 
trielle. 11 croit que le jeune noir de la génération actuelle 
doit être instruit dans Tindustrie et les arts mécaniques, 
et qu'il faut négliger davantage le côté scientifique ou ar- 
tistique. Il écrit ce qui suit : 

« 11 vaudra mieux, je crois, pour ces garçons et ces jeu- 
nes filles, recevoir une formation complète dans les ma- 
tières enseignées à Técole primaire, avec une instruction 
spéciale dans les arts mécaniques et Tagriculture, que de 
viser à l'éducation supérieure ou classique. 

« C'est pour cette raison que je suis opposé à l'éducation 
supérieure de la présente génération de la race noire : les 
nègres n'ont pas encore amassé la richesse nécessaire pour 
permettre à leurs enfants, munis d'une formation supé- 
rieure, d'acquérir des situations dans ces professions libé- 
rales pour lesquelles il faut nécessairement posséder une 
certaine fortune, de façon à pouvoir vivre, jusqu'à ce que 
Ton obtienne de l'avancement. En d'autres termes, les pa- 
rents des jeunes noirs ne sont pas assez riches, pour pour- 
voir à l'éducation de leurs enfants et les soutenir, en- 
suite, jusqu'à ce qu'ils aient dépassé la première période 
peu lucrative de leur vie nouvelle. Le temps n'est pas en- 
core venu pour le nègre de se faire l'ornement de la so- 
ciété, avec avantage pour sa race. Non : Je pense qu'il 
avancera plus sûrement et plus rapidement, en élevant 
graduellement sa progéniture jusqu'à la formation supé- 
rieure. Enseignez à cette génération à travailler, à fabri- 



182 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

quer, ou à conduire des entreprises commerciales. Quand 
les noirs auront amassé la richesse, ils pourront alors libre- 
ment destiner leurs enfants à toutes les positions, aux- 
quelles les blancs ont dès maintenant accès, et leur don- 
ner une formation dans toutes les branches de la science 
et de la culture de Tesprit (1). » 

Certains prétendent que Técole ne doit s'occuper que du 
développement intellectuel du jeune noir, et que la prépa- 
ration d'un métier ne doit pas faire partie du programme 
scolaire. Ces gens voudraient envoyer le jeune homme 
cheï le forgeron, chez le charpentier, ou chez le bourrelier, 
souii les ordres duquel il pourrait apprendre l'industrie 
choisie par lui, en qualité d'apprenti. Cela serait une me- 
sure d'économie, qui permettrait de supprimer le matériel 
coûteux et les lourdes dépenses courantes nécessités pai* 
les écoles industrielles. Ce procédé mettrait en outre le 
jeune ouvrier à même de se familiariser plus étroitement 
avec toutes les particularités de son métier. 

Quelque plausibles que ces arguments puissent paraître, 
ils ne s'appliquent pas aux méthodes de travail actuelle- 
ment en vigueur en Amérique. Partout où le système de 
l'apprentissage existe encore, le nègre ne peut en profiter. 
Les syndicats ne permettent qu'à, un nombre limité de 
jeunes blancs de devenir apprentis, et les jeunes nègres ne 
peuvent même pas solliciter cette faveur. Si les associations 
de travail opèrent contre l'ouvrier de raee noire, il est 
évident qu'elles excluent rigoureusement des usines, des 
fabriques et des ateliers tous les jeunes nègres qui désire- 
raient s'instruire dan» les différentes industries. Peu im* 
porte l'ardeur au travail et l'intelligence d'un jeune noir; 
il ne peut entrer dans un établissement avec l'espoir d'ap- 
prendre un métier, et de parvenir, de degré en degré, 
jusqu'au sommet de l'échelle industrielle. Il est vrai qu'il 

(1) Cf. Report of the Commiasèoner ofEdunation, 1895-1896, p. 2094. 



J 



nu NÈGRE lit3 

peut être accepté comme garçon de courses ou comme 
manœuvre, mais il ne doit jSas aspirer plus haut. 

Si Ton admet cette vérité, que l'éducation industrielle 
est maintenant pour le nègre un besoin impérieux, et que, 
d'autre part, il ne peut Tacquérir comme son père dans la 
plantation, ou comme l'enfant d'un blanc appartenant à 
une association, dans les ateliers, il est évident qu'il ne 
lui reste plus qu'un moyen de se former, et'ce moyen est 
Técole technique. Personne ne peut lui contester le droit 
d'aspirer à une telle formation s'il montre, comme il le 
fait, des capc^cités suffisantes pour profiter de cette instruo-» 
tien. Il est admis en outre, unanimement, que le système 
d'éducation de ces écoles ne doit pas seulement viser à 
donner au nègre une habileté pratiquexlans tous les détails 
des différents métiers, mais qu'il doit aussi insister sur les 
méthodes commerciales, demeurées jusqu'à présent si 
étrangères à la formation du nègre et à son tempérament. 



II 



L'Enseignement agricole. — Beaucoup soutien- 
nent que l'enseignement agricole, sous ses différentes for- 
mes, doit avoir la préférence sur toutes les autres bran- 
ches de l'éducation industrielle, attendu que la posses- 
sion de la terre, c'est-à-dire d'une ferme et des terrains 
de culture qui en dépendent, sera, à ce qu'on croit, le fac- 
teur le plus puissant du relèvement de la race, et de plus, 
pour cette autre raison, que les intérêts des nègres ont 
été, pendant des siècles, intimement liés au sol, et que la 
race semble d'ailleurs posséder une aptitude spéciale pour 
cette forme de travail manuel. Or, il est bien évident que 
le côté pratique de l'éducation de l'enfant ne doit pas être 
indépendant du genre de travail qu'il aura à accomplir 
plus tard ; en conséquence, les nègres ayant été, et étant 



tte^. 



184 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

encore aujourd'hui les principaux facteurs des travaux 
agricoles dans le Sud, tout projet d'éducation qui néglige- 
rait de les préparer à cette tâche serait certainement fau- 
tif (1). Le recensement de 1890a montré qu environ 700,000 
nègres mâles étaient classés comme ouvriers agricoles ; 
plus de 500,000 nègres étaient fermiers, intendants ou plan- 
teurs ; environ 230 000 noirs possédaient les maisons qu'ils 
habitaient et l^s fermes qu'ils cultivaient. Le même recen- 
sement portait 377,639 négresses employées comme 
ouvrières sur les fermes, tandis que 50,000 négresses 
appartenaient à la classe des fermiers, des planteurs et 
des inlendants(2). Les résultats du 12« recensement, si Ton 
juge par eux de la situation actuelle, dénotent une aug- 
mentation du nombre des fermiers nègres indépendants. 
Les chiffres sont éloquents et indiquent la prospérité 
croissante de la race nègre (3). 



(1) D'après M. B. T. Washiogton {Progress of the American Negro\ 
en 1900, les nègres exploitaient 33 0/0 des fermes dans la Floride, 
39 9 0/0 dans la Géorgie, 42 1 0/0 dans rAlabama, 50 2 0/0 dans la 
Louisiane, 27 1 dans le Mississipi. Le nègre a donc une impor- 
tance fondamentale dans l'agriculture du Sud. 

(2) Cf. Rapports du ii' Recensement^ 1890, Agriculture. 

Cf. Henry Gannett, Occupations of the Negroes, dans le Report of 
the Commissioner of Education, 1894-1895, pp. 1384-1396. 

(3) Rapport du Recensement des États-Unis, 1900. — Sur les 
5,739,657 fermes des États-Unis, au 1er juin 1900, 4.970,129, ou 
86 6 0/0, étaient exploitées par des fermiers de race blanche, et 
769,528 ou 13 4 0/0 par des nègres et des indigènes. L'étendue 
moyenne des fermes exploitées par les nègres est de 51 2 acres. 

Douzième Recensement. Agriculture, l'« partie, page CV. — Pour 
toutes les divisions géographiques, les chiffres montrent que le 
nègre tend à devenir de plus en plus propriétaire des fermes. Le 
pourcentage des fermes occupées par des possesseurs partiels est 
visiblement supérieur à celui des exploitations entiùremeut pos- 
sédées par leurs tensnts, comme la table CIV le montre. Les nègres 
achètent de petites fermes, qu'ils sont assez riches pour payer, et 
louent en plus d'autres terres. Cette méthode leur donne assu- 
rance de garder ce qu'ils ont précédemment acquis, plus qu'au- 
cune autre méthode qu'ils pourraient adopter : elle est de bon 



DU NÈGRE 185 

Booker T. Washington, principal de Tlnstitut normal et 
industriel de Tuskegee, ce nègre éminent, l'auteur des 



augure, pour l'acquisition future par les nègres des terres dont ils 
sont actuellement les fermiers . 

Les progrès comparatifs des deux races dans les États Atlantiques 
du Sud, depuis l'Émancipation, sont mis en pleine lumière par ce 
parallèle. En 1860, dans les South Atlantic States, il y avait 301,940 
fermes, toutes pratiquement exploitées par leurs propriétaires ou par 
des fermiers blancs. En 1900, il y avait 673,354 fermes, exploitées 
par des fermiers de race blanche, parmi lesquelles 450,541 étaient 
dirigées soit par des agriculteurs possédant entièrement ou en 
partie les terres de l'exploitation, soit par des gérants de race 
blanche, soit par des fermiers ou des métayers. 

En une période de quarante ans, le nombre des fermes exploitées 
par des fermiers de race blanche a augmenté de 371,414, et, sur ce 
nombre, 148,601, ou 40 0/0, étaient des fermes administrées par des 
propriétaires ou dés intendants, et 222,813, ou 60 0/0, des fermes 
cultivées par des fermiers. Pendant la période qui vit cette aug- 
mentation du nombre des fermiers de race blanche dans les États 
Atlantiques du Sud, 287,933 nègres avaient obtenu la direction indé- 
pendante de terres d'exploitation. Parmi eux, 202,578, ou 70 4 0/0, 
étaient fermiers, et 85,355, ou 29 6 0/0, étaient propriétaires ou 
gérants. En examinant ces chiffres comparatifs, on doit prendre en 
considération les faits suivants : A la fin de la guerre civile, les 
npgres ne faisaient que commencer à servir contre paiement. Us ne 
possédaient pas de terres et n'avaient aucune expérience comme 
propriétaires ou tenants de fermes, et aucun d'entre eux ne pouvait 
devenir propriétaire par héritage, ni acquérir par la même voie 
l'argent nécessaire à acheter la terre. Parmi les 371,414 agriculteurs 
de race blanche, qui, depuis 1860, s'étaient ajoutrs au nombre déjà 
existant, beaucoup étaient fils de propriétaires de terrain et acqué- 
raient ledit terrain, où l'argent nécessaire à son achat, par voie 
d'héritage. Lorsqu'on prend en considération cette différence de la 
condition industrielle de la race, le fait que le nombre relatif des 
propriétaires-fermiers nègres dans les États Atlantiques du Sud, 
en 1900, se trouvait être quatre fois plus grand que le nombre relatif 
des fermiers-propriétaires de race blanche, dans les mêmes États, 
dénote un progrès des plus remarquables (p. GVIl). 

Page ex : « Les nègres exploitaient 746,717 fermes, parmi les- 
quelles 716,514, soit 96 0/0, étaient munies de bâtiments. Ces fermes 
avaient une superficie totale de 38,233,933 acres, parmi lesquelles, 
23,362-798, ou 61 1 0/0, étaient des terres améliorées, et 14,871,135, ou 
38 9 0/0, des terres non améliorées ! La valeur totale de ces fermes 
était de $ 449,943,734; $ 324,244,397 représentaient la valeur de la 



1 



188 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

livres si connus The Future af tke American Negro et 
Up from Slavery^ écrit : « L'agriculture e*t ou a été 
rindustrie fondamentale de toutes les races et de toutes les 
nations prospères. Le nègre s'en est convç^incu durant la 
période de servitude. C'est pourquoi il est maintenant, 
dans une vaste mesure, en possession de cette industrie 
dans le Sud, Prenons lensemble des États du Sud : on 
peut dire que 80 0/0 des nègres y vivent de l'agriculture, 
sous quelque forme que ce soit. Ces formes d'agriculture, 
il est vrai, sont quelquefois très primitives et très rudi- 
mentaires. Les nègres peuvent en générai acheter des 
terres dans le Sud, partout où le blanc peut le faire, 
et 4 des prix très modestes. Or, puisque la grande masse 
de no^ frères noirs sortent de familles d'agriculteurs, et se 
trouvent dans leur élément, quand ils demeurent à la 
campagne et sont engagés dans les affaires agricoles, le 
meilleur parti à prendre, le parti logique consiste évidem- 
ment à diriger la plus grande somme de. nos forces vers 
ce but, qui fera de^ noirs une des races agricoles les plus 
habiles du monde entier. Le nègre qui peut par lui-même 
devenir assez remarquable comme fermier, comme gros 
payeur d'impôts et soutien avisé de ses semblables, pour 
se trouver, par la sélection naturelle, placé dans une posi- 
tion qui lui vaille la confiance et le respect (que cette 
situation soit politique ou non) le nègre, dis-je, est cent 
fois mieux en sûreté dans cette situation, que celui qui n'y 



terre et le prix des améliorations à elle apportés, bâtiments exclus; 
$ 71,903,315 figuraient la valeur des bâtiments; $ 18,859,757, dési- 
gnaient la valeur des instruments de toute espèce, et $ 84,936,265, 
celle du bétail vivant. » 

Page ex : « 11 semble que la valeur des propriétés appartenant 
aux nègres, à la date du 1'^ juin 1900, était approximativement de 
$ 200,000,000, soit un pou moins de $ 300, en moyenne, pour chaque 
fermier nègre. La valeur comparée des fermes appartenant aux gens 
de race blanche, aux États-Unis, à la date du 1" juin 1900, était de 
$15,664,698,045. 



nu NÈGRE 187 

serait mis que par une force extérieure à ses mérite» intrin- 
sèques. 

« Aidons le nègre, par tous les moyens possibles, à 
acquérir dans les choses du fermage, dans les travaux de 
laiterie, dans Télevage du bétail, dans rhorticulture,etc... 
une éducation capable de le placer au premier rang dans 
ces industries, et le problème de l'avenir de la race sera 
en grande partie résolu, ou, du moins, débarrassé de ses 
questions les plus inquiétantes. Cette ligne de conduite 
tendrait en outre à maintenir les nègres à la campagne ou 
dans les petites villes, où ils réussissent le mieux, et h 
refréner Jeur penchant à s'agglomérer dans les grandes 
villes, où ils ne réussissent pas aussi bien. La race, de 
même que l'individu, qui produit quelque chose d'une 
valeur supérieure, et ayant un intérêt humain général, 
gagne par là même une place certaine et indubitable 
dans la lutte pour la vie (1). » 



(I) Cependant il faut remarquer que le nègre a souvent de terri- 
bles obstacles à yaincre. John M. Erwin, The Negro, a Business 
Proposition^ The Outlook, vol. 69, p. 815, novembre 3/1901, écrit : 
« Dans beaucoup de plantations du Sud, le nègre est un serf 
industriel... Il est ou fermier ou « cropper ». Le fermier doit 
tout fournir, excepté la terre, et donner au propriétaire une 
partie de la récolte. Le « cropper » fournit son travail seule- 
ment; le propriétaire fournit tout le reste et donne au « cropper >. 
une partie de la récolte... Ni le fermier ni le « cropper » n'ont 
d'argent pour acheter des approvisionnements. Même si l'on a con- 
fiance en eu)( ailleurs, iU sont généralement tenus d'acheter leurs den- 
rées à leur propriétaire. La concurrence étant aiqsi supprimée, le pro- 
priétaire a le pouvoir d'imposer les prix des approvisionnements^ 
Si à n'importe quel moment ce propriétaire pense que les récoltes 
ne sont pas soignées convenablement, il prend des ouvriers du 
dehors pour conduire la culture à son goût et fait payer les frais au 
fermier Le propriétaire tient les livres et dispose du coton au 
moment des règlements. ^Si Tétat des récoltes et les livres montrent 
que probablement le nègre arrivera au bout de l'année avec quelque 
chose à son crédit, on essaie de lui vendre un orgue, ou un cabriolet, 
ou quelque autre chose extravagante pour absorber ses bénéfices. 
En outre du désir de gagner sur les marchandises, il y a une 



1 



188 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

Un autre argument sérieux, en faveur de Téducation 
agricole des nègres, est tiré de ce fait, que le noir, sur 
les petites exploitations, ne vient pas en contact avec les 
Associations de Travail, contact funeste pour lui. Les 
fabriques peuvent lui être fermées, mais le marché agri- 
cole, et la ferme d'élevage, lui demeurent toujours acces- 
sibles. La couleur de sa peau peut lui interdire bon nom- 
bre de débouchés, mais s'il est capable de produire de bon 
blé et d'excellentes pommes de terre, si son beurre est le 
meilleur du marché, il verra Tacheteur s'inquiéter peu de 
savoir si le producteur est un blanc ou un noir. Sur la 
petite ferme, de plus, il est un travailleur indépendant ; il 
est, à un moindre degré, victime du contact avec la race 
blanche, et des préjugés de cette dernière. A vrai dire, le 
milieu le plus favorable à la grande masse des nègres, au 
moment présent, est sans nul doute la campagne. La 
majorité des gens de race noire ne sont pas encore assez 
forts pour faire concurrence aux blancs dans les villes, et la 
plupart d'entre les nègres sont moins capables que Télé- 
ment blanc de résister à l'influence démoralisatrice des 
cités. Le fait que la race noire se trouve, somme toute, à 
la campagne, dans le milieu physiquement le plus favo- 
rable, est prouvé par l'alarmante mortalité infantile des 
nègres dans les grandes villes, si on la compare à la mor- 
talité dans les districts de population peu dense ; les 
négresses, en eff'et, trouvant assez facilement dans les 
villes de l'ouvrage hors de chez elles, sont obligées de 
laisser les enfants seuls à la maison. Le progrès rapide 

croyance générale que l'on est plus facilement maître du nègre si 
on le lient pauvre, et que, quand il a de l'argent, il devient indépen- 
dant. Aussi, que les récoltes soient bonnes ou mauvaises, que 
le coton se vende à cinq sous ou à dix sous, le nègre arrive au 
bout de l'an, ou sans avoir rien gagné, ou légèrement endetté. 
I^arfois, entre le coucher et le lever du soleil, il s'enfuit en lais- 
sant des dettes, et alors tout le monde crie contre le misérable 
nègre. » 



DU NÈGRE 189 

des affections pulmonaires chez les nègres des villes du 
Sud est une autre preuve du fait avancé plus haut. Inutile 
d'ajouter que les enfants, sur les fermes, ne sont pas expo- 
sés aux multiples dangers et aux nombreuses tentations 
dont ils pourraient être victimes dans les quartiers nègres 
des villes. 

Enseignement industriel. — 11 ne faut pas con- 
clure de là, cependant, que tous les nègres doivent recevoir 
une éducation agricole. S'il n'est pas douteux que la race 
soit, dans son ensemble, prédisposée par ses aptitudes au 
travail des fermes, et que, de plus, l'opinion publique voie 
d'un œil favorable les nègres confinés dans ce genre d'oc- 
cupation, il faut reconnaître cependant que les nègres, 
comme les individus des autres races, font preuve d'une 
assez grande diversité de dispositions. Tous n'ont pas été 
coulés dans le même moule, et tel jeune noir, capable de 
faire tout au plus un fermier médiocre, peut devenir un 
habile ouvrier. D'où la nécessité de donner au noir une 
éducation en harmonie avec les aptitudes qu'il annonce. 
De plus, l'étude des arts mécaniques offre, sous beaucoup 
de rapports, une facilité plus grande pour le développe- 
ment intellectuel, et la race, dans son ensemble, verra sa 
situation s'améliorer et sa force augmenter dans la société, 
si une partie des individus qui la composent est versée 
dans diverses industries. Un grand nombre de métiers 
offrent un débouché à tous les degrés d*habileté, depuis 
le travail manuel sous la forme la plus simple, jusqu'à la 
production des ouvrages vraiment artistiques, ce qui assure 
au nègre, muni d'une éducation industrielle, les facilités 
nécessaires pour donner à ses capacités intellectuelles 
aussi bien que physiques tout le développement dont elles 
sont susceptibles. C'est là en outre un excellent moyen 
d'acquérir l'indépendance de la pensée et l'originalité. 
Tandis que, dans les conditions idéales, la petite ferme 
est le meilleur milieu possible pour la famille nègre, ce- 



190 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

pendant un grand nombre de gens, appartenant à une classe 
supérieure, s'enyont en foule chercher à la ville des avan- 
tages dont ils sont presque entièrement, sinon tout à fait, 
privés dans les districts ruraux. Tant que les écoles de 
campagne ne seront que médiocrement organisées, et ne 
fonctionneront que de trois à six mois de l'année, les 
parents ambitieux préféreront pour eux-mêmes n'importe 
quel genre de travail mécanique dans les villes, afin de 
pouvoir envoyer leurs enfants plus régulièrement à 
l'école. 

Les partisans de léducalion agricole et industrielle du 
nègre prétendent que toutes les luttes qui existent entre 
les deux races dans le Sud disparaîtront d'elles-mêmes, 
lorsque le noir pourra, en vertu de sa formation technique^ 
produire des articles utiles au consommateur de race 
blanche, ou faire quelque chose dont ce dernier ait besoin. 
Les deux éléments, devenant nécessaires Tun à l'autre, 
apprendront par là à se respecter mutuellement. Le nègre 
cultivé peut être ignoré des blancs qui l'entourent, mais 
s'il devient un facteur économique important dans la com- 
munauté^ il ne sera pas seulement toléré, il sera le bien- 
venu. 

Les adversaires de l'éducation industrielle des nègres 
ont prétendu que cette formation était plus coûteuse que 
l'instruction des écoles et collèges ordinaires. Ils ont dit, 
de plus» que, d'après le témoignage même des statistiques, 
bien peu de diplômés des écoles industrielles pratiquent 
par la suite le métier qu'ils y ont appris. Cela peut êti*e 
vrai, dans une certaine mesure, mais on doit se souvenir 
que lesdites écoles sont de création récente, et que le be- 
soin actuel de diplômés sortis de ces institutions, et vou- 
lant accepter des places de maitres dans les écoles indus* 
trielles plus petites, se fait sentir d'une manière univer- 
selle et urgente. C'est une cause perpétuelle de regret 
pour les directeurs de Hampton, Tuskegee, et d'autres éta* 



r 



bU NÊotife 191 

blÎBsemeatB semblables, de ne pouvoir fournir un nombre 
suffisant de diplômés, pour remplir des places d'instruc- 
teurs dans toutes les écoles primaires et les institutions 
privées, 
^^^eux qui s*occupent de Tinstruction des nègres font re- 
marquer avec iosîstance et énergie que l'éducation Indus- 
trielle poursuit, deux bats principaux, que le jeune noir 
doit aspirer à atteindre : tout d'al;ord, cette éducation est 
strictement utilitaire, et chaque école industrielle est sup- 
posée donner aux nègres toute la formation nécessaire à 
iin genre quelconque de travail manuel, à un gagne-paiti. 
Non moins important est le but intellectuel et moral, sans 
rapport aucun avec le bien être immédiat et matériel du 
jeune apprenti. On a tellement insisté sur la place que doit 
occuper le travail manuel dans l'éducation , que presque 
tous les établissements supérieurs d^instruction ont une 
section professionnelle, ayant pour but non pas tant^ cer- 
tes, Tacquisition d'un métier par Tétudiant, que le déve- 
loppement parallèle et équilibré de l*esprît et des muscles; 
on cherche par là à augmenter chez l'élève la dépense 
d'activité créatrice, et surtout à lui faire concevoir la di-^ 
gnité réelle du travail. ^^ 

j Mr. Rooker Washington insiste particulièrement sur la 

j valeur de l'éducation Industrielle pour les ministres du 

• culte, puisque ces derniers doivent donner à tous l'exem- 
ple d'une vie bien conduite. Il croit fermement que le 
travail matériel journalier du ministre du culte aura 
sur ses administrés spirituels une bien meilleure in- 
fluence que ses exhortations et ses sermons hebdomadaires. 
Le fermier prédicateur, qui cultive son propre terrain, ré- 
pare lui-même sa demeure coquettement bâtie, est à la 
campagne le ministre idéal, capable d'enseigner à ses pa- 
roissiens la valeur du travail honnête et intelligent. Cha- 
que jeune homme, chaque jeune fille, ayant reçu une édu- 
i cation industrielle, joue en quelque sorte le r(')le d*un 



192 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

missionnaire, qui s'en irait parmi les neuf millions de noirs, 
pour leur donner, par son exemple et ses conseils, l'i- 
dée et Tamour du gain honnête, de Téconomie, et de Tin- 
dépendance. On peut citer comme typique le cas d'un 
diplômé de Tuskegee, originaire d'une région de plantations 
dans le « Black Belt », contrée où la proportion de l'élé- 
ment noir en face de l'élément blanc est de six contre un. 
Les nègres de ce district étaient endettés et payaient an- 
nuellement des intérêts variant de 15 à 40 0/0 pour des 
avances faites sur les récoltes, et ils habitaient, sur les ter- 
res qu'ils louaient, dans des huttes de bois à une seule 
chambre. La seule école qui existât en cet endroit ne fonc- 
tionnait que trois mois par an, dans une hutte de bois, 
toute en ruine, et où manquait le confortable, ainsi que 
les objets nécessaires à l'enseignement. Inutile de dire que 
l'état religieux de la population était tout aussi inférieur 
que son état intellectuel. Le diplômé de Tuskegee en ques- 
tion retourna, ses études finies, dans ce groupe social si 
peu prospère. 11 réorganisa l'école pour les enfants, et per- 
suada à ses concitoyens nègres de former un club avec 
réunions hebdomadaires. Dans ces meetings, il leur ensei- 
gna comment il faut s'y prendre pour économiser, pour 
tirer le meilleur parti des fermes, et il leur conseilla de 
faire tous les sacrifices en leur pouvoir pour se libérer des 
dettes. Peu de temps après, un certain nombre de nègres, 
de cet endroit étaient déjà en état d'acheter des terres et 
de se bâtir des demeures confortables. Grâce à l'aide et à 
la direction de cet instituteur remarquable, on construi- 
sit une belle maison d'école, où l'enseignement, de trois 
mois qu'il durait jadis, fut porté à huit mois par an. 
Mr. Booker T. Washington fut frappé du travail accompli 
par cet étudiant de Tuskegee, et il raconte ce qui suit : 
« Je voudrais que mes lecteurs eussent la bonne fortune 
que j'ai eue moi-même, d'aller dans cette communauté. Je 
voudrais qu'ils pussent contempler les figures des gens qui 



DU NÈGRE 193 

la composent, et les voir rayonner d'espoir et de joie. Je 
voudrais qu'ils vissent les cottages à deux ou trois cham- 
bres, qui ont remplacé les anciennes huttes à une seule 
pièce, les fermes bien cultivées, et la vie religieuse, qui est 
maintenant plus qu'un nom. L'instituteur possède un beau 
cottage, et une ferme bien tenue, qui servent de modèles. 
En un mot, une complète transformation s'est accomplie 
dans la vie industrielle, morale et religieuse de toute la 
population, grâce. à ce conducteur, à ce guide, vraie leçon 
vivante, qui a enseigné à ses concitoyens à se servir de l'ar- 
gent et de l'activité, dispersés jusqu'alors à tous les vents, 
en hypothèques et en gros intérêts, en whisky, et en ba- 
gatelles, et leur a montré à concentrer leurs forces pour 
les faire servir à leur propre relèvement. Une communauté 
prospère est un exemple et une leçon pour les commu- 
nautés environnantes, et des améliorations apparaissent 
bientôt en d'autres endroits (1). » 

Formation professionnelle de la négresse. — 
Mais en même temps qu'on met bien en lumière la valeur 
de l'éducation technique pour le jeune nègre, on insiste 
spécialement sur l'importance de la formation industrielle 
pour la jeune négresse. Il est indiscutable que la régénéra- 
tion de la race et son progrès dans la civilisation dépen- 
dent au moins autant de la femme que de l'homme, vu le 
rapport plus intime dans lequel elle se trouve avec le 
foyer et les enfants. Le général Armstrong a fort bien 
dit: « La condition de la femme est la mesure de la 
civilisation : sur la jeune négresse pèse le plus lourdement 
tout le triste passé; en elle repose toute l'espérance de sa 
race pour l'avenir. » 

Il est raisonnable de supposer que la grande majorité des 
jeunes négresses deviendront épouses et mères. En con- 
séquence, il faut qu'elles soient préparées aux devoirs 



(1) B. T. Washington, The Future of the Amencan Negvo^ p. 119. 

13 



'1 



194 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL . 

domestiques. La jeune fille de race blanche est, ou du 
moins devrait être, instruite chez elle dans tous ces devoirs 
de la femme de ménage, qui sont nécessaires au bien-être 
matériel delà famille, et dont l'absence entraîne nécessai- 
rement l'inutilité de la culture intellectuelle. La jeune né- 
gresse, par suite de Tinfluence démoralisatrice que l'escla- 
vage a exercée sur la famille, est privée de cette éducation 
domestique ; la servitude rendait impossible Texistence 
d'un vrai foyer, c'est pourquoi les qualités qui naissent 
justement de la vie de famille manquent encore à un triste 
degré chez le nègre, et, comme le relèvement de la race 
noire doit être effectué par l'intermédiaire du foyer, il n'y 
a d'espoir que dan^ la formation ménagère de la jeune 
négresse. Même aujourd'hui, la majorité des foyers nègres 
ne méritent pas ce noble nom, parce que les femmes el les 
mères n'ont pas les plus simples notions d'économie, de 
propreté, d'hygiène, et ignorent complètement tous les 
talents domestiques. Avec des gains qui suffiraient ample- 
ment aux besoins d'une'famille de paysans européens, une 
famille de noirs demeure sous un abri misérable et som- 
bre, et se trouve exposée aux pires souffrances de la 
misère, pour cette seule raison que les femmes ne sont 
pas habituées au travail, ignorent l'art de fabriquer les 
plus simples vêtements, et ne savent nullement préparer 
des plats sains, bien que peu coûteux. 

En considération de la déplorable ignorance des « home- 
makers » de la race noire, l'éducation industrielle est de- 
venue une des matières d'enseignement les plus important 
tes dans les institutions privées pour nègres, et les écoles 
communales aussi enseignent dans bien des cas la cuisine 
et la couture. On insiste également beaucoup sur l'étude de 
l'hygiène domestique, parce que la grande mortalité des 
enfants spécialement est souvent' due à l'ignorance de la 
mère, concernant les lois les plus simples de l'hygiène. On 
enseigne en outre à faire de la lingerie et à réparer les 



bu NÈGRE 195 

vêlements, à acheter au marché, à jardiner, à préparer la 
nourriture convenable pour les adultes bien portants, pour 
les enfants et pour les malades. Toutes les connaissances 
nécessaires à celles qui, pour être bonnes épouses et bon- 
nes mères, doivent être d'abord bonnes ménagères, sont 
Tobjet d'un enseignement spécial. 

Un rapport sur une récente expérience faite à Norfolk 
(Virginie) concernant l'éducation industrielle montre 
combien de tels moyens peuvent efficacement contribuer 
au relèvement de la race. Ce rapport fut adressé à la Con- 
férence « Capon Springs » sous la forme d'une dissertation 
intitulée: « L'éducation industrielle considérée comme fac- 
teur du développement de la négresse (1). » L'enseignement 
auquel le rapport est consacré fut donné dans la maison 
d'école après les classes du jour, de telle sorte que non 
seulement les enfants, mais aussi les femmes de tout âge 
pussent y assister. Des meetings pour les mères furent orga- 
nisés à Norfolk, et aussi dans divers autres centres du pays: 
on espérait par là qu'une amélioration sensible pourrait 
se faire sentir sans retard dans les foyers des nègres. 
Dans les réunions destinées aux mères, on parlait et on 
discutait au sujet des soins à donner aux, enfants, de la 
nourriture qui leur convient, des devoirs domestiques ; on 
insistait, comme sur des sujets de la plus grande impor- 
tance, sur les soins à donner aux malades, les premiers 
secours à appliquer dans les cas imprévus et subits. On 
organisa des classes pour tous les gens d'un même quar- 
tier, dans différentes maisons; on y donna des leçons 
pratiques de propreté, de cuisine, et de couture. Ces der- 
niers cours avaient lieu la plupart du temps le soir, et ils 
furent considérés par les négresses, habituées aux durs 
travaux, comme des sortes de réunions récréatives. 



(1) Mr. S. E. Breed, dans les Proceedings of Ihe Second Capon 
Springs Conférence for Education in Ihe South^ pp. 81-92, 1899. 



n 



196 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 



Le travail industriel à l'école de Norfolk City est décrit 
de la façon suivante : « A l'école de Norfolk, les classes de 
cuisine et de couture pour les enfants et les femmes ont 
lieu tous les jours II arrive souvent que la mère, la tante 
et les enfants sont enrôlés à la fois dans les diverses 
classes. Les cours de cuisine sont une grande attraction 
pour les fillettes I à, on leur enseigne Fart de conduire un 
ménage: petit à petit, elles commencent à faire le marché, 
et on leur permet d'effectuer les achats elles-mêmes, de 
dresser le menu d'un repas, de faire les comptes et, quand 
elles peuvent épargner un sou sur les fournitures, elles 
sont toutes fières : bien que plus d'une petite femme de 
ménage en herbe ait parfois dépensé le surplus de son 
argent à acheter du sucre candi, cependant les petites 
acheteuses économes ont généralement une conception très 
haute et très vive de la valeur d'un sou. Un des traits dis- 
tinctifs de cette œuvre est l'existence d*une classe desti- 
née à la formation des maitresses : cette année, cinq 
jeunes femmes ont reçu leurs certificats de maitresses de 
cuisine, après deux années d'éludé. » 

En janvier 1900, des classes industrielles furent établies 
à Newport Nevs^s (Virginie) dans la principale école com- 
munale pour les nègres. Cette œuvre fut copiée sur celle de 
Norfolk ; son but est le même, à savoir lamélioralion des 
intérieurs nègres, et la préparation des femmes à remplir 
mieux leurs obligations sociales et domestiques. Cette 
œuvre a été placée principalement sous la direction de 
maîtres et diplômés de Hampton. Le rapport déclare que : 
« Toutes les mesures qui ont donné de bons résultats à 
Norfolk ont été mises promptement en vigueur à Newport 
Nev^s, à savoir, classes de couture et de « Sloyd », pour 
les enfants, considérées favorablement par les direcleurs 
d'écoles ; classes d'adultes, ayant lieu après les heures 
d'étude réglementaires; cercles de « King's Daughters » et 
de « King's Sons », réunions pour les mères, classes de 



DU NÈGRE 197 

cuisine et cercles d'apprentissage de la couture, dans des 
maisons particulières. Par leur histoire et leurs résultats, 
les classes « Huntingdon » ressemblent à celles de Norfolk, 
avec cependant quelques divergences dues à la différence 
des conditions et des degrés de perfection dans le travail. 
Dans une des plus mauvaises régions de Newport News, 
une maîtresse d'école privée donne des leçons de cou- 
ture, tout en venant elle-même s'instruire et se perfection- 
ner au quartier général de TÉcole Huntingdon. Un di- 
plômé de Hampton, demeurant entre Newport News et 
Hampton, dirige une classe du soir pour une dizaine de pe- 
tits ajusteurs, tjui commencent à placer des fonds dans une 
banque, et que TÉcole Huntingdon a pris sous sa pro- 
tection. Les réunions pour les mères, comme celles de 
Norfolk, sont favorisées de conférences hebdomadaires du 
Dr. Weidner, directeur de l'hôpital de Dixie, et de TÉcole 
de gardes- malades de Hampton. Quelques-unes des 
femmes sont très intelligentes, et sont capables de propo- 
ser de petites thèses sur divers sujets d'économie domes- 
tique, lesquels sont discutés pendant qu'elles cousent au 
profit de leur familles ou de quelques pauvres du voisi- 
nage. Quarante personnes, représentant tous les quartiers 
de Newport News, sont enrôlées dans ces réunions. 

L'éducation industrielle n'a pas seulement une grande 
importance pour la femme, sur laquelle retombe tout le 
poids de l'administration d'un ménage. Elle n'est pas 
moins indispensable à la jeune négresse qui doit gagner sa 
vie comme femme à gages. Presque toutes les jeunes filles 
de race noire, et la majorité, peut-être, des femmes ma- 
riées, doivent pourvoir à leur propre entretien et à celui 
de leur famille. Les statistiques montrent que, dans pres- 
que toutes les grandes villes, et dans beaucoup de centres 
ruraux, la population noire se compose en grande majorité 
de femmes. Cela oblige les jeunes filles à entrer en service ; 
c'est pourquoi il importe de les préparer à ce genre d'oc- 



198 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

cupation. Le problème se trouve en outre compliqué par 
ce fait que l'élément mâle d'une famille est en concur- 
rence extrêmement ardente avec les blancs, et est Souvent 
sans travail, par suite des préjugés de race. Les nègres se 
trouvent ainsi, sans aucune faute de leur part, obligés de 
vivre aux dépens des négresses, qui n'ont point de concur- 
rence à redouter sur le terrain du service domestique. La 
nécessité de la formation industrielle des jeunes négresses 
est montrée avec une grande évidence par ce rapport du 
Département du Travail : 

« En examinant les chiffres des rapports sur Atlanta 
(Géorgie) nous remarquons, que, sur un total de 324 famil- 
les, 73, ou 22 53 0/0, étaient entretenues par le chef mâle 
de la famille; 31, ou 9 57 0/0, par une femme, chef de 
famille; et 84, ou 25 93 0/0, entièrement ou en partie par 
un chef mâle et une femme chef de famille (i). On doit se 
souvenir, en employant les termes « chef mâle « et « femme 
chef de famille )^ que dans la presque totalité des cas, ils 
désignent respectivement le père et la mère de famille. On 
voit donc par là, que sur 324 familles d'Atlanta (-Géorgie), 
31 ou 9 57 0/0, étaient entièrement entretenues par la 
mère ; 205, ou 63,27 0/0, étaient entièrement ou partielle- 
ment entretenues par la mère; 47, ou iA 51 0/0, devaient 
toute leur subsistance au travail des femmes, tandis que 
25 93 0/0, la devaient entièrement au travail des hommes. 
Les chiffres des rapports sur 10 groupements de population 
à Nashville (Tennessee), sur le seul groupement de Cam- 
bridge (Massachusetts) et sur 32 groupements situés 
dans d'autres cités, peuvent être interprétés d'une ma- 
nière analogue. Le nombre total des familles comprises 
dans les recherches sur tous les groupes de toutes les 
villes était de 1,137. De ce nombre, 304, ou 2(J 74 0/0, 



(1) Les autres familles sont soutenues par des parents qui ne soût 
pas les chefs de famille ou par des enfants mineurs. 



I 



DU NEGRE 



199 



étaient nourries entièrement par le chef mâle de la famille; 
89, ou 7 83 0/0, par la femme chef de famille, tandis que 
255, ou 22 43 0/0, étaient soutenues par les chefs de famille, 
hommes et femmes; 650, ou 57,17 0/0 de ces familles, 
étaient nourries entièrement ou en partie par des femmes; 
140, ou 12 31 0/0, entièrement par des femmes, tandis 
que 360, ou 31 65 0/0, vivaient grâce au travail exclusif 
des hommes (1). 

On parle beaucoup de la tendance de la négresse à l'im- 
moralité, et des conséquences qui en résultent pour la raCe. 



(1) Condition of the Negro in varions Cities, Bulletin of Labour 
p. 267, no 10, May, 1897. 



NOMBRE DE FAMILLES ET MOYENS D EXISTENCE 



PAR QUI EST SOUTENUE LA FAMILLE 



Chef de famille père 

Chef de fami.le père, et enfants 

(garçons) 

Chef de famille père, et enfants 

(filles) ....:.... 

Chef de famille père,, et enfants 

(garçons et filles) 

Chef de famille mère . . . . 
Chef de famiUe mère, et enfants 

(garçons) 

Chef de famille mère, et enfants 

(filles) 

Chef de famille mère, 'et enfants 

(garçons et filles) 

Chefs de famille père et mère . 
Chefs de famille père et mère, 

et enfants (garçons) .... 
Chefs de famille père et mère, 

et enfants (filles) 

Chefs de famille père et mère, 

et enfants (filles et garçons) . 
Chef de famille père, et autres. 
Chef de famille mère, et autres. 
Chefs de famille père et mère, 

et autres 

Autres (hommes) 

Autres (femmes) 

Total.- 



S5 "ÎT ^ 



73 

10 

4 

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58 
13 
20 



1.137 



200 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

Peut-être lés femmes de race noire ne sont-elles pas, 
loin de là, les seules responsables, et il est très pro- 
bable, — il est même prouvé par les statistiques des 
écoles industrielles, — que les jeunes filles qui ont reçu 
la formation nécessaire pour gagner honnêtement leur 
vie sortent rarement du bon chemin. Sans doute, comme 
nous l'avons dit plus haut, la femme nègre trouve plus 
facilement que Thomme des emplois ; il faut noter cepen- 
dant que ces emplois sont presque toujours vulgaires et mal 
payés pour celle qui n'a pas de connaissances spéciales; 
et par conséquent, si la femme noire peut trouver à vivre 
d'une vie misérable, cette existence n'est pas en rapport 
avec le désir naturel d'un certain bien-être. La jeune né- 
gresse ignorante et inexercée ne saurait aspirer qu'à cette 
existence précaire, et la pauvreté et le découragement, mais 
ces seules causes, croyons-nous, peuvent tendre àlui faire 
adopter un moyen peu honorable de subvenir à ses be- 
soins. S'il en est ainsi, il est désirable que l'on se préoc- 
cupe de relever le niveau moral de la négresse, et, par elle, 
celui de la race tout entière. Il est essentiel qu'elle soit 
pourvue d'un ou de plusieurs gagne-pain, capables de lui 
assurer quelque chose de mieux qu'une misérable exis- 
tence au jour le jour. 

Ce que nous avons dit plus haut sur la valeur de l'éduca- 
tion industrielle pour le prédicateur ou le maître nègre 
s'applique également bien à la jeune négresse qui aspire 
à une place dans une école. Si son éducation scolaire est 
complétée par une formation techique en économie domes- 
tique, elle deviendra un fçLcteur important de bien-être dans 
la communauté. 



III 



Objections à renseignement professionnel 
du nègre. — On insiste beaucoup sur l'incapacité des 



DU NÈGRE 201 

aègres à remplir des places importantes dans le monde 
industriel. On prétend qu'ils ne se font pas faute de lais- 
ser en souffrance le travail au moment critique, lorsqu'un 
cirque arrive dans la ville ou qu'une manifestation reli- 
gieuse vient offrir aux ouvriers des attractions plus vives. 
D'autre part, bien qu'on admette généralement que leur 
tempérament, ami des plaisirs collectifs, les entraîne sou 
vent loin du travail il est cependant certain qu'ils sont plus 
fidèles à leurs patrons que les blancs, et qu'ils se mettent 
rarement en grève. Voici l'expression qu'a donnée à cette 
opinion la Washington Post : « Nous sommes d'avis, dit ce 
journal, que, des illettrés des deux races, les noirs sont 
préférables. Ils sont conservateurs et bons citoyens Ils ne 
prennent que difficilement part aux schismes sociaux et 
aux divagations des sectaires : ils n'ont point de penchant 
pour la société des anarchistes : on ne peut faire d'eux les 
instruments ni les agents des incendiaires. Us constituent 
la solide, digne et estimable « yeomanry » du Sud. » 

Si tous les arguments dirigés contre les capacités indus- 
trielles des nègres peuvent sembler plausibles à ceux qui 
ne les connaissent pas, les statistiques, de leur côté, nous 
font voir la question sous un aspect tout opposé. Le 
Onzième Recensement, en donnant le nombre des gens de 
chaque race engagés dans des industries bien rétribuées, a 
montré que, dans les 16 États esclavagistes et dans le dis- 
trict de Colombie, où la population nègre est fort nom- 
breuse, et où les associations de travail pour les blancs ne 
sont pas encore très développées. « il y avait 4, 826, 918 
blancs et 2,8io,636 nègres employés dans des industries 
lucratives. Tandis que les nègres formaient JO 0/0 de la 
population, ils entraient pour le chiffre de 37 0/0 dans le 
nombre total des ouvriers ». De plus, bien que la majeure 
partie de ces nègres exécutent les travaux grossiers, cepen- 
dant, un nombre assez considérable d'entre eux sont dési- 
gnés comme s'occupant d'ouvrages exigeant un certain 



202 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

degré d'habileté et ua sentiment de la responsabilité, ce 
qui prouve que le noir n'a pas d'incapacité naturelle îi pro 
fiter d'une éducation industrielle. Le fait même que le nè- 
gre peut devenir iin estimable facteur industriel dans le 
Sud fournit d'ailleurs l'argument le plus fort aux adver- 
saires de sa formation technique. Ce sera là, on peut s'y 
attendre,, et de fait, c'est déjà maintenant, la cause des plus 
fortes oppositions dirigées contre la formation technique 
du nègre. Les blancs, en effet, pressentent en lui un for- 
midable rival sur le terrain industriel. On craint que le tra- 
vailleur nègre bien exercé ne devienne une menace éco- 
nomique pour l'ouvrier de race blanche. Présentement, le 
noir peut sans aucun doute réduire à presque rien, s'rl est 
nécessaire, les dépenses exigées par son entretien. Le pro- 
fesseur Paul Barringer, de l'Université de Virginie, remar- 
que que « l'ouvrier, qui connaît mieux que personne Tâpreté 
d'une lutte de salaire avec un concurrent, haïra toujours 
le nègre en contact avec lui ». Il ajoute : « Il y a aujour- 
d'hui des milliers de nèg^es dans le Sud qui vivent quoti- 
diennement d'une ration coûtant six sous et demi (soit 
moins de deux dollars par mois) et qui, s'ils en sentent la 
nécessité, peuvent subsister encore avec la moitié de cette 
somme. Imaginez le destin du blanc, obligé de rivaliser 
avec un travailleur de cette espèce (1) I » A cet argument, 
les partisans de l'éducation industrielle pour le noir ré- 
pondent que l'ouvrier blanc doit profiter lui aussi de l'édu- 
cation du nègre. En effet, cette éducation augmentera les 
besoins des nègres, et pour faire face à ces nouveaux 
besoins, force leur sera d'exiger des gages plus élevés ; 
cette augmentation même de leur salaire sera la cause 
indirecte d'une hausse correspondante dans les salaires de 
l'ouvrier blanc : d'ailleurs les patrons, par suite des préju- 



(1) Paul Barringer, Negro Education in Ihe South, Educational 
HevieWy vol. 21, p. 236, March, 1901. 



r 



DU NÈGRE 203 

gés de race, sont portés à montrer de la préférence envers 
les ouvriers blancs quand les salaires sont égaux. En ou- 
tre, plus le nègre travaillera intelligemment, plus il pro- 
duira, et le résultât sera, en fin de compte, une augmen- 
tation de richesse pour la communauté. D'un autre côté, 
on ne peut douter qu'un sérieux antagonisme économique 
ne s'accentue en proportion des progrès du noir dans Tin- 
dustrie, vu que le nègre pourra de plus en plus lutter 
avec les ouvriers de race blanche peu exercés ou incompé- 
tents. Il est en outre évident que, dès qu'un nombre con- 
sidérable de blancs souffriront de la concurrence nègre, des 
émeutes éclateront, ainsi que des rixes entre les deux ra- 
ces (1). C^est dans le but d'éviter cette collision fatale que 
beaucoup d'habitants du Sud hésitent à donner au nègre 
l'éducation nécessaire, et semblent plus disposés à consa- 
crer toute leur énergie au développement de l'éducation 
industrielle des blancs qui ne peuvent, par suite de leur 
pauvreté, subvenir eux-mêmes aux frais de leur formation. 
Une des questions les plus alarmantes du problème écono- 
mique dans le Sud, c'est la généralisation du travail des 
enfants, et cette misère sociale est communément attribuée 
à la présence du nègre dans le champ industriel. On pré- 
tend en effet que le chef de famille de race blanche ne 
peut soutenir une lutte de salaire avec le nègre habile, et 
qu'il est obligé en conséquence de mettre ses enfants à la 
fabrique, pour que ces derniers l'aident à subvenir aux 
frais du ménage. 

(1) J. M. Bicknell, The Negro Problem, Ârena, vol. 29, pp. 614-615, 
juin 1903...' « Mais quand les efforts du nègre pour gagner sa vie 
commenceront à porter un préjudice sérieux à la bourse ou au dîner 
du blanc, soyons bien assurés qu'une lutte sanglante éclatera inévi- 
tablement. Il existe eiitre les races un antagonisme inné qu'aucune 
conférence de morale ne pourra jamais déraciner. Dans différents 
endroits, des nègres ont été lynchés publiquement, tandis que la 
foule des blancs contemplait le spectacle et l'approuvait. Certes, de 
tels procédés ont été critiqués, mais ils n'auraient pas été tolérés, si 
les victimes avaient appartenu à la race bl&ncl^e. y^ 



204 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

Associations de Travail. — Mais la difffcùUé la 
plus sérieuse qui s'oppose à Téducation industrielle du 
nègre provient de l'attitude hostile des Associations de 
Travail. C'est une vérité de bon sens que Ton ne doit pas 
faire des sacrifices de temps et d'argent pour former un 
jeune homme à un métier qu'il n'aura pas la permission 
d'exercer. A présent, il n'y a dans le Nord que bien peu 
de carrières, en dehors des emplois les plus bas, dans les- 
quelles les nègres puissent gagner leur vie. Partout les 
Associations de Travail gouvernent la situation, et leur 
influence s'étend aux États du Sud. [l n'est donc pas sur- 
prenant que la grande masse des nègres ne montrent pas 
beaucoup d'enthousiasme pour réducati(5n manuelle, et 
se contentent du genre de travail le plus infime et le plus 
bas, tandis que les plus ambitieux s'efforcent d'obtenir une 
éducation libérale dans les écoles, afin de se donner par 
ce moyen des satisfactions personnelles, à défaut d'une 
profession lucrative (!}. 

(1) Booker T. Washington, dans Future of the American Negro, 
pp. 174-176, raconte le fait suivant: « Il n'y a pas longtemps, une 
femme de race noire, vivant dans un de nos États du Nord, avait 
entendu dire à mainte reprise dans son village que le nègre était 
de nature paresseux, inintelligent et peu disposé au travail. Quand 
son fils unique eut la force nécessaire, elle lui fit apprendre parfai- 
tement, à grands frais- et à force de sacrifices, l'état de mécanicien. 
Une place lui fut trouvée dans un établissement des enVirons. Son 
diner au bras, dans un panier, excité par les prières de sa mère 
toute heureuse maintenant, le jeune homme se rendit à son usine 
pour son premier jour de travail. Qu'arriva-t-il ? Chacun des 
vingt ouvriers de race blanche jeta à terre ses outils délibérément, 
jurant de ne jamais donner à un noir l'occasion de gagner honnête- 
ment sa vie. Le jeune nègre essaya d'entrer dans un autre établis- 
sement; ce fut le même résultat. Il en fut toujours de même. Aujour- 
d'hui, ce noir, autrefois plein de promesses et d'honorable ambition, 
est un misérable ivrogne sans espérance ni énergie. Je demande : 
« Qui a flétri la vie de ce jeune homme ? Qui est responsable 
« de cette existence perdue? » Je ne sais quel est le pire, de l'an- 
cien maître qui forçait sou esclave à travailler sans salaire, ou 
de Thomme, qui, par la force et les grèves, oblige son voisin à 
renoncer à travailler pour gagner sa vie. » 



DU NÈGRE 205 

Cette rivalité entre les blancs et les nègres sur la ques- 
tion du travail n'est nullement d'origine récente. Les 
rapports historiques montrent que, dès les premiers temps 
de la colonisation, les ouvriers de race blanche protes- 
taient amèrement contre Tintroduction du travail des 
noirs. En 1837, le comité législatif du Maryland recevait 
des pétitions, ayant pour but d'obtenir Tinterdiction pour 
les nègres libres de devenir artisans. Les gouvernements 
des États, tant du Nord que du Sud, étaient fréquemment 
pressés d'empêcher les nègres d'exercer des métiers. A 
Wilmington, dans la Caroline du Nord, en 1857, une 
bande d'quvriers blancs détruisit la charpente d'une mai- 
son que des noirs étaient en train de construire, et menaça 
•de démolir tous les édifices que les nègres élèveraient à 
l'avenir. Des désordres semblables eurent lieu dans d'au- 
tres États, et particulièrement dans ceux qui apparte- 
naient à la zone de démarcation, et où la concurrence était 
la plus active. 

Un comité, chargé d'étudier l'état industriel des noirs, 
pour la Conférence Nègre de Hampton, en 1899, rapportait 
qu'à Washington, dans le District de Colombie, où le§ 
nègres se trouvent évidemment dans leur maximum de 
prospérité, on ne comptait que 500 ouvriers nègres, bar- 
biers noa compris. Il y avait environ 100 maçons, 75 char- 
pentiers, 80 peintres, 7o plâtriers, 100 mécaniciens, et 
une centaine d'autres ouvriers, occupés à divers travaux 
d'adresse. Il y faut ajouter un assez grand nombre 
de briquetiers. En règle générale, les nègres ne sont 
pas reçus dans les Associations de Travail pour blancs, 
bien qu'il y ait certaines organisations, par exemple 
les Sociétés d'Imprimeurs et de Relieurs, qui comptent 
un petit nombre de nègres parmi leurs membres. Cepen- 
dant lesdits membres sont employés dans l'Imprimerie 
du Gouvernement, et se trouvent dans l'impossibilité d'ob- 
tenir de Touvrage dans aucun journal ou dans aucune impri- 



206 ENSEIGNEMENT PROI'ESSIONNEL . ♦ 

merie où travaillent des membres de l'Association, quand 
ils quittent le service du Gouvernement. Le rapport 
dit en outre que le travail des blancs est soumis à Was- 
hington à une organis|Ltion si sévère, que les travaux im- 
portants dirigés par des entrepreneurs sont exécutés sous 
le contrôle des Associations. Il en résulte que les ouvriers 
nègres se trouvent de plus en plus réduits aux travaux 
inférieurs (1). Une étude des questions ouvrières h Phila- 
delphie met en lumière des faits intéressants sur l'exclusion 
des nègres dans les diverses industries (2). En décem- 



(1) John S. Durham, The Labour Unions and the Negro^ Atlantic 
Monthly, vol. '81, p. 226, février 1898. 

(2) John S. DurhaiDf The Labour Unions and the Negro^ Atlantic 
Monthly, vol." 81, pp. 228-229 : « Deux Crères, imprimeurs de leur 
état, viorent à Philadelphie il y a quelques années pour y -exercer 
leur métier. Rien dans leur physionomie ne dénotait leur origine 
africaine. L*uu trouva de Touvrage dans un grand étabUssement, 
où des blancs étaient employés, et l'autre obtint une place de 
compositeur dans un journal publié par des nègres. Au bout de 
deux ou trois ans de fidèles services, le premier de ces deux frères 
était devenu contremattre. de Tatelier où il travaillait. Alors, un de 
ses subordonnés apprit le secret àe son origine, et se hâta de com- 
muniquer cette nouvelle sensationnelle à ses camarades de travail. 
Ces derniers nommèrent aussitôt une députation chargée de sommer 
le patron db renvoyer l'imprimeur de race noire, sans quoi, il aurait 
à se procurer un autre personnel. Le contremaître reconnut sou 
origine, mais protesta qu'on n'avait pas le droit de lui faire aucun 
reproche à cause de sa race. Le patron dit alors : « Je suis de votre 
a avis et votre travail est parfaitement satisfaisant. De plus, je suis 
« indigné de cette sommation, que m'ont adressée ces gens, après 
«avoir travaillé jusqu'à ce jour en parfaite harmonie avec vous. Vous 
« êtes plus utile âmes affaires qu'aucun des autres j vous connaissez 
« les contrats que j'ai fait avec mes clients, et vous savez la grandeur 
« de la perte que j'éprouverais, si mon personnel me quittait ainsi, 
« tout à coup. Si vous pouvez me trouver uue équipe de noirs, aussi 
« capables que vous, je laisserai les autres aller et je vous maintiendrai 
« dans votre situation actuelle. » Le contremaître répondit : a Je ne 
« puis vous procurer le personnel que vous demandez. Mais je puis 
« vous suggérer un stratagème, grâce auquel je ne serai pas sans 
« ouvrage. J'ai un frère, qui a les cheveux blonds et est un imprimeur 
« de premier ordre. Renvoyez-moi et prenez-le à ma place. Je pourrai 



t)U NÈGRE 207 

bre 1859 , il y avait 1,637 hommes et femmes, considérés 
comme ouvriers capables. Uq siatisticien Quaker remar- 
que ." « Moins des deux tiers de ceux qui connaissent un 
métier exercent ledit métier. Quelques-oins suivent d'au- 
tres carrières qu'ils ont choisies, maiâ le plus grand nom- 
bre sont obligés de renoncer à leurs métiers à cause du pré- 
jugé toujours aussi vivace qui existe contre leur couleur. » 
Toutes les. Associations d'employés des chemins de fer, 
dans toute l'étendue des États-Unis, excluent les noirs. 
Ainsi, aucune place n'est possible pour le nègre dans cette 
braTiche, sauf la situation infime de « porter» (garçons ou 
hommes d'équipe), dans laquelle les gages sont faibles, 
quelque lucratifs que soient les « pourboires », et où il n'y 
a aucune chance d'avancement. 11 est vrai que lors de l'or- 
ganisation à Chicago de« l'American Railway Union », on 
discuta beaucoup au sujet d'une clause proposée dans les 
statuts, portant sur l'exclusion des nègres. Mr. Debs de- 
manda qu'une telle loi ne fût pas acceptée, attendu quq 
ce préjugé contre la race noiro pourrait être considéré 
comme injuste par le grand public, et jeter de la défaveur 
^ar l'organisation. Cet argument prévalut ; la clause fut 
supprimée, mais elle demeure cependant à l'état de loi 
non écrite. Le même principe d'exclusion règne dans le 
service des tramways. Eh mars 1896, deux nègres furent 
employés comme waltmans sur une ligne à trolley de Phi- 
ladelphie. Les employés blancs protestèrent immédiate- 
ment et quittèrent l'ouvrage. Le directeur de la ligne fut 
obligé de renvoyer les nègres pour que la circulation sur 



' « alors prendre la sienne. » Le plan fut adopté. Les deax frères chan- 

I gèrent de situation et l'harmonie régna dans Tatelier d'imprimerie, 

jusqu'à ce que l'identité du frère aux cheveux blonds fût reconnue. 
I Le premier des deux frères abandonna la lutte de désespoir. 11 quitta 

I un jour ses amis et sa famille et entra dans un monde plus vaste. 

11 devint un blanc parmi les gens qui ne le connaissaient pas et il 

mène maintenant une vie prospère. » 



1 



ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 



^<,>' 



celte ligne ne fût pas interrompue. Dans trois villes du 
Nord seulement, les employés de race blanche ont permis 
aux noirs de travailler avec eux aux tramways, et partout 
le nombre de nègres ainsi employés a été trop insignifiant 
pour qu'on en parlât. Le Comité des affaires et du travail, 
à la Conférence nègre de Hampton, a donné dans son rap- 
port le résumé suivant sur la situation des ouvriers nè- 
gres : 

« Les Associations de Travail, dans les États situés sur, . 
la ligne de démarcation, ont généralement suivi une poli- 
tique exclusivisle à Tégaj'd de la race noire, et ont refusé 
de comprendre les artisans nègres dans leur projet d'orga- 
nisation. De cette manière, ces derniers ont été forcés de 
chercher du travail dans leurs ii^éyers respectifs, endehprs, 
de l'Association, et de l'accepter aux salaires qu'ns ont pu \ } j 
trouver. On a persévéré dans cette politique sans interrup- 
tion depuis la guerre civile. 

« La raison généralement donnée par les Associations 
de gens de race blanche pour ne pas admettre les nègres 
dans leur sein, est exprimée par Mr. E. E. Clark, président 
des « Railway Conductors », et par un certain nombre 
d'autres. Mr. Clark dit : « LeS nègres sont toujours dispo- 
sés à travailler pour des gages que les blancs ne sauraient 
accepter et auxquels on ne pourrait d'ailleurs leur deman- 
der de consentir. » Quel argument extravagant ! On refuse 
d'admettre les noirs dans l'Association, on les force de 
chercher leur vie en dehors d'elle, on leur refuse le béné- 
fice de la protection et de la discipline de ladite Associa- 
tion, et quand, pour vivre, ils sont forcés d'accepter de 
l'ouvrage aux conditions impgsées par les patrons, les 
membres de l'Association s'écrient : « Non, nous ne rece- 
« vons pas le nègre dans notre sociét»'*, parce qu'il est tou- 
« jours disposé à travailler pour un salaire que les blancs 
« ne peuvent accepter. » Il y a eu des exemples de tentatives 
faites par les ouvriers noirs pour s'organiser séparément. 



.Vyv^^ 



DU NÈGRE 209 

Mais généralement, quand ces organisations sont entrées 
en concurrenre avec les Associations de blancs pour le 
même métie^, les Associations de noirs ont été incapables 
de résister à l'opposition des patrons^ à l'Association des 
ouvriers blancs, au préjugé de race, et elles se sont 
dissoutes. ». 

J'ai envoyé personnellement des lettres d'enquête aux 
directeurs des institutions industrielles et aux autres per* 
sonnes intéressées àTéducation des nègres, dans le but de 
connaître Futilité do leur formation manuelle. Les réponses 
émanent d'autorités compétentes, et cependant elles se 
contredisent souvent : Il ne faut pas attribuer ces contra- 
dictions uniquement aux pr ^>L£ ntionsdes correspondants; 
en réalité, l'avenir industriel du nègre diffère aujour- 
d'hui, suivant le pays ; ce qui est vrai à un endroit est faux 
• dans la ville voisine. Nous croyons utile de donner ici un 

aperçu de ces réponses contradictoires, en reconnais- . 

§ant que chacune d'elles exprime une vérité pour le pays 

qu'elle concerne. La question posée était celle-ci : «Xes 

diplômés^ nègres des écoles professionnelles trouvent-ils 

emploi dans les carrières demandant une certaine habileté, 

où bien les Associations de Travail les réduisent-elles à k . . ' \ 

des situations inférieures? » <.- •. - '^^ > 

Texas. — Du Texas, nous avons reçu les réponses sui- ^V .• 
vantes : 

Galveston — « Les nègres munis d'une formation indus- 
trielle trouvent de l'ouvrage évidemment, mais cela est 
plus difficile pour eux que pour un blanc d'habileté égale. 
A mon avis, il y a utilité à donner une éducation indus- 
trielle aux nègres dans des écoles spéciales ; cette éduca- 
tion leur fournit comme aux autres races le moyen de 
percer. » 

Béaumont, — « Les gens qui ont suivi jusqu'au bout 
des cours spéciaux trouvent facilement des emplois, avec 
des salaires raisonnables. Il est vrai qu'ils sont exclus des 

14 



y\ 



211) ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

Associations de Travail, mais Tabondance du travail et sa 
variété permettent à toutes les catégories d'ouvriers qègres 
de trouver à s'embaucher. » 

Crockett. — « Les diplômés nègres des écoles profes- 
sionnelles ne trouvent pas facilement d'emploi. Ils sont, 
pour la plupart, soumis à une exclusion méthodique de la 
part des Associations de Travail. D'autre part, la « Ame- 
rican Fédération of Labour » est bien déterminée à agir 
avec justice et franchise avec les nègres, et l'esprit sya- 
dical s'est grandement répandu parmi eux dernière- 
ment. » 

Missouri, Jeferson City. — u Dans le Sud, les nègres 
sont employés comme habiles artisans et s'organisent en 
Associations de Travail. » 

Kansas City, — « Les écoles professionnelles pour les 
noirs sont pour la plupart situées dans cette partie du 
pays où le nègre passe pour être habile ouvrier. Consé- 
quemment, les diplômés de ces écoles réussissent bien. 
On les demande à la fois pour les industries et comme 
maîtres dans les écoles professionnelles. Quant aux Asso- 
ciations de Travail, elles opposent un obstacle aux nègres 
dans le Nord et dans l'Ouest. L'instruction industrielle, si 
elle forme aux affaires et donne de l'éducation au sens 
général du mot, en môme temps que la dextérité manuelle, 
empêchera les Associations de faire contre les nègres dans 
le Sud ce qu'elles font dans le Nord. » 

Louisiane. — a En général, les diplômés nègres des 
écoles professionnelles sont réduits aux emplois inférieurs 
pax les Syndicats. » 

ARKANSA.S, Fine Bluff. — « On a quelques exemples 
d'ouvriers habiles trouvant du travail avec rétribution 
suffisante. Mais l'effort général est toujours dirigé dans le 
but d'exclure les nègres des Associations. Quand bette 
opposition cède enfin, on permet aux nègres d'organiser 
des syndicats spéciaux» » 




DU NEGRE 211 

Ohio, Aenia. — « Les ouvriers de race noire trouvent 
assez facilement de Touvrage. » 

Tennessee. — Un éducateur éminent du Tennessee 
écrit : «J'apprends que la lutte contre Télémenl nègre sur 
le terrain du travail devient plus ardente, et que les 
ouvriers noirs capables ne trouvent guère de travail que 
chez les entrepreneurs nègres. Ceux-ci sont évidemment 
encore en petit nombre. Une amélioration se produira sans 
doute dans la situation, par suite des entreprises nègres, 
employant des ouvriers nègres, et produisant des articles 
pour la consommation des noirs. C'est un problème de 
savoir si deux civilisations de nature aussi différente 
peuvent réellement vivre côte à côte dans ce pays. 

« Hier encore, je consultais un entrepreneur au sujet 
d'une couverture d'ardoise à mettre à un de nos bâti- 
ments (Collège nègre). Je lui dis que je pouvais lui fournir 
deux bons ouvriers parmi nos étudiants, lesquels travail- 
leraient sous la direction de son surveillant ou de ses 
hommes. L'entrepreneur en question me répondit aussi- 
tôt que ses hommes ne consentiraient jamais à travailler 
avec des gens n'appartenant pas à leursyndicat, et certai- 
nement pas avec des nègres. La question de l'emploi des 
jeunes nègres, dans ' d'autres positions que celles de 
domestiqués, et en tant qu'instituteurs et prédicateurs 
pour leur propre race, est une des questions les plus 
urgentes pour le présent et pour un avenir immédiat. » 

Kentucky. — Les rapports du Kentucky semblent être 
un peu plus favorables aux nègres. 

Lexington, — « Les diplômés nègres des écoles profes- 
sionnelles peuvent entrer dans les Associations de Tra- 
vail, et un grand nombre d'entre eux occupent des situa- 
tions qui nécessitent de l'adresse et leur valent des salaires 
lucratifs. » 

Covington. — « Il n'y a pas, que je sache, d'ouvriers 
nègres capables sans ouvrage. » 



212 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

Paducah, — « Les Syndicats opèrent contre les nègres, 
les réduisant à des positions inférieures. » 

AL/iBAHA, Normal, — a C'est un fait que, en règle générale, 
les nègres, diplômés ou non, qui sont préparés à se lancer 
dans les hautes entreprises industrielles, sont Tobjet de 
l'opposition des Syndicats. Cette opposition est visible 
partout où les Syndicats sont les maîtres, au Sud comme 
au Nord. » 

Géorgik, Sandersville. — « Les élèves des écoles profes- 
sionnelles trouvent tous les emplois qu'ils désirent. » 

Home, — « Les Syndicats ne sont pas assez puissants ici 
pour s'opposer efficacement aux nègres munis d'une for- 
mation industrielle. Ces derniers trouvent autant de tra- 
vail qu'ils peuvent en désirer. » 

Atlanta. — « Les statistiques montrent que les diplômés 
des écoles professionnelles uè se lancent pas en grand 
nombre dans les carrières industrielles, parce qu'ils trou- 
vent ordinairement une occupation comme instituteurs ou 
prédicateurs. Les ouvriers capables, dans tous les métiers 
de construction, trouvent de l'ouvrage sans aucune diffi- 
culté dans notre État, sans rencontrer d'opposition de la 
part des Syndicats. On ne peut faire d'exception que pour 
les métiers de plombier et d'électricien. » 

MississiPi, Grenada. — « Les diplômés nègres des écoles 
professionnelles trouvent, dans quelques États du Sud, de 
l'ouvrage dans les métiers qui demandent de l'adresse, 
mais dans certains endroits ils sont réduits parles Syndi- 
cats à des positions inférieures. » 

Jackson, — « Généralement les diplômés nègres des écoles 
professionnelles trouvent du travail dans les métiers de- 
mandant de Tadrèsse. Nous n'avons pas de Syndicats pour 
leur faire la guerre. » 

Louisiane, La Nouvelle-Orléans. — « Un ouvrier nègre 
adroit peut trouver de l'ouvrage en abondance. Les Syn- 
dicats ne veulent pas de noirs. » 






DU NÈGRE 213 

Floride, t/acA'5onî;i//e. — « Les diplômés nègres des écoles 
professionnelles peuvent sans grande difficulté obtenir des 
emplois lucratifs, quand ils sont parfaitement formés à 
leur métier. Les Syndicats n^opèrent pas contre eux d'une 
manière importante dans le Sud. » 

Martin. — « Les diplômés nègres des écoles profession- 
nelles ont bien réussi dans quelques circonstances, mais la 
majorité d'entre eux n'ont pas trouvé d'emploi, ou n'ont 
pu se procurer le capital nécessaire pour se faire une situa- 
tion dans la branche pour laquelle ils s'étaient formés. En 
disant qu'ils n'ont pas eu le capital nécessaire, je veux dire 
qu'ils ne possédaient pas assez d'argent pour monter une 
boutique et attendre les bénéfices. J'ai vu un certain nom- 
bre de diplômés chargés de l'enseignement littéraire dans 
les écoles, si je peux parler ici d'enseignement littéraire. 
Les écoles professionnelles devraient être développées et 
soutenues, et alors, les diplômés pourraient arriver à des 
résultats plus satisfaisants. J'ai enseigné dans les écoles 
nègres du Tennessee, du Mississipi, de la Louisiane et de 
la Floride, et je ne connais personnellement pas un seul 
diplômé des écoles nègres professionnelles qui puisse se 
faire embaucher pour des travaux publics en qualité d'ou- 
vrier. J'ai entendu dire qu'il y en avait six ou dix. » 

Caroline du Nord, Winton. — « Les ouvriers habiles trou- 
vent facilement à s'employer, malgré leur race et leur 
couleur, là où il n'existe pas de Syndicats. iMais là. où les 
Syndicats sont en vigueur, leur opposition se manifeste 
contre les ouvriers nègres » 

Windso7\ — «Je n'ai entendu parler d'aucune opposition 
dirigée contre les diplômé ^ nègres des écoles profession- 
nelles, pour les empêcher d'obtenir des situations dans la 
Caroline du Nord. » 

Greensboro. — « Les diplômés nègres des écoles profes- 
sionnelles qui sont habiles ouvriers voient s'ouvrir devant 
eux de superbes perspectives dans le Sud. En réalité, le 



214 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

Sud est un terrain beaucoup plus favorable que le Nord 
pour presque toutes les formes du travail des nègres. » 

Elizabeth City. — « 11 n'est pas encore sorti un grand 
nombre de diplômés nègres des écoles professionnelles. 
Les Syndicats n'ont pas encore entravé d'une manière di- 
recte la carrière de ceux qui en sont sortis. » 

Kings Mountain. — «Il y a relativement peu de Syndicats 
dans le Sud. Je crois que tous les nègres vraiment capables 
obtiennent d'assez bonnes positions dans les divers mé- 
tiers. » 

Garolinu du Sud, Columbia. — « Le nombre des diplômés 
sortis des écoles professionnelles n'est pas encore assez 
grand pour attirer beaucoup l'attention. Les neuf dixièmes 
environ du travail industriel, et presque tous les grands 
ouvrages, sont exécutés dans le Sud par les nègres. Les 
Syndicats essaient dans la plupart des localités d'exclure 
les nègres, mais ces Syndicats ont échoué dans leur entre- 
prise. Quand un blanc et un noir sont employés comme 
ouvriers, et pour faire le même ouvrage, le blanc reçoit 
une rétribution supérieure à celle du noir. » 

Saint-George. — « Généralement les diplômés nègres des 
écoles professionnelles trouvent des emplois dans les bran- 
ches industrielles qui demandent de l'habileté. J'ajouterai 
qu'ici, dans le Sud, les écoles professionnelles sont plus en 
faveur auprès des blancs que les écoles chargées de donner 
l'instruction libérale : l'éducation industrielle est considé- 
rée ici, parmi les nègres, comme la clef du problème. » 

Virginie, Z^anuî//^. — « Les diplômés industriels trouvent 
de l'ouvrage dans le Sud, mais ils ne peuvent obtenir pres- 
que aucun emploi dans le Nord. Les Syndicats réduisent 
rapidement les nègres aux emplois inférieurs, et auront 
tôt fait de les exclure enlièrement. » 

Les réponses mentionnées sont, à dire vrai, inquiétan- 
tes, etsemblent indiquer une période critique dans la situa- 



DU NÊGHÈ 215 

tion industrielle du nègre : il ne s'agit plus, à ce qu'il 
semble, de mettre en doute sa capacité, comme individu, 
à acquérir une adresse professionnelle, et par suite là pros- 
périté matérielle; mais il se pose plutôt une question 
égoïste, qui est de savoir si on lui permettra d'exercer un 
métier quand il sera devenu habile. Tant qu'il reste un 
simple manœuvre destiné à exécuter le gros ouvrage, on 
le tolère; mais comme ouvrier habile, pouvant concurren- 
cer avec succès le travilleur blaûc, il t*encontre dans son 
rival lin ennemi tenace, disposé à mettre en usage toute la 
puissance que lui fournit le système des Associations de 
Travail (1). 

IV 

ÉCOLES PROFESSIONNELLES 

La question qui se pose naturellement est de savoir si 
les écoles professionnelles pour les nègres doivent pren- 
dre en considération l'hostilité manifeste des Syndicats et 
n'enseigner, par suite, aux jeunes nègres que les métiers 
dans lesquels ils ne rencontreraient probablement aucune 
opposition de la part des ouvriers de race blanche, ou 
bien si ces mêmes écoles, en donnant une instruction 
comprenant l'universalité des métiers, pourraient assurer 
à leurs élèves la possibilité de résister, par les qualités 
acquises à l'école, à l'action contraire des Syndicats. Il est 
évident que si certaines Associations ont exclu les nègres, 
ce n'est pas tant à cause du préjugé de race, que parce 
que les noirs, privés jusqu'à présent de formation indus- 
trielle, sont généralement considérés comme incapables. 
Quand il existera un nombre assez considérable d'ouvriers 
nègres habiles (télégraphistes, sculpteurs sur bois, etc.), 

(1) Voir à l'Appeadice A la liste des Syndicats et leur attitude au 
sujet du travail des nègres. 



216 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

ils seront sans aucun doute admis dans les sociétés de 
race blanche, ou ils seront autorisés à former des sections 
de race noire dans les organisations de TÉtat ou sociétés 
nationales. 

Afin de mieux comprendre cette phase du problème 
industriel dans le Sud, il faut connaître en quelque ma- 
nière la nature de l'œuvre accomplie par les écoles d'en- 
seignement manuel, et se demander si les méthodes main- 
tenant en vigueur amèneront avec le temps une solution 
satisfaisante, et pourront transformer la masse des nègres 
illettrés et indisciplinés en membres intelligents et actifs 
du corps social. Les rapports de Tannée scolaire 1899- 
1900 accusent un nombre de 98 écoles industrielles de 
différente importance, dispersées à travers les États- 
Unis (1). Naturellement, on ne saurait s'attendre à ce que 
ces écoles puissent répondre aux besoins de neuf millions 
d'habitants, à moins que l'œuvre de ces institutions ne 
soit complétée par un enseignement manuel donné dans 
les écoles communales. 

On a entrepris de donner quelque enseignement profes- 
sionnel dans plusieurs écoles communales pour les blancs, 
mais on a fait jusqu'ici très peu d'essais dans cette voie en 
faveur des nègres. Parmi les États du Sud où l'éducation 
séparée est de règle, quelques-uns seulement font men- 
tion de l'instruction industrielle donnée aux enfants noirs, 
et elle est presque toujours limitée à plusieurs grandes 
villes. Les Étals qui donnent cette instruction sont : l'Ar- 
kansas, le Missouri, la Géorgie, la Caroline du Sud, le 
Texas, la Virginie. Il se passera encore un certain temps 
sans doute avant que l'enseignement industriel ne forme 
une partie des cours des écoles communales ; il faut attri- 
buer ce fait aux frais que nécessiterait l'introduction d'une 
telle œuvre, et au déplorable manque de fonds scolaires. 

(1) Voir à TAppendice B la liste des Écoles professionnelles. 



\ 



DU NÈGRE 217 

Hampton Institute. — Lia première école profession- 
nelle pour les nègres fut établie en 1868 par le général 
Armstrong, à Hampton (Virginie), sous le nom d' « Institut 
Normal et Agricole de Hampton », et sous les auspices de 
r« American Missionary Association ». En 1878, les Indiens 
y furent admis, et cette entreprise pour donner une coédu- 
cation aux deux races a été sous tous les rapports cou- 
ronnée de succès. La première école fondée pour l'instruc- 
tion pratique des deux races arriérées ne se trouve qu'à 
quelques milles de distance de l'endroit où furent vendus 
les premiers esclaves nègres en Amérique, et sur rempla- 
cement même du village indien de Kecoughtan, détruit 
autrefois par les colons de race blanche. 

L*institut de Hampton n'est pas une école du gouverne- 
ment ni de TÉtat. Il fut cependant autorisé, en 1870, par 
l'Assemblée générale de Virginie, et obtint la personna- 
lité civile. Il est dirigé par une commission de dix-sept 
administrateurs, représentant sept sectes religieuses diffé- 
rentes et les diverses parties du pays. L'école est chré- 
tienne, mais strictement indépendante de tout esprit de 
secte. 

En outre, le Gouverneur de Virginie nomme une Com- 
mission d'inspecteurs, chargée de rendre compte à l'Etat de 
l'emploi des $ 10,000, qui constituent la quote-part d'inté- 
rêt annuel du « Land Scrip Fund ». Le Gouvernement 
fédéral, par un subside voté au Congrès, donne annuelle- 
ment à l'Institut $ 167^ pour l'entretien de chacun des 120 
Indiens qui se trouvent dans l'école. Les autres ressources 
de celle-ci consistent en fonds de donation, en subsides 
des Slater et Peabody Board, en fonds placés à intérêt, et 
en diverses sources de revenus moins importants. 

Le directeur de l'Institut, Mr. H. B. Frissell, dans son 
rapport annuel de 1901 adressé aux administrateurs, 
fournit les renseignements suivants ; « L'Institut de 
Hampton est évalué à $ 600,000. Il est exempt de dettes et 



218 ENSEIGNEMÈÎ>ît PROFESSIONNEL 

d'impi'jls. Il renferme 85 bâtiments : spacieux dortoirs, une 
église commémorative, et des locaux pour renseignement 
libéral, professionnel» agricole et de l'économie domes- 
tique. On y trouve également des ateliers, où Ton enseigne 
seize métiers. Les deux fermes appartenant à l'Institut ont 
une superficie d'environ 800 acres. 

« L'école professionnelle, « Armstrong-Slater Mémorial 
School », fut inaugurée en novembre 1896, et le bâtiment 
affecté à renseignement de l'agriculture et de l'économie 
domestique fut ouvert en mai 1898. Ces deux bâtiments, 
avec leur matériel, offrent des facilités uniques pour la 
formation des artisans, des agriculteurs et des professeurs 
d'écouomie domestique. 

« L'Institut de Hamptbn emploie 80 professeurs et sur- 
veillants; il est fréquenté par une moyenne de 1,000 élèves, 
représentant presque tous les États de l'Union ; 400 d'entre 
eux sont élevés à l'école primaire de Whittier, de la sec- 
tion de Técole normale. » 

Le directeur déclare en outre que sur les 1,100 diplômés 
qui sont sortis de l'Institut, 60 0/0 sont devenus institu- 
teurs et ont donné l'enseignement à plus de 750,000 
enfants de leur propre race. 

Il y a cinq sections à l'Institut de Hampton : 

1° Section académique (3 ans) ; 

2° École normale avec école de stage (2 ans) ; 

3*» Section agricole. 

4° Section des industries de production et de l'économie 
domestique; 

5° École professionnelle; 

Voici le programme des études dans la section acadé- 
mique ( I ) : 

Première année. — Agriculture, étude de la vie des 



(1) Les renseignements sur les études dans les (Jififérentes sections 
sont tirés des programmes de 1901, 



I 



DU NÈGRE 219 

plantes, des différents terrains, de la vie des insectes, 
hygiène, géographie, arithmétique, anglais, lecture et litté- 
rature, étude de la Bible, musique vocale, dessin, gymnas- 
tique ; formation au travail manuel, pour les garçons, 
menuiserie ; pour les filles, couture, « sloyd ». 

Deuxième année. — Science de Tagriculture;, hydrogra- 
phie, drainage des terres, cultures subséquentes, assole- 
ments, semis, maladies des insectes et des plantes, engrais 
et amélioration des terres, physique, géographie, arithmé- 
tique, anglais, lecture et littérature, histoire des États- 
Unis, étude de la Bible, musique vocale, dessin, gymnas- 
tique; éducation manuelle, pour les garçons, tournage du 
bois; pour les filles, couture, cuisine. 

Troisième année. — Agriculture, maladies des plantes, 
industries animales, physique, mathématiques, anglais, 
lecture et littérature, morale civique, histoire générale, 
musique vocale, dessin, gymnastique; éducation manuelle, 
pour les garçons, travail de la forge ; pour les filles^ cou- 
ture, coupe, confection, et aussi cours spéciaux de soins à 
donner aux malades, d'hygiène, et d'antisepsie domes- 
tique, premiers secours à donner aux blessés. 

Ecole normale. — Les élèves réguliers sont obligés de 
posséder le diplôme académique de l'Institut de Hampton 
ou son équivalent. Le cours est d'une durée de deux ans. 

Cours pédagogique : Introduction à l'éducation, 'psy- 
chologie, la psychologie de l'enfance, histoire de l'édu- 
cation, auteurs classiques qui ont écrit sur l'éducation, 
organisation et administration des écoles ; société nègre 
et indienne. 

Cours sur les sujets scolaires (en insistant particulière- 
ment sur les méthodes). Arithmétique, littérature, histoire, 
géographie, histoire naturelle, éducation manuelle, dessin, 
science domestique, gymnastique, musique. 

Bibliotechnie. 

Cours spéciaux conduisant aux diplômes spéciaux de 



"1 



220 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

Técole normale. (Lesélèves sont obligés de^suivre en même 
temps les cours généraux). Cuisine, chimie, couture, con- 
fection des vêtements, dessin, gymnastique. Travail dans 
l'école de stage, à Técole publique de Whittier. 

Section agricole. — Les mêmes conditions sont requises 
pour l'admission, que pour le cours d'école normale. Les 
cours sont de trois ans, et spécialement destinés à ceux 
qui ont l'intention de devenir professeurs publics d'agri- 
culture ou intendants. 

Science : Chimie, botanique, vie des insectes. 

Agriculture: Histoire de Tagriculture, comptabilité agri- 
cole, nature du sol, drainage, cultures, horticulture, jardi- 
nage utilitaire, arboriculture, fleurs, jardinage d'orne- 
ment, élevage des animaux. 

Laiterie. — Bâtiments de la laiterie, bactériologie du 
lait, fabrication du fromage, ustensiles de la laiterie. 

Cours commerciaux. — Tenue des livres, correspon- 
dance commerciale, rédaction des lettres, droit commer- 
cial, efl'ets de commerce. 

Cours d'électricité. — Cours pratique et technique sur 
les applications de l'électricité, comprenant l'étude des fi's 
pour lumière électrique, sonnette, etc. 

Construction et installation des téléphones, moteurs et 
dynamos, construction des petits appareils électriques, 
télégraphie, galvanoplastie et électrotypie. 

Cours professionnels : à « Armstrong and Slater Mé- 
morial Trade School. » Les candidats à l'admission doi- 
vent être âgés d'au moins 16 ans, et capables de passer 
l'examen d'entrée pour la section académique. Les étu- 
diants sont obligés de consacrer neuf heures par jour à 
Tétude des métiers, et deux heures à la classe de l'école du 
soir. Les cours de cette école sont d'une durée de trois ans. 
Les cours suivants sont ouverts aux étudiants: charpen- 
terie, peinture en bâtiments, charronnerie et forge, travail 
des machines, métiers de tailleur, de maçon, de plâtrier, de 



F 



DU NÈGRE 221 

cordonnier, de bourrelier, de mécanicien pour machines 
à vapeur, d'étameur, ébénisterie, imprimerie. 

Section des ateliers modernes. — Là, certaines industries 
sont conduites comme des entreprises d'affaires, et sont 
ouvertes aux élèves qui ont passé un an à Técole profes- 
sionnelle dans la section pratique. Elles offrent les facilités 
nécessaires pour apprendre l'organisation des industries 
de production, pour s'exercer à l'application pratique 
des principes étudiés à l'école professionnelle, et à l'occa- 
sion, pour gagner de l'argent dès avant la sortie de l'école. 

Pendant les vacances de juillet et d'août, l'école profes- 
sionnelle est ouverte aux garçons de 10 à 17 ans demeurant 
dans le voisinage. Les cours professés pendant cette pé- 
riode ont trait au travail manuel, à la charpenterie et aux 
métiers de forgeron, de charron et de cordonnier. 

Le Directeur de Hampton dit que, pour l'année scolaire 
finissant en juin 1901, le nombre des étudiants qui ont 
reçu l'enseignement professionnel a été de: forgerons 25, 
charrons 15, charpentiers 38, tailleurs 20, peintres en bâti- 
ments 10, étameur 1, ajusteurs de machines à vapeur 5, 
mécaniciens 13, maçons 6, bourreliers 5, cordonniers 9, 
tapissiers 11, imprimeur 1. 

Durant la même année, 454 élèves ont reçu l'enseigne- 
ment agricole. 

Une des parties les plus importantes du programme 
d'éducation de Hampton est peut-être l'enseignementdonné 
aux jeunes filles, pour la direction du ménage. On y insiste 
particulièrement sur les devoirs domestiques. Tout le tra- 
vail de la buanderie et une grande partie de l'ouvrage de 
la maison est exécuté par les jeuiîes femmes, et, en plus 
des cours de cuisine, de couture, de « sloyd », de tapisserie, 
de confection des vêtements el de tissage, on donne aux 
jeunes filles un enseignement élémentaire ayant trait à la 
pose de papiers, à la peinture de bâtiments, aux répara- 
tions les plus communes (chaises, serrures, etc.), à la 



222 ENSEIGNEMENT PHOFESSIONNEL 

peinture à la chaux, à la laiterie, à Télevage delà volaille, 
à la culture des légumes, au jardinage, et à la fabrication 
des matelas. 

Le directeur, Mr. H. B. Frissell, ajoute dans son rapport : 
« Chacun de nos élèves reçoit une instruction manuelle. 
Personne ne sort d'Hampton, avec le titre de diplômé, sans 
avoir travaillé le bois, le fer, les métaux en feuilles, et 
sans avoir suivi le cours d'agriculture. Aucune jeune fille 
ne quitte Técole avec le diplôme sans avoir été exercée au 
travail du bois, et être devenue capable par là de fabriquer 
et de réparer des meubles simples, ou sans. avoir appris à 
faire la cuisine et à préparer les repas, à faire ses robes 
et ses objets de lingerie. On donne également à la jeune 
fille une connaissance appréciable de la vie des plantes et 
des animaux. » 

L'école de Hamplon n'a pas seulement envoyé dans les 
différents pays d'Amérique ses diplômés devenus maîtres 
à leur tour, elle n'a pas seulement exercé ses ouvriers, mais 
elle a aussi établi et développé un grand nombre d'écoles 
industrielles, semblables à elle, sous la direction de ses. 
diplômés. Le plus important de ces établissements est 
celui de Tuskegee, qui égale Tiûstitution mère par le nom- 
bre de ses élèves et l'activité de son travail. Parmi les 
autres ramifications de Hampton qui exercent une influence 
importante, il faut citer les écoles de Kittrell (Caroline du 
Nord), Gloucester et Lawrenceville (Virginie), l'école de 
Calhoun et la « Mt. Meigs Peoples' School » (Alabama), 
enfin l'école de Denmark (Caroline du Sud). 

Tuskegee Institute. — L'Institut Normal et Indus- 
triel de Tuskegee (1), la plus grande et la mieux connue 
des écoles professionnelles pour nègres aux États-Unis, fut 
établie en 1881 par Mr.Booker T. Washington, qui fut d'a- 



(1) Max Bennett Thrasher, Tuskegee^ Ils Slory and its Work^ 8iuall, 
Maynard aud Company, Boston, 1901. 



y^ 



/ DU NÈGRE 223 

bord diplômé, puis professeur de Tlnstitut de Hampton. 
Le gouvernement de TAlabama, en 1880, fit une loi 
affectant $ 2,000 annuellement pour le payement des pro- ^.^^^kj^^ 

fesseurs d'une école normale, qui devait être installée à /-/ i Sy^-^^f^^^ 
Tuskegee. Quand Mr. Washington arriva sur les lieux, il ^ /-*-^ <>*--^ 
s'aperçuLqu^i^ft^ avait aucun fonds capable de subvenir 
à la construction de bâtiments, à l'achat de mobilier, de 
livres, de matériel scolaire, etc. Les noirs furent eux-mêmes 
obligés de subvenir à ces dépenses. Une vieille église affec- 
tée aux nègres fut utilisée comme bâtiment d'école, une 
masure située près de l'église servit de salle de classe 
additionnelle. Cette seconde salle était si misérablement 
bâtie que, lorsqu'il pleuvait, le toit laissait passer l'eau 
assez abondamment, si bien qu'un des élèves était obligé 
de tenir un parapluie ouvert au-dessus du professeur, pour 
que le cours pût continuer sans interruption. Sortie 
d'une si humble origine, Técole a grandi presque mi- 
raculeusement, pour atteindre enfin ses proportions 
actuelles. Aujourd'hui, Tuskegee possède 2,500 acres de 
terre. Il faut compter, en outre, 23,000 acres de terrain 
inculte et non défriché, donné à l'école en 1899 par le 
Gouvernement fédéral ; aux termes de la donation, Técole 
pouvait vendre ce terrain, le louer ou le faire valoir, selon 
que les directeurs le jugeraient convenable. La valeur des 
bâtiments, de la plantation, etc., est d'environ $ 400,000, 
et l'évaluation totale, comprenant les donations en terrain 
ou en argent, et le matériel nécessaire aux travaux, atteint 
à peu près $ 730,000. Il y a environ 50 bâtiments, qui tous, 
à l'exception de trois, ont été élevés par la main des élèves. 
On compte sur la ferme environ 800 têtes de bétail, y com- 
pris les chevaux, les mules, les vaches, les porcs et les mou- 
tons, et près de 3u voitures. 

Le corps d'enseignement se compose de 112 professeurs, 
instructeurs, industriels et aides. Un caractère intéressant 
de l'Institut de Tuskegee est que le personnel de la maison 



L 



1 



224 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

est entièrement composé de nègres. Pendant Tannée 11)01, 
i,324 élèves ont été inscrits à Técole. On n'en admet aucun 
au-dessous de H ans, et ils doivent savoir lire et écrire à 
leur entrée dans rétablissement (1). 

Dans le rapport sur Tannée scolaire, terminée en mai 
1900, Mr. Booker T. Washington disait : 

« Durant la présente année scolaire, les élèves ont été 
exercés aux 28 industries suivantes, en dehors de rensei- 
gnement religieux et académique : 

« Agriculture, laiterie, horticulture, élevage du bétail, 
états de forgeron, de maçon, et de charpentier, carrosserie, 
cuisine, dessin architectural, industriel et à main levée, 
couture simple, métier de plâtrier, plombage, imprimerie, 
scierie mécanique, fonderie, économie domestique, bour- 
rellerie, machines électriques, blanchissage mécanique, 
fabrication de matelas, mercerie, état de garde-malade, 
peinture en bâtiments, cordonnerie, confection des vête- 
ments, métier d'étameur, charronnerie. 

« Cette année, nous avons réalisa des progrès en ce qui 
concerne les occupations extérieures des jeunes filles. De- 
puis le commencement de cette année scolaire, nous exer- 
çons un certain nombre de jeunes filles à Télevage de la 
volaille, à Tapiculture, aux travaux de la laiterie, au jardi- 
nage, à la culture des fruits, etc. Il n'y a pas de raison, 

(1) Rapport de B. T. Washington sur Tuskejee. (Juin 1903) « Dans le 
courant de celte année, nous avons inscrit 1,550 élèves, et 1,441 fu- 
rent assidus. Ces chiffres ne comprennent pas les 240 enfants de 
l'école de stage où les futurs instituteurs s'exercent à la pédagogie, 
ni les 128 élèves qui assistent à l'école du soir et aux cours de cui- 
sine donnés l'après-midi dans la ville de Tuskegee, ni les 18 élèves 
qui suivent l'école du soir dans le village de Greenwood, m les milliers 
d'adultes qui sont instruits continuellement par les conférences 
nègres annuelles de Tuskegee et les conférences locales répandues 
dans le Sud. 

« Nos registres d'inscription montrent qu'il y a ici 49 élèves venus 
de 11 pays étrangers différents... ; les gouvernements de Porto-Rico et 
d'Haïti, par exemple, ont envoyé des boursiers. »> 



J 



bu NÊGRÈ 22S 

dans ce climat, de ne pas enseigner aux femmes ces petites 
industries, et on doit leur donner ainsi des connaissances 
qui les rendent capables de bien gouverner leur barque, et 
de vivre en même temps en plein air. Une grande basse- 
cour s'établit maintenant, et elle sera placée presque entiè- 
rement sous les ordres de nos jeunes filles. » 

Dans le même rapport, Mr. Washington donne un com- 
pte-rendu sommaire des travaux pratiques de Técole : 

« Le résultat le plus précieux de l'éducation industrielle 
est de donner aux élèves des habitudes de travail, d'épar- 
gne, d'économie, et une juste conception de la dignité du 
travail. Mais, de plus, vu la situation économique actuelle 
de la race noire, il est de la plus haute importance qu'un 
trèâ grand nombre d'élèves des institutions semblables à 
la nôtre consacrent leur temps à des occupations indus- 
trielles. Estimons donc l'œuvre de Tuskegee d'après ce 
critérium. Le 10 janvier de la présente année scolaire, nous 
avons inauguré le «Slater-Armstrong Mémorial Building. » 
Ce bâtiment a la forme d'une double croix grecque; ses 
dimensions sont de 283 X 315 pieds, et il a deux étages. 
Les plans de ce bâtiment furent exécutés par notre pro- 
fesseur de dessin mécanique, un nègre. 11 fallut 800,000 
briques pour construire cet édifice, et toutes ces briques 
sans exception furent fabriquées par nos élèves apprenant 
le métier de briquetier. Toutes furent placées par les 
élèves en train d'apprendre le métier de maçon. Les 
plâtre^, la charpente, la maçonnerie, les peintures, les 
toitures en zinc, furent exécutés par nosélèVes s'occupant 
de ces différents métiers. Le nombre total des élèves qui 
reçurent l'enseignement pratique sur ce seul bâtiment est 
de 196. L'édifice sera éclairé à l'électricité, et tous les 
appareils électriques sont posés par les élèves qui se consa- 
crent à l'étude des machines électriques. La force motrice 
qui fait marcher les instruments de ce bâtiment provient 
d'une machine d'une puissance de 125 chevaux, et d'une 

15 



L 



1 



226 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 



chaudière d'une puissance de 75 chevaux. Toutes ces 
machines ne sont pas seulement placées sous la surveil- 
lance d'élèves qui apprennent l'état de mécanicien, mais 
elles ont été installées par les élèves, sous la surveillance 
de leur instructeur. 

« Prenons un autre exemple, celui de Tagriculture. Nos 
élèves cultivent chaque jour 700 acres de terre, pour étu- 
dier Tagriculture. Ceux qui s'occupent de la laiterie 
traient quotidiennement 75 vaches et pourvoient aux 
soins nécessaires à ces animaux. Ils prennent soin en 
outre des produits de la laiterie. Tout ceci sert d'exercices 
pratiques à ceux qui apprennent la laiterie. Le nombre 
total des élèves qui reçoivent l'enseignement dans les dif- 
férentes sections de l'agriculture et de la laiterie a été | 
l'année dernière de 142. Ceux qui travaillent dans les 
fermes ont pris soin de 619 porcs cette année, et je pour- ; 
rais continuer ainsi, donnant non point des théories, ou 
des on-dits, mais des faits réels pris dans les diflFérentes 
sections de l'école. » 

Les frais de l'éducation de chaque élève pour un an sont 
estimés en moyenne à $ 75. C'est une règle de l'établisse- 
ment, cependant, de n'exclure aucun élève incapable de 
payer le prix de son entretien. Les étudiants qui ne pos- 
sèdent pas les fonds nécessaires à cet eflfet peuvent tra- 
vailler pendant la journée, soit dans les usines, soit sur 
les fermes, et assister aux classes du soir. L'argent qu'ils 
gagnent par leur travail est affecté à payer les frais de 
leur entretien et de leurs études. L'école du soir est donc 
destinée originairement aux élèves qui n'ont pas le moyen 
de payer les frais de leur éducation. Us doivent être 
âgés d'au moins 16 ans, et être capables de fournir le 
travail d'un adulte. Pour l'enseignement académique, 
Tuskegee donne un cours primaire (Common school 
course) de 3 ans, et un cours d'école primaire supé- 
rieure d'une durée de 4 ans. Le programme de l'enseigne- 



DU NEGRE 227 

ment est celui-ci : arithmétique, grammaire, géographie, 
lecture, orthographe, musique, dessin, histoire des États- 
Unis, algèbre, morale et instruction civique, physiologie, 
géométrie, tenue des livres, géologie, physique, chimie. 
Les études de la quatrième année sont différentes, selon 
que les élèves choisissent le cours de métiers ou le cours 
normal. Dans le premier cas, les études de la dernière 
année sont : la chimie plus développée, le dessin mécani- 
que, la géométrie, la physique, et les métiers ; pour le 
cours normal, les études sont : la psychologie, la morale, 
la pédagogie, les classiques anglais et américains, et une 
revision des études d'anglais de Tannée précédente (i). 

L'Institut de Tuskegee a aussi établi une école du soir 
dans la ville de Tuskegee, et TassisLance quotidienne 
compte environ 90 élèves, employés pendant le jour. De 
plus, il y a une classe de cuisine l'après-midi, spéciale- 
ment destinée aux servantes. Sous la direction et la pré- 
sidence de Mr. G. W. Greene, directeur de la section agri- 
cole de Tuskegee, ont lieu une fois par mois des séances à 
l'intention des fermiers nègres de Maçon Gounty. M""* Was- 
hington a établi également des réunions pour les mères, 
et des Glubs de femmes, qui ont vulgarisé les enseigne- 
ments de Técole, Elle-même a raconté comment elle 
fonda le premier de ces Glubs à Tuskegee : 

« Lorsque les femmes viennent à la ville le samedi avec 
les hommes pour faire leur marché, elles sont fréquem- 
ment.forcées de passer de longues heures à attendre leurs 
maris, occupés de leur côté à conclure leurs transactions 
ou à causer. Souvent ces femmes ont de petits enfants 
qu'elles doivent tenir dans leurs bras pendant tout ce 
temps. J'ai pensé que ce serait une belle chose et une 
bonne œuvre, de fournir à ces femmes un local où elles 



(i) Voir à r Appendice C les programmes des autres Ecoles profes- 
sionnelles. 



1 



228 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

pussent venir se reposer, en profitant* peut-être, en même 
temps, d'un enseignement. 

« Je découvris dans la ville une vieille remise de pompe 
à incendie, qui pouvait servir à mon dessein. Ce n'était 
pas là un local très confortable, mais Ton pouvait s'en 
contenter au commencement. Maintenant nous avons des 
appartements plus favorables. J'ai envoyé un jeune 
garçon inviter toutes les femmes qui voudraient , venir 
pour une après-midi dans mon local. Je n'avais rien dit à 
personne sur ce que j'avais l'intention de faire, parce qu.e 
je n€ savais de quelle manière on répondrait à mon invi- 
tation. Elles vinrent, cependant, dès le premier jour ; et 
le nombre des visiteuses augmenta bientôt. Souvent nous 
avons près de cent femmes maintenant à nos meetings, et 
ces femmes ont fait quelquefois dix milles ou plus pour 
venir ipi. 

« Nous avons aujourd'hui deux salles, avec des meubles 
très simples. Nous possédons un fourneau de cuisine et 
quelques plats à notre service; en un mot, notre matériel 
est suffisant pour que nous puissions donner des entretiens 
sur la cuisine, et obliger en même temps les femmes à 
mettre en pratique notre enseignement. Nous possédons 
aussi une pièce, munie de tout le matériel d'une cham- 
bre à coucher. Nous donnons aux femmes des leçons pour 
faire les lits, et nous leur enseignons à arranger comme il 
faut une chambre à coucher. Il y a trop de gens encore, 
dans les habitations des campagnes, qui ne se donnent pas 
la peine d'avoir des draps et un oreiller. Ils se glissent 
entre les couvertures misérables qu'ils possèdent, sans 
quitter leurs vêtements. J'ai fait mettre au milieu d'une 
chambre une baignoire de zinc; pour leur montrer com- 
ment on peut suspendre un rideau de calicot à un cerceau, 
ou dans un coin de la chambre, de telle sorte que les habi- 
tants de la maison puissent se baigner, n'y eût-il qu'une 
pièce. Quelquefois nous leur montrons à couper et à 



J 



r 



DU NÈGRE 229 

confectionner des vêtements pour elles-mêmes et leurs 
enfants; nous leur donnons aussi des leçons de couture* 
Nous leur enseignons à découper des gravures dans les 
journaux, à leur faire de petits cadres, et grâce à ces 
menus objets, à donner un air coquet à leur intérieur. Ce 
n'est encore là qu'un petit nombre des choses que nous 
faisons aux meetings pour les mères... » 



Fonds Slater. — Beaucoup d'écoles professionnelles 
sont aidées par des églises et des sociétés de bienfaisance, 
dont la plus importante est r« American Missionary Asso- 
ciation ». 

Parmi les secours individuels, le principal vient de la 
fondation « Slater», dont nous avons déjà parlé. Bn 1882, 
Mr. John F. Slater donna un million de dollars pour « élever 
la population des États du Sud nouvellement émancipée 
et sa postérité, en leur donnant les grâces de l'éducation 
chrétienne». La plus grande liberté était laissée aux admi- 
nistrateurs de ce legs, et en 1883, ils résolurent qu'ils 
accorderaient leur protection aux écoles qui étaient les 
plus capables de préparer les jeunes gens et les jeunes 
filles noirs à devenir utiles à leur race, et qu'ils recherche- 
raient soigneusement, pour les faire participer de préfé- 
rence à ce don, les écoles qui enseignent les métiers et les 
autres occupations manuelles susceptibles de rendre les 
jeunes gens noirs capables de gagner leur vie et de devenir 
d'utiles citoyens. 

Voici la liste des institutions aidées en 1886-87 par le 
don « Slater » : 

Atlanta University, Atlanta, Géorgie. 

Beaufort Normal School, Beaufort, Caroline du Sud, 

Benedict Institute, Columbia, Caroline du Sud. 

Central Tennessee Collège, Nashville, Tennessee. 



L 



230 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

Claflia University, Orangeburg, Caroline du Sud. 

Clark University, Atlanta, Géorgie. 

Fisk University, Nashville, Tennessee. 

Gilbert Seminary, Baldwin, Louisiane. 

Hampton Institute, Hampton, Virginie. 

Hartshorn Mémorial Institute, Richmond, Virginie. 

Howard University, Washington, District de Colombie. 

Jackson Collège, .Jackson, Mississipi. 

Kentucky Normal University, Louisville, Kentucky. 

Léonard Médical School, Raleigh, Caroline du Nord. 

Leland University, Nouvelle-Orléans, Louisiane. 

MooreSt. Industrial School, Richmond, Virginie. 

Mt. Albion State Normal School, Franklinton, Caroline 

du Nord. 
Mt. Hermon Female Seminary, Clinton, Mississipi. 
New-Orleans University, Nouvelle-Orléans, Louisiane. 
Paul Quinn Collège, Waco, Texas. 
Paine Institute, Augusta, Géorgie. 
Philander Smith Collège, Litlle Rock, Arkansas. 
Roger Williams University, Nashville, Tennessee. 
Rust University, Holly Springs, Mississipi. 
Scotia Seminary, Concord, Caroline du Nord. 
Shaw University, Raleigh, Caroline du Nord. 
Slater Industrial School, Knoxville, Tennessee. 
Spelman Female Seminary, Atlanta, Géorgie. 
Lemoyne Institute, Memphis, Tennessee. 
Levais Normal Institute, Maçon, Géorgie. 
Lincoln Normal University, Marion, Géorgie: 
Livingston Collège, Salisbury, Caroline du Nord. 
Meharry Médical Collège, Nashville, Tennessee. 
State Normal School, Huntsville, Alabama. 
State Normal School, Tuskegee, Alabama. 
Straight University, Nouvelle-Orléans, Louisiane. 
Talladega Collège. Talladega, Alabama. 
Tillotson Institute, Austin, Texas. 



DU NÈGRE 231 

Tougaloo University, Tougaloo, Mississipi. 

Voici le rapport que fit en 1890 M. Haygood, Agent 
général du fonds Slater : « Un résultat important de l'œuvre 
de Slater (et il est difficile de dire son importance et son 
étendue) est celui-ci : renseignement industriel introduit 
et protégé par le « Slater Fund » a fait à la cause de l'édu- 
cation nègre plus d'amis parmi les hommes blancs du Sud 
que tous les discours et ouvrages réunis. » 

En 1891, le Docteur Haygood écrit son dernier rapport 
dont voici une partie: « Dans le développement de son 
éducation, le nègre vient d'arriver à la ligne critique, dont 
moins que tout autre il «se rend compte. Jusqu'ici, par 
suite de l'éducation, le développement de ses besoins a 
été trop rapide par rapport au développement des moyens 
qu'il avait de les satisfaire. Chez la plupart il en résulte 
du mécontentement, pour beaucoup des malheurs, chez 
d'autres une sorte de désespoir, pour un certain nombre 
de la perversité. Sur ces points, je n'ai pas l'ombre d'un 
doute, car j'ai étudié longuement et minutieusement ce sujet 
particulier. Un garçon de charrue qui gagne par andelOOà 
150 dollars, en plus du logement et de la nourriture, en 
a assez pour satisfaire à ses besoins ordinaires ;<;e garçon, 
après être allé six ans à l'école, non seulement a le désir, 
mais a besoin de 300 à 500 dollars par année; ses besoins 
ont augmenté, mais sa capacité de gagner de l'argent n'a 
pas crû dans les mêmes proportions. 

« Cet état de choses provient d'une loi universelle 
naturelle à l'humanité et, en particulier, au nègre améri- 
caiu, qui est maintenant, et non par sa faute ou son choix, 
dans sa crise de développement. Il n'est donc pas sur- 
prenant que beaucoup de nègres, qui n'ont reçu qu'une 
instruction incomplète, tournent mal et essayent de se pro- 
curer de l'argent par de mauvais moyens. Dans ces ques- 
tions, la faiblesse du noir montre qu'il est le frère de 
ses voisins blancs. Les prisons contiennent assez de blancs 



232 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

à moitié instruits pour prouver que la vertu n'est pas ac- 
quise par l'étude des rudiments. Dans toutes les races, il est 
vrai qu'avec des connaissances nouvelles viennent aussi 
de nouvelles tentations; la force d'y résister arrive seule- 
ment en dernier lieu, quand elle vient. Dans tout ceci, un 
homme de bon sens ne trouve pas d'arguments contre 
l'éducation des nègres, mais une démonstration du besoin, 
pour eux et pour la race blanche, de plus d'instruction et 
d'une instruction meilleure. 

« Rien dans ces rapports n'est un argument contre les 
écoles supérieures pour les nègres qui en sont capables; 
cela veut dire, à ce qu'il me semble, que la plupart des 
élèves noirs n'ont pas besoin de passer par le collège 
ordinaire. » 

Le simple programme du travail industriel effectué dans 
les différentes écoles n'indique pas toujours son but ou la 
façon dont il est exécuté. Dans un certain nombre d'insti- 
tutions, l'enseignement désigné sous le nom de manuel a 
plutôt un but d'éducation; il n'a pas pour objet de produire 
immédiatement ou dans un avenir_jprochain des bénéfices 
pécuniaires. Dans d'autres établissements, cet enseigne- 
ment se rapproche de l'ancien système d'apprentissage, tan- 
dis que peu d'institutions plus riches donnent un complet 
enseignement technique des métiers divers, et préparent 
ainsi un ouvrier intelligent et habile, qui non seulement 
reçoit une parfaite instruction technique du métier qu'il a_ 
choisi, mais aussi un enseignement intellectuel développé. 

En dépit des rapports encourageants des 98 écoles indus- 
trielles, le chiffre des jeunes nègres qui viennent dans 
de telles institutions est nécessairement petit ; il est insi- 
gnifiant comparativement au nombre d'enfants noirs qui 
ont besoin d'instruction. Il est très clair que pour étendre 
cette œuvre à la nation tout entière, l'enseignement indus- 
triel sous plusieurs formes devrait former une partie des 
cours des écoles communales. 



) 



DU NÈGRE 233 

VI 
JUGEMENT SUR L'eNSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

« L'AUanta Conférence » de 1902, après avoir soigneu- 
sement étudié les conditions des écoles professionnelles, a 
formulé certaines conclusions concernant Tefficacité pré- 
sente de ces écoles. Ces conclusions peuvent se diviser en 
deux groupes : les défauts et les qualités. Les critiques 
opposées aux écoles professionnelles se résument ainsi (1) : 

a 1© Leur travail a trop coûté. 

« Le revenu total des écoles professionnelles était de 
$ 1,514,793. Ce revenu est celui de toutes les écoles qui 
donnent renseignement industriel dans n'importe quelle 
branche. Sur cette somme, $ 628,379 ou 41 0/0 allaient à 
Hampton et à Tuskegee.En tout, peut-être 1 million de dol- 
lars environ s'appliquaient réellement à l'enseignement in- 
dustriel, et le reste au travail académique et pédagogique. 
On peut évaluer à environ 5 à 10 millions de dollars le coût 
de l'enseignement industriel des nègres pendant ces vingt 
dernières années. 

« Le revenu total, y compris les dons et donations pour 
les écoles aidées par le « Slater Fund », était en 1899-1900 : 



Hampton. . 


$426.337 


939 élèves 


Spelman . . 


32.561 


599 — 


Tuskegee. . 


202.042 


1.180 — 


Claflin. . . 


37.000 


708 — 


Shaw. . . . 


21.185 


511 — 


Montgomery. 


15.000 


928 — 


Tougaloo. . 


15.000 


436 — 



« Même en admettant qu'une formation manuelle élémen- 

(1) The Negro Artisan, pp. 79-83, Atlanta University Publications^ 
no 7, 1902. 



1 



234 ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

taire ne soit pas très coûteuse, et que l'apprentissage de la 
couture et de la cuisine ne demande pas beaucoup de 
frais, il est clair que renseignement des métiers et la 
direction des écoles de travail nécessitent des dépenses 
considérables. L*école de Tuskegee coûte autant d'entre- 
tien pendant un an que toutes les œuvres du Sud de la 
« Freedmen's Aid and Southern Education Society », avec 
leurs quarante-trois écoles, leurs 413 professeurs, et leurs 
10,146 élèves. L'école de Hampton, elle aussi, reçut en 
1900 des subsides égaux à ceux qui furent affectés au 
maintien de tout le système scolaire de TÉtat de Virginie. 
Ces faits ne sont pas un argument sérieux contre Téduca- 
lion industrielle, mais ils soulèvent la question de savoir 
si les frais qu'elle exige ne sont pas plus exorbitants 
qu'il n'est nécessaire. Les plus grosses sommes dépensées 
sont consacrées à acheter les outils, les machines, les ma- 
tières premières dont les étudiants ont besoin, et à leur 
fournir du travail (pour payer leurs frais d'études). En ce 
qui touche la première source de dépenses, il est douteux que 
l'on puisse réaliser aucune économie. L'organisation des 
industries modernes devient de plus en plus compliquée et 
coûteuse, et si Ton veut donner à l'étudiant une bonne 
formation, conforme aux meilleures méthodes, il faut 
qu'il apprenne à manier et à employer les machines per- 
fectionnées. 11 doit y avoir aussi, dans tout enseignement 
de métiers, une consommation considérable de matières 
premières, dont on ne saurait tirer aucun parti, une fois 
qu'elles ont fait leur usage. On avait d'abord cru que l'école 
industrielle pourrait vendre ses produits, et de cette ma- 
nière subvenir partiellement, sinon entièrement, à son 
propre entretien. On a dû reconnaître qu'on se trompait. 
C'est dans la troisième source de dépenses, à savoir la 
fourniture de l'ouvrage aux élèves, que serait peut-être la 
plus grande matière à économies. Le système de plusieurs 
écoles est de ne pas demander à l'élève un prix de pen- 



DU NÈGRE 235 

sion, et de lui permettre de payer lui-même son éducation 
professionnelle, en lui accordant pour cela des gages comme 
salaire du travail fait par lui dans les ateliers. De fait, 
dans une école, on a prouvé qu'une somme moyenne de 
$ 100, gagnée de cette. manière par Télève, nécessitait 
plus de $300 de frais. Gonséquemment (comme nousTavons 
noté déjà), on insiste moins aujourd'hui que jadis sur les 
avantages de celte manière de donner l'éducation profes- 
sionnelle dans les écoles. Il faut espérer que ce système 
disparaîtra complètement dans Tavenir. Il avait, sans aucun 
doute, une valeur appréciable pour la formation morale 
de l'élève, mais ce mérite était plus que contrebalancé 
par la perte de temps et d'énergie dont le jeune noir 
devait prendre son parti, en étant obligé à la fois d'appren- 
dre un métier difficile et de gagner sa vie. Si l'élève, en 
effet, dans cette conception des choses, réussit à bien 
apprendre son métier, les bénéOces qu'il réalise ne sont 
qu'une charité déguisée ; s'il gagne véritablement sa vie, 
le temps et l'énergie lui feront défaut pour acquérir une 
connaissance sérieuse de son métier dans un temps 
raisonnable. Une école professionnelle doit ressembler aux 
autres écoles. Si l'élève, ou, à son défaut, les parents, 
doivent être obligés de payer les frais de son éducation, 
des bourses peuvent ê.tre accordées?" aux élèves les plus 
capables çt les plus méritants, qui ne pourraient subvenir 
aux dépenses de leur formation. Les autres seraient obli- 
gés de gagner par leur travail, avant d'entrer à l'école, la 
somme nécessaire à leur éducation professionnelle ; mais, 
pendant le séjour dans rétablissement, tout le temps et 
toute l'énergie des élèves doivent être consacrés à l'appren- 
tissage du métier et à l'étude des questions relatives au- 
dit métier. Toule tentative pour agir d'une manière plus 
généreuse envers les élèves est une expérience dange- 
reuse, qui doit nécessiter de grands sacrifices de temps, 
d'énergie, ou d'argent. 



] 



2âb ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

« 2<> Les programmes d'études n'ont pas été différenciés. 

« La plupart des diplômés des écoles professionnelles en 
trent dans l'enseignement: cela revient à dire que des cours 
pédagogiques occupent nécessairement une place impor- 
tante dans le « curriculum ». Dans beaucoup d'écoles, 
cependant, on essaye de former en même temps dés insti- 
tuteurs et des artisans. Cela semble une erreur. Les insti- 
tuteurs doivent recevoir une formation spéciale à des 
maîtres, et suivre les cours normaux élémentaires de for- 
mation manuelle, tandis que des cours différents doivent 
être consacrés aux futurs ouvriers. 

« Si le besoin de charpentiers se fait sentir, il est bon 
d'enseigner aux hommes le métier de charpentier. Si l'on 
réclame des instituteurs, il est bon de former les hommes 
à la situation d'instituteur. Mais c'est un procédé mauvais 
et criminel que de préparer des hommes à l'état de char- 
pentier, et de les mettre ensuite dans l'enseignement, et 
c'est une grossière absurdité de donner aux hommes 
l'éducation spéciale à des instituteurs, et ensuite de leur 
refuser Jes moyens de vivre, à moins qu'ils ne se fassent 
charpentiers. 

« 3** On insiste, plus que de raison, sur le côté pra- 
tique. 

« Les écoles professionnelles doivent se garder d'insister 
à l'excès sur le côté pratique du travail. Toute formation 
véritable de la tête ou des mains est pratique en ce sens 
qu'elle peut trouver son application dans la vie. Mais le 
meilleur enseignement s'élève au-dessus du souci simple- 
ment pratique en ce qu'il cherche à s'appliquer, non pas 
seulement au genre de vie actuel, mais à une conception 
plus large et plus grande de la vie, qui aujourd'hui peut- 
être n'existe qu'en théorie, mais peut se réaliser demain, 
grâce au concours d'hommes honnêtes et munis d'une 
éducation éclairée. Dans une grande partie de cet ensei- 
gnement que l'on appelle à tort industriel, il reste encore 



r 



DU NEGRE 237 

aujourd'hui quelques vestiges qui nous remettant invo- 
lontairement en mémoire Dotheboys Hall et M. Squeers. 
« L'idéal de l'éducation, que Ton apprenne aux hom- 
mes à enseigner, ou à conduire la charrue, à tisser ou 
à écrire, ne doit pas être rabaissé au niveau d'un sordide 
utilitarisme. L'éducation doit toujours avoir en vue un 
idéal noble et grand, et n'oublier jamais qu'elle a affaire à 
des âmes humaines et non pas à des dollars. 

« Notre système actuçl comporte un certain degré d'in- 
différence pour le côté artistique de l'industrie. L'art 
industriel est une ligne d'études des plus importantes, et 
d'ailleurs, particulièrement appropriée au tempérament 
esthétique du nègre. Cependant la doctrine de l'art pour 
l'art n'a eu que peu de place dans la plupart des écoles 
industrielles. 

« 4° Souvent on ne tient pas compte du changement des 
conditions industrielles. 

« Les ouvriers journaliers, les petites boutiques, et les 
industries du foyer cèdent maintenant le terrain aux 
grandes entreprises et sont chassés du camp industriel, 
par le système des fabriques et des machines. Le fait au- 
tour duquel tout gravite dans le monde du travail est la 
naissance et le développement des Syndicats de Travail. 
Les cours d'études, dans un grand nombre d'écoles, ne 
tiennent pas suffisamment compte de ces modifications de 
la situation, et continuent à préparer les ouvriers à des 
conditions économiques qui maintenant tombent en dé- 
suétude. Les ouvriers qui sortent des Institutions sont 
particulièrement ignorants, en ce qui concerne l'étendue 
et la signification du grand mouvement industriel. 
Avantages des écoles professionnelles, 
« Nousétudions maintenant les avantages des écoles in- 
dustrielles, et nous les ramenons à cinq principaux : 
« L — Développement intellectuel des nègres. 
« Le premier résultat de ces écoles, comme de toute fon- 



L 



23& ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL 

dation scolaire a été iatellecUiel plutôt qu'économique. Les 
nègres ont appris à penser. Les écoles ont dirigé l'at- 
tentioii des noirs vers le problème concret de la lutte 
pour la vie, et ont imprimé en eux avec plus de force 
cette vérité, que le travail est honorable. Cet état d'es- 
prit n'a pas amené pour eux une grande augmentation 
dans le nombre des carrières et ne leur a pas donné 
beaucoup plus d'adresse technique; cependant, on 
ne peut douter qu'un avenir prochain ne prouve les 
immenses améliorations dues aux écoles professionnelles. 

« IL — Les écoles professionnelles ont commencé la coor- 
dination du travail intellectuel et du travail manuel dans 
Tœuvre de l'éducation. 

« Nous n'avons pas encore atteint de résultats très sa- 
tisfaisants avec ce nouveau plan d'exécution, mais les 
écoles professionnelles pour les nègres ont répondu à un 
besoin sérieux en faisant comprendre la nécessité d'une 
formation simultanée de l'esprit et du corps ; elles ont, 
d'une certaine manière, fait partager ces idées à la nation 
tout entière. 

« IlL — Les écoles professionnelles ont atteint, par 
leur action, les districts ruraux. 

« Les écoles des missions et les écoles du Freedmen's 
Bureau étaient à l'origine des établissements destinés aux 
villes et aux bourgs et exerçaient plutôt leur action sur un 
petit nombre de privilégiés. Les écoles professionnelles se 
sont proposées comme but spécial d'agir sur les districts 
négligés des campagnes, et d'atteindre la classe des tra- 
vailleurs agricoles. 

« IV. — Les écoles professionnelles ont amélioré la situa- 
tion économique des intérieurs nègres. 

« Le premier bienfait de la formation industrielle fut d'en- 
seigner aux jeunes filles la couture et la cuisine, et les 
résultats de cette formation sont déjà visibles dans les 
meilleures maisons nègres des villes. 



-.1 
t 



DU NÈGRE 239 

« V. — Les écoles professionnelles ont amené l'union des 
races et des partis sur un point. 

« Cette union est un progrès. L'attitude des États du 
Sud envers le nègre n'est pas celle que les gens les 
mieux pensants du Nord, ou d'entre les noirs, pouvaient 
désirer. L'attitude du nègre envers les États du Sud, et des 
États du Nord envers le nègre, n'est pas celle que la majo- 
rité des habitants du Sud voudraient voir se réaliser. 
C'est néanmoins, parmi ces différences d'opinions et cette 
âpreté des controverses, un présage très important de 
concorde, que sur un point. Nord et Sud, race blanche 
et race noire puissent se rencontrer et s'unir : ce terrain 
commun n'est autre que l'école élémentaire, l'enseigne- 
ment manuel et commercial pour les jeunes noirs. Cela 
ne veut pas dire que le problème de la race noire puisse 
être résolu sur cette base, mais cela signifie sans aucun 
doute, que la solution peut être dès maintenant entre- 
prise sous de si favorables auspices. Les nègres pourront 
demander et demanderont l'enseignement universitaire 
et libéral. Tous les hommes d'esprit juste peuvent exiger 
et exigeront l'égalité des droits pour tous les Américains, 
quelle que soit leur couleur, et les habitants du Sud peu- 
vent exiger et exigeront des sauvegardes contre l'igno- 
rance et le crime. Tous seront heureusement d'accord 
pour reconnaître l'importance de la formation industrielle. 
Et ce n'est pas là un petit progrès réalisé depuis janvier 
1863. » 

Cette longue étude de « L'Atlanta Conférence » a excel- 
lemment résumé les pensées des éducateurs les plus impar- 
tiaux sur l'éducation professionnelle des nègres. Elle est un 
peu en désaccord avec Tengouement général et l'enthou- 
siasme que l'on affiche volontiers pour cette partie de l'en- 
seignement. Les résultats n'ont pas été, en effet, en rap- 
port avec les efforts tentés : on a dépensé plus de 
$5,000,000, et il est sorti des écoles professionnelles un mil- 



1 



240 ENSEIGNEMENT PROI'ESSIONNËL 

lier seulement d'ouvriers; deux mille élèves environ se 
sont lancés dans d'autres carrières que celles auxquelles 
on aurait voulu les voir se destiner. Ils devenaient insti- 
tuteurs, quand la majorité des blancs du Sud et même du 
Nord aurait désiré les voir ouvriers. L'opinion commune 
aux États-Unis est que le nègre avait été avant la guerre 
un esclave plus ou moins habile pour servir ses maîtres, 
et qu'il faut aujourd'hui faire de lui un artisan expéri- 
menté, pour qu'il travaille le mieux possible aux intérêts 
des blancs. C'est dans ce but inconsciemment égoïste que 
l'on a organisé pour le nègre des écoles professionnelles. 
Nous sommes encore dans la période d'essais; si les résul- 
tats obtenus ne sont pas fort satisfaisants, on peut cepen- 
dant espérer mieux de l'avenir. Mais il ne faut pas se dis- 
simuler que le gros inconvénient n'est pas dans une mau- 
vaise organisation desécoles professionnelles elles-mêmes : 
il est dans le préjugé de race, dans cette crise économi- 
que que traverse Touvrier blanc et qui le porte à regarder 
le nègre comme un rival. Étrange contradiction ! On vou- 
drait, pour des raisons philanthropiques, sociales ou 
égoïstes, donner au nègre une éducation professionnelle, 
mais dans la pratique, on redoute que le nègre instruit ne 
devienne un adversaire de l'.tiomme blanc. La véritable 
solution du problème ne serait que dans l'égalité réelle- 
ment acceptée des deux races. 



j 



LE NÈGRE ET L'ÉDUCATION LIBÉRALE 241 



CHAPITRE VII 



LE NEGRE ET L EDUCATION LIBERALE 



A une époque où, aux États-Unis, renseignement pro- 
fessionnel est seul à la mode, il est presque nécessaire de 
faire précéder de quelques excuses toute étude con- 
cernant Téducalion libérale du nègre. Il faut admettre 
qu'au moment présent, cette phase du développement de 
rhomme de couleur n'est, en aucune façon, regardée d'un 
œil favorable. Et si Ton va, par hasard, jusqu'à discuter 
l'éducation libérale, c'est uniquement afin d'apporter de 
nouveaux arguments à l'appui de l'enseignement manuel. 
Il importe toutefois de considérer ce que les établissements 
secondaires et les universités nègres ont accompli et ac- 
complissent actuellement, et de voir si les critiques diri- 
gées contre ces institutions sont bien fondées, ou si elles 
sont dues pour la majeure partie au jugement faussé des 
adeptes enthousiastes de l'enseignement professionnel. 

Lorsque l'esclave fut émancipé, les gens du Nord, 
amis zélés du nègre, s'empressèrent de pourvoir à son 
éducation libérale, et quand ils s'aperçurent qu'il n'était 
pas absolument privé d'intelligence, leur enthousiasme ne 
connut plus de bornes. Ils s'attendaient tout à fait à voir la 
possession d'un diplôme universitaire désarmer les préju- 
gés, et résoudre le problème de la race nègre. Aussi multi- 
plièrent-ils le nombre des prétendues universités, et atten- 
dirent-ils impatiemment les résultats espérés. Mais cet 
enthousiasme, alimenté par Tardeur et la passion de la 

16 



1 



24? LE NÈGRE 

guerre, ne fut que de courte durée. L'essai ne fut certes 
pas assez long pour que Ton se rendît suffisamment 
compte de ce que peut donner, au point de vue intellec- 
tuel, une race qui, jusqu'à la fin de la guerre de Sécession, 
était restée absolument illettrée. L'inévitable réconcilia- 
tion du Nord et du Sud, et le désappointement causé par le 
retard apporté à la solution du problème des races, ont 
refroidi l'ardeur des premiers amis du nègre ; d'ailleurs, 
les arguments journellement fournis pour discréditer 
l'éducation libérale de l'homme de couleur semblent 
indiquer un retour aux idées de l'époque qui précéda la 
guerre. 

Le nègre est-il capable de recevoir une édu- 
cation libérale? — Les champs d'expérience que sont 
les établissements secondaires et les universités auraient 
dû permettre, par leurs résultats convaincants, de consta- , 

ter que certains individus, du moins, pris dans la race ne- 1 

gre, étaient aptes aux études supérieures. Cependant beau- 
coup d'hommes de race blanche — et leur nombre ne sem- 
ble pas diminuer — persistent à refuser, à tous les noirs 
sans exception, le droit à l'enseignement supérieur, se ba- 
sant sur l'inaptitude cérébrale de la race à tout travail in- 
tellectuel (1). 

Dans la brochure intitulée : Abrégé des faits relatifs au 
« Plant System » des lignes de chemins de fer et de naviga- 
tion, écrite par le juge Tillman, de Quitman (Géorgie), et 
destinée à être distribuée largement par les employés de 
chemins de fer, on trouve ce passage caractéristique : 
« Le nègre porte en lui, de naissance, une marque d'infé- 
riorité aussi inaltérable qu'éternelle. Celui qui, au matin de 
la création, mit les sables mouvants comme barrière aux 

(1) Quelque étrange que ce fait puisse paraître, l'un des adversaires 
les plus énergiques de l'éducation libérale du nègre, et qui se base 
sur son incapacité mentale, est un homme de couleur, Wi T. Tho* 
tnas, dans The American Negro^ ch. IX, Mental Training* 



ET L* ÉDUCATION LIBÉRALE 243 

vagues impétueuses des abîmes profonds, et leur dit : « Voici 
votre limite », mit aussi et à jamais son sceau sur le nègre, 
dans sa peau noire, ses cheveux crépus, ses lèvres épais- 
ses, son nez camus, son crâne à double épaisseur, son 
anatomie diflFérente de celle de Thomme blanc. Son intel- 
ligence bornée est annoncée dans cette prophétie faite il y 
a des milliers d'années, non moins vraie aujourd'hui qu'a- 
lors : « Tu seras le serviteur des serviteurs. » En émettant 
cette opinion, M. le juge Tillman n*est que le porte-parole 
de tous ceux qui admettent que Tinfériorité intellectuelle 
du nègre est nécessaire et permanente, et qui voudraient 
s'opposer à tout effort, vain à leurs yeux, tenté pour relever 
une race placée si bas dans l'échelle de l'humanité, qu'elle 
est vouée à une servitude et à un avilissement perpétuels. 
Les esprits religieux trouvent dans les Saintes Écritures, 
ce qui pour eux est une autorité suffisante, de quoi ap- 
puyer cette croyance ; d'autres ont recours à la science 
pour prouver l'infériorité sans espoir du nègre, déduisant 
leurs arguments des particularités physiques que pré- 
sente cette race, et qui la difiFérencient du groupe aryen. Il 
est facile de prouver que le nègre ne montre pas cette in- 
capacité intellectuelle pendant son enfance. Les enfants 
noirs, comme ceux des autres races méridionales, mûris- 
sent de bonne heure, et soutiennent, sans désavantage, la 
comparaison avec les jeunes gens de race blanche. Néan- 
moins beaucoup d'éducateurs assurent que, arrivé à l'âge 
adulte, le nègre ne tient pas les promesses de ses premiè- 
res années, qu'il devient borné, qu'un brouillard épais 
semble tomber sur son esprit et que ses forces cérébrales 
diminuent. S'il en est ainsi, point n'est besoin d'études su- 
périeures, puisqu'elles seraient impuissantes à secouer la 
torpeur qui s'empare du nègre, durant la période de l'ado- 
lescence (1). 

(1) Cf. N. S. Shaler, The Negro Problem, Atlantic Monthly, vol. 54, 
pp. 700-701; (Novembre, 1884.) 



1 



244 LE NÈGRE 

Cependant cette torpeur et cet arrêt dans le dévelop- 
pement des facultés intellectuelles ne sont peut-être pas 
dûs aux transformations physiques. On peut les attri- 
buer, en grande partie, à Tinfluence du milieu. Le jeune 
homme de race blanche est stimulé par des espérances de 
succès, tandis que le nègre sait qu'il est privé de toute 
possibilité de réussite. Profondément ancrée dans le cœur 
d'innombrables habitants du Sud et d'un assez grand 
nombre d'habitants du Nord, la conviction demeure que le 
nègre est un « tertium quid », quelque chose qui ressenoble 
à l'humanité, mais qui ne lui appartient pas; qui est un peu 
au-dessus de la bête, il est vrai, mais placé en un point in- 
déterminé au-dessous de toutes les autres races d'hommes; 
quelque chose qui est incapable à la fois de relèvement so- 
cial, d'éveil intellectuel et de progrès moral. Bien plus, 
toute tentative faite dans le but de permettre au nègre 
d'atteindre un degré de culture plus élevé est réputée dan- 
gereuse, puisque c'est un effort perdu, et qui met le nègre 
en désaccord avec son milieu. Le brillant John G. Calhoun, 
sénateur de la Caroline du Sud, disait en 1834 : « Si je 
pouvais trouver un nègre sachant la syntaxe grecque, je 
croirais alors que le nègre est un être humain, qui doit 
être traité comme un homme (1) ». Et il déclarait ceci à une 
époque où les punitions les plus sévères étaient réservées 
à quiconque enseignerait l'alphabet à un enfant de cou- 
leur. Telle est dans une certaine mesure l'attitude de l'o- 
pinion américaine d'aujourd'hui. « Hic, haec, hoc, con- 
sommera la perte du nègre », s'écrie un pasteur du Sud, 
le Rev. Sleele. « L'étude des classiques grecs rend l'homme 
de couleur immoral », répliqua un millionnaire du Nord 
quand on lui demanda de venir en aide à une université 



(1) Cf. Alexander Crammell, The Attitude of the American Mind 
toward the Negro Intellect j pp. 10-11. Publications of the American 
Negro Academy, Occasional Papers, n» 3. Washington, 1898. 



ET l'Éducation ubérale 245 

nègre dans l'embarras. Une pitié méprisante a toujours 
caractérisé l'attitude de l'Américain ordinaire envers le 
développement intellectuel du nègre. 

Une autre raison puissante pour refuser au nègre les 
capacités intellectuelles, et pour exalter ses aptitudes ma- 
nuelles, est que l'esprit de l'esclavage a survécu à l'insti- 
tution même. Le nègre fut introduit en Amérique à seule 
fin de servir l'homme de race blanche, et pendant plus de 
deux cent cinquante ans, il conserva ces rapports d'esclave 
avec la race souveraine. Le propriétaire d'esclaves justifiait 
ses actes et donnait satisfaction à sa conscience en appor- 
tant des arguments démontrant l'incapacité intellectuelle 
du nègre. Il n'est pas à supposer que la destruction sou- 
daine et violente de l'esclavage ait pu changer brusque- 
ment les opinions de la classe dominante au sujet de la 
place qu'il convient de donner au nègre dans la société. 
On lui reconnaît bien maintenant le droit de choisir son 
patron et de réclamer un salaire pour son travail, maison 
s'attend toujours à ce qu'il soit chargé des besognes maté- 
rielles réclamées par les besoins de l'homme blanc, et à 
cette fin ses mains et non sa tête ont besoin d'apprentis- 
sage. Il n'est pas du tout surprenant que beaucoup parta- 
gent encore cette opinion, les convictions des hommes 
prenant leur source dans l'intérêt personnel. Il est agréable 
autant que profitable à l'homme de race blanche de consi- 
dérer le nègre comme une espèce secondaire de la création, 
n'ayant d'autre mission que de contribuer au bien-être de 
la race supérieure. C'est pourquoi l'enseignement profes- 
sionnel, qui fait du nègre un facteur utile dans le monde 
pour l'homme blanc, reçoit l'approbation générale, tandis 
que Ton tourne en ridicule tout plan d'éducation qui con- 
sidère le nègre comme un homme en soi, capable du plus 
haut développement, et ayant une autre mission que celle 
d'occuper auprès du blanc des situations serviles. Il faut 
donc maintenir l'homme de couleur à sa place, en lui inter- 



1 



246 LE NÈGRE 

disant les privilèges regardés comme les droits exclusifs 
de la race supérieure ; il faut lui refuser les avantages de 
Tinstruction, de peur qu'il ne réclame ses droits politiques 
et sociaux. Le passage suivant d'un discours prononcé ré- 
cemment au Sénat par un représentant du Sud fera com- 
prendre ce sentiment, et montrera que l'esprit deresclavage 
n'est pas mort : « Nous avons retiré le gouvernement des 
mains des noirs ; nous avons bouché les urnes du scrutin ; 
nousavons tiré sur eux; nous n'en éprouvons aucune honte.» • 
Un autre sénateur, dans cette même assemblée, disait : 
« Je me refuse à autoriser tout homme ayant la peau noire 
à voter dans mon État, quelque bonne que soit sa moralité 
quelque excellente que soit son éducation, quelque consi- 
dérables que soient ses biens. » Étant donné cette façon 
d'envisager la question nègre, il n'est pas surprenant 
de voir que la majorité des habitants, dans le Sud, et beau- 
coup dans le Nord, soient des adversaires de l'éducation 
libérale pour l'homme de couleur, et veuillent ne lui donner 
qu'une instruction rudimentaire. Mr. A. F. Beard, secrétaire 
de r « American Missionary Association », dans un article 
de valeur intitulé : « The Right Way and the Way of Righ- 
teousness », dit : « Maintenant que cette opinion — il faut 
que le nègre connaisse sa place et s'y tienne — s'est déve- 
loppée rapidement, les idées éducatives les plus répandues 
dans le Sud s'opposent à ce que l'on parle de l'éducation 
• libérale d'un nègre. Cette hostilité s'est frayée un passage 
vers le Nord. Nous trouvons parfois cette hostilité dans 
une façon de voir bien particulière au Sud : quand il s'agit 
d'un nègre, le Sud appelle « éducation libérale » tout ensei- 
gnement s'élevant au dessus des premiers éléments. 

« Dans une récente assemblée des administrateurs du 
« Peabody Fund » à New-York, le représentant de l'État 
de Géorgie dit dans son ra)>port : « Les gens du Nord ont 
« gaspillé des millions de dollars pour la prétendue éduca- 
« tion libérale du nègre, argent qui aurait dû être offert 



ET l'Éducation libérale 247 

« à des écoles professionnelles. » C'est là l'expression 
d'un vœu général tendant à substituer à l'instruction un 
apprentissage qui accroîtrait, pour l'homme supérieur, la 
valeur des services de l'homme inférieur. » 

L'éducation libérale accroît-elle la mora- 
lité du nègre? — Lun des arguments les plus puis- 
sants dont on se soit servi jusqu'ici contre l'éducation 
libérale est qu'elle ne paraît pas avoir diminué la cri- 
minalité parmi les gens de couleur, et que les mau- 
vais instincts de la race semblent vraiment augmenter, 
en dépit des efforts faits pour son relèvement intellectuel 
et moral. Cette opinion a été habilement soutenue par un 
assez grand nombre d'écrivains, que Ton peut regarder 
comme faisant autorité sur la question nègre. Parmi eux 
se trouvent Frederick Hoffman, auteur de : Race Traits 
and Tendencies of the American Negro'^ Wm. H. Thomas 
(The American Negro), nègre lui-même et auteur de la plus 
cinglante critique qui ait jamais été écrite contre les gens 
de couleur ; le Prof. John R. Straton ( Will éducation solve 
the race problem?) ; Philip Bruce {The Plantation Negro as a 
Freedman)'^ Les arguments apportés par ces écrivains et 
par d'autres, pour justifier leur opinion, sont étayés sur 
un déploiement de statistiques qui les rend dignes d'une 
considération attentive. Ces autorités éminentes font bien, 
sans aucun doute, d'attirer l'attention sur la criminalité 
alarmante de la race, comparée à son état moral durant 
l'esclavage {\). Certains crimes fréquents aujourd'hui 
étaient pratiquement inconnus avant la guerre, et la mora- 
lité de la plupart des nègres dans de nombreuses localités 
semble avoir baissé depuis Témancipation. On estime que 
la criminalité chez la race nègre a augmenté de 25 0/0 



(1) Cf. Paul Barringer (University of VirgiDia) Statistiques de la 
criminalité nègre, u Commissioner of Education Report y^, 1900-1901, 
p. 530. 



] 



248 LE NÈGRE 

entre 1870 et 1880, bien que le nombre des illettrés ait di- 
minué de plus de 10 0/0. La comparaison des rapports des 
recensements de 1880 et 1890 montre que, tandis que le 
nombre des illettrés diminuait de plus de 18 0/0, la crimi- 
nalité augmentait de 33 3 0/0. On affirme aussi que le& 
délits de Tesclave illettré ne sont que des fautes légères, 
tandis que les crimes graves sont à la charge de Thomme 
de couleur affranchi. Pour donner plus de poids à cet 
argument, les adversaires de l'éducation libérale montrent 
quelles sontles conditions relatives du nègre dans les États 
du Sud et dans les États du Nord. Le nègre du Nord est 
libre depuis bien plus longtemps que son frère du Sud, et 
au point de vue de l'instruction jouit d'avantages bien 
supérieurs. 

Néanmoins, les tendances criminelles du nègre sont plus 
accentuées dans le Nord que dans le Sud (1). Selon un 

(l) Criminalité parmi les Nègres de Chicago, Public Opinion, 
vol. 29, p. 367, le 20 septembre 1900. 
1872. Proportion de TÈlément nègre dans la population 

totale 1-81 

Proportion de» arrestations dans la Société nègre, com- 
parée à celle des arrestations dans le' reste de la 

population 1-33 

1880. Proportion de l'Élément nègre dans la population 

totale ^. 1-77 

Proportion des arrestations, etc 1-7 

1890, Proportion de l'Élément nègre dans la population 

totele 1-77 

Proportion des arrestations 1-11 

1892. Proportion de l'Élément nègre dans la population 

totale 1-72 

Proportion des arrestations 1-8 

1894. Proportion de l'Élément nègre dans la population 

totale 1-63 

Proportion des arrestations 1-1 1 

1896. Proportion de l'Élément nègre dans la population 

totale 1-71 

Proportion des arrestations 1-10 

Cause de l'augmentation de la crimiualité. 

« Les nègres ont eu à supporter la gêne économique, et les cir- 






ET l'Éducation libérale 249 

auteur, il y avait, dans les États du Nord-Atlantique, en 
1891, 7,547 criminels nègres pour une population noire 
d'un million; dans les États du Sud-Est, il n'y en avait que 
2,716 pour un million, alors que le nombre des illettrés 
parmi les nègres du Nord n'était que de 21 51 0/0, et que 
celui des illettrés du Sud atteignait le chififfe élevé de 
60 0/0. Ne considérant que les États du Sud, le même écri- 
vain trouve que le nègre est plus criminel dans les Étals 
où il reçoit la meilleure instruction. Dans le Mississipi, la 
Caroline du Sud et la Louisiane, le chiffre moyen des 
illettrés nègres est de 65 0/0, alors que le nombre des cri- 
minels nègres, pour une population noire d'un million que 
contiennent ces trois États, est de 1,600. Dans les États du 
Texas, du Tennessee, du Maryland et de la Virginie occi- 
dentale, le chiffre moyen des illettrés nègres n'est que de 
50 31 0/0. Le nombre des criminels nègres dans les États 
ci-dessus mentionnés est de 4,120 par million. En compa- 
rant le groupe des trois États du Sud : Caroline du Sud, 
Mississipi, Louisiane, où la condition sociale du nègre est 
la pire, aux États du Nord-Est, où le milieu parait lui être 
le plus favorable, on trouve que dans le premier groupe le 
nombre des illettrés est de 65 700/0, et celui des criminels 
de 1,600 pour un million ; dans le groupe des États du 
Nord, le nombre des illettrés n'est que de 21 71 0/0, mais 
celui des criminels atteint 7^547 pour un million (I). La 

constances difficiles qui résultent du changement des conditions so- 
ciales. Dans le Sud, la condition économique des nègres est, sous 
beaucoup de rapports, meilleure que dans le Nord. Dans les endroits 
où leur condition économique est la meilleure, la criminalité parmi 
eux est la moindre. Le contraire est vrai également. Là où la con- 
dition économique des Nègres est la plus misérable, la criminalité 
est aussi la plus élevée. La coudition économique de la race noire 
est plus pauvre à Chicago que dans les villes du Sud, sur les- 
quelles nos enquêtes ont porté. » 

(Charlcston, S. C. , Richmond. V. A.; Washington, D. C). 

(1) Cf. J. R. Straton, Will Education solve the Race Problem? 
North American lieview^ vol, 110, pp. 788-790. 



1 



250 LE NÈGRE 

même autorité croit que, à tout prendre, Je nègre insiruit 
est plus enclin au crime que le nègre illettré, puisque, 
suivant ses recherches, 4i 0/0 de la totalité de la popula- 
tion de couleur savent lirq et écrire, et que 46 0/0 des cri- 
minels nègres savent lire et écrire. En outre, on insiste sur 
ce fait que les moyens toujours plus nombreux de perfec- 
tionnement intellectuel n'ont pas élevé le niveau moral de 
la race. Au contraire, l'immoralité sexuelle s'est accrue 
aussi rapidement que l'ignorance diminuait, et l'horrible 
châtiment qui s'en suit, le lynchage, menace parfois de 
faire naître une guerre de races et d'ébranler la civilisation 
américaine. Certains signes montrent aussi que la dégéné- 
rescence physique est allée de front avec la dégradation 
morale du nègre, après la guerre; le chiflfre des naissances 
décroît, alors que le chiffre des décès ne paraît pas dimi- 
nuer (1). On prétend aussi que l'esclave était supérieur à la 
génération nouvelle par l'activité et l'art d'acquérir des 
richesses. L'inspecteur des écoles de la Géorgie, dans son 
rapport annuel de 1898 (p. 10), dit : « La plupart des biens 
que possèdent les nègres furent acquis avant 1890. Très 
peu de choses ont été ajoutées depuis aux registres des 
impots. La classe jeune, ou la classe instruite, ne semble 
pas avoir augmenté beaucoup les biens possédés par la 
race (2), » Tous ces faits servent à prouver que l'éducation 
libérale du nègre a non seulement manqué son but, à 
savoir le relèvement de la race au double point de vue 
intellectuel et moral, mais qu'elle a été, au contraire, un 
puissant agent de dégénérescence, en imposant aux 
hommes de couleur une culture qu'ils n'étaient pas prépa- 
rés à recevoir, à ce point de leur développement. 
Il ne faut pas supposer, toutefois, que des écrivains et 



(1) Cf. F. Hoffmann, Race Traits and Tendencies of the Amencan 
Negro^ ch. II, Ibid., cb. V. 

(2) W. E. B. Du Bois, Savings of Black Georgia^ apporte des faits 
démontrant le contraire. 



ET l'Éducation libérale 251 

des éducateurs nègres de valeur aient laissé passer, sans 
les récuser, ces arguments sur les rapports qui existent 
entre l'éducation libérale et Taccroissement de la crimina- 
lité chez la race nègre. Le professeur Kelly Miller, Mr. Booker 
T. Washington et le D' W. E. B. du Bois, ont montré, dans 
des articles parus dans les meilleures revues, et dans des 
ouvrages sur l'éducation, combien étaient fallacieux les 
arguments présentés par les adversaires de l'éducation 
libérale. Ces défenseurs des nègres proclament que la 
période de temps écoulée depuis l'Émancipation n'est pas 
suffisante pour juger de la valeur de la prétendue éduca- 
tion libérale; qu'il faut que de nombreuses générations se 
soient succédé avant que l'on puisse raisonnablement 
espérer que la culture acquise par quelques-uns agisse sur 
la vie intime de la race. On doit noter que la race blanche, 
malgré les avantages d'une culture supérieure, ne laisse 
pas de posséder une classe importante de criminels. En 
réponse à l'accusation î^ue le nègre d'après la guerre est 
plus enclin au crime que celui des temps de l'esclavage, 
le professeur Kelly Miller dit : « L'esclavage n'améliorait 
pas la nature morale du nègre, mais simplement le contrai- 
gnait à la moralité extérieure par la force matérielle. Si 
des prisonniers se conduisent bien, c'est par nécessité 
matérielle et non par suite d'un choix moral. En cela 
réside le pire méfait de l'esclavage. Il supprime les mani- 
festations ouvertes du mal, mais il n'inculque pas le prin- 
cipe correctif. Lqrsque la contrainte matérielle eut dis- 
paru, il ne se trouva point de contrainte morale corres- 
pondante pour prendre sa place. Inévitablement, ces 
éléments comprimés, une fois abandonnés à eux-mêmes, 
devaient produire une explosion de licence efirénée, un 
laisser aller excessif. Il est manifestement injuste de com- 
parer la conduite de la race nègre, libre de ses actions et 
de son choix, à sa conduite alors qu'elle était soumise au 
contrôle d'une race étrangère. L'açcroissemen| p^irallèle 



1 



252 LE NÈGRE 

de la crimînalilé et de rintelligence n'est pas un fait spé- 
cial à la race nègre ; c'est un phénomène commun à tout 
le pays. 

« De plus, Textrême pauvreté, le manque de culture et 
le préjugé de race maintiennent le nègre au dernier rang 
de la société, et c'est. là que Ton trouve le plus grand 
nombre de criminels de race blanche aussi bien que de 
race noire. » Le même auteur dit plus loin : « La preuve la 
plus importante que le tableau de la criminalité nègre, 
quelque alarmant qu 'il soi t, n'est pas dû à des caractères 
inhérents à la race, nous est fournie par ce fait que la pré- 
sence d'un grand nombre de nègres dans une communauté 
quelconque n'augmente pas la moyenne de la totalité des 
crimes (1). » 

D'un autre côté, le nègre du Nord rencontre certaines 
difficultés que ne connaît pas son frère du Sud; il lui est 
plus difficile de trouver de l'ouvrage, à cause de l'attitude 
hostile des Associations de Travail ; le préjugé de race 
(bien que d'un caractère différent) est tout aussi impi- 
toyable que dan.s le Sud, et encore plus importftnt est ce 
fait que le nègre du Nord se recrute en majeure partie 
soit dans la classe criminelle du Sud, d ont il se sépare pour 
des raisons que connaît surtout la police, soit dans les 
districts ruraux du Sud, et alors il se trouve incapable par 
inexpérience et par ignorance de résister aux tentations 
d'une capitale (2) . Mr. Booker T. Washington répond directe- 
ment à la question posée par le professeur Straton et réfute 
avec force les arguments soulevés conlre l'éducation libé- 
rale. Il lui oppose d'abord une dénégation de fait, et dément 
très énergiquement l'affirmation que le nègre est plus 
immoral aujourd'hui qu'au temps de l'esclavage. Il dit : 

(1) Kelly Miller. The Education of the Negro, dans le Report of tke 
Commissioner of Education, 1900-1901, p. 813. 

(2) Cf. W. E. B. Du Bois, The Philadelphia Negro, ch. Xllï, The 
Negro Cvitpiael, ^ ^ 



ET l'Éducation libérale 253 

« Au temps de Tesclavage, le nègre était rarement traduit 
en justice pour crime; par conséquent, iLn'y avai tj)ou r 
ainsi dire aucun rapport officiel des crimes commis par 
lui. Chaque maître, dans la plupart des cas, punissait ses 
esclaves comme *il l'entendait, et il en parlait aussi peu que 
possible iiors du petit monde de sa plantation. Les rap- 
ports immoraux entre les sexes, dont on accuse aujourd'hui 
si fréquemment les nègres d'un grand nombre de districts 
du Sud, étaient, pendant l'esclavage, encouragés ou tolé- 
rés,^, ^ause3 ^ la valeur financière des esclaves. Une cou- 
tume entretenue pendant trois siècles ne peut pas être 
extirpée en une seule génération. Dans tout le Sud, sur- 
tout dans les « États du Golfe », la plus grande partie de la 
population noire vit dans les districts ruraux. Dans ces 
districts, les écoles sont rarement ouvertes plus de trois 
mois par an. Si l'on considère e n ou tre la faiblesse des 
maîtres, la pauvreté des écoles, le manque presque total 
de matériel scolaire, il apparaîtra clairement qu'il faut 
attendre plus longtemps avant de. pouvoir juger, même 
d'une façon approximative, de l'effet que l'instruction pro- 
duira sur toute la population (i). » 

Les nègres insistent aussi sur ce fait — et avec grande 
apparence de raison — que les statistiques concernant le 
nombre des criminels de couleur non illettrés induisent 
quelque peu en erreur. Savoir lire et écrire n'est pas suffi- 
sant pour qu'on dise d'un homme qu'il est cultivé. Il n'y a 
aucune force morale dans l'alphabet ou dans les quatre 
opérations. La véritable culture est autre. Aussi Ion recon- 
naît que 46 0/0 des criminels nègres savent lire et écrire," 
mais pour eux ce fait ne prouve rien ; et d'autre part on 
peut attirer l'attention sur la vie louable que mènent ceux 
qui ont été vraiment cultivés. 



(1) Booker T. Washington, Education will solve the Race Problem. 
North American Review, vol. 171, pp: 221-232 (août 1900). 



1 



254 LE NÈGRE 

Y a-t-il une élite nègre? — On s'accorde à dire que 
Téducation libérale est utile à la race blanche. La question 
se pose donc de savoir si une culture similaire doit être 
refusée au nègre, parce que la masse des gens de couleur 
est aujourd'hui inférieure intellectuellement à la race 
aryenne. 

Assurément non... La capacité relative des races e>t une 
question toujours susceptible d'être discutée,,et les nations 
semblent avoir tour à tour leur période de suprématie 
intellectuelle. Il fjit un temps où les ancêtres de l'Améri- 
cain blanc étaient des païens sauvages vivant misérable- 
ment dans des cavernes, dans les profondeurs des forêts 
européennes. Les Romains reprochaient aux Bretons d'être 
incapables de haute culture. Les Grecs regardaient les 
hordes barbares d'Europe comme désespérément inférieu- 
res au point de vue des facultés mentales. L'évolution de 
l'homme civilisé de race blanche a nécessité dés siècles de 
contact avec des races supérieures, et des occasions de tra- 
vail intellectuel. C'est. précisément l'occasion de se déve- 
lopper que. le nègre réclame. Devant ces faits, qui oserait 
limiter l'avenir de la race nçire ? Si l'on tient pour assuré 
que le nègre est essentiellement inférieur, il ne s'en- 
suit pas qu'il faUle lui refuser la culture qu'il est suscep- 
tible de recevoir. Une classification exacte des capacités 
intellectuelles de chaque individu ne saurait être basée 
sur la couleur. Dejnême qu'il serait déraisonnable de sou- 
mettre tous les jeunes gens de race blanche à un système 
d'éducation uniforme, sans prendre garde aux différences 
intellectuelles, de même il serait également absurde de ne 
pas tenir compte de semblables différences chez les hom- 
mes de couleur, et de refuser aux nègres d'une indiscuta- 
ble capacité l'instruction que leur valeur réclame. Si l'on 
est enclin à douter de la faculté qu'ont certains nègres 
d'étudier à fond les sujets les plus ardus que comportent les 
programmes des Universités, on trouvera en examinant le 



r 



ET l'Éducation libérale 255 

travail des étudiants nègres des preuves convaincantes de 
leur facilité à s'assimiler la culture la plus élevée. Dans 
les écoles mixtes, on peut remarquer que les enfants 
nègres montrent les mômes aptitudes que les enfents de 
race blanche. Des étudiants de couleur ont fréquenté des 
Universités du Nord, et ont laissé le souvenir de travaux 
louables et parfois brillants. Il n'est pas rare de voir des 
nègres passer des examens dans les Universités d'Europe, 
011 leur présence ne donne lieu qu'à peu ou point de com- 
mentaires. On ne saurait nier davantage que la race nègre 
a produit des individus dont la capacité intellectuelle était 
au-dessus de la moyenne de la race blanche ; quelques- 
uns même peuvent rivaliser avec les blancs les plus bril- 
lants. Il aurait été certainement injuste de limiter l'ins- 
truction d'hommes si bien doués, et ainsi de restreindre 
leur utilité à la fois dans les travaux accomplis pour leur 
propre race et pour l'humanité en général. 

De plus, on a prétendu que Tintelligence du nègre était 
radicalement différente de celle des races blanches; cette 
assertion ne peut être prouvée. Les infériorités intellec- 
tuelles qu'on lui attribue sont celles qui caractérisent les 
peuples à demi-suuvages, à certaines périodes de leur déve- 
loppement. Le nègre insiste en outre sur ce fait qu'il est 
devenu supérieur au sauvage irresponsable de la jungle 
africaine; que son état intellectuel présent est singulière- 
ment déprécié par les hommes de race blanche du Nord 
comme du Sud. Les habitants du Sud se vantent de con- 
naître les noirs parce qu'ils les ont vus esclaves ; ils ne se 
trouvent en contact qu'avec les plus ignorants, ceux qui 
accomplissent les besognes serviles. Ils ne rencontrent 
pas les nombreux nègres cultivés, et ils déclarent, par con- 
séquent, que ceux-ci ne peuvent pas exister. Les nègres 
demandent aussi qu'il leur soit permis de recevoir la 
même instruction que les autres races, que les distinctions 
de caste basées sur la différence de couleur ne les privent 



256 LE NÈGRE 

pas des privilèges de rinstruction. On donoe aux enfanls 
des illettrés, des paysans misérables venus des steppes de 
la Russie Orientale ou des rives de la Méditerranée tous 
les avantages de Tinstruction dans les écoles américaines. 
Ils parlent une autre langue ; leurs parents ont des coutu- 
mes et des convictions religieuses et politiques qui sont 
souvent étrangères à la civilisation américaine; ils ne 
paient point d'impôts, et pourtant, tout ceci ne fait pas obs- 
tacle à leur développement intellectuel. Au contraire, on 
fait tous les afforts possibles pour élever convenablement 
les enfants de ces étrangers, en vue de leurs nouveaux 
devoirs comme citoyens d'une république. Ces enfants ne 
sont pas forcés de fréquenter des écoles spéciales, et on ne 
parle pas de limiter leur instruction aux branches élémen- 
taires et à renseignement manuel ; les jeunes gens les 
plus intelligents sont encouragés à profiter de toutes les 
occasions qui peuvent donner accès à une culture éten- 
due. L'avancement est proportionné aux seules capacités 
et ne connaît pas d'autres restrictions. Ce sont là les pri- 
vilèges que le nègre réclame ; il demande le droit à l'édu- 
cation libérale que lui, en tant qu'individu, est capable de 
recevoir (1). Gomme toutes les autres races, les nègres 

(1) Le Rev. Horace Bumstead, président de l'Université d'Atlanta, 
dans son article sur : La réelle valeur de V éducation libérale pour le 
negi^y présente cet argument en faveur de la culture universitaire 
pour le noir en tant qu'individu: « Il y a un avantage réel à offrir 
simplement cette occasion de s'instruire à Tindividu nègre d'une 
valeur exceptionnelle. Aussi longtemps qu^elle lui sera refusée, il 
demandera : « Pour quelles raisons limitez-vous mon développe- 
ment? 3» Si nous lui répondons : « Parce que la Ynî^se de votre race 
n'est pas propre à recevoir l'enseignement univerôitaire », il pourra 
répliquer : « C'est un principe d'exclusion que vous n'appliquez pas 
à votre propre race ; pourquoi l'appliqueriez-vous à la mienne f » Si 
nous lui disons : « Parce que nous doutons que vous soyez indivi- 
duellement capable de la recevoir », il pourra répondre: « C'est là 
uue question qu'un essai loyal seul peut trancher, et je demande le 
privilège de mettre mes capacités individuelles à l'épreuve. » Com- 
ment repousser en toute justice une telle requête? Si le demandeur 



1 



' ET L*ÉDUCAtlON LIBÉRALE 257 

possèdent des dons et des talents divers. 11 faut que les 
Américains de race blanche abandonnent cette idée fausse 
que les nègres sont une masse homogène dont la puis- 
sance intellectuelle est représentée par les connaissances 
d'un laboureur. 

L'élite nègre est-elle assez nombreuse pour 
légitimer des mesures générales? — La ques- 
tion précise est de savoir s'il y a' un assez grand nombre 
de nègres préparés au travail universitaire pour justifier 
leur admission dans les institutions de race blanche, 
ou l'établissement d'écoles destinées exclusivement à 
l'éducation libérale de la race noire. Un coup d'œil 
jeté sur les rapports des universités les plus impor- 
tantes détruira tous les doutes à ce sujet. Harvard, Yale, 
Michigan, Oberlin et d'autres institutions ont eu des 
diplômés noirs, et beaucoup d'entre eux ont été de bril- 
lants étudiants ; des nègres ont rempli leurs propres ins- 
titutions du Sud, et des travaux louables ont été enregis- 
trés à leur actif. Dès 1871, les Inspecteurs nommés par 
l'État de Géorgie pour suivre les examens de l'Université 
d'Atlanta, envoyèrent un rapport signé par l'ex-Gouver- 
neur G. E. Brown, et dont on a extrait ce passage : 

« Les épreuves sévères auxquelles les classes ont été 
soumises en algèbre, en géométrie, en latin, et en grec, 
démontrent sans aucun doute que grâce à un enseigne- 
ment judicieux et à des études persévérantes, de nom- 
breux membres de la race africaine peuvent atteindre un 
haut degré de culture intellectuelle. Ils ont donné la 



a réeUement des capacités exceptionnelles, il faut lui accorder des 
facilités exceptionnelles. S'il ne possède pas de telles capacités, lui 
ouvrir la porte de l'éducation libérale a encore quelque valeur, car 
s'il ne la franchit pas, la responsabilité est sienne toute entière. En 
matière d'éducation, il n'y a pas de principe plus juste ou plus sage 
que celui-ci : « A chaque enfant nègre, il faut donner accès à l'ins- 
truction en proportion de ses capacités iodividuelles. » 

17 



1 



258 tE NEGRfi 

preuve qu'ils pouvaient venir à bout de problèmes compli- 
qués en mathématiques, et comprendre pleinement la 
construction des passages difficiles des classiques. » 

Si Ton accorde que le nègre est capable d'atteindre ce 
haut degré de culture, la question qui se présente immé- 
diatement à l'esprit éminemment pratique de TAméricain, 
est celle-ci : « Quel profit en retirera-t-on? » Et ceux qui 
voudraient discréditer l'éducation libérale pour le nègre 
font ressortir qu'une partie de l'argent ainsi dépensé a été 
littéralement gaspillée, alors qu'elle aurait pu être utile- 
ment employée à l'entretien d'écoles élémentaires et profes- 
sionnelles. L'écrivain Charles D. Warner, dans son ouvrage 
sur V Éducation du Nègre, dit: « Des millions de dollars ont 
été dépensés pour l'éducation libérale du noir, tandis que 
l'instruction primaire, si l'on considère la masse, a été 
totalement au dessous de ses besoins. Il en a été ainsi à 
cause de cette supposition que les plus élevés entraîne- 
raient le relèvement des plus bas chez la race nègre non 
développée, comme cela se fait chez la race blanche plus 
parfaitement développée. Examiner dans quelle mesure 
cette attente était raisonnable ne nous éloignera pas beau- 
coup de notre sujet. 

« Ceci ne veut pas dire que l'éducation libérale est res- 
ponsable *de la condition présente du nègre. D'autres 
influences ont retardé son relèvement et le développement 
de sa propre nature ; des moyens plus importants ont été 
négligés. Je dis seulement que nous avons été déçus dans 
les espoirs extravagants que nous fondions sur l'éducation 
donnée à une race non développée, à laquelle manquent 
certains éléments moraux, et que des millions y ont été 
consacrés, alors qu'ils auraientpuêtre mieux employés(l). » 



(1) Charles Dudley Warner, Education of the Negro, p 12. 
De Vlnter-Ocean (Chicago), 27 mai 1900. Compte rendu d'une 
interview du Rev. D' J. G. Merrill, doyen de Fisk University, 



ET L'^DUdATION LIBERALE 250 

L'accusation que les fonds ont été mal utilisés est cer- 
tainement sérieuse, et doit être mise en regard d'une sorte 
de relevé, rendant compte de la manière dont on a disposé 
des sommes affectées à l'éducation libérale, et des résul- 

réimprimé dans le Report of the Commissioner of Education^ 1899- 
19Q0. E>p« im-ti' 

DftQS un discours prononcé à Washington, il y a deux semaines, 
Charles Dudley Warner affirma que Téducation libérale faisait au 
nègre plus de mal que de bien, et déclara que l'accroissement de la 
paresse et da la licence parmi les noirs était dû à de fausses idées 
sur Téducation. 11 fit entendre aussi que l'enseignement profession- 
nel,, joint à iles connaissances élémentaires et à l'instruction morale, 
était la seule méthode dont ou pût attendre l'amélioration de la race 
nègre au point de vue de la moralité et de l'utilité. 

Les remarques de M. Warner ont poussé les éducateurs des éco- 
les du Sud pour gens de couleur à protester vigoureusement. Le 
D' Merrill est le chef de Técole de nègres qui est, peut-être, la plus 
importante : Fisk University à Nashville, Tennessee. Il a une 
longue expérience de l'enseignement donné au nègre, et diffère d'o- 
pinion sur taus les points, s^y^un, avec Charles Dudley Warner. Il 
accepte de grand cœur l'enseignement professionnel, mais il main- 
tient que le nègre a besoin tout autant que l'homme de race blan- 
che d*aller au delà des rudiments de la science. 

« Je crois que le D' Warner a parlé sans connaître son sujet, 
a dit le P' Merrill à un reporter de Vlnter-Ocean. 11 n'y a rien de 
si convaincant que les chiffres, et je peux fournir des statistiques 
qui renverseront complètement la théorie de Mr. Warner. Les faits 
valent beaucoup mieux que les théories, ' sur^t quand il s'agit 
d*équations humaines. » 

Bons résultats à Fisk University. < Fisk University compte 
400 diplômés, €t sur ces 400, il n'y en a que 32 que je ne puis classer. 
La plupart de ces 32 sont morts. Voici la liste des 400 diplômés nè- 
gres avec leurs occupations : 

Professeurs d'Universités 8 

Directeurs d'Écoles secondaires et normales 12 

Directeurs d'Écoles primaires supérieures . 34 

Instituteurs 165 

Ministres du culte ^9 

Docteurs IT^ 

Hommes de loi 9 

Fonctionnaires du gouvernement 9 

Affaires commerciales 13 

Étudiants d'écoles spéciales 16 

Femmes mariées sans emploi 44 



1 



260 LE NEGRE 

tats obtenus. On a accompli une besogne importante en 
préparant environ trente mille instituteurs nègres pour 
diriger les écoles de couleur, ce qui en soi indiquerait 
qu'une grande partie de l'argent a été dépensée avec profit. 
On dit qu'il a été dépensé depuis la guerre civile entre 
40,000,000 et 50,000,000 de dollars, provenant de sociétés ou 
de donateurs philanthropes, pour l'éducation des nègres ; 
beaucoup de cet argent a été employé au développement 
de l'enseignement primaire pour les enfants de couleur, 
maig une certaine quantité a été réservée à des écoles d'un 
ordre plus élevé ; il faut ajouter que c'est là pour ainsi 
dire la seule source des revenus de ces institutions, puisque 
l'État leur donne fort peu d'argent. Citons le professeur 
Kelly Miller: « <:ette somme (ces 40,000,000 ou 50,000,000 
de dollars) est environ égale à ce que dépense en deux ans 
la ville de New- York pour l'instruction. Et cependant, s'il 
faut en croire les rapports sur l'état inférieur de la mora 
lité administrative et les bruits de corruption et de mau- 
vaise conduite, on verra que l'éducation n'a en aucune 

Vivant chez eux 43 

Domiciles non classés 9 

Occupations et domiciles non enregistrés 32 

« Eh bien ! Je défie toute institution du Nord de me montrer une 
liste plus honorable que celle-ci. Les élèves travaillent tous selon les 
études qu'ils ont faites.» 

Le D'. Merrill déclare qu'il n*est guère conforme à l'esprit scientifique 
de l'époque de refuser au nègre la faculté de développer son intelli- 
gence, surtout étant donné le rapport ci-dessus concernant l'usage 
qu'il fait de son savoir. Il faut que les nègres de l'avenir aient des 
maîtres, des avocats, des docteurs, des ministres du cuito, et la civili- 
sation du monde est certes trop avancée pour que l'on puisse soute- 
nir que ceux qui excerceront ces professions et dirigeront la Société 
pourront être formés par une âustriicUoq élétpentaire et manuelle. 
Tous les ans, l'Aryen qui désine entrer. dans.l' une de ces professions 
s'aperçoit que les études qu'il doit faire sont plus longues et plus 
ardues que par le passé. Certainement, une race n'ayant que cin- 
quante ans de culture derrière elle demande un bagage qui ne sau- 
rait être inférieur à celui de la race qui en compte cinq cents ans 
dans son passé. 



ET l'Éducation libérale 261 

façon accompli une parfaite besogne dans notre métro- 
pole. Alors, pourquoi divaguerions-nous et écumerions- 
nous, parce qu'une somme à peine égale à ce que coûte en 
deux ans l'instruction dans une seule ville américaine a 
été éparpillée sur un territoire d*un million de lieues 
carrées, et distribuée pendant une période de trente ans, 
sans civiliser complètement une race non développée, qui 
compte quelque dix millions d'âmes (1). » 

Pour justifier davantage la dépense d'une somme con- 
sidérable en faveur de l'éducation libérale de la race de 
couleur, il faut prouver que non seulement les nègres ont 
droit à celte éducation, maiis encore qu'elle est une condi- 
tion nécessaire à leur progrès. Il est évident que l'éduca- 
tion doit faire plus pour le nègre que pour le jeune homme 
blanc, puisque la race n'a pas été graduellement déve- 
loppée à travers les siècles, et qu'elle a été jetée sou- 
dainement au milieu d'une civilisation avancée. Si la race 
n'avait pas cessé d'être esclave et n'avait pas de mission 
plus haute que d'accomplir les ouvrages serviles pour 
l'Aryen, l'éducation libérale serait certainement inutile, et 
pourrait sérieusement troubler le travail imposé au nègre 
par le destin, en semant dans la race des germes de mécon- 
tentement. Mais il n'est pas du tout certain que la sphère 
d'action du nègre soit si limitée. Conjointement aux 
blancs, des hommes de couleur ont jadis travaillé indivi- 
duellement pour le bien de leur propre race ; mais aujour- 
d'hui, les difficultés augmentent; il faut, pour Tes résoudre,, 
que ce soient des nègres cultivés qui s'y emploient. Leur 
préparation doit nécessairement être sérieuse et complète, 
puisque le jeune noir travaille malgré bien des désavaU: 
tages, et rencontre des difficultés que ne connaît pas le jeuqe 
homme de race blanche ; si l'on accorde que ce dernier 



(1) Kelly Miller, The Education of the Negro, Report of the Commis- 
aioner of Education^ 1900-1901, p. 812 • . 



262 LE NÈGRE 

doit être aussi bien armé que possible pour lutter daas les 
âpres conditions de la vie moderne, faudrait-il que le 
nègre, ayant des tâches plus dures devant lui, des besoins 
plus grands, soit moins efficacement préparé? 

La grande masse des illettrés de couleur ne sera élevée 
à un niveau supérieur que par l'influence des jeunes hom- 
mes cultivés de sa propre race. Ceci est vrai d'ailleurs 
pour le développement intellectuel de toutes les nations. 
Les jeunes gens les plus intelligents ont toujours été choisis 
pour acquérir le savoir des races plus favorisées, et l'adap- 
ter aux besoins de leur propre peuple. C'est le nègre très 
cullivé qui développera, et qui comprendra le mieux com- 
ment il faut développer, les facultés mentales des retarda- 
taires de sa race, car il saura beaucoup mieux que l'homme 
de race blanche quelles sont les limites de ces facultés. 
Des chefs blancs, quelle que soit leur sympathie pour les 
gens de couleur, ne peuvent leur donner un idéal à suivre, 
puisque entre le monde des blancs .et celui des noirs 
s'étend l'abîme creusé par le préjugé de race. C'est le 
nègre cultivé, possédant une large expérience des choses 
sociales, qui doit diriger la civilisation parmi les individus 
inférieurs de sa race ; il sera soutenu dans son apostolat 
d'éducation par une sympathie que ne peut éprouver l'édu- 
cateur blanc, et surtout il n'inspirera pas à ses élèves, 
comme le ferait un homme d'une caste supérieure, la 
crainte ou le respect exagéré, qui pourrait comprimer 
l'essor de leurs facultés. 

De plus, les gens de couleur n'ont généralement pas eu, 
jusqu'ici, en général, l'idée d'indépendance et d'initiative, 
ni l'orgueil et la fierté de race. Il semble, cependant, que 
ces sentiments commencent à naître chez eux. La majorité, 
incapable, peut-être, de recevoir jamais une éducation 
libérale développée, n'en est pas moins, cependant, en une 
certaine mesure, rehaussée par ce qu'ont accompli les nè- 
gres les plus favorisés. Tous les noirs sentent qu'ils ont 



ET l'Éducation libérale 263 

part au respect dû 4 rhomme de couleur instruit. Il est 
possible que tous n'aient pas le privilège d'entrer dans les 
universités, mais ils peuvent y être représentés par les plus 
brillants d'entre eux, qui seront à même dé leur servir de 
modèles et d'éveiller en eux un orgueil de race. La régéné- 
ration du peuple noir dépend de Tinfluence exercée par 
les hommes et les femmes nègres cultivés. 

On peut donc affirmer d'une façon certaine qu'au lieu de 
diminuer l'instruction libérale des nègres, il faut au moins 
lui conserver son importance actuelle, puisque la race man- 
que de chefs. Tout effort tendant à restreindre leurs avan- 
tages au point de vue de l'éducation, sous prétexte que les 
nègres en reçoivent trop, retarderait certainement la civi- 
lisation des masses. Mr. A. F. Beard, Secrétaire de 1' « Ame- 
rican Missionary Society », dit à ce sujet: 

« De tous les élèves des écoles de cette Association, il n'y 
en a que 1 5 0/0 qui font des études universitaires; 98 5 0/0 
sont au-dessous des grades universitaires. Ainsi, dans le 
Sud et parfois au Nord, l'éducation libérale est déplorée et 
décriée par ceux qui sont bien renseignés pourtant, alors 
que 1 5 0/0 des milliers d'enfants qui fréquentent les écoles 
sous notre direction pénètrent dans une université, et que 
dans tous les États-Unis, il n'y a qu'un diplômé nègre par 
60,000 habitants (1). » 

(1) Cf. aussi A. D, MayO, Common School in the South, 1830-1860 
dans le Report of the Commissioner of Education^ 1899-1900, p. 58. 

« Pour étabir une comparaison entre le nombre des blancs et celui 
des noirs qui fréquentent les établissements d'enseignement secon- 
daire et supérieur, j'ai additionné le chiffre des élèves inscrits dans 
les collèges d'enseignement secondaire avec le chiffre de ceux qui 
fréquentent les collèges universitaires et les universités, ne sachant 
pas exactement de quel ordre est le travail fait dans les collèges uni- 
versitaires et universités. Le travail fait dans les établissement d'en- 
seignement secondaire est noté si minutieusement dans ce bureau 
qu'il ne peut pas y avoir de doute sur son ordre. 

« En 1880, la population du pays entier envoyait 4,362 personnes sur 
un million d'habitants dans les établissements d'enseignement se- 



} 



264 LE NÈGRE 

Il faut faire énergiquemeat ressortir ce fait que le nègre 
ayant passé par Tuniversité esf le chef d'un groupe, le 
centre civilisateur de sa communauté, un missionnaire pour 
sa race. Son champ d'action spécial, c'est l'amélioration 
sociale. On le considérera comme un, chef qui doit orga- 
niser les cercles pour le progrès intellectuel des sociétés, 
pour Tamélioration de la vie privée, et pour les autres ré- 
formes nécessaires. 

Un autre argument excessivement fort en faveur de l'édu- 
cation libérale du nègre, c'est que la race noire est en fait 
isolée et doit tirer de son propre fonds ceux qui exerceront 
pour elle des professions libérales. La complète séparation 
sociale des deux races fait de ceci une nécessité. 

Nécessité d'une éducation supérieure pour 
le clergé nègre. — Puisque le nègre a pris l'habitude 
de considérer l'église comme le centre social et le pasteur 



coDdaire et supérieur, mais dans cette même année 1880, sur un 
million de gens de couleur, il n'y avait que 1,289 élèves inscrits dahs 
les établissements du même genre. Cela veut dire que dans les éta- 
blissements d'enseignement secondaire et supérieur pour le pays 
tout entier, la proportion des élèves était de trois fois et demie su- 
périeure à la proportion pour les gens de couleur. Eu 1890, le nom- 
l)re des gens de couleur dans les collèges d'enseignement secon- 
daire et les collèges universitaires avait augmenté légèrement, de 
1,289 à 2,061 par milliou de nègres; et en 1900, les mêmes établisse- 
ments avaient atteint le chiffre de 2,517 élèves par million de nègres. 
Mai» pendant la même période, la proportion générale des États- 
Unis avait passé de 4,362 à 10 743 par million. Taudis que le nombre 
des établissements d'enseignement secondaire et des collèges uni- 
versitaires pour gens de couleur avait augmenté un peu plus rapi- 
dement que la population, il était resté un peu au dessous de la 
proportion générale pour le pays tout entier, car il était tombé de 
30 à 24 0/0 dans cette dernière proportion. Parmi tous les élèves de 
couleur, seulement 1 0/0 faisaient des études secondaires ou supé- 
rieures, et cette proporjion est restée à peu près la même pendant 
Qes vingt dernières années. Pour que la proportion des gens de 
couleur dans les établissements d'enseignement secondaire et su- 
périeur devienne égale à ia proportion pour le pays entier, il faut 
que la proportion actuelle demeure cinq fois plus forte. » 



J 



ET l'Éducation libérale 265 

comme son guide, il est essentiel qu'il y ait un clergé de 
couleur cultivé, pour affranchir la race des superstitions 
dégradantes, et l'amener à aimer la civilisation plus avan- 
cée qui Tentoure. Le clergé nègre à Tancienne manière, il- 
lettré, sentimental, souvent immoral, et toujours ennemi du 
progrès, était un danger pour l'avancement moral et 
intellectuel de la race. Le Professeur Kelly Miller a très 
bien dit, en parlant du grand nombre des nègres qui 
appartiennent aux églises (2,673,977) : « Il faut au moins 
25,000 hommes cultivés pour pourvir aux besoins spirituels 
de cette multitude. C'est un des plus puissants arguments 
en faveur de l'éducation libérale pour les membres choisis 
de la race noire. N'oublions pas non plus que l'église 
nègre a un nMe plus large à remplir que l'église blanche. 
C'est pourquoi le prédicateur nègre doit être non seule- 
ment le chef spirituel de son troupeau, mais encore son 
guide, son philosophe, son ami (1). » 

Utilité de former des instituteurs nègres. — 
On a fait la remarque que le nègre ayant passé par l'Univer- 
sité trouvait un vaste champ d'activité dans les écoles de 
couleur du Sud. De tous côtés, on se plaint que les écoles 
sont mauvaises, et que les fonds publics sont gaspillés inu- 
tilement pour les entretenir, parce que le maître de couleur 
est un incapable. Les réponses aux enquêtes faites auprès 
des « County Superinlendents of Publiî3 Instruction » révè- 
lent le fait que le principal défaut du maître nègre est 
l'ignorance, et qu'il est très inférieur au maître de race 
blanche. Certainement, on ne remédierait pas à ce déplo- 
rable état de choses en restreignant les privilèges de l'en- 
seignement accordés aux nègres. Mieux vaut les augmen- 
ter. Le Président Eliot, de Harvard University, a bien 



(1) Kelly Miller, Education of the Negro, dans le Report of the 
Commissioner of Education, 1900-1901, p. 849. Cf. The Negro Church, 
Atlanta iiniversity Publications^ n» 8, 1904. ! 

i 



266 LE NÈGRE 

dit : « Si Ton croit que les instituteurs nègres du Sud puis- 
sent être suffisamment préparés dans les écoles primaires 
ou primaires supérieures, ou encore dans les écoles indus- 
trielles pures et simples, je répondrai seulement : c'est là 
plus que nous ne pouvons obtenir dans le Nord avec la 
race blanche. Le seul moyen d'avoir de bonnes écoles pri- 
maires et primaires supérieures, dans le Massachusetts, 
est d'avoir des écoles secondaires, des écoles normales, et 
des collèges dans lesquels les instituteurs des écoles pri- 
maires seront formés. Il en doit être ainsi partout dans le 
Sud; la race nègre a absolument besoin de ces facilités ' 
supérieures d'éducation. » 

Nécessité de préparer des médecins nègres. 
— Avant les quinze dernières années, il y avait peu de 
médecins nègres, et ils n'avaient pas la confiance des mem- 
bres de leur propre race. Mais aujourd'hui, les gens de 
couleur semblent rechercher de préférence les soins des 
médecins nègres. Les rapports entre le médecin e^t le ma- 
lade sont si intimes, et demandent en une certaine mesure 
une telle sympathie de la part du conseiller médical, 
qu'elle ne saurait exister si le médecin était de race blan- 
che ; le préjugé de race à lui seul combattrait son efficacité. 
De plus, le médecin nègre, dans son milieu, doit avoir, plus 
que le médecin blanc dans le sien, un esprit de sacrifice 
et de dévouement ; il ne peut songer uniquement à lui, et 
rester impassible devant les souffrances de ses frères, car 
le malheur développe l'esprit de solidarité. Les statistiques 
montrent que le nombre alarmant des décès parmi les 
noirs est dû, en grande partie, à l'ignorance et au mépris 
des lois les plus simples de l'hygiène. C'est donc le médecin 
nègre qui pourra sauver la race en enseignant à son peuple 
les rudiments de la prophylaxie, en insistant sur la néces- | 

site de vivre dans de meilleures conditions sanitaires, et \ 

surtout en apprenant aux parents à soigner les jeunes | 

enfants, et en diminuant ainsi la trop grande mortalité 



ET l'Éducation libérale 267 

infantile. On a déjà beaucoup fait en ce sens, mais il res- 
sort de l'étude attentive faite par M. Hershaw, de Washing- 
ton, District de Colombie, sur « Le Progrès Social et Phy- 
sique du nègre » qu'il reste beaucoup à faire encore. Dans 
un résumé il dit : 

« On a démontré : 

« Premièrement : Que le chiffre des décès pour les noirs 
excède celui des décès pour les blancs, le surplus étant en 
moyenne, pour cinq villes, pendant ude période de 15 ans, 
de 73 8 0/0. 

« Secondement : Que le chiffre des décès pour la popula- 
tion de couleur dans ces 5 villes est ftioindre dans la période 
de 1890-95 que pendant la période 1881-1885. 

« Troisièmement: Que les causes principales de la morta- 
lité parmi les gens de couleur dans ces cinq villes sont les 
affections de la poitrine et la mortalité infantile. » 

Une étiide attentive des rapports dés commissions sani- 
taires de diverses sociétés montre clairement que le chiffre 
élevé des décès parmi les nègres (qui fait prédire à beau- 
coup la prochaine disparition de la race) est dû à des 
causes qui pourraient être évitées. On doit certainement 
en dire autant du nombre alarmant des naissances préma- 
turées, des morts-nés, et de l'excessive mortalité infantile, 
dont on peut accuser les mères ignorantes et surmenées 
qui ne connaissent rien des règles de l'hygiène et des 
régimes appropriés. C'est dans ces demeures que le méde- 
cin nègre devrait aller, amenant avec lui l'infirmière noire, 
afin qu'ils puissent travailler de concert au relèvement 
physique, et par conséquent social, de la race. Le « Com- 
missioner of Education » a donné dans son rapport de 
1900-1901 les chiffres suivants pour les médecins nègres 
et le nombre de noirs appartenant au ressort de chacun 
d'eux. 



'1 



268 LE NÈGRE 

Etat Médecins Nombre de personnes 

pour chacun. 

Alabama ...... 28 24.618 

Arkansas 40 7.761 

[>elaware 2 U:2d4 

District de Colombie. . . 37 2.046 

Floride 12 13.873 

Géorgie 40 21.475 

Kentucky 42 6.385 

Louisiane 38 14.926 

Maryland 37 5.569 

Mississipi 34 21.905 

Missouri 28 5.383 

Caroline du Nord. ... 46 12.229 

Caroline du Sud .... 30 22.^71 

Tennessee ...... 102 4.224 

Texas 54 9.068 

Virginie 39 16.253 

Virginie Occidentale. . . 4 8.179 ! 



Si Ton accorde que ce tableau donne un nombre de 
docteurs de couleur quelque peu inférieur à celui d'au- 
jourd'hui, on reconnaîtra néanmoins qu'il en faudrait 
beaucoup plus qu'il n'en existe pour s'occuper du bien-être 
physique d'une population de près de dix millions d'âmes. 

Nécessité de former des nègres instruits 
pour les différentes carrières libérales. — 
Le besoin de nègres élevés à l'Université ne se fait pas 
autant sentir pour le moment dans les professions autres 
que celles qui ont été déjà mentionnées ; toutefois des 
avocats et des directeurs de journaux nègres ont travaillé 
aussi à l'amélioration de leur race. 

Le Professeur W. E. B. Du Bois, adressant une allocution 
aux étudiants nègres de l'Université de Fisk, termina ses 
remarques par ce bref résumé des champs d'action ouverts 
au diplômé de couleur : 



1 



ET l'Éducation libérale 269 

o Un large champ d'exploitations agricoles menées 
d'une façon scientifique et productive. — Le champ laissé 
inculte mais plein de promesses du commerce nègre, avec 
8 millions d'acheteurs. • 

« Demandes pressantes de chefs industriels pour 
employer la main-d'œuvre, diriger le travail et dévelop- 
per les capacités des ouvriers nègres dans des entreprises 
industrielles. 

« Un large champ ouvert aux médecins bien préparés. 

« Un certain nombre de demandes d'avocats. 

a Un champ considérable ouvert aux professeurs spé- 
cialement préparés. 

« Nécessité urgente, non pas d'un plus grand nombre 
de ministres du culte, mais de ministres d'une valeur supé- 
rieure et d'une vraie piété. 

Q Un champ toujours ouvert au talent et au travail dans 
la littérature, les sciences, les arts. » 

L'éducation libérale du nègre doit-elle être 
identique à celle de la race blanche 7 — En 
reconnaissant, donc, que la race a besoin d hommes culti- 
vés, leur éducation devra-t-elle être identique à celle que 
reçoit le jeune homme de race blanche ? Il en a été ainsi 
dans bien des cas. puisque 3k9 nègres ont pris des grades 
dans les Universités du Nord. Naturellement, ils se sont 
heurtés à un fort préjugé de race, et quelques-unes des 
institutions les plus conservatrices ont refusé de les 
admettre. Oberlin est lapremière école qui ait accueilli des 
nègres et la seule qui les ait acceptés en nombre appré- 
ciable. Kn admettant que les 389 diplômés nègres aient reçu 
une excellente culture, on peut se demander si, pour le 
moment, la coéducation des races^ même au degré le plus 
élevé, est opportune. En premier lieu, il faut se souvenir 
que les Universités du Nord sont destinées seulement à 
l'éducation de la jeunesse de race blanche; quelques 
nègres y sont simplement tolérés, et si un trop grand 



2M LE NEGRE 

noBftlure âeiMadaiefti r^ùsûssioa, elle leur serait proba- 
blement refusée. De plus;» il es! douteux que le jenoe étu- 
dîaDt puisse fournir soo meilleur travail dans un milieu 
où il est alternativement choyS" el mis au ban de la société 
à cause de sa race. S'il a de la valeur^iipeatsurle moment 
être traité en égal par ses camarades, el il se prend à croire 
à tort que son égalité est assurée pour Tavenir^ Si»d*«utre 
part, on lui fait sentir le préjugé de race, il ne s^ureit 
mettre en œuvre toutes ses facultés. On pourrait arguer> 
non sans raison, que les Universités de la race blanche ont 
une organisation supérieure, des professeurs ayant les 
plus hauts talents, et une atmosphère intellectuelle qu'on 
ne saurait trouver dans les petites institutions nègres qui 
végètent péniblement. L'étudiant noir, comme son frère 
de race blanche, est sans aucun doute attiré par la réputa- 
tion d'une Université de vieille date, et il sent qu'un 
diplôme de cette institution lui donnera un prestige qu'un 
parchemin d'une humble Université nègre ne pourrait lui 
concéder. Aussi, pour obvier à ces inconvénients, les édu- 
cateurs proposent-ils, comme le meilleur moyen à prendre, 
de faire passer d'abord l'étudiant noir dans une des meil- 
leures écoles nègres, et d'envoyer ensuite dans une insti- 
tution du Nord les sujets d'élite, pour travailler spéciale- 
ment certaines branches ou se préparer à une profession. 
De cette façon, le noir se sera pénétré des besoins de sa 
race, pendant son passage au collège nègre, ainsi que de 
l'importance de sa mission personnelle, et surtout il aura 
pris une force de volonté qui le prémunira contre le pré- 
jugé de race au moment où il le trouvera devant lui. 

Universités nègres. — Il n'est ni opportun ni pos- 
sible que la totalité des étudiants nègres reçoivent leur 
éducation dans les Universités du Nord ; par conséquent, 
il faut établir dans le Sud, pour la race nègre, des établis- 
sements d'enseignement supérieur. La pauvreté seule du 
nègre rendrait nécessaire de telles écoles, puisque peu 



de jeunes noir» sont pécuniairement capables de fré- 
quenter tes Uniyersités du Nord, et puisque toutes les 
iastitutions pour la race blanche dans le Sud sont fermées 
au Nègre. 

Les Universités Nègres peuvent se classer en cinq 
groupes, à savoir : les écoles d'avant la guerre (3); les 
écoles du Freedmen's Bureau (13) ; les écoles fondées par 
les églises (9); les écoles fondées par les églises nègres (5); 
les Universités de l'État (4). Le tableau suivant donne le 
nom des Universités nègres, avec la . date de création de 
la section Universitaire et le nombre de diplômés jus- 
qu'en 1899. D'autres institutions ont ajouté à leur pro- 
gramme des cours d'enseignement supérieur depuis 1895, 
mais on ne les a pas indiquées, le nombre des diplômés 
étant jusqu'Ici insignifiant. 



272 



LE NÈGRE 

UNIVERSITÉS NÈGRES (1) 



NOMS 



Lincoln University. . . . 
Wilberforce University. . 
Howard University . . . 

Berea Collège 

I eland Umverpity . . . 
Benedict Collège . . . . 

Fisk University 

Atlanta University . . 
Biddie University. . . . 
Soutbland Collège. . . 
Roger Williams Uni versity. 
Central Tennessee Collège. 
New Orléans University. . 

Shaw University 

Rust University . . . . 
Straight University . . . 
Branch Collège, Ark . . 
Claflin University. . . 
Knoxvillc Collège. . . . 
Clark University . . . 
Alcorn University. . . . 
Wiley University* . . . 

Paine Institute 

Allen University . . . . 
Livingstooe Collège . . . 
Pliilander Smith Collège . 
Talladega Collège . . . 
Va. Nor. and ( oll. Inst . . 
Paul Quinn Collège . . . 
Lincoln Institute . . . . 
Morris Brown Collège. . . 
Atlanta Baptist Collège. . 
Ga. State ludust. Collegi? . 
Delaware State Collège. . 
Arkansas Baptist Collège . 
Southern University. . . 



pur 



Presbyterians. . 
African Methodists, 
Freedmen's B 
Am Miss. Assoc. 
Mr. H.Chamberlain 
Baptists. . . . 
A m. Miss. Assoc^ 
A m. Miss. Assoc. 
Presbyterians. . 
Friends. . . . 
Baptists. . . . 
Methodists. ^ . 
Methodists. . . 
Baptists. . . k 
.Methodists. . . 
Am. Miss. Assoc. 

State 

Methodists . . 
Presbyterians. . 
Methodists. . . 

State 

Methodists. . . 
So. Methodists. . 
African Methodists 
Zion Methodists. 
Methodists . . 
Am. Miss. Assoc. 

State 

African Methodist;< 
Colored Soldiers. 
African Methodists 
Batrtists. . . . 

State 

State 

Negro B iptists. . 













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1864 


615 


135 


1866 


130 


31 


1868 


96 


42 


1869 


29 




1870 


16 


20 


1870 


3 




1871 


180 


51 


1872 


85 


33 


1872 


140 


69 


1872 


1« 


8 


1873 


76 


15 


1874 


46 




1874 


30 


^4 


1874 


101 


37 


1874 


30 


9 


1874 


11 


8 


1878 


9 


2 


1878 


46 


17 


1879 


44 


18 


18T9 


21 


16 


1880 


98 




1880 


9 


5 


1882 


n 


10 


1883 


24 


19 


1883 


38 


20 


1884 


29 


1^ 


1885 


5 


9 


1885 


27 


28 


1885 


18 


20 


1890 


6 




1890 


6 




1893 


7 


9 


1894 


1 


12 


1894 


«•) 


18 




20 


9 

7 



159 
325 

34 

180 

230 

135 

57 

99 

37 
225 

76 
131 

57 
109 

94 
108 

49 

180 

111 

52 

69 

66 

138 

32 



25 
72 
21 
32 
66 



Cl 

E 

S 
tic 



59 



33 

183 
22 

70 
74 

275 

125 
382 
129 
553 
145 
32^ 

288 
88 
149 
159 
238 
129 
162 
127 



66 
140 

142 
3ii 



(1) The College-bred Negro^ pp. 14-16, Atlanta University Pw6h'ca/«ow*, n» 5, 1900. 



r 



ET L*éDUCAtlON LIBÉRALE HÛ 

Bien qu'uQ grand nombre de ces institutions portent le 
nom prétentieux d'Université, la plupart d'entre elles sont 
bien au-dessous du niyeau des Universités de la race blan- 
che, et le tableau suivant montre que fréquemment^l'Uni- 
versité nègre n'est qu'une adjonction peu importante à 
une école primaire ou secondaire. 

Jugeant les Universités par la sévérité des examens 
d'entrée, le Professeur Du Bois fait la comparaison sui- 
vante : 

1** Howard. Presque égale aux petites Universités de la 

Nouvelle Angleterre. 
2o Fisk \ 

Atlanta j De 1 ou 2 ans en retard sur 

Wilberforce > les petites Universités de la 

Leland i Nouvelle Angleterre. 

Paul Quinn / 

3«. Biddle \ 

Shaw I De 2 ou 3 ans en retard sur 

Livingstone > les petites Universités de la 

Virginia Normal and Col- \ Nouvelle Angleterre, 
leglate Institute. / 

4o Lincoln. Un peu au-dessus d'une école secondaire 
ordinaire de la Nouvelle Angleterre. 

« La plupart des autres écoles rentrent dans les grou- 
pes 3 ou 4, avec peut-être une ou deux exceptions. Si bien 
que des 750 étudiants nègres, il n'y en a que 350 qui soient 
au rang des étudiants des Universités, à en juger par le 
niveau de la Nouvelle Angleterre (i). » 

Un résumé du travail accompli dans plusieurs des meil- 
leurs collèges nègres et un résumé des études faites dans 
quelques-unes des prétendues Universités donneront une 



(1) The Colkge-bred Negro, p. 17, Atlanta University Publications, 
no 5, 1900. 

18 



274 LE NEGRE 

idée de la nature de Tinstruction reçue par le nègre élevé 
dans ces écoles . 

a) Howard Universitg. — Sans aucun doute, Howard 
University est la meilleure institution pour la race nègre 
en Amérique, et elle peut aisément être comparée aux 
Universités de la race blanche par son installation et la 
valeur du corps enseignant. Elle porte à juste titre le nom 
d'Université, puisqu'elle comprend les facultés de théo- 
logie, de médecine, de droit, la section de pédagogie, et 
les sections des lettres et des sciences. Cette Université 
établie au profit de la race nègre est ouverte à toutes les 
nationalités. L'instruction est gratuite, sauf pour la méde- 
cine et la théologie où les frais sont très modérés. L'école 
est entretenue par le gouvernement, dont le représentant 
autorisé est le Secrétaire de l'Intérieur. 

Lettres. 
Première année (1). 

Trimestre d'automne (2). — Grec, 4; Latin, 4; Mathéma- 
tiques, 5; Rhétorique, 2 ; Étude de la Bible, i. 

Troiestre d'hiver. — Grec, 4; Latin, 4 ; Mathémati- 
ques, 5 ; Rhétorique, 2 ; Étude de la Bible, 1. 

Trimestre de printemps. — Grec, 4; Latin, 5 ; Mathéma- 
tiques, 5; Rhétorique, 2. 

Deuxième année. 

Trimestre d'automne (3). — Physique, 3 ; Rhétorique, 2; 
Grec, 3; Latin, 3 ; Allemand, 4 ; Mathématiques, 5. 



(1) Tiré du programme d'études pour 1900-1901. 

(2) Les chiffres montrent le nombre d'heures données par semaine 
à chaque étude. 

(3) Les études obligatoires sont en italique. On doit choisir parmi 
les études facultatives pour les 15 heures de travail par semaine. 
Les études de la première année sont toutes obligatoires. 



ET l'éducation libérale 275 

Trimestre d'hiver. — Physique^ 3; Rhétorique^ 2; Grec, 3; 
Latin, 3 ; Allemand, 4; Mathématiques, 5. 

Trimestre de printemps. — Physique ^ 3 ; Rhétorique, 2 ; 
Grec, 3 ; Latin, 3; Allemand, 4; Mathématiques, 5. 



Troisième année. \ 

Ttrimestre d'automne. — Chimie, 3 ; Thèmes^ 2 ; Latin, 3; \ 

Grec, 3 ; Français, 4 ; Allemand supérieur, 3 ; Littérature \ 

anglaise, 3 ; Histoire d'Angleterre, 3; Diction, 2; Pédago- 
gie, 3; Mathématiques, 3; Physique supérieure, 3; Physio- 
logie, 5; Biologie, 5. 

Trimestre d'hiver. — Chimie, 3 ; Thèmes, 2; Latin, 3; 
Grec, 3 ; Français, 4; Allemand, 3; Littérature anglaise, 3; 
Histoire d'Angleterre, 3 ; Diction, 2 ; Logique, 3; Pédago- 
gie, 3; Mathématiques, 3 ; Physique supérieure, 3 ; Biolo- 
gie, 5. 

Trimestre de printemps. — Chimie, 3 ; Thèmes, 2 ; La- 
tin, 3; Grec, 3 ; Français, 4 ; Allemand supérieur, 3 ; Lit- 
térature anglaise, 3 ; Histoire d'Angleterre, 3 ; Diction, 2 ; 
Pédagogie, 3 ; Physique supérieure, 3 ; Astronomie, 5 ; 
Biologie, 5. 

Quatrième année. 

Trimestre d'automne. — Psychologie, 5 ; Morale, 5 ; 
Thèmes, 2; Français supérieur, 3 ; Constitution des États- 
Unis, 3; Chimie, 3; Biologie, 4; Botanique, 4. 

Trimestre d'hiver. — Théologie naturelle, 5 ; Thèmes, 1 ; 
Français supérieur, 3 ; Droit international, 4 ; Chimie, 3 , 
Géologie, k ; Biologie supérieure, 4 ; Botanique supé- 
rieure, 4. 

Trimestre de printemps. — Économie politique, 5; Évi- 
dence du Christianisme, 5 ; Thèmes, i ; Français supé- 
rieur, 3 ; Chimie supérieure", 3 ; Géologie, 4 ; Biologie 
supérieure, 4 ; Botanique supérieure, 4. 

n y a aussi une branche au choix parmi les études facul- 



276 LE NEGRE 

tatives qui ont été laissée de côté dans les deuxième et 
troisième années. 

Voici le programme de renseignement du Latin : 

Grammaire, Composition. 

Cicéron ; De Senectute et De Amiticia; De Oratore. 

Tite Live : Les Guerres puniques. 

Horace : Choix des Odes; 1-3, Épodes; Satires et Épitres. 

Conférences sur la Poésie de Tépoque d'Auguste. 

Tacite : La Germanie; Agncola. 

La Comédie latine ; Térence, une pièce; Plante, une pièce. 

Une étude comparative de la comédie grecque et de la 
comédie latine. 

Quintilien : Morceaux choisis des livres X et XIII. 

Naissance et développement de Téloquence latine. 

Cours facultatifs pour les étudiants de la troisième et de 
la quatrième années et les diplômés. 

Satires de Juvénal et Lettres choisies de Cicéron et de 
Pline. 

Tacite, Les Annales^ I-VI ; Morceaux choisis des Histori- 
ques ; Poésie latine ; Morceaux choisis des œuvres de 
Plante, Térence et Lucrèce. 
• Cicéron: />e Officiis; De Natura Deorum, Livres II et III. 

Morceaux choisis de Divinaiione et De Fçito. 

h) Wilber force Uniuersitg, — Wilberforce Univers! ty, 
établie dans l'État d'Ohio, a cette particularité de n'avoir 
que des professeurs nègres. Elle a été créée par la « Afri- 
can Methodist Episcopal Church », la plus importante des 
sectes religieuses parmi les noirs. Cette société a aussi 
fondé trois autres collèges : Paul Quinn Collège (Waco, 
Texas), Morris Brown Collège (Atlanta, Géorgie) et Allen 
University (Columbia, Caroline du Sud). 

L'Université de Wilberforce offre les sections suivantes: 
Théologie, Droit, Lettres, Sciences, Cours préparatoires à 
l'Université, « English Preparatory », Sections Normale 
et Industrielle. 




I 



ET l'Éducation libérale 277 

Lettres (i). 

Première année. 

Phemîer trimestre. — Latin : Tite Live, Secande Guerre 
punique, Composition. Grec: Memm^abilia^ Composition. 
Sections coniques. 

Deuxième trimestre. — Latin : Cicéron, De Senectute et 
De Amicitia, Grec : Odyssée ^ avec conférenr.es sur la ques- 
tion homérique. Thèmes grecs et latins. Algèbre supé- 
rieure. 

Troisième trimestre. — Latin : Horace, Odes et Epodes, 
avec conférences sur la poésie et les poètes latins. Thè- 
mes. Grec : Morceaux choisis de Thucydide. Thèmes, 
avec étude comparative des deux langues. Nouveau Tes- 
tament (facultatif). Algèbre supérieure. 

Deuxième année. 

Premier trimestre. — Économie politique. Latin : 
Horace, Satires et Épitres avec dissertations et discussions. 
Grec : Sophocle et Euripide, une tragédie de chacun 
avec conférences. 

Deuxième trimestre. — Latin : Lettres choisies de Pline 
et de Cicéron, avec conférences sur les mœurs, les coutu- 
mes et la vie privée à Rome. Platon ou Aristote, avec 
conférences sur la philosophie grecque. Trigonométrie 
plane et sphérique. 

Troisième trimestre. — Latin : Plante, Captivi, avec 
conférences sur le développement de la comédie latine. 
Grec : Hérodote, avec conférences sur les dialectes grecs. 
Arpentage et Navigation. Géométrie analytique. 

Troisième année. 
Premier TRIMESTRE. — Latin: Tacite, Germanie et Agri- 

(l) Cf. The College-bred Negro, pp. 19-25, Atlanta University Publi- 
cationSy !!• 5, 1900. . 



278 LE NÈGRE 

cola (facultatif avec allemand). Grec : Démosthène, Sur la 
Couronne (facultatif avec allemand). Grec : Aristophane 
(facultatif avec français). Physique. Zoologie. Chimie. 

Deuxième trimestre. — Latin: Quintilien, Livre X (facul- 
tatif avec français). Physique. Zoologie. Chimie. 

Troisième trimestre. — Latin : Lucien ou Catulle (facul- 
tatif avec allemand). Grec: Pindare (facultatif av*c fran- 
çais). Logique. Chimie. 

Quatrième année. 

Prkmier trimestre. — Astronomie. Psychologie. Ethique. 
Théodicée. 

Deuxième trimestre. — Psychologie. Ethique. Littérature 
anglaise. Géologie. Minéralogie. 

Troisième trimestre. — Littérature anglaise. Géologie. 
Histoire de la Civilisation. 

c) Fisk University. — On a déjà mentionné l'Université 
Fisk, fondée par T « American Missionary Association » à 
Nashville, Tennessee, en 1866. Le catalogue de l'Institut 
dit que « les privilèges de l'Université sont offerts à tous 
également sans distinction de race, de sexe ou de croyance 
religieuse». Ceci, cependant, n'attire aucun membre de la 
race blanche. L'établissement offre les études universitaires 
ordinaires et l'enseignement de la Théologie. Il y a en plus 
une section préparatoire, une section anglaise prépara- 
toire, une section pour la musique et une école normale. 

Lettres (1). 

Première année. 

Trimestre d'automne. — Latin : Virgile, Enéide, quatre 
livres. Grec : Iliade. Algèbre supérieure. 

Trimestre d'hiver. — Latin : Thèmes. Grec : Iliade^ I-III ; 



(1) Cf. The College-bred NegrOy pp. 18-25, Atlanta University Publi- 
cations^ n» 5, 1900. 



ET l'Éducation libérale 279" 

Thucydide, Guerre du Péloponèse, livre VII. Géométrie 
sphérique. Trigonomélrie. 

Trimestre de printemps. — Latin : Cicéron, de Senectute 
et de Amicilia. Grec: Thucydide. Arpentage. 

Deuxième année. 

Trimestre d'automne. — Grec : Démosthène, Sur la Cou- 
ronne (facultatif avec Hébreu). Sections coniques. Calcul. 
Réthorique, les formes de discours (facultatif avec cal- 
cul). Grammaire française : version et thèmes (facultatif 
avec la troisième année allemand). 

Trimestre d'hiver. — Latin : Tite-Live (facultatif avec 
hébreu). Calcul. Morale civique. Français: thèmes et ver- 
sions. 

Trimestre de printemps. — Horace : Odes (facultatif avec 
Hébreu). Botanique. Français : littérature française. 

Troisième année. 

Trimestre d'automne. — Latin: Tacite, La Germanie ou 
Agricola, Horace : Epitres et Satires (facultatif avec les 
Homélies), Physique. Allemand : grammaire, morceaux 
chosis (facultatif avec Tétude de Y Ancien Testament), 

Trimestre D'mvEu. — Grec : Sophocle, Antigone (facultatif 
avec l'étude de V Ancien Tes^am^n^). Allemand : grammaire; 
morceaux choisis (facultatif avec l'étude de l'Ancien Testa- 
ment)- Physiologie et Hygiène. 

Trimestre de printemps. — Littérature grecque. Tra- 
duction des classiques (facultatif avec l'étude du Nouveau 
Testament), Allemand : grammaire; morceaux chosis 
(facultatif avec l'étude de Y Ancien Testament), Astronomie. 

Quatrième année. 

Trimestre d'automne. — Psychologie. Littérature. Chimie 
avec travaux pratiques. 

Trimestre d'hiver. — Logique. Economie politique. Géo- 
logie. 



280 LE NÈGRE 

d) Atlanta Universitg. — Cette Université est mieux 
connue, en raison de ses excellents cours de Sociologie, 
particulièrement sur les questions concernant les noirs. C'est 
une des meilleures Universités nègres. Son but principal 
est de préparer des instituteurs de haute capacité pour les 
écoles nègres, surtout pour celles des grandes villes, où les 
écoles primaires, supérieures et secondaires demandant 
des maîtres plus instruits. 

Lettres. 

Première année. 

Trijiestke d'automne. — Xénophon, Anabase, 5; Cicéron, 
De Senectute et de Amicitia, 4; Hébreu, 2; Algèbre, 5; Dic- 
tion, 1. 

Trimestre d'hiver. — Memorabiiia^ 5; DeAmicitia etTite- 
Live, 4; Algèbre, 5; Histoire hébraïque, 2; Dissertation 
anglaise, 1. 

Trimestre DE printemps. — Odyssée, 5 ; Tite-Live, 4; Algè- 
bre, 5 ; Histoire grecque, 2; Dissertation anglaise, 1. 

Deuxième année. 

Trimestre d automne. — Démosthène, Olyftthiennes et 
Philippiques.o; Horace, 4; Géométrie, 5; Histoire moderne, 
2; Diction, 1. 

Trimestre d'hiver. — Platon, Apologie, 5; Tacite, Agri- 
cola et la Germanie, 4; Trigonométrie, 5; Histoire mo- 
derne, 3 

Trimestre de printemps. — Prométhée enchaîné, 5; 

Pline, Lettres, 4; Arpentage et Géométrie, 5; Histoire 

moderne, .1. 

Troisième année. 

Trimestre d'automne. — Chimie, 3; Travaux pratiques, 
2 périodes de 3 heures chacune ; Allemand, 5 ; Économie 
politique., 4 ; Littérature anglaise, 3. 

Trimestre d'hiver. — Chimie, 3; Travaux pratiques, 2 



ET l'Éducation libérale 231 

périodes de trois heures; Allemand, 5; Économie politique, 
4; Littérature anglaise, 2; Diction, 1. 

Trimestrbde printemps. — Astronomie, 5 ; Pédagogie, 3 ; 
Allemand, 3; Science politique^ 4 ; Rhétorique, 2. 

Quatrième année. 

Trimestre d'automne. — Physique, 3; Travaux pratiques, 
2 périodes de trois heures; Psychologie, 5; Sociologie, 4; 
Étude de la Bible, 3. 

Trimestre d'hivbb. — Physique, 3 ; Travaux pratiques, 2 
périodes de trois heures; Éthique, 3 ; Sociologie, 4; Étude 
de la Bible, 4; Diction, 1. 

Trimestre de printemps. — Géologie, 4; Minéralogie, 1 ; 
Pédagogie, 3; Sociologie, 4; Testament grec, 5. 

Programme des études dans quelques Uni- 
versités d'ordre inférieur. — Alors que le travail 
fait dans ces Universités et dans quelques autres écoles est 
très satisfaisant, beaucoup d'établissements ont la préten- 
tion de conférer les grades universitaires après le travail 
le plus superficiel dans les branches ordinaires. Le pro- 
gramme des études de plusieurs de ces « Universités » est 
donné ci-dessous. Pour des raisons faciles à saisir, leur 
nom n'est pas indiqué Une de ces prétendues Universités 
enseigne en quatre années d'études les sujets suivants: 
Algèbre, 1 an; Histoire générale, 1 an; Rhétorique, 1 an; 
Littérature anglaise, 20 semaines; Géométrie, i an; Zoo- 
logie, 20 semaines ; Botanique, 24 semaines; Latin, 2 ans; 
Chimie, 1 an ; Trigonométrie, 12 semaines ; Astronomie, 
20 semaines; Géologie, 24 semaines; Psychologie, 8 semai- 
nes; Histoire d'Angleterre, 20 semaines; Économie politi- 
que, 24 semaines; Revue des matières enseignées dans les 
écoles primaires, 20 semaines. Le catalogue ne dit pas que 
I l'école peut conférer des grades. Un autre collège ayant 

I quatre professeurs, y compris le Président, enseigne les ma- 



282 LE NÈGRE 

lières de 1 École Qormale préparatoire, de TÉcole normale, 
de la SectioQ préparatoire à rUniversité, de TUniversité. Le 
catalogue déploie un programme universitaire complet 
(à peu près équivalent à celui d'une bonne école secon- 
daire) conduisant au grade de« Bachelor of Arts. » Une lec- 
ture plus approfondie du catalogue montre toutefois qu'il 
n'y a pas d'étudiants recevant renseignement supérieur. 

Un examen attentif des programmes des études suivies 
dans de nombreuses écoles nègres d'enseignement supé- 
rieur démontre clairement qu'une très petite quantité du 
travail fait dans ces établissements appartient à propre- 
ment parler à l'enseignement supérieur, et que beaucoup 
dé ces institutions ne sont pas même de bonnes écoles pré- 
paratoires. Il y a beaucoup trop de ces Universités. Toute 
école qui enseigne la moindre parcelle de grec et de latin a 
l'ambition de conférer les grades universitaires. Ces éta- 
blissements feraient mieux de se résigner à n'être que de 
bonnes écoles préparatoires. Il y a plus d'Universités 
pour les gens de couleur dans les États-Unis qu'il n'y 
a d'Universités en France et en Angleterre, et tout autant 
qu'il y en a en Allemagne. 

La diversité des sectes religieuses est en grande partie 
responsable du nombre considérable de ces établissements 
au nom ronflant. Chaque église est désireuse d'avoir ses 
propres écoles, pour faire prévaloir ses principes et incul- 
quer ses doctrines! De là ce fait qui n'est point rare de 
trouver deux ou trois Universités dépendant de deux ou 
trois sectes différentes dans une ville du Sud (1). 

Diplômes universitaires. — Ces écoles usent sans 
la moindre modestie de la prérogative universitaire d'ac- 
corder des diplômes. Les institutions les plus petites et les 
plus faibles semblent compenser ce qui leur manque par 



(1) Cf. Kelly Miller, The Education of the Negro, pp. 832-842, dans 
le Report of the Commissioner of Education^ 1900-1901. 



ET l'Éducation libérale 283 

le nombre et la variété des grades qu'elles confèreat. Oq 
dit que dans plusieurs cas ils sont simplement vendus. 
Mr. Kelly Miller raconte Thistoire d'une certaine école du 
Sud dont r« Université » était formée par deux membres 
d'une même famille. Le père était doyen et le fils profes- 
seur pour toutes les matières. Le corps universitaire se 
réunit un jour et décida conférer le grade de « Doctor oï 
Laws » au doyen, et comme remerciement le président 
conféra le grade de Docteur en Philosophie au membre 
de l'Université. Voici une autre anecdote dont l'authenti- 
cité est garantie également par M. Miller: « Un théologien 
éminent fut invité à prononcer une allocution devant une 
classe d'une certaine Université. Après qu'il eut accompli 
cette tâche de son mieux, l'établissement lui proposa de 
payer son billet de chemin de fer ou de lui donner le grade 
de Docteur en Divinité. Il préféra le billet de chemin de 
fer. » 

Les remarques précédentes sur l'abus des grades ne 
s'appliquent pas spécialement aux écoles de couleur. Cet 
abus est général. Nos 400 Universités ont si bien inondé 
le pays de grades savants que ces titres ont perdu la 
signification qu'on voulait y attacher. Ils ne sont pas recon- 
nus parles Universités d'Europe. 

Il est évid-ent que le principal besoin du moment est l'é- 
tablissement aux État-Unis de deux ou trois bonnes Univer- 
sités pour l'éducation libérale du nègre. Il y a, sans aucun 
doute, assez d'étudiants de couleur capables de profiter 
d'une culture complète dans de semblables institutions, et 
d'ailleurs on demande avec instances des diplômés. Les 
maîtres des grandes écoles industrielles, comme Hampton 
et Tuskegee, les professeurs des écoles normales et des 
écoles secondaires doivent toujours être des hommes 
soigneusement préparés dans une Université bien installée 
et pourvue d'un bon corps enseignant. Il est absolument 
nécessaire, aussi, que la multitude d'écoles inférieures qui 



1 



284 LE NÈGRE 

paradent sous le nom prétentieux d'Universités soient relé- 
guées à leur propre place, c'est-à-dire qu'elles de\âennent des 
écoles primaires ou tout au plus des établissements prépa- 
ratoires conduisant à une petite Université. Les préten- 
dues Universités qui font des bacheliers ès-lettres, ou ès- 
sciences, des licenciés et des docteurs, qui peuvent à peine 
passer Texamen d'entrée des écoles secondaires moyennes 
de la race blanche, font un tort inestimable à la cause de 
l'éducation nègre. 

La femme nègre et réducation libérale. — Le 
droit qu'a la femme nègre de partager avec ses frères les 
avantages de l'éducation libérale rencontre une égale 
opposition. Ce droit lui a été accordé à contre-cœur, et 
malgré les objections faites à son sexe et à sa couleur. Il 
ne peut plus être question de mettre en doute l'aptitude 
intellectuelle d'un grand nombre de négresses à ce travail 
supérieur, car beaucoup ont conquis brillamment des 
grades dans les Universités du Nord ou les institutions du 
Sud. Presque toutes les Universités nègres du Sud accor- 
dent aux femmes des privilèges égaux à ceux des hommes, 
et le nombre de celles qui profitent de cet enseignement 
s'accroît chaque année. 

Bien qu'il y ait moins besoin de femmes nègres élevées 
à l'Université que de diplômés noirs, il y a cependant 
beaucoup de champs d'action qui leur sont ouverts et qui 
demandent la meilleure préparation possible. Un certain 
nombre de femmes ont déjà obtenu du succès dans les 
professions libérales et ont contribué au relèvement de 
leur race. Puisque la majorité des écoles nègres ont des 
femmes comme professeurs, ils est essentiel qu'une cer- 
taine proportion de ces institutrices aient passé par l'Uni- 
versité. 

Les femmes élevées à l'Université sont loin d'éprouver 
de la répulsion pour le mariage ; elles aiment à former des 
famillesqui deviennent les centres intellectuels des groupes 



ET l'Éducation libérale 285 

nègres. Puisque ce dont la race a le plus grand besoin 
aujourd'hui, c'est la pureté morale et la culture deTespril, 
ces femmes ne sauraient trouver une meilleure œuvre à 
accomplir que de fonder des foyers qui élèveront le niveau 
de la vie de famille dans le groupe auquel elles appar- 
tiennent. 

Le tableau suivant donne le nombre des femmes diplô- 
mées : 

Femmes de couleur ayant obtenu les grades universi- 
taires jusqu'en 1898 : 

Dans les Institutions du Nord : 

Oberlin Collège 55 

lowa Wesleyan University ..... 4 

University of Kansas. ....... 3 

University of Michigan 3 

Cornell University 3 

Wellesley Collège. . 2 

Wittenberg University 2 

Geneva University 2 

Butler University 1 

University of lowa 1 

Adrian Collège. 1 

University of Idaho . 1 

Bâtes Collège 1 

Vassar Collège 1 

Mount Holyoke Collège 1 

Me Kendree University 1 

Total. ... 82 

Dans les Institutions du Sud : 

Fisk University 31 

Shaw University 21 

A reporter. . 52 



286 LE NÈGRE 

Report . . 52 

Wilberforce University . . 19 

Paul Quinn Collège 13 

Knoxville Collège 10 

Atlanta University 8 

Southland University 8 

Howard University 8 

Central Tennessee Collège 7 

Rust University 7 

Livingstone Collège. . 6 

Claflin University 6 

New Orléans University 5 

Philander Smith Collège . 5 

Roger Williams University 5 

Berea Collège. . 4 

Leland University. . i 

Virginia Normal and Collegiate Institule. . 1 

Paine Inbtitute 1 

Straight University I 

Branch University 1 

Clark University. . • 1 

Allen University 1 

Total. . . .170 

; I 

Total dans les Institutions du Nord. . 82 
Total dans les Institutions du Sud . . 170 

Total général. . . . 252 

Résumé de l'état actuel du problème de 
l'éducation libérale. — En dépit de maintes autorités 
qui prétendent le contraire, il est évident que l'éducation 
libérale du nègre n'en est plus à la phase expérimentale. 
Un nombre suffisamment grand de noirs ont prouvé qu'ils 
étaient capables de venir à bout des programmes univer- 
sitaires les plus difficiles; ils ont profité eux-mêmes de 



ET l'Éducation libérale 287 

cette culture et en ont fait profiter toute leur race. Il est 
donc établi que le nègre a droit à cette culture, non seule- 
ment parce qu*il en éprouve le besoin et qu'il est propre à 
le recevoir, mais encore parce que les nécessités de la race 
Texigent. Près de dix millions de gens de couleur récla- 
ment des médecins de leur propre race; au point de vue 
spirituel et social, il leur faut un clergé nègre cultivé ; ils 
exigent des hommes instruits comme directeurs de jour- 
naux et conférenciers. Tout le travail des écoles com- 
munales nègres du Sud étant en réalité aux mains de la 
race noire, il est clair que si les écoles primaires doivent 
servir à quelque chose, il faut que les maîtres soient for- 
més dans des établissements supérieurs. Si la race nègre 
n'obtient pas la permission d'élever ses vues jusqu'aux 
privilèges et avantages de l'éducation libérale, non seule- 
ment son ambition naturelle sera déçue, mais elle tombera 
graduellement dans une langueur jalouse et inerle. C'est 
le nègre lui-même qui doit travailler à sa propre amélio- 
ration, et il ne pourra réussir que si on lui accorde le droit 
et les moyens de s'adonner aux études les plus élevées. 

Préparer comme il convient les voies donnant accès à 
l'éducation libérale est un devoir strict pour un État dans 
lequel le nègre constitue en tant que population une frac- 
tion considérable, et sojilève en tant que facteur social et 
économique, un problème de la plus haute importance. 



\ 



r 



dôNdLusioiî 2fâ 



CONCLUSION 



De nombreux volumes ont été écrits sur tous les aspects 
du problème nègre , et cependant, Topinion publique de- 
meure perplexe et découragée en face d'une situation sociale 
et politique qui menace Tavenir de la nation toute entière. 
Les conditions économiques de la période coloniale, la 
cupidité^ l'indifférence et Timpréyoya^nce des premiers 
colons, attachèrent le poids de l'esclavage aux États-Unis. 
Après 250 ans de servitude physique et d'ignorance 
forcée, les nègres furent non seulement affranchis, mais ils 
obtinr ent tous les droits et privilèges des citoyens améri- 
cains; ils ^'devinrent entre les mains d'hommes vicieux 
et corrompus les instruments de la dégradation politique de 
leurs anciens maîtres. De ce chaos naquit le problème, et il 
est étonnant que l'esprit énergique et entreprenant de 
l'Américain s^it resté si longtemps sans en comprendre la 
gravité. L'échec à co nstat er et la situation présente à régler 
ont attiré des reproches aux États-Unis et discrédité une 
nation qui a l'ambition de vouloir conduire le monde. 

Croyant avec sérénité que la Providence fait prospérer 
tout.cejqui est Américain, beaucoup de gens ont laissé de 
côté reojju^eu^proDlème nègre ; ils s'imaginaient que le 
temps, d'une façon mystérieuse, arrangerait les rapports 
entre les deux races, Malheureusement, cette théorie n'a 
pas été confirmée par l'expé-rience des quarante dernières 

19 



iir^»nt que le nègre n'( 




290 coN< 

années ; il est apparu clair^Ant que le nègre n'était pas 
destiné à disparaître et que les relations entre les deux peu- 
plesétaientdevenuessanscontreditplusdiffîciles.Quelques- 
uns ont trouvé une solution aisée : on déporterait les nègres 
s^t en Afrique, soit aux Philippines. Sans tenir compte de 
Topinion des noirs eux-même^ sur ce sujet, un tel plan 
de déportation en masse n'est rien moins que sensé. 
D'autres demandent avec insistance qu'une portion des 
États-Unis soit réservée aux nègres, oubliant qu*ils sont 
au nombre de neuf millions, et qu*ils possèdent et occupent 
des terres dont la superficie dépasse celle de maint État 
du Sud. De plus, cette exclusion ne serait pas de longue 
durée; si les territoires étaient pauvres, on ne pourrait 
raisonnablement s'attendre à voir les nègres y rester : si 
la terre était enviable, rien n'empêcherait le blanc d'y 
pénétrer, comme l'expérience l'a montré à propos "des 
régions réservées aux Indiens. Il est évident qu'il faut 
chercher une autre solution. La plus sensée, en même 
-tamps que la plus philanthropique, est celle de l'éducation 
universelle des nègres. C'est une folie de dire, comme 
quelques-uns, qu'on l'a essayée et que l'on a échoué. Ou 
bien la grande majorité des noirs n'ont eu aucune 
espèce d'instruction, ou bien leurs années d'école ont été 
si courtes et si dépourvues de toute discipline intellectuelle 
ou morale, qu'elles ne méritent pas le nom d'éducation. 

Le manque d'argent a été l'excuse donnée à ce lamen- 
table état de choses (i). Si, comme on le prétend, l'enfant 

(1) Booker T. Washington : The Future of the American Negro^ 
pp. 35-37. 

« Il y a aussi une grande pénurie d'argent pour travailler à Tédu- 
cation dans le Sud. J'étais dans une école de comté d*un État du 
Sud, il y a peu de temps. Dans ce comté, il y a environ 30,000 gens 
de couleur et 6,000 blancs. Or, pas une seule école publique pour 
nègres n'y avait été ouverte cette année-là pendant plus de trois 
mois, et pas un seul maître de couleur n'avait été payé plus de 
soixante-quinze francs par mois pour son enseignement.Dans aucune de 



CONCLUSION 291 

blanc est mieux doué par la nature, pour atteindre les 
mêmes résultais chez les deux races, il faudrait donner au 
nègre une éducation plus longue et plus coûteuse ; cepen- 
dant la dépense moyenne de l'éducation est deux fois plus 
élevée pour Tenfant blanc que pour le noir. On estime que 
les sommes consacrées dans le Sud, depuis 1870, à l'édu- 
cation des blancs et à celle des nègres, sont environ dans 
le rapport de 5 à i. Les dépenses faites pour Tinstruction 
des enfants sont ridiculement faibles, et cependant cette 
maigre somme pèse lourdement sur le Sud; dans la condi- 
tion actuelle des finances des États du Sud, l'éducation 
universelle, au vrai sens du mot, est impossible. De plus, 
il n'est pas tout à fait juste que les États du Sud soient 
seuls à porter ce fardeau. Le commerce du Nord profitait 
de l'esclavage tout autant que l'agriculture du Sud. Le 
Gouvernement fédéral dévasta les États du Sud et éman- 
cipa les esclaves ; ce furent les résultats logiques de la 



ces écoles, renseigaement n'était donné dans des bâtiments dignes 
du nom de. classes. Dans ce comté, TËtat et les autorités publiques 
ne possèdent pas un sou de matériel scolaire, ni une école, ni un ta- 
bleau, ni un crayon. Pour l'instruction de chaque enfant de couleur, 
on avait dépensé cette année-là environ 2 fr. 50, tandis que dans les 
États de New- York ou de Massachusetts, on avait dépensé pour 
l'instruction de chaque enfant prés de 100 francs. La maçonnerie 
d'une école bâtie cette ainnée dans une ville, près de Boston, pour 
environ trois cents élèves, a coûté, à elle seule, plus qu'on ne dé- 
pense chaque année pour l'instruction (en y comprenant les bâti- 
ments, le matériel et les maîtres) de toute la population scolaire de 
couleur dans TÈtat d'Alabama. Le commissaire de l'Instruction dans 
l'État de Géorgie déclarait récemment, dans son rapport au gouver- 
nement de l'État, que dans cet État il y avait 200,000 enfants qui n'a- 
vaient pénétré dans aucune école Tannée précédente; 100,000 autres 
n'allaient à l'école que quelques jours, de sorte que, en réalité, 
300,000 enfants de six à dix-huit ans sont élevés dan s l'ignorance, dans 
un seul État du Sud. Le même rapport disait que, en dehors des 
villes, bien que le nombre moyen des écoles fût de soixante, toutes 
ces écoles réunies ne valaient pas dix mille francs ; et le rapport 
ajoutait que beaucoup des écoles de l'État de Géorgie ne sont pas 
bonnes à faire des écuries pour les chevaux. » 



^ 



^ 



292 CONCLUSION 

guerre. Il était donc peu raisonnable de croire qu'un 
peuple ruiné pût, sans aide, organiser des écoles publi- 
ques non seulement pour les enfants de race blanche, mais 
encore pour des millions de noirs qui devaient être trans- 
formés en intelligents citoyens américains. Les dépenses 
et les responsabilités entraînées par Téducation du peuple 
n'auraient pas dû être à la charge des seuls Ëtats du 
Sud. Il est vrai que des philanthropes du Nord ont entre- 
tenu beaucoup d'écoles, mais la charité privée ou confes- 
sionnelle ne peut donner qu'un secours temporaire. Un 
système d'éducation universelle n'est possible qu'avec 
l'aide et sous la direction du gouvernement. De plus, cette 
question ne concerne pas seulement le bien-être du Sud ; 
des électeurs illettrés, blancs ou noirs, retardent sérieu- 
sement le progrès d'une nation, et l'ignorance, qui engen- 
dre le désordre social et les crimes, est une menace cons- 
tante pour une République. Il faut que les enfants du Sud 
soient instruits, et si cette partie du pays n'est pas finan- 
cièrement capable de donner l'instruction obligatoire uni- 
verselle aux deux races, la nation doit, au moins pour un 
temps, faciliter l'éducation de la race qu'elle a émancipée 
et affranchie. 

Il n'y a pas de doute qu'au point où en est actuellement 
lé développement des nègres, on doive leur donner l'éduca- 
tion que reçoivent les blancs des classes inférieures, c'est- 
à-dire l'enseignement primaire et industriel, laissant aux 
sujets exceptionnellement doués la facilité de recevoir la 
culture qui répondra aux besoins de la race demandant 
une élite de professionnels. On a beaucoup discuté et l'on 
discute encore sur les mérites relatifs de l'enseignement 
industriel et de l'éducation libérale, et l'on penche visible- 
ment en faveur du premier. Ces deux phases de l'édu- 
cation ne sont pas nécessairement opposées. Il y aura 
pendant longtemps encore plus de nègres que de blancs 
qui seront obligés de travailler de leurs mains, et pour 



CONCLUSION 293 

cette raison, il faut qu'ils reçoivent Téducation ma- 
nuelle qui leur convient le mieux individuellement. Ce 
projet d'éducation n'empêche en aucune façon le nègre 
ambitieux de conquérir les grades universitaires, et de 
suivre la profession pour laquelle il est le mieux fait. 

Une question nationale aussi importante que"^elle de 
l'éducation des nègres exige de la part du pays une atten- 
tion sérieuse et immédiate. Il faut que Ton relève les gens 
de couleur, ou ils feront déchoir la race blanche. Déjà la 
nation est troublée par des guerres de race, dues aux 
crimes de nègres ignorants et aux préjugés aveugles de 
blancs qui ne raisonnent point. Le développement de cette 
race arriérée, dont la présence menace la paix de la 
nation, ne viendra que d'une éducation judicieuse, jointe 
aux sages encouragements et à la sympathie de la classe 
dominante. 



m 



APPENDICES 295 



APPENDICE A 



Voici une liste des Syndicats des États-Unis, et quelques 
renseignements sur leur attitude au sujet du travail des 
noirs. Cette liste délimite par conséquent le champ laissé 
libre à l'activité du nègre ; elle a été établie par la Confé- 
rence de rUniversité d'Atlanta, à la suite d'une enquête 
faite par cette conférence auprès des différents Syndicats. 
Presque tous ont répondu ; les indications suivantes peu- 
vent donc être considérées comme à peu près complètes. 

SYNDICATS QUI REÇOIVENT LES NÈGRES 

Mineurs. — Les nègres sont les bienvenus dans presque 
tous les cas. 

Débardeurs, — Les nègres sont les bienvenus dans pres- 
que tous les cas. 

Fabricants de cigares. — On admet à peu près tous les 
postulants. 

Coiffeurs, — On admet forcément beaucoup de nègres, 
mais avec regret. 

Marins, — On admet beaucoup de noirs, mais on pré- 
fère les blancs. 

Chauffeurs, — On admet beaucoup de nègres, mais on 
préfère les blancs. 

Ouvriers dans les manufactures de tabac, — On admet 
beaucoup de nègres, mais on préfère les blancs. 

Chaînons et ouvriers carrossiers, — On admet quelques 
lïègres, mais on ne les recherche pas. 



m 



APPENDICES 



Briquetiers, — Oq admet quelques Qoirs, mais on ne 
les recherche pas. 

Tonneliers, — Ou admet quelques uègres, mais ou ne 
les recherche pas. 

Fabricants de balais, — On admet quelques nègreS; mais 
on ne les recherche pas. 

Plâtriurs, — On admet quelques nègres, mais on ne les 
recherche pas. 

Charpentiers. — On admet beaucoup de nègres dans le 
Sud, presque pas au Nord. 

Maçons, — On admet beaucoup de noirs dans le Sud, 
presque pas au Nord. 

Peintres en bâtiments, — On admet peu de nègres dans 
le Sud, presque pas au Nord. 

SYNDICATS OUVRIERS ADMETTANT QUELQUES 
MEMBRES NÈGRES : 



Syndicats. 



Nombre de mem- 
bres nèfçres. 



Syndicat international des ou 
vriers boulangers et pâtissiers 

Confrérie internationale des for- 
gerons 

Syndicat national des ouvriers 
des hauts fourneaux et fonde- 



ries. 



Syndicat des ouvriers bottiers et 
cordonniers 

Syndicat national des ouvriers 
de brasserie 

Sociétés réunies des charpentiers 
et des menuisiers .... 



Plusieurs. 
Très peu. 

100 ou plus. 
Quelques-uns. 
12. 



Total géné- 
ral des 
membres. 



Quelques-uns. 



6.271 



4.700 



8.037 

25.000 

2.500 



APPENDICES 



2#7 



SYNDICATS OUVRIERS ADMETTANT QUELQUES 
MEMBRES NÈGRES (Suite) 



Syndicats. 


Nombre de mem- 
bres nègres. 


Total géné- 
ral des 
membres. 


Société nationale des mécaniciens 






et chargeurs de charbon . . 


4. 


950 


Sociétés réunies des mécaniciens 


Plusieurs. 


1.779 


Syndicat international des méca- 






niciens à vapeur 


Quelques-uns, 






i local. 


4.409 


Ouvriers de rhabillement syndi- 






qués d'Amérique 


10. 


15.000 


Syndicat national des tailleurs de 






granit. 


5. 


6.500 


Chapeliers syndiqués d'Améri- 






que 


Très peu. 


7.500 


Syndicat international des maré- 




chaux ferrants des États-Unis 






et du Canada 


? 


2.100 


Alliance internationale des em- 






ployés d'hôtel et de restaurant 






et Ligue internationale des 






garçons de bar d'Amérique. . 


100. 


10.962 


Syndicats réunis des ouvriers du 






fer, de l'acier et du fer blanc . 


Aucun pour 






ainsi dire. 


8.000 


Syndicat, international des ou- 






vriers chemisiers, fabricants de 






corsages et blanchisseurs . . 


2 locaux. 


3.066 


Syndicat international des ou- 






vriers en tuyaux 


Quelques-uns. 


? 


Syndicat des garçons bouchers de 






l'Amérique du Nord ^ . . . 


Quelques-uns. 


4.500 



296 



APPENDICES 



SYNDICATS OUVRIERS ADMETTANT QUELQUES 
MEMBRES NÈGRES [Suite) 



Syndicats. 



Syndicat international réuni des 
ouvriers métallurgistes . . 

Fédération américaine des musi 
ciens 



Union des ouvriers tailleurs d'A 
mérique 

Union nationale des employés 
machipistes 

Union ipternationale des typo 
graph^ 

Syndical! international des gra- 
veurs kle boîtiers de montres 

Union iiiternationale des sculp 
teurs 3ur bois . . . * . . 

Syndicat des employés de tram- 
ways l 



Nombre de mem- 
bres nègres. 



? 

Quelques - uns, 
dans! branche. 

10. 



10. 

Quelques uns. 
? 
? 
5-10. 



Total géné- 
ral des 
membres. 



2.400 

8.100 
9.000 
3.000 

38.991 
285 

14.500 
4.000 



SYNDICATS OUVRIERS N'ADMETTANT 
PAS DE NÈGRES 



Syndicats. 



Nombre de mem- 
bres nègres. 



Corporation des chaudronniers 
et constructeurs de navires en 
fer. . . . . . . . . .ISont exclus. 



Total géné- 
ral des 
membres. 



7.078 



APPENDICES 



299 



SYNDICATS OUVRIERS N'ADMETTANT PAS 
DE NÈGRES {Suite) 



Syndicats. 

Corporation internationale des 
relieurs 

Syndicat international des ou- 
vriers constructeurs de che- 
mins de fer 

Union nationale des ouvriers en 
chaînes de fer . . . . . 

Corporation internationale des 
électriciens 

Union internationale des confec- 
tionneurs de vêtements de fem- 
mes 

Union américaine des ouvriers 
en vitres de « flint glass » . . 

Syndicat des souffleurs de verre. 

Syndicat international des ver- 
riers 

Union internationale des ouvriers- 
bijoutiers 

Union des ouvriers en rideaux de 
dentelles 

Corporation des ouvriers du cuir. 



Nombre de mem- 
bres nègres. 



Pas de comptes 
rendus. 



Aucun. 

Aucun. 

Aucun n'est ad 
mis. 



Aucun n'est ad- 
mis. 

Aucun. 
Aucun. 

Pas de candi- 
dat. 

Aucun. 

Question non 
résolue. 
Aucun, 



Total géné- 
ral des 
membres. 



3.730 



465 
7.000 

2.000 

1.400 

278 
1.000 

3,402 



I 



300 



APPENDICES 



SYNDICATS OUVRIERS N'ADMETTANT PAS 
DE NÈGRES (Suite) 



Syndicats. 



Nombre de mem- 
bres nègres. 



Syndicat iaternational des méca 



niciens 



Syndicat international des polis 
seurs en métaux, des ouvriers 
en ressorts à boudin, en cui- 
vre et en métaux composés. 

Confrérie internationale des ou- 
vriers des puits à pétrole et 
des gazomètres. . . . . 

Confrérie unie des ouvriers pape 
tiers 

Ligue des fabricants de patrons 
de l'Amérique du Nord . . 

Syndicat international des fac- 
teurs américains de pianos et 
d'orgues 



Syndicat uni des ouvriers plom- 
biers et ajusteurs de tuyaux à 
gaz et à vapeur et des aides 
ajusteurs 

Syndicat national des ouvriers 
potiers 

Syndicat international des ou 
vriers et aides-pressiers. . 



Total géné- 
ral des 
membres. 



Aucun n'est ad < 
mis. 



Aucun. 



Aucun. 



Aucun 



Pas de comptes 
rendus. 



30.000 



6.000 



Aucun. 


670 


Aucun. 


i.OOO 


Aucun. 


2.403 


Aucun dans le 




métier. 


? 



8.000 



2.450 



9.745 



APPENDICES 



3Ô1 



SYNDICATS OUVRIERS N'ADMETTANT PAS 
DE NÈGRES {Suite) 



Syndicats. 



Syndicat des télégraphistes de 
chemins de fer et confrérie de 
télégraphistes commerciaux. 

Confrérie des ouvriers des voies 
ferrées 



Syndicat national des graveurs 
sur cuivre et sur acier . . . 

Syndicat iiiternational des; mon- 
teurs de fourneaux, des ou- 
vriers en fourneaux en acier, 
des ajusteurs et des limeurs de 
modèles deTAmérique duNord. 

Syndicat international des im- 
primeurs, en stéréotypie-; et en 
électrotypie . 



Syndicat américain des ouvriers 
en tissus '. . 



Syndicat international des po- 
seurs et aides poseurs de car- 
relages en céramique, mosaï 
que et faïence 



Nombre de mem- 
bres nègres. 



Exclus par la 
Constitution. 

Exclus par la 
Constitution 

Inconnu. 



Pas de législa- 
tion. 



Question non 
résolue. 

Pas de candi- 
dat. 



Pas de candi- 
dat. 



Total Géné- 
ral des 
membres. 



8.000 

4.500 
700 



1.269 



3.435 



357 



302 



APPENDICES 



SYNDICATS OUVRIERS N'ADMETTANT PAS 
DE NÈGRES {Suite) 



Syndicats. 



Syndicat international des ou 
vriers en malles et valises . 

Syndicat international des tapis- 
siers de TAmérique du Nord. . 

Syndicat protecteur américain 
des tisseurs de fils métalliques 



Syndicat international des sculp- 
teurs sur bois . . * . . 



Grande confrérie interastionale 
des mécanidens de locomoti 
ve»* 



Confrérie des chauffeurs de loco- 
motives 



Confrérie des employés de wa- 
gons ........ 



Syndicat des aiguilleurs de l'Amé- 
rique du Nord 



Confrérie des employés des trains, 
Union des chefs de train . . . 



Nombre de mem- 
bres négrfes. 



Aucun. 
Aucun. 

Ne travaille- 
raient pas avec 
des nègres- 
Pas de caodi- 
xEaL 



Exclus par la 
Constitution. 

Exclus par la 
Constitution 

Exclus par la 
Constitution 

Exclus par la 
Constitution. 

Exclus par la 
Constitution. 

Ne seraient pas 
admis. 



Total géné- 
ral des 
membres. 



234 
1.400 

226 



37.000 



39.000 



15.000 
15.000 
25.000 



APPENDICES 



303 



SYNDICATS OUVRIERS N'ADMETTANT PAS 
DE NÈGRES (Suite) 



Syndicats. 



Syndicat des tailleurs de pierre. 

Syndicat de Tordre spécial des 
ouvriers en habillement. . . 

D . A. 300, Chevaliers du Tra- 
vail (ouvriers vitriers) . . . 



Nombre de mem- 
bres nègres. 



N'admet pas de 
nègres. 

Aucun. 

Aucun. 



Total géné- 
ral des 
membres. 



10.000 



APPENDICES 



305 



APPENDICE B 



Voici la liste complète des écoles donnant renseigne- 
ment industriel, avec le nombre . des élèves, d'après Iç 
recQnsement scolaire de 1902. Cette liste comprend des 
Universités qui donnent quelques cours professionnels, 
soit pour préparer réellement c rtains étudiants à des 
métiers déterminés, soit pour fournir à tous un enseigne- 
ment manuel destiné à produire une harmonie générale 
dans la culture de l'esprit et du corps : 



Noms des écoles. 



Kowaliga Académie and Indus 
trial School 

Emerson Normal Institute. . . 

State Normal Institute . . . . 

Agricultural and Mechanical Col- 
lège . 

Talladega Collège 

Stillman Institute 

Tuskegee Normal and Industrial 
School, 1898-99 



Localités. 


Nombre 
total des 
élèves qui 
suivent 
les cours 
profession- 
nels. 


ALABÂflfA 




Kowaliga. 


205 


Mobile. 


100 


Montgomery. 


466 


Normal. 


499 


Talladega. 


195 


Tuscaloosa. 


35 



Tuskegee. 



1.180 



20 



306 



APPENDICES 



Noms des écoles. 


Localités. 


Nombre 
Total des 
élèves qui 
suivent 
les cours 
profession- 
nels. 






ARKANSAS 




Shorter University . . . 
Arkadelphia Acad. , 1898-99 
Arkansas Baptist Collège . 
Philander Smith Collège . 
Branch Normal Collège. . 
Southland Collège . . . 




Argenta. 
Arkadelphia. 
Little Rock. 
LiltleRock. 
Fine Bluff. 
Southland. 

DELAWARE 


16 
20 
56 
95 
109 
120 


Stale Collège for Colored 
dents 


Stu- 


Dover. 

DISTRICT OF 


46 












COLOMBIA 




Howard Universitv 




Washington. 
Washington. 


223 


Normal School (colored) . 


• • 


38 






FLORIDA 




Cookmaninstitute: . . . 




Jacksonville. 


23 


Edwards Waters Collège . . . 
Fessenden Academv 


Jacksonville. 
Martin. 


22 
130 


Emerson Mémorial Home 


and 




School ...;.. 




Ocala 


76 


Orange Park Normal and Manual 






Traininsr School . 




Orange Park. 


79 


Florida State Normal and Indus- 




trial School 




Tallahassee. 

GEORGU 


100 








Jernel Academv .... 


, ^ 


Athens. 


80 



APPENDICES 



307 



Noms des écoles. 



Knox Institute 

Atlanta University .... 

Morris Brown Collège . . . 
Spelman Seminary .... 

Storrs Scbool ...... 

Haines Normal and fndustrial 

Institute 

Georgia State Industrial Collège, 

1898-99 

Fort Valley High and Industrial 

School 

DorchesterAcademy. . . . . 
Ballard Normal School .... 

Central City Collège 

Beach Institute 

Clark University 

Allen Normal and Industrial 

School , 

State Normal School for Colored 

Persons 

Chandler Normal School . . . 



Gilbert Academy and Industrial 

Collège . . 

Straight University . . . . . 
Leland University 



Localités. 


Nombre 
total des 
élèves qui 
suivent 
les cours 
profession- 
nels. 


Athens. 


114 


Atlanta. 


256 


Atlanta. 


83 


Atlanta. 


450 


Atlanta. 


93 


Augusta. 


208 


Collège. 


140 


Fort Valley. 
Me fntosh. 


75 
209 


Maçon. 


272 


Maçon. 


91 


Savannah. 


41 


South Atlanta. 


310 


Th' mas ville. 


78 


KENTUCKY 




Frankforl. 


170 


Lexington. 


111 


LOUISIANA 




Baldwin. 


141 


New Orléans. 


229 


New Orléans. 


16 



;y 



308 



APPPENDICES 



Noms des écoles. 



Southern Uaiversity and Agricul- 
lural and Mechanical Collège. 



Morgan Collège 

St Francis Academ y 

Industrial Home for Colored 

Girls 

Princess Ann Academy. . . 



Mount Hermon Female Seminary. 
Southern Christian Institute. . 
Mississjpi State Normal School. 

Rust University 

Jackson Collège 

Lincoln School 

Tougaloo University 

Mary Holmes Seminary. . . . 
Alcorn Agricullural and Mecha- 
nical Collège 

Lincoln Institute ...... 

George R Smith Collège. . . 



Localités. 



New Orléans. 

MARYLAND 

Baltimore. 
Baltimore. 

Baltimore. 
Princess Ann. 

MISSISSIPI 

Clinton. 
Edwards. 
Holly Springs. 
Holly Springs. 
Jackson. 
Meridian. 
Tougaloo . 
Westpoint. 

Westside. 

MISSOURI 

Jefferson City. 
Sedalia. 

NEW JERSEY 

Manual Training and Industrial 
School iBordentown. 



Nombre 
total des 

élèves qui 
suivent 
les cours 

profession- 
nels. 



337 



53 
53 

120 
70 



82 

93 

75 

135 

79 

162 

332 

206 

205 



125 
52 



107 



APPENDICES 



309 



Noms des écoles. 



Washburn Seminary. . . . 

Biddle University 

Franklinton Christian Collège, 

1900-1901 

Agricultural and Mechanical 

Collège for the Colored 

Race 

High Point Normal and Industrial 

School 

Lincoln Academy 

Barrette Collégiale and Industrial 
School 

Plymouth State Normal School- 

St. Augustine's School. . • . 

Shaw University 

Livingstone Collège 

Gregory Normal School, 1897- 
1898. ... 

Rankin-Richards Institute . . 

The Slater Industrial and State 
Normal School 



Institute for Colored Youth. 



Francis Daniel Pastorius School- 



Localités. 


Nombre 
total des 
élèves qui 
suiven ; 
les cours 
profession- 
nels. 


NORTH GAROUNA 




Beaufort. 


162 


Charlotte. 


107 


Franklinton. 


52 


Greensboro. 


200 


High Point. 


60 


Kings Moun- 




tain. 


155 


Pee Dee. 


758 


Plymouth. 


37 


Raleigh. 


130 


Raleigh. 


190 


Salisbury, 


9 


Wilmington. 


100 


Windsor. 


50 


Winston. 


118 


P£NNSYLVANIA 




Philadelphia. 


272 


SOLTH C\ROLINA 




Allendale. 


24 



/• 



310 



APPENDICES 



Noms des éeoles. 



Schofield Normal and ladustrial 
Schooll • • 

Brownin j Home School. . . 

Avery Noirmal lastitute. . . 

Brainerd Instilute 

Allen University 

Benedict ' Collège 

Penn Normal and Indusirial 
School 

Brewer N.ormal School . . . 

Clatlin University 

Lancaster Normal and Industrial 
Instilute 

Colored Normal, Industrial, Agri- 
cuUurajl and Mechanical Gol- 
l^^ge .i • • 



Localités. 



Aiken. 

Gamden. 

Charleston. 

Chesler. 

Columbia, 

Columbia. 



Warner ijnslilute. . . . 
Knoxvilk Collège. . . . 
Lenioyne Normal Institute. 
Morristo\^n Normal Collège 
Central 1 ennessee Collège. 
Roger Williams University. 



Bishop Collège . . 
Wiley Uiiiversity. . 
Paul Uuipn Collège. 
Tillotsoni Collège. . 



Frogmore. 

Greenwood. 

Orangeburg. 

Lancaster. 



Orangeburg. 

TENNESSEE 

Jonesboro. 

Kuoxville. 

Memphis. 

Morristown. 

Nashville. 

Nashville. 

TEXAS 

Marshall. 
Marshall. 
Waco. 
Austin. 



Nombre 
total des 
élèves qui 
suivent 
les cours 
profession- 
nels. 



231 
136 
109 
189 
84 
244 

213 
223 
471 

63 



414 



78 
96 
520 
128 
70 
90 

332 
239 
118 

122. 



APPENDICES 



311 



Noms des écoles. 


Localités. 


Nombre 

total des 
élèves qui 

suiven ; 

les cours 
profession- 
nels. 


Prairie View State Normal and 






Industrial School 


Prairie View. 

VIRGINIA 


280 


Ingleside Seminary, 1898-99, . 


Burkeville. 


lOj 


Gloucester AgricuUural and In- 






dustrial Collège, 1898-99 . . 


Cappahosic. 


97 


Hampton Normal and AgricuUu- 






ral Institute 


Hampton. 


1.037 


St. Paul Normal and Industrial 






School, 1898 99 


Lawrenceville. 


230 


Manassas Industrial SchooL . 


Manassas. 


65 


Norfolk Mission Collège. . . . 


Norfolk. 


327 


Virginia Normal and CoUegiate 






Institute 


Petersburg. 


190 


Virginia Union University. . . 


Richmond. 


12 


Tempérance, Industrial and Col- 






legiate Institute 


Claremont. 

WEST VIRGINIA 


46 


Storer Collège 


Harper's Ferry. 


50 



.j 



APPENDICES 313 



APPENDICE C 



PROGRAMME DES ÉCOLES PROFESSIONNELLES 

La meilleure façon de juger du travail que Ton fait dans 
les écoles industrielles, c'est de considérer les différentes 
branches des études. Nous donnons ici un court sommaire 
de quelques-unes des meilleures écoles connues, qui est 
emprunté aux prospectus les plus récents que nous ayons 
pu nous procurer. Toutes ces écoles, lorsque le contraire 
n'est pas indiqué, sont pour les élèves des deux sexes : 

Normal industrial and Mechanical Collège, Normal, 
Alabama, 1900-1901. 

11 est fait un cours complet d'industrie et de mécanique. 

Cours d'Agriculture. 

Première année. — Chimie agricole, botanique, analyse 
qualitative, travaux pratiques, allemand, algèbre, anglais. 

Deuxième année, — Trigonométrie plane et sphérique, 
lever des plans, histoire générale, allemand, physiologie 
comparée, histoire de Tagriculture, hygiène des animaux^ 
élevage, engrais, drainage et -irrigation, travaux pratiques. 

Troisième année. — Géologie, minéralogie, entomologie, 
pathologie des animaux et des végétaux, physique géné- 
rale, anatomie de l'homme, culture d'après le système des 
paiements en nature, horticulture, travaux pratiques, clas- 
siques anglais. 

Quatrième année. — Psychologie, morale, astronomie, 
météorologie, économie politique, droit constitutionnel, 



314 APPENDICES 

plantes fourragères, étude des forêts, climatologie, revue 
des bulletins agricoles des États-Unis, art de Tingénieur 
agricole, travaux pratiques. 

Cours de Mécanique 

Première année. — Chimie, analyse qualitative, algèbre, 
géométrie, allemand, dessin graphique, travail d'atelier. 

Deuxième année. — Trigonométrie, lever des plans, his- 
toire du Moyen Age, histoire de TEurope, allemand, clas- 
siques américains, dessin graphique, travail d'atelier. 

Troisième année, — Physique, mécanique analytique, 
calcul, métallurgie, plans de machines, cinématique, des- 
sin graphique, travail d'atelier, classiques anglais. 

Quatrième année. — Économie politique, droit constitu- 
tionnel, psychologie, morale, astronomie, météorologie, 
thermo-dynamique, art de l'ingénieur électricien et de 
l'ingénieur civil, travaux d'atelier. 

Les métiers enseignés comprennent ceux de bottier, 
de fabricant de balais, de charpentier, de rempailleur de 
chaises, de modiste, le travail du fer, la cuisine, la cou- 
ture, les soins à donner aux malades, le blanchissage, 
l'agriculture, l'imprimerie, la fabrication des machines, la 
sténographie. 

Au sujet du travail des élèves, le Président Gouncill écrit 
dans son rapport ; 

« Tout le travail qui comprend la construction, les répa- 
rations, le travail de forge, le charronnage, la peinture, 
la cordonnerie, la fabrication des balais, celle des ma- 
telas, la culture, la cuisine, le travail de la salle à manger, 
et l'ouvrage de maison en général, tout ce travail est fait 
par les élèves. Ils reçoivent de fr. 20 à fr. 75 par heure, 
selon leur habileté et leur soin. On voit qu'ainsi de gran- 
des facilités sont offertes aux jeunes gens et jeunes filles 
qui désirent recevoir un enseignement industriel. 



APPENDICES * 315 

« En outre, on cherche à ce que tous les travaux et tous 
les produits du travail soient avantageux et utiles. Aussi 
toutes ces sections industrielles contribuent-elles d'une 
façon ou d'une autre à fournir à l'institution ce dont elle 
a besoin, et le plus souvent, elles sont une source de reve- 
nus pour l'élève en même temps qu'un moyen d'instruc- 
tion. » 

Les salaires dans les ateliers sont les suivants : 

Travail de la première année: il compense le prix des 
leçons. 

Travail de la deuxième année : il compense le prix des 
leçons. 

Travail de la troisième année: moitié des profits nets. 

Travail de ceux qui ont déjà reçu leur certificat : moitié 
du prix de leur travail. 

Tous les élèves devenus de bons ouvriers reçoivent un 
tant pour cent des bénéfices sur tous les objets faits ou 
réparés par eux pendant qu'ils sont employés dans les 
ateliers. 

Frais : 

Enseignement (y compris toutes les matières enseignées 

dans l'institution, même la musique vocale): Gratuit. 

Soins médicaux pendant l'année .... 10 fr. » 

Objets cassés pendant Tannée .... 10 fr. » 
Accessoires industriels, par trimestre . . 2'fr. 50 
Frais de laboratoire (travaux pratiques) par 

trimestre 2 fr. 50 

Pension (y compris le blanchissage, le chauf- 
fage, l'éclairage, etc. », par mois ... 40 fr. » 

BiDDLE Ujniversity (Caroline du Nord), 1900-1901 (pour 
jeunes gens). 

Tous les élèves du cours préparatoire sont tenus d'ap- 
prendre un métier, et d'aller travailler chaque jour à 
Técole professionnelle. Pour le moment on enseigne sept 




316 APPENDICES . 

métiers : ceux de charpentier, imprimeur, maçon, plâtrier, 
tailleur, cordonnier et bourrelier. Chaque élève aura le 
droit de choisir l'un des métiers enseignés, mais il ne 
pourra pas changer de métier quand une fois il aura 
fait son choix. Le quart des heures de classe est con- 
sacré à renseignement industriel. Pendant Tannée sco- 
laire 1900-1901, 111 élèves ont été inscrits dans les di- 
vers métiers. 

Lincoln Institute, Jefferson City (Missouri), 1902-i903. 
Section industrielle pour jeunes gens, 

On cherche à fournir aux jeunes gens l'occasion d'étu- 
dier les arts mécaniques, et de devenir habiles dans les 
métiers utiles. 

En conséquence, un enseignement industriel obligatoire 
est donné aux élèves du cours pédagogique, tandis que 
des cours spéciaux sont faits à ceux qui désirent ap- 
prendre un métier. 

Le cours industriel est mené de front avec le cours péda- 
gogique et le collège préparatoire; il est organisé de la 
façon suivante : Pendant toute la durée du cours pédago- 
gique D et la 1" année du collège préparatoire, travail du 
bois ; pendant toute la durée du cours pédagogique G et la 
2® année, travail du fer; pendant toute la durée du cours 
pédagogique B et la 3® année, travail aux machines. 

On apprend aux jeunes filles la coupe, la couture ordi- 
naire, les ouvrages de dames, et on s'occupe tout spécia- 
lement de ce qui concerne la santé, Thabillement et la 
tenue. On enseignera aussi d'une façon scientifique' la 
cuisine et le blanchissage pendant l'année suivante ; une 
maîtresse expérimentée s'en occupera. 

Pendant l'année suivante, on apprendra l'imprimerie 
et la dactylographie à celles des élèves qui désirent 
connaître à fond ces deux enseignements, ou l'un d'eux. 

Spelman Seminary, Atlanta (Géorgie), 1901-1902 (pour 
jeunes filles). 



APPENDICES ,317 

La section d'enseignement industriel cherche à pré- 
parer rélève aux besognes pratiques de la vie en Thabi- 
tuant à travailler adroitement de ses mains. Cet enseigne- 
ment sert à réducation, car il développe des habitudes de 
régularité, de ponctualité, de soin, de conscience, d'exac- 
titude et d'application. 

Travaux domestiques : 

Les élèves pensionnaires, en participant à la besogne 
journalière, apprennent d'une façon pratique à faire le 
ménage, à laver la vaisselle, à préparer la table, à faire la 
cuisine et le blanchissage. 

On demande à chaque élève de consacrer une heure par 
jour à la tenue de la maison, et une besogne spéciale lui 
est assignée? On va inaugurer un nouveau cours de cui- 
sine, qui comprendra trois années. En voici les princi- 
pales lignes : 

Première année : La cuisine, son mobilier, entretien des 
ustensiles, le feu, lavage de la vaisselle, étude des principes 
de l'alimentation, cuisson des aliments, cuisine simple. 

Seconde année : La salle à manger, le mobilier, entre- 
tien de la porcelaine et de l'argenterie, le service, revue 
des principes de l'alimentation, avec méthodes perfection- 
nées pour faire la cuisine, conserves en boîtes, au sucre et 
au vinaigre. 

Troisième année : Hygiène de l'habitation et ventilation 
de la maison, mobilier, nettoyage, menus, préparation des 
repas à emporter, cuisine pour malades et enfants. 

Toutes les classes, dans les sections de grammaire et les 
sections intermédiaires, apprennent la couture. L'étude 
complète du métier de couturière comprend trois années. 
On enseigne le travail du compositeur dans les classes 
d'imprimerie. On apprend aux jeunes tilles à soigner les 
malades. 

The Calhoun Colored School, Lowndes Cownfy (Alabama), 
1901-1902. 



318 APPENDICES 

Dans le rapport sur le travail manuel, on lit : 

« Plus de 12 bâtiments d'école ont été réparés. Il y a aussi 
les menues besognes se rapportant aux métiers de char- 
pentier, peintre en bâtiments, plombier, etc., que Ton 
pourrait compter comme ouvrages nouveaux, ou amélio- 
rations. Cette besogne a été en grande partie faite par nos 
grands élèves de Técole du jour, qui travaillaient par 
classes pendant environ une heure trois quarts toutes les 
semaines. 

« Mais tandis que le système actuel a été autrefois à 
Tavantage de Técole au point de vu» de récoaomfe, Fécole 
Calhoun est maintenant arrivée à un tel point de dévelop- 
pement qu'il semble utile d'établir une distinction entre 
Tinstruclion et Tapprenlissage technique des élèves du 
jour, et le travail des réparations. Comme l'installation, de 
Técole nécessite des réparations de plus en plus impor- 
tantes, il est devenu absolument impossible de les faire 
faire par les classes de la section académique, de telle 
façon qu'elles profitent à la fois aux élèves et à Técole. 

« Le gros des réparations peut cependant encore être fait 
sous une surveillance convenable par les élèves du soir. 
Ils ont besoin de cela pour pouvoir suivre les classes de 
la journée. Ce travail peut être organisé de façon à être 
utile à l'instruction des élèves, en même temps qu'il est 
une source d'économie.» 

Talladega Collège, Talladega (Alabama), 1900-1901. 

Les cours faits pour les jeunes gens concernent le tra- 
vail du bois, les plans, l'agriculture, l'imprimerie; ceux 
faits pour les jeunes filles comprennent la couture, la 
coupe, la cuisine, les soins à donner aux malades et le 
ménage en général. 

Claflin University, Orangeburg (Caroline du Sud), 1901- 
1902. 

On y fait les cours suivants : 

Dans chacune des huit classes primaires et secondaires : 



APPENDICES 319 

travail manuel trois fois par semaine, trois quarts d'heure 
chaque fois. 

Dans chacune des quatre années du collège préparatoire 
et des cours pédagogiques, quatre fois par semaine : pour 
les garçons : la sculpture sur bois, la forge, le dessin d'imi- 
tation et le dessin à main levée; pour les filles: la couture 
et la tenue de la maison. 

Dans la troisième année de ces deux cours, chaque élève 
doit choisir un métier. On continue ce métier la troisième 
et la quatrième années. Dans les deux premières années 
des cours du collège, dessin d'architecture. Le cours de 
travail manuel comprend le « sloyd » préliminaire, le 
« sloyd » supérieur suédois, le travail de la forge, le dessin 
à main levée, le dessin industriel, rarchitecture. 

Les métiers à choisir sont ceux de : charpentier, ébé- 
niste, constructeur d'escaliers, ouvrier du fer, maçon, 
plâtrier, charron, peintre en bâtiments, imprimeur, tail- 
leur. On doit régulièrement travailler à ces métiers pen- 
dant deux ans ; ceux qui veulent se perfectionner et en faire 
leur carrière peuvent y consacrer une troisième année. 

Southern Univbrsity, Nouvelle-Orléans (Louisiane), 1900- 
1901. 

On demande un travail manuel de cinq heures par se- 
maine pendant trois ans à tous les élèves qui ont été placés 
dans cette section. 

Ce cours abrégé est fréquenté par les élèves qui ne sont 
pas assez avancés dans leurs études de mathématiques 
pour profiter du cours de sciences ou de mathématiques su- 
périeures qui le suit. Il consiste en travail manuel dans les 
industries du bois et des métaux, et il doit être assez com- 
plet pour mettre les élèves qui l'auront suivi en état de 
comprendre les principes qui sont à la base des métiers 
suivants : charpentier, constructeur de moulins, menuisier, 
ébéniste, tourneur, scieur de long à la machine, zingueur, 
etc. Le cours supérieur commence à la fin du cours abrégé. 



320 APPENDICES 

Il est plus étendu, et comprend le dessin industriel, la 
physique et la mécanique, le calcul du poids, de la résis- 
tance et de la poussée appliqué à Tindustrie du bâtiment 
et aux machines, etc. On apprend aussi à faire des pa- 
trons, et on continue le travail à l'établi. 

il y a un cours complet d'agriculture qui occupe quatre 
années. On apprend aussi la ferblanterie, Timprimerie, la 
dactylographie, la tenue des livres et la coupe. 
- Straight UmvERSiTY, A^0Mt)«//e-0riéan5 (Louisiane), 1900- 
1901. 

On a donné beaucoup d'importance au travail manuel, 
depuis longtemps, à rUniversité de Straight. Les industries 
qu'on enseigne sont: le travail du bois, les plans, la cou- 
ture et la coupe, Timprimerie, et les diflFérentes sortes de 
travail de maison. Bien que Ton donne beaucoup d'éten- 
due aux connaissances techniques dans cet enseignement, 
cependant l'idée principale est que toute cette instruction 
doit tendre à l'amélioration des demeures des noirs. 

Atlanta University, Atlanta (Géorgie), 1900-1901. 

C'est un établissement d'enseignement secondaire et un 
collège. Le premier comprend deux parties : le cours pré- 
paratoire au collège et le cours pédagogique. 

Tous les élèves du cours préparatoire travaillent dans 
les bâtiments industriels de « Knowles » deux fois par se- 
maine et trois heures chaque fois ; une année est consacrée 
au travail du bois, un trimestre au travail de la forge, un 
trimestre au dessin à main levée, et une année et un 
trimestre au dessin graphique et industriel, et à la résis- 
tance des matériaux. A toutes les filles du cours pédago- 
gique et du cours préparatoire, on enseigne la couture, la 
coupe, la cuisine et la direction d'une maison. On apprend 
aussi à prendre soin d'un ménage et à le diriger dans des 
conférences sur l'hygiène de l'habitation, la plomberie et 
la ventilation, et dans des exercices pratiques sur les di- 
verses branches du travail domestique. 



APPENDICES 321 

11 y a une imprimerie vaste et bien aménagée dans le 
principal bâtiment de l'université, où se font des classes 
gratuites et facultatives pour les garçons et les filles. La 
composition, le journal, le livre et les besognes de détail 
sont dirigées par un maître expérimenté. 

Howard University, Washington D. C,y i 900-1901. 

Il y a un cours complet d'agriculture. Les élèves peu- 
vent suivre des cours sur les métiers de charpentier, 
imprimeur, ferblantier, relieur, et sur la couture et les 
travaux domestiques. 

Georgia State Industrîal Collège, Collège (Géorgie), 
1901-1902. 

Section de Tagriculture. Le but de cette section est de 
donner aux élèves une connaissance à la fois pratique et 
scientifique de la culture. La ferme du collège comprend 
environ 50 acres (25 hectares) de terre, dont une grande 
partie est cultivée. Cette ferme donne aux jeunes gens 
toutes les facilités pour devenir d'habiles cultivateurs. Ou 
s'occupera aussi de Télevage et de la beurrerie. Cette sec- 
tion a pu Tannée dernière donner à un certain nombre de 
jeunes gens une occupation pour laquelle ils ont reçu un 
salaire supplémentaire Le travail dans cette section n'em- 
pêche nullement les jeunes gensde poursuivre leurs études 
littéraires régulières. Les métiers que l'on y enseigne sont : 
le dessin industriel, le travail du bois, le travail du fer, les 
métiers de charpentier, forgeron, maçon, peintre en bâti- 
ments, tailleur, cordonnier, et la couture. 

Clabk University, South Atlanta (Géorgie), 1899-1900. 

On enseigne le travail du bois, les métiers de forgeron, 
imprimeur, cordonnier^ l'agriculture, la couture, la coupe 
et la cuisine. 

PaulQuinn Collège, Waco (Texas), 1901. 
L'année industrielle prépare à l'agriculture, à la char- 
penterie, à l'imprimerie, à la mécanique, à la couture, à la 
coupe, à la tenue d'une maison, à la cuisine. 

21 



312 APPENDICES 

TotoàIX» University, Tbu^a/oo (Mississipi), 1900-1901. 

Le travail industriel est un peu mêlé à tous les cours. 
Le cours régulier de travail manuel comprend quatre 
années, trois pour le travail du bois, et, en même temps, 
le dessin industriel. Après avoir achevé le cours régu- 
lier, ceux qui auront montré des aptitudes spéciales pour 
Tune des branches enseignées recevront une instruction 
s«périeure, et les métiers de charpentier, d*ébéniste et de 
forgeroQ pourront être appris à fond. 

Ou peut suivre un cours d'agriculture; les terrains de 
l'école comprennent plus de 600 acres (300 hectares) de 
bois, de pâturages, de prairies et de terres en culture. 
L*insiniction pratique donnée aux jeunes filles comprend 
la cuisine, la tenue d'une maison, la couture et la coupe, 
la broderie d'art. 

Roger Williams University, A^a^Am/Ze (Tennessee), 1900- 
1901. 

On s'occupera beaucoup de la préparation industrielle 
des deux sexes, et les cours et les occasions de s'instruire 
seront développés dès que les ressources financières le 
permettront. Pour le moment, les jeunes gens ont la 
faculté d'aller travailler dans l'imprimerie et Tatelier de 
charpent^ie, et sont tenus de faire certains travaux du 
dehors. Les jeunes filles suivent des cours réguliers sur 
l'économie domestique, la tenue d'une maison, Tentretien 
des vêtements, etc., et elles recevront un enseignement 
professionnel de couture et de coupe. 

Haines Normal and Industrial Scaool, Augusta (Géorgie), 
1900-1901. 

Les cours industriels que l'on donne dans cette institu- 
tion concernent la tenue d'une maison, la couture, la 
cuisine, l'imprimerie, la cordonnerie et le métier de mo- 
diste. 

Benedigt Collège, Columbia (Caroline du Sud), 1901. 

On enseigne les métiers d'imprimeur, charpentier, pein- 



ÀPPENDKlES ^ 

Ire en bâtiments, cordonnier, couturière, cuisinière et 
blanchisseuse. 

LEMOYr^E Normal ïnstitute, Memphis (Tennessee), 1901- 
^903. 

Dans cette école, le travail manuel a sa place dans le 
cours des études ; il est mis sur le même pied et est consi- 
déré comme étant à tous les points de vue aussi important 
que les autres branches d'études. Sur les dix années du 
cours, les jeunes filles étudient la couture pendant sept 
ans, la cuisine pendant deux ans, les soins à donner aux 
malades et Thygiène pendant six mois. Les garçons appren- 
nent rimprimerie dans la première année du cours péda- 
gogique (la onzième année du cours). 

West Virginia Colored ïnstitute, /nsa'fw/e (West Virgi- 
nia), 1901-1902. 

On donne un enseignement professionnel sur la char- 
penterie, le travail du bois, les métiers de forgeron, dessi- 
nateur, plombier, couturière, imprimeur. Le prospectus de 
1902 annonce ceci : « Nous songeons à créer Tan prochain 
des cours sur le métier de modiste, la cuisine, l'agriculture, 
(y compris la laiterie et Télevage des volailles), les métiers 
de tailleur, maçon, charron, la tenue des livres, la dac- 
tylographie et la sténographie. » 

WiLBERPORCE University, WUberforce (Ohio), 1900-1901. , 

On donne un enseignement professionnel sur la char- 
penterie, la cordonnerie, la cuisine, Timprimerie, la dac- 
tylographie, là sténographie, la couture et la coupe. 

Ballard Normal School, Maçon (Géorgie), 1896-1897. 

Les jeunes filles, au cours de leurs études, travaillent 
pendant neuf ans dans une école de couture, sous la direc- 
tion constante de leurs maîtresses. Dans les classes de cui- » 
sine, on leur enseigne la cuisine et la tenue d'une maison. i 
Les garçons des hautes classes sont tenus de travailler j 
cinq heures par semaine dans l'atelier, sous la direction j 
d'un maître compétent. 



u 



324 APPENDICES 

ScHOFiELtf Sguool, Aikon (Caroline du Sud), 1901. 

L'enseignement professionnel a toujours marché de pair 
avec les études de grammaire dans cette école. Le but 
principal de cette section de renseignement est de rendre 
propres à remplir un métier les jeunes gens diplômés qui 
n'ont pas d'aptitude naturelle ni de goût pour rensei- 
gnement. On apprend les métiers suivants : imprimerie, 
bourrellerie, charpenterie, agriculture, cordonnerie, le 
cannage des chaises, la couture, la coupe, le blanchissage, 
la forge, la charronnerie, la cuisine. 

Manual Training and Inoustrtal School, Ironsides, Bor- 
dontown (New Jersey), 1901-1902. 

Les cours de la section professionnelle comprennent : 
charpenterie, agriculture, cordonnerie, forge, couture, 
cuisine, coupe, dactylographie. 

Berea Collège, Berea (Kentucky), 1899-1900 (Coéduca- 
tion des deux races et des deux sexes). 

Cette institution donne deux années de cours sur l'éco- 
nomie domestique et l'économie de la ferme. 

Première année. 

Économie de la ferme : Agriculture, 5 heures, 1 tri- 
mestre ; travail du bois, 5 heures, 1 trimestre ; jardi- 
nage, 5 heures, 1 trimestre ; autres études, 13 heures, 
3« trimestre. 

Économie domestique : Couture, 5 heures, 1 trimestre ; 
cuisine, 5 heures, 1 trimestre ; jardinage, 5 heures, 
1 trimestre ; autres études, 13 heures, 3® trimestre. 

Seconde année. 

Économie de laferme : Horticulture, 5 heures, 2 trimes- 
tres ; aménagement de la ferme, 5 heures, i trimestre ; 
élevage du bétail, 5 heures, 1 trimestre ; études forestières, 



APPENDICES 325 

5 heures, 1 trimestre ; moissons, 3 heures, 1 trimestre; 
autres études, 28 heurefe, 1 trimestre. 

Économie domestique : Cuisine, 5 heures, i trimestre ; 
économie domestique, 5 heures, 1 trimestre ; laiterie, 
5 heures, 1 trimestre; autres études, 13 heures, 1 trimestre. 

De courts apprentissages pour la culture, la charpente- 
rie, l'imprimerie, la couture et la tenue de la maison sont 
offerts à un nombre limité d'élèves. Ils consacrent une 
moitié de leur temps aux études de l'école et l'autre moitié 
à leur métier. 

Saint Augustine's Sghool, Raleigh (Caroline du Nord), 
1900-1901. 

Sections industrielles : Les jeunes filles s'occupent de 
la maison, et les garçons s'occupent de l'enclos, de la 
ferme et du jardin. Les maîtres veillent tout spécialement 
à ce que les élèves prennent des habitudes de soin, de 
conscience et de douceur. On enseigne aux jeunes filles la 
couture, la coupe et la cuisine. On apprend aux gar- 
çons les métiers d'imprimeur, de charpentier, et aussi de 
maçon, si la classe est assez nombreuse. 

Walden University, Central Tennessee Collège^ Nashmlle^ 
(Tennessee), 1899-1900. 

On fait des cours facultatifs sur l'imprimerie, la char- 
penterie, le travail de la forge, la ferblanterie et la couture. 
Les élèves seront payés pour leur travail dès qu'il aura 
quelque valeur. 

Agrigultural AND Mech\nical Collège, Greensboro (Caro- 
line du Nord), 1901. 

Il y a des sections d'agriculture et de mécanique, et 
chaque cours comprend quatre années. 

On enseigne les métiers de forgeron, charpentier, me- 
nuisier, ébéniste, dessinateur de meubles, ferblantier, 
peintre et décorateur, mécanicien, maçon, briquetier, plâ- 
trier, ouvrier en galvanoplastie, doreur, cordonnier, 
plombier, gazier, dessinateur de machines. 



926 APPENDICES 

Algorn Agrigultural and Industrial Gollbge, Westside 
(Mississipi), 1900-1901. 

Le cours industriel, commençant avec les classes de 
grammaire et comprenant cinq années, est arrangé de 
telle sorte que chaque élève puisse choisir Tun des métiers 
enseignés. Pour tous les élèves de ce cours, Tétude de Tun 
des métiers est aussi obligatoire que le travail de classe. 
Les métiers à choisir sont ceux de cordonnier, charpentier, 
forgeron et imprimeur. 

Shaw University, Raleigh (Caroline du Nord), 1900- 
1901. 

« La section industrielle a été réorganisée pendant Tan- 
née. Nous n'enseignons pas de métiers, et ne prétendons 
nullement le faire, car nous ne désirons pas créer une 
école d'apprentissage. Les cours sont les suivants: pre- 
mière année : charpente en bois, dessin à main levée. 
Seconde année: travail à la forge, dessin industriel. 
Troisième année : travail à l'étau, dessin industriel. Qua- 
trième année: devis, architecture. 

« On apprend aussi aux jeunes filles la couture et le tra- 
vail général de la maison. » 

T4LL0TS0N Collège, Ausiin (Texas), 1899-1900. 

« Notre cours de travail du bois comprend les classes de 
troisième, quatrième, cinquième, sixième et septième. On 
y enseigne la théorie et la pratique de tous les outils usuels, 
le travail du bois et les principes élémentaires de la cons- 
truction en bois, appliqués à la charpente et à la menui- 
serie. On commence par les outils et les travaux les plus 
simples pour arriver graduellement aux plus complexes et 
aux plus difficiles. On se sert constamment de plans, de 
façon. à ce que l'élève apprenne à lire toutes sortes de des- 
sins, faits à diverses échelles. » 

Hartshorn Mémorial ColLege, /?^c/^mowc/ (Virginie), 1900- 
1901 (pour filles). 

Les métiers de l'enseignement industriel soat les sui- 



APPENDICES 337 

vants : hygiène et direction d'une maison, couture élémen- 
taire, blanchissage, cuisine simple. On donne des princi- 
pes sur les soins que réclament les malades, la fabrication 
des vêtements, les ouvrages de dames, le tricot et la façon 
d'élever les enfants. 

Mary AllknSeminary, CrocA(?<f (Texas), 1901-1902 (pour 
filles). 

On enseigne la couture, la coupe, le tricot, les ouvrages 
de dames, la cuisine et les différents travaux de la maison. 

BiSHOP Collège, Marshall (Texas), 1900-1901. 

Travaux manuels pour garçons : dessin, charpenterie, 
imprimerie, tournage du bois, travail du fer, maçonnerie. 
Travail pour filles : les travaux domestiques, le dessin, la 
couture ordinaire, la cuisine, la coupe, l'hygiène de la 
maison, les soins à donner aux malades, les régimes de 
nourriture et la ventilation. 

Knoxville Collège, Knoxville (Tennessee), 1900-1901. 

Sections industrielles. « Ce que Ton cherche constamment 
dans l'enseignement industriel, c'est à rendre les élèves 
économes et adroits dans les diverses besognes de • la vie. 
On leur inculque ce sentiment que personne n'a le droit 
de dédaigner les besognes nécessaires de la vie. On donne 
des notes dans toute cette section. Les notes pour le tra- 
vail de maison, la couture ou la culture et le travail d'ate- 
lier, compleront,autant que les notes de langues ou de 
mathématiques pour établir la force générale de l'élève. » 

Travail de maison. Tout le travail de maison, y com- 
pris la cuisine, est fait par les élèves, sous la direction de 
maîtresses. 

La section industrielle comprend l'agriculture, la char- 
penterie, l'imprimerie, la couture, la cuisine, Télectricité, 
et incidemment beaucoup de choses se rapportant à d'au- 
tres métiers. 

Florida Nor^jal and Industhial Scuool, Tallahassee (Flo- 
ride). 1901-1902. 



.^' 



328 APPENDICES 

La section industrielle s'occupe de seize industries, et 
tous les élèves sont tenus d'en choisir une ou deux. Cet 
enseignement industriel s'étend sur les six années du 
cours. Le travail manuel est la chose la plus importante 
pendant les quatre premières années. Les principales 
études sont : le dessin industriel et d'architecture, Timpri- 
merie, la charpenterie, la peinture en bâtiments, la forge, 
le charronnage, la fabrication des vêtements d'homme, 
Fagriculture, la coulure, la cuisine, les travaux de modiste, 
de couturière, le blanchissage, etc. 

State Collège for Colored Persons, Dove't (Delaware), 
1900-1901. 

Les cours industriels faits pour les élèves comprennent 
Timprimerie, la charpenterie, Tébénisterie, la carrosserie, 
le travail du fer, le travail des machines, l'agriculture. 

Virginia Union University, Richmond (Virginie), 1901- 
1902. 

« Le programme d'enseignement industriel n'a pas l'in- 
tention d'embrasser tout le travail fait dans une école pro- 
fessionnelle régulièrement organisée. Cependant les élé- 
ments d'un travail analogue sont donnés, mais sans avoir 
pour objet d'apprendre à l'élève un métier déterminé. Le 
but est de lui inculquer un enseignement mécanique tel 
qu'il lui serve dans la carrière qu'il choisira, quelle qu'elle 
puisse être. Cet enseignement général aura plus de valeur 
pour l'élève qu'un cours dans lequel il ne recevrait que 
l'enseignement et la pratique d'un seul métier II acquerra 
une bonne connaissance générale des matériaux de bois 
et de fer, employés en construction, et des principes qui 
sont la base de tous les métiers. Il prendra aussi par là 
de bonnes habitudes de travail, et un tel enseignement de 
la main et de l'œil le rendra capable de devenir maître, 
facilement et en peu de temps, dans n'importe quel métier. 

« Le cours d'enseignement industriel comprend : le dessin 
industriel et le dessin à main levée, l'objet et l'usage 



APPENDICES 329 

des outils et le travail du fer et de la forge, et Timprime- 
rie, y compris la composition, et la correction des 
épreuves. 

« Tous les élèves de la première année du cours de théo- 
logie, ceux des u preparatory, académie » (cours élémen- 
taires), et ceux des cours pour le clergé doivent faire ces 
études. Cependant elles sont facultatives pour les élèves 
du collège et ceux de deuxième année des cours de 
théologie. 

« L'établissement industriel est muni d'appareils d'élec- 
tricité et de chauffage ; il est aussi pourvu, pour touteâ les 
branches de travail dont renseignement est donné, des 
machines, les plus nouvellement perfectionnées. On donne 
donc aux élèves la théorie et la pratique pour l'emploi des 
machines, aussi bien que pour Tusagedes outils à main. » 

KowALiGA AcADBMiG AND Industrial Sghool, Kowaliga 
(Alabama), 1899-iOOO. 

Dans cette institution, on fait des cours de dessin d'ar- 
chitecture et de dessin industriel, de charpenterie, de char- 
ronnerie, de forge, de couture, de confection de robes et 
de manteaux. On y apprend également à faire l'ouvrage 
de la maison, y compris la cuisine et le blanchissage. 

Normal and Manual Training School, Orange Park (Flo- 
ride), 1900-1901. 

« Enseignement manuel. Pour garçons : le cours pour gar- 
çons, qui commence avec l'enseignement le plus élémen- 
taire, comme l'usage ou le soin des outils, embrasse presque 
toutes les professions, et porte également sur l'emploi 
général du bois en construction, et aussi sur le limage et 
le polissage des objets terminés, d'après les méthodes les 
plus réputées. On enseigne le dessin industriel en même 
temps que le travail dans l'atelier, pour apprendre à 
l'élève à lire et à composer des plans. Ce travail est suivi 
d'une étude plus compliquée et mieux finie. Les élèves 
reçoivent aussi la connaissance d'un emploi utile tel 



330 APPENDICES 

que : le soin de l'école, le jardinage, etc., et acquièrent 
ainsi de Tordre et de Texactitude dans leur travail. 

« Pour les filles : en plus des leçons de couture, les filles 
reçoivent une éducation et une instruction soignées, sous 
les yeux d'une surveillante, des différents travaux domes- 
tiques, dans le « Girls Hall » et la salle à manger. 

Morris Brown Collège, A dan/a (Géorgie), 1900-1901. 

Section industrielle. Dans la section industrielle, les 
élèves s'exercent, sous la direction d'un maître spécial, à 
devenir des ouvriers experts dans les arts manuels et les 
métiers. On apprend aux filles la couture, la confection 
des robes et des manteaux, les ouvrages de fantaisie, la 
cuisine et l'économie domestique. On enseigne aux gar- 
çons l'agriculture, l'imprimerie, la charpenterie, la maçon- 
nerie et la cordonnerie. 

New Orlkans University, Nouvelle-Orléans (Louisiane), 
1900-1901. 

« Vu la demande d'ouvriers habiles pour le Sud et le 
débouché offert aux jeunes gens qui ont un métier, et 
connaissant les obstacles que l'on peut éprouver pour en 
acquérir un, nous donnons une attention particulière aux 
écoles professionnelles et offrons aux jeunes gens d'excel- 
lentes occasions pour devenir experts dans tous les 
métiers. Les écoles industrielles suivantes ont été établies, 
et à la rentrée prochaine seront, il faut l'espérer, en pleine 
prospérité : !• École d'Agriculture ; 2<» École d'Imprimerie ; 
3* École de Charpenterie et d'Ébénisterie; 4» École de Tra- 
vail à l'Aiguille ; 5® École de Cuisine et de Boulangerie. 

Branoh Normal Collège op thë Arkansas Industrial Uni- 
versity, Fine Bluff {kvk3,ns>dis), 1900-1901. 

On enseigne aux élèves la charpenterie, la menuiserie, 
l'ébénisterie, la forge, la fonderie, la confection des mo- 
dèles, le chauffage à vapeur, la dactylographie, la couture. 

State Normal School for Golored Persons, Frankfort 
(Kentucky), 1900-1901. 



APPENDICES 331 

Le cours industriel embrasse l'agriculture, la laiterie, le 
tournage du bois, le dessin industriel, la charpenterie, la 
menuiserie, la cuisine, la couture et la confection des 
robes. 

Knox Institute, Aihens (Géorgie), 1900-1901. 

On y donne des cours de couture, de charpenterie, 
d'imprimerie, de sculpture sur bois, de modelage. ' 

ScoTiA Sémin.vry, Concord (Caroline du Nord), 1900-1901 
(pour filles). 

« En principe, notre but, dans cette section, est l'ensei- 
gnement des travaux domestiques. Nous voulons d'abord 
que l'instruction qu'elles reçoivent permette aux élèves de 
gagner leur vie par un métier, mais nôtre idée est aussi de 
les préparer à être des femmes d'intérieur. On donne des 
cours de couture, de confection de robes et de cuisine. » 

RusT Ukiversity, Bolîy Springs (Mississipi), 1902. 

Dans le cours d'anglais, le quart du temps est consacré 
à l'enseignement industriel. Chaque jeune homme doit, à 
moins d'en être spécialement dispensé par le Président, 
entrer dans une classe de charpenterie, de cordonnerie, 
d'agriculture ou de n'importe quel métier; et chaque 
jeune fille du cours d'anglais doit entrer dans une classe 
de confection de robes, de couture, de science domes- 
tique, de dentellerie mexicaine ou de vannerie indienne. 

CoLOi KD Normal, Industriaf , Agricultural and Mechanical 
Collège, Orangeburg, 1896-1897. 

« La section industrielle a pour but d'enseigner tous les 
arts industriels qui peuvent convenir aux hommes et aux 
femmes, qui leur donnent confiance en eux-mêmes et qui 
les rendent utiles. Cette section comprend les sujets sui- 
vants : la couture, la confection des robes, les modes, la 
cuisine, l'économie domestique, la charpenterie, le travail 
du bois, la.maçonnerie, le plâtrage, l'architecture, le dessin 
industriel et la peinture en bâtiments, le travail du fer et 
la mécanique, le ménage, l'agriculture, la tapisserie et 



11 



332 APPENDICES 

rébénisterie, la sellerie, la bourrellerie, la cordonnerie, le 
sciage et la fabrication des charpentes en bois dur et 
tendre, la dactylographie, Timprimerie et le métier de 
tailleur. Les élèves consacrent tous les jours deux heures 
à ces travaux. On leur donne des notes sur leur travail 
dans cette seclion, de même que pour les récitations quo- 
tidiennes, et ces notes comptent autant que celles des 
autres études pour le diplôme. » 



BIBLIOGRAPHIE 333 



BIBLIOGRAPHIE 



(i) 



L'ESCLAVAGE ET LA TRAITE 

Adams Nemuh. — A South Side view of Slavery, 8vo., 
Boston, 1854. 

Alexander, George William. — Letters on the Slave- 
Trade, Slavery, and Emancipation, etc., London, 
1842. 

American and Foreign Anti- Slavery Society Reports. 

American Anti-Slavery Society. — Mémorial for the Abo- 
lition of Slavery and the Slave Trade, London, 1841. 

Ballagh, J. g. — Institutional Origin of Slavery, Con- 
servative Review, vol. 2, p. 47, August, 1899. 

— White servitude in the Golony of Virginia, Johns 
Hopkins University Studies, 1895, Baltimore. 

Bancroft, g History of the United States of Ame- 
rica, 6 vols, 1883. 

Bandinél, James. — Some account of the Trade in Slaves 
from Africa as connected with Europe and America. 
From the introduction of the Trade into Modem Eu- 
rope, down to the présent time; especially with ré- 
férence to the efforts made by the British Governe- 
ment for its extinction, London, 1842. 

Bassett, J. S. — Anti-Slavery leaders of North Carolina. 



(1) Les astérisques désignent les ouvrages qui sont les plus impor- 
tants pour ceux qui désirent faire une étude de la question nègre 
aux États-Unis. 



334 BIBLIOGRAPHIE 

Johns Hopkiûs University Studies, Baltimore, June, 
1898. 

* — Hislory of Slavery in North Carolina. Johns Hopkins 

University Studies, Baltimore, 1899, 317 pp. 

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Oct. (, 1881 to June 30, 1882 ; Oct. 1, 1882 to June 
30, 1883; Oct. 1, 1883 to June 30. 1884; Oct. 1, 1884 
to June 30, 1885; Oct. i, 1885 to May 31, 1886. Wil- 
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éducation of the colored people was formally aban- 
doned in 1887, and the African School Society, incor- 
porated in the year 1824, and having for its object 
the éducation of colored children, assumed the work, 
issuing reports as folio ws : Oct. 1, 1886 to May 31, 
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Washington, 1897. 

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DcDLEY, T.U. — Negroes, How can we help them? ^en- 
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DwiGUT, T. - Condition andCharacter of Negroes. Me- 
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Easton, h. — Treatise on the intellectual character, etc., 
of the colored people of the United States, Boston, 
1837. 
. Etbrnal Nkgro, Independent, vol. 52, pp. 1207-1208, 
May 17. 1900. 

FiTTs, J. W. — Negro as a soldier. Galaxy, vol. 3, p. 

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Fitzgerald, 0. P.— Negroes, An open Letter Nineteenth 

Century, vol. 34, p. 291. 
FiTZHCGH, G. — Cannibals AU or Slaves without Mas- 

ters, 1857. 
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the African race. New York, 1835. 
FooTB, A. H. — Africa and the American flag. New York, 

1854, pp. 390. 
FoRTU^E, Thomas. — Black and White,New York, 1884, 

6mo., pp. 310. 
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! Science Monthly, vol. 22, p. 841. 

— The African in the United States. Popular Science 
I Monthly, vol. 22, p. 433. 

GiRTTN, T. C. — Negroes, Ancient and Modem, De Bow, 

vol. 12, p. 209; 
GoDKiN, E. L. — Distribution of Negroes. Nation, vol. 30, 

p. 431. 

— Protection of Negroes, Nation, vol. 7, p. 386. 

— Yankee on the Negro. Nation, vol. 1, p. 392. 

i Grandison, c. W. — The condition of the Negro ; The 

f social and moral condition of the colored people in the 

; South. Independent, vol. 43, p. 3. 

l Grat, Henry, C. — The condition of the Negro, Christia- 

1 niiy. îndependent, vol. 43, p. 5. 

I Greener, R. t. — ïntellectual Position of the Negro. 

I Naturalist Quarterly, vol. 4, p. 164. 

I Gbégoire, h. — ïntellectual aûd moral powers of Negroes 

! (1808). Traduit par H. Warden, Brooklyn, «810. 8vo. 

I Halstead, m. — The nuUifiers of the Constitution, Fo- 

î rum, vol. 4, p. 376. 

Hamond, L. H. — Southern view of the Negro, Outlook, 
vol. 73, pp. 6i9-623, March 14, 1903. 

Hampton Conférence, Outlook, vol. 65, p. 104, May 12, 1900. 

Haygood, Atticus, g. — Agriculture, immigration and 
the Negro, Independent, January 9, 1896, p. 2. 

— Our brother in black; his freedom and his future, 
New York, 1884, 12mo. 

Hbndbrson, J. J. — Future of Negroes in the United 
States, De Bow, new séries, vol. 1. p. 58. 

25 



1 



M6 ÉDUCATION 

arwCTSOïi^ W. T. — Social Life of the Southern Negro, 
Cbmtauqtta, Toi. 26, p. ^5, December, 1897. 

HiGGiNsoN, Thobas W. — Army life in a black régiment, 
Boston, i890, 8vo, p. 294. 

* HiLDRBTH, Richard. — History of the United States to the 

end of the 16th Congress, 6 vols. New York. 

Hoffmann, F, L. — Negro in the West Indies, American 
Slatistician Association, vol. 4, p. 181. 

HoLCOMBB, W. H. — Capabilities of the Negro race, Sou- 
thern Literary Messenger, vol. 33, p. 40i. 

HoLLAND, F. M.— Negro Citizens, Shall they be banished ? 
Oï)en Conrt, vol. 3, p. 2079. 

HouGHTON, L. s. — Negroes in the United States, Lip- 
pincott, vol. 31, p. 191. 

HuNT, &. B. — Negro as a soldier, Anthropological Re- 
viev^r, vol, 7, p. 40. 

* IwGLB, Edward. — Southern Side Lîghts. 

Is THE Negro moving North? — World's Work, vol. 3, 

p. 1815, March, 1902. 
Jefferson, Olive, R. — Southern Negro women, C3hau- 

tauqua, vol 17, p. 46i, vol. 18, p. 91. 
Jefperson, Thomas. — Intellectualcapacitiesof the Negro, 

Bamard's American Journal of Education, vol. 19, 

p. 379. 
— Writingsof, 9 vols. 1859. 
Johnson, Edward, A. — A school history of the negro 

race in America from 1619 to 1890, with a short 

introduction as to the origin of the race ; also a short 

sketch of Libéria, Raleigh, 1891, 8vo. 
Kennedy, J. H. — Free Negroes of the South, Magazine 

of Western History, vol. 1, p. 128. 
KiLLiAM, E. — Life among Negroes. Putnam, vol. .15, 

pp. 205, 304. 
Kingslet, m. h. — Future of Negroes, Spectator. vol. 75, 

p. 930. 



H 



ÉDUCATION â87 

KiRKPATRicK, J. D. — How the white man should heïp the 
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Landon, William, C. — The case of the Negro, Political 
Science Quarterly, vol. 6, p. 29. 

Langhornb, 0. — White man's plans for the Negro, 
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* Lavissb et Rambaud. — Histoire Générale, 12 vols, Paris, 

1893. Voir vols. 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, il, 12. 
McClellan, C. m. — The conditions of the Negro. The 

rights of Negroes. Independent, vol. 43, p. 3. 
McKee, J. m. — What will the Negro do with himself, 

Cumberland Presbyterian Review, April,1882, p. 129. 
Marshall, C, R. — The colored race weighed in the 

balance. Nashville, 1883, 8vo. Pamphlet p. 64. 
Maxwell, J. A. — Negroes, will they relapse into bar- 

barism?De Bow, new séries, vol. 3, p. 179. 
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Educational Association Reports, 1884, p. 117. 

* — Progress of the Negro, Forum, vol. 10^ p. 335. 

— The Negro American citizen in the new American 
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Information, No. 1, p. 259, 1892. 

— The third estate of the South. An address delivered 
before the American Social Science Association, at 
Saratoga, New York, September,2, 1890, Boston, 1890, 
Pamphlet, p. 21.. 

Moikeau, Augostb. — Histoire des Etats-Unis. 

MONTGOMERT CONFERENCE. — Outlook, VOl. 65, pp. 153-5, 

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MooRE, G. H. — Historical notes on the employment of 

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(1776-1783). New York, 1862, 8vo. 
MooRE, G. W. — Redemptive Work for the Negro, Lend 

aHand. vol. 17, p. 355. 
Morgan, J. T. — Africa's opportunities for American 



388 ÉDUCATION 

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No. 6, February, 1895, pp. 42-39. 
MossELL, Mrs. — The work of the Afro-American woman, 

Philadelphia 1894, 42mo. p. 178. 
• MuRPHT, Edgar, G. — The Freedman's Progress in the 

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1901. 
Neoro in South Africa and in oïïr Southern States. — 

World's Work, vol. 4, p. 2529, October, 1902. 
Negroes opinion of Negroes, Independent, vol. 52, pp. 

1398-99, June 7, 1900. 
Nbil, W. C. — Services of colored Americans in the 

wars of 1776, 1812, 2d édition, Boston 1852. 
Nbwcomb, s. — Who are the friends of the Negro, vol. 

24, p. 53 (1877). 
Notable conférence. Outlook, vol. 64, p. 247, February 

3, i900. 
Nott, J. C. — Nature and Destiny of the Negro, De Bow, 

vol. 10, p. 329. 
On VER, C. A. — How can we help them? Catholic 

World, vol. 42, p. 85. 
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— Journey through Texas, New York, 1857. 
OuR Negro POPULATiov, Independent, vol. 54, p. 57, 

January 2, 1902. 
Owens, W., Folk lore of the Negroes, Lippincott, vol. 

20, p. 748. 
Patne, E. J. — Negro race in America, Academy, vol.24, 

p. 107. 
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pp. 565, with appendix, Springfîeld, Massachusetts, 

1891, 8vo. 
Perrt, c. B. — Mission work among Negroes, Ch, 

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ÉDUCATION 389 

Poe, William B. — Negro life in two générations', 
Outlook, vol. 75, p. 4U3, October 31, 1903. 

PoLLARD, Edward, A. — Black diamonds galhered in the 
darkey homes of the Soulh, New York, i859, 12mo. 

— Negroes of the South, Lippincott, vol. 5, p. 383. 

— Romance of the Negro, Galaxy, vol. 12, p. 470. 
Preston, J. t. L. — Prospect before the colored people 

of the United States, Educational Journal of Virginia, 

vol. 9, p. 293. 
Price, J. C. — The Negro in the last décade of the cen- 

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vol. 43, p. 5. 
Progress in thirtï-five tbars. — Outlook, vol. 64, 

p. 565, March iO, 1900. 
Ramset, h. a. — Letter to J. Bryan on the Southern 

Negro, etc., Philadelphia, 1853, 8vo. 
Rankin, j. E. — Ethical Culture of Negroes, Our Day, 

vol. 6, p. 93. 

— Esthetic Capacities of the Afro-American, Our 
Day, vol. 13, p. 289. 

Rbichakd, p. — Deportment of Savage Negroes, Popular 

Science Mohthly, vol. 39, p. 330. 
RoBiNsoN, J. L. — Negroes in the United States, Leisure 

Hours, vol. 38, pp. 54, 697. 
Rose, J. C. — Census and Negroes, Nation, vol. 52, p. 

232. 
RoY, J. E. — Negroes in the Civil War, New England 

Magazine, vol. 51, p. 353. 
RuFFNER, W. H. — Emancipation and its historical 

conséquences. Virginia School Report, 1870-1871, p. 

92. 
Salisbury, Albert. — The Supplementing of the War. 

National Educational Asssociation Reports, 1884, p. 96. 
Seemuller, Mtts. A. M. C. — Traits of the Negro, Old and 

New, vol. 6, p. 289. 



1 



390 ÉDUCATION 

* ShâIiEB, N. s. — Nature of the Negro, Areaa, vol. 3., p. 

23. 

♦ — Negroes in the United States, Arena, vol. 2, p. 660. 
Sherwin, W. t. — Position of the Negro. North Ame- 
rican Review, vol. 147, p. 361. 

Slattery, J. R. — Facts and Suggestions about Negroes. 
Catholic World, vol. 41, p. 32. 

— Negro race; their condition, présent and future. Ca- 
tholic World, vol. 58, p. 219, 

— Présent and future of the Negro. Catholic World, vol. 
40, p. 289. 

Straker, D. a. — The Negro in science, art, and litera- 

ture, African Methodist Episcopal Church Review, 

vol. 1, p. 56. 
Strjeby, m. E. — Work of half a génération among the 

freedmen in the United States, American Missionary 

Association, New York, 1878, 16mo. Pamphlet, No. 5. 
Sturtevant, J. m. — Future of Negro, Continental 

Monthly, vol. 3, p. 600. 
Sykes, W. j. — Future of Negroes in the United States, 

De Bow, new séries, vol. 4, p. 419. 
Tabb, j. B. The social rights of Negroes, Independent, 

vol. 43, p. 4. 
Then and Now. — Independent, vol. 52, pp. 2217-2*218, 

September, 13, 1900. 
Thompson, Maurice. — The intellectual future of the Ne- 
gro, Independent, vol. 43, p. 2, April 16, 1891. 
TucKEH, J. R. — Race progress in the United States, 

North American Review, vol. 138, p. 163. 
Van Evrie, J. H. — Negroes an inferior race. New 

York, 1861, 12mo. 
Village Improvement AssocrATiON. — Outlook, vol. 64, 

p. 146. January 20, 1900. 
ViLLARD, 0. G, — Negro in the regular army, Atlantic, 

vol. 91, pp. 721-729, June, 1903. 



ÉDUCATION 391 

Von Holst, H. — History of the United States. (Galla- 

ghan, éditeur.) 
Walker, F, A. — The colored race in the United States, 

Forum, vol. 11, p. 501. 
Washington, B. T. — Address delivered at the opening 

of Atlanta Exposition, September, 18, 1895, Atlanta 

Constitution, September, 19, 1895. 

— The New Negro Woman, Lend aHand, vol. 15, p. 254» 

— Two générations under freedom. Outlook, vol. 73, 
pp. 292-305, February 7, 1903. 

— Up from Slavery, New York, 1901. 

Watteeson, h. -— The South and the Negro. Cosmopo- 

litan, vol. 9, p. 113 ; Nation, vol. 46, p. 383. 
WttKTHhRiiLL, J. K. — The Negro as a producer of lite- 

rature, Chautauqua, vol. 15, p. 224. 
WiiiiEs AND Negroes. — Spectâtor, vol, 75, p. 427, 
Williams, George W. — History of the Negro race in 

America from 1619 to 1880, 2 vols. New York, 1883. 

8vo. 

— History of the Negro troops in the war of the rébel- 
lion. New York, 1888, 8vo. pp. 353. 

WiTUHOw, J. L. — The hour for Africa. An address 
delivered before the American Colonization Society, 
January 18, 1881, Washington, 1881, 8vo pp. 12. 

WoLSELEY, LoRD — Nogro as a soldier, Fortnightly Re- 
view, vol. 50, p. 689. 

WooDViLLE, J. — Rambling talkon the Negro. Lippincott, 
vol. 22, p. 470. 

Wright, W. W. — Negroes in Jamaica, De Bow, vol. 28, 
p. 87. 

— Relations of Negroes to Civilization, De Bow, vol. 28, 
p. 688. 

Wright, R. R. — The Negro as an inventer, Africaa 
Methodist Church Review, vol. 2, p. 397. 



ÉDUCATION 



Vu et admis à soutenance, le 8 mars 1 904^ 
par le Doyen de la Faculté des Lettres de 
r Université de Paris ^ 

A. CROISET. 



Vu et permis d'imprimer, 
Le Vice-Reeteur de l* Académie de Paris 

L. LIARD. 



QUESTIONS AGRÉÉES PAR LA FACULTÉ 

I . — La coédugation des deux sexes aux États-Unis. 
II. — La jalousie morbide. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 
Introduction vu 



CHAPITRE PREMIER 

LA QUESTION NÈOBE AYANT LA GUERRE DE SÉCESSION. 

La traite des esclaves 1 

Nombre des esclaves 2 

Premiers essais d*émancipation 3 

Les États-Unis et la Traite 3 

Le Nord et le Sud en face de Tesclavage 4 

Les Puritains et Tesclavage 6 

Causes du développement de Tesclavage dans le Sud • . 9 

La famille nègre 42 

Condition civile de Tesclave 13 

Condition des nègres libres 18 

Préjugés contre les nègres avant la guerre 23 

La guerre de Sécession était inévitable 24 

CHAPITRE II 

l'boucation des nègres avant la guerre de sécession. 

L*instruction des nègres dans les États esclavagistes . • 27 

District de Colombie 34 

L'instruction des nègres dans les États du Nord .... 38 

L'éducation industrielle avant la guerre 48 



394 TABLE DES MATIÈRES 

CHAPITRE III 

l'éddcatioiv des nègrbs 
pendant la periode de reconstruction 

Pages. 

Le Sud après la Guerre. . . .^ 1 ^i 

Erreurs sociales de la pérfode de Reconstruction .... 52 

L'éducation des nègres après rémancipation 56 

Écoles organisées par le général Banks ,57 

Écoles organisées par le colonel John Eaton 58 

Freedmen's Bureau 59 

Rapports du général Howard 60 

American Missionary Association 68 

Écoles communales pendant la période de Reconstruction. 74 

Opposition des blancs contre ri qstruction des nègres . . 75. 

Les instituteurs du Nord dans les écoles nègres du Sud . 76 

Le Ku Klux Klan 77 

L'opposition est générale 80 

CHAPITRE IV 

LE NÈGRE ET SON MILIEU. 

Caractère du nègre (i^ Partie] 83 

État physique. . 84 

Caractères intellectuels et moraux 89 

a) Imprévoyance 89 

bj Içoimoralité 92 

cj Ipipcobité 97 

dj Étudesl de. qqelques groupes nègres 98 

Étude.du Milieu /^2«Partzey . . . . i03 

Aotagpnism^ des races 110 

Lynchage iJ2 

Expressions diverses du préjugé de race 116 

CHAPITRE V 

L*IN^RUCTI0N DES NEGRES DANS LES ÉCOLES COMMUNALES , 121 

Organisation dos écoles dans chaque État. Alai)ama. . . 129 

Arkansas. 431 



TABLE DES MATIÈRES 395 

Pages. 

Delawçire. , • ^^ 

Floridç. ............... *35 

Géorgie , . 137 

Kentuçky .... ..•.•.•.•.•••. ^^^ 

Louisiaae . « « • é • , • ^ » > « • • # • « Hi 

Maryland. . .....«.••••••«««• ^^5 

Mississipi ........,* * 147 

Missouri. .....«.••.•.«#••• 148 

Caroline du Nord. . . ....... ^ #. * * 150 

Caroline du Sud .*...... .^ * ,..♦ 152 

Tennessee .. .. . . . . . ....*..*.•* 155 

Texas. ..... .. .. .. .. . . . . .^ . . » . 156 

Virginie. . . ... . ......*♦ ^ ». . 157 

Virginie .Occidentale p # 160 

District de Colombie . . . . . . . .....* 161 

Contingent total des écoles nègres dans les États-Unis . . i62 

Coéducaiion des deux races .««••«•••«• 168 

Instituteurs ♦ • 171 

CHAPITRE Vi 

ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL DU NKGRB. 

Nécessité de l'éducation professionnel du nègre .... 173 

L'artisan nègre avant la guerre. ...,....• 176 

L'artisan nègre après la guerre • 179 

L'enseignement agricole . 183 

Enseignement ind\jstl*iel . . . . . .' .' . .* . . • 189 

Formaliofa professionnelle de *la négresse . ." .' . . . 193' 

Objections à l'enseignement professionnel dtt negfe . . . 2()0 

Associations' de TfavStir .' 4 ....*",',.' . ,' . . 204 

Écoles' professionnelles. ' . . .' . . 215 

Hampton Institute 219 

Tuskegee Institute 222 

Fonds Slater .229 

Jugement sur l'enseignement professionnel. ..... 233 

CHAPITRE VII 

LE NÈGRE ET l'ÉDOCATION LIBÉRALE 241 

Le nègre est-il capable de recevoir une éducation libérale? 242 



396 TABLE DES MATIÈRES 

Pages. 

L*éducation libérale accroli-elle la moralité du nègre ? . • 247 

Y a-t-il une élite nègre? 254 

L'élite nègre est-elle assez nombreuse pour légitimer des 

mesures générales? 257 

Nécessité d'une éducation supérieure pour le clergé nègre. 264 

Utilité de former des instituteurs nègres. . . . . - . . 265 

Nécessité de préparer des médecins nègres 266 

Nécessité de former des nègres instruits pour les différentes 

carrières libérales 268 

L'éducation libérale du nègre doit-elle être identique à celle 

de la race blanche? ............. 269 

Universités nègres ...**..«•..... 270 

a) Howard University ............ 274 

ô) Wilberforce University 276 

c) Fisk University. .278 

d) Atlanta University 280 

Programme des études dans quelques Universités d'ordre 

inférieur. ................ 281 

Diplômes universitaires. 282 

La femme nègre et l'éducation libérale 284 

Résumé de l'état actuel du problème de l'éducation libérale. 286 

CONCLUSION . 289 

Appendice A ..... 295 

Syndicats qui reçoivent les nègres 293 

Svndicats ouvriers admettant quelques membres nègres . 296 

Syndicats ouvriers n'admettant pas de nègres 298 

Appendice B ..,...,,..,.,.. , 305 

Appendice C 313 

Bibliographie 333 

Éducation 363 

Table des Matières 393 



p. 8. — il? ligne. Supprimer la note (2j; dans la noie sup- 
primer le chiffre (2J. 
P. 33. — Note (2), au lieu de p. 146, lire : 746. 
P. 35. — 21« ligne, au lieu de M«'% lire : Mrs. 
P. 38. — 28* ligne, au commencement de l'alinéa sgouter en 

sous-titre : L'initraction des nègrei dam les fitats 

du Nord. 
P. 60. — Dans la note, 6* ligne, après The Leopard's Spots, 

ajouter : Thomas Dixon. 
P. 88. — Voir dans le tableau, à Memphis, 4894.1895, au lieu 

de 38 78, lire : 37 78. 
P. 234. — 14» ligne, au lieu de : système scolaire de TÉtat de 

Virginie, lire : système scolaire des nègres pour 

l'État de Virginie. 
P. 304. — 3« colonne, 7» ligne, au lieu de 758, lire : 75, 



Paris. — Imprimerie de Ch. Noblet, 18, rue Cujas. — 26778. 



r 








AUX ÉTATS-UNIS 



1 i/f 773/ 



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THEÏSEÏ 



PBÉSENTÉE Â LA FACULTÉ DES LETTRES DE PARIS 
POUR LE DOCTORAT DE L*UNIYERSITÉ 

PAR 

KATE BROUSSEAU 

Ancienne élëye de la Faculté des Lettres de Paris 

Professeur de Psychologie à TEcole Normale de TÉtat 

à Los Angeles, Californie. 



PARIS 
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR 

108, BOUIBVARD SAINT-GERHAIN, 108 



1904